XXIV INTRODUCTION
En 1830, voilà plus de sept ans que son ima^nnation s'y promène à l'aise. Elle a subi l'attrait du pays où régnent les passions fortes et les couleurs éclatantes. A peine sorti du collèfre, Mérimée a appris l'espajinol ; il a lu Calderon, Lope de Vega, Moratin ; sous leurs auspices, il a écrit ses premières saynètes. Depuis 1827, le docteur Roulin, ami de sa famille, l'entretient avec feu du Pérou et de la Colombie, d'oii il revient après un séjour de six ans : cette Espagne américaine reflète bien curieusement celle du continent... Mérimée vraiment, lorsqu'il aura franchi les Pyrénées, se trouvera chez lui.
Mais les franchira-t-il? L'Espagne, depuis que nos armes y ont rétabli l'autorité du roi Ferdinand VII, est la proie d'une redoutable « terreur blanche » : les « juntes de purification )>, sous l'autorité impitoyable du ministre Calomarde, arrêtent, jugent, déportent, punissent même de mort tous les gens suspects de libéralisme. Or, Prosper Mérimée possède une bien mauvaise réputation : lui permettra-t-on de traverser la frontière? Écarté d'Espagne, il se retournerait vers l'Italie. C'est le projet qu'il expose l'avant-veille de son départ à M™® de Cazes, l'une de ses amies :
« Je pars après-demain pour un assez long voyage. Je voudrais parcourir rEsj)agn(\ dont j'ai parlé et que je ne connais aucunement. Plusieurs de mes amis me disent que ma réputation en ce pays est trop mauvaise pour qu'on m'y laisse entrer... Si, par aventure, on avait la cruauté de me mettre à la porte, j'irais passer en