INTRODUCTION XXIII
Il n'y avait donc pas eu de véritable amour entre lui et M°i6 Lacoste? Du moins, il n'y en avait plus?... Ou bien, comme il semble plus vraisemblable, cette confidence ne s'appliquait-elle point à M"^^ Lacoste? La femme dont Mérimée « allait être amoureux », qui « a causé son voyage » et « n'en a jamais rien su », n'est-ce point quelque consolatrice qui s'offrait après qu'il avait rompu un lien trop fatigant? A M^^ Lacoste conviendrait seulement le début de la confidence ; Mérimée affecte de badiner avec Jenny : « Rassurez-vous, je ne deviendrai pas amoureux de vous. Il y a quelques années, cela aurait pu arriver ; maintenant, je suis trop vieux, et j'ai été trop malheureux. »
Reste ceci qui est sûr : quittant M™^ Lacoste ou quitté d'elle, il se sentait « trop malheureux ». Il n'avait pas assez de désespoir pour imiter son jeune ami Sautelet qu'un chagrin d'amour, en ce mois de mai 1830, précipitait dans la mort — ou son nouvel ami Edouard Grasset^, qui, après avoir enlevé « Mary », nièce du ministre Hyde de Neuville, gémissait d'avoir dû la rendre aux siens, indifférente et déçue ; il avait trop peu de fatuité, ou d'endurcissement littéraire, pour imiter son vieil ami Beyle, qui, dans le même temps, tourmenté lui aussi par de grandes tristesses de cœur, endormait son mal en composant des livres... Que faire alors? Voyager... Depuis longtemps, il rêvait de visiter l'Espagne que, dans ses saynètes, il avait décrite... En route donc pour la Castille et l'Andalousie !...
1 . Voir Prosper Mérimée. Lettres aux Grasset {La Connaissance, erlileur) . Édition documentaire établie par Maurice Parturier, 1929.