XXII INTRODUCTION
Opeiulaut, au printemps dv 1830, Mérimée commença de montrer à ses amis une mine assombrie. Beyle l'appelait alors « le jeune homme mélancolique ». Quel malentendu se développa pendant ces semaines entre lui et M"^^ Lacoste? Lui fut-elle infidèle, comme le bruit en a couru? Ou n'y eut-il entre eux qu'une série de « méprises » douloureuses? Un drame de conscience peut-être fit éclater leur dissentiment, recouvert jusqu'alors par d'aimables illusions ; car M™® Lacoste, bien qu'elle fût amie de Bérantifer. semble avoir étalé les scrupules déconcertants d'une dévotion tour à tour inquiète et tyrannique. Plus simplement encore, Mérimée s'aperçut-il que sa passion n'était au fond qu'un caprice? Et se mit-il à « cristalliser » ailleurs? Voici, en tout cas, comment, à trois ans de distance, il rendait compte — en un style assez énifrraatique — de cette crise sentimentale ; encore était-ce à une autre femme, à cette Jenny Dacquin, 1' « inconnue » un peu décevante auprès de qui, sans doute, il avait intérêt à désavouer passion et caprices d'autrefois :
« J'allais être amoureux quand je suis parti pour l'Espa^j^ne. C'est une des belles actions de ma vie. La personne qui a causé mon voyage n'en a jamais rien su. Si j'étais resté, j'aurais peut-être fait une grande sottise : celle d'offrir à une femme digne de tout le bonheur dont on peut jouir sur terre, de lui offrir, dis-je, en échange de la perte de toutes les choses qui lui étaient chères, une tendresse que je sentais moi-même très inférieure au sacrifice qu'elle aurait peut-être fait. Vous vous rappelez ma morale : « L'amour fait tout excuser, mais il faut être « bien sûr qu'il y a de l'amour^... »