IV INTRODUCTION
Jacquemont, débordant de sensibilité et pourtant habile à dompter les ennuis de l'existence par la discipline d'un stoïcisme tout antique.
Entre ces novateurs, il est question de « romanticisme », comme dit Stendhal et comme l'on dit autour de lui. Tous sont des libéraux et des rationalistes ; leur petit cénacle — le cénacle de Stendhal — dédaigne l'autre — le cénacle de l'Arsenal ou de Nodier — qui rassemble des poètes et des « ultras ». Non que l'on y fasse fi de l'imagination ou du sentiment ; mais ces forces on veut les discipliner ; on prétend les soumettre au contrôle d'une raison qui leur donnera pour but de reproduire, avec une exactitude éclatante, les réalités de l'histoire ou de la vie. C'est la formule du romantisme intellectuel que, par deux fois, Stendhal s'efïorce de définir et d'imposer à l'attention, en 1823 et en 1825, dans les deux éditions de son manifeste : Racine et Shakespeare...
On ne saurait exagérer l'influence de Stendhal sur Mérimée pendant toute cette période d'incertitude et d'essais. C'est alors que se noua leur amitié ; elle est fameuse, encore qu'assez mal connue jusqu'ici. Elle les rapproche étroitement sans jamais réussir à les unir tout à fait. Pour la définir, il faudrait tenir compte de leurs tempéraments, plus différents que leurs esprits ; mais il conviendrait aussi de distinguer entre les époques de leur intimité ; car ils ne s'aimèrent point de la même fa«;on en 1823, en 1830 et en 1840. C'est peut-être ce qui explique les variations de Mérimée quand il parle de leurs rapports. A distance, en 1855, il affirme : « Nous n'avions peut-être pas une idée en commun, et il y avait peu de sujets sur lesquels nous fussions d'accord. Nous passions notre temps à nous disputer l'un l'autre de la meilleure foi du