‹ Mosaïque (volume 2)Chapitre 28 sur 102 · INTRODUCTION XXXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXIII

n'est pas à Grenade » ; il lui reste « neuf francs pour tout potage... ».

Le banquier, sans doute, ne tarda pas à revenir, ou le « noble et aimable Grenadin » accepta la lettre destinée au banquier ; car Mérimée reprend bientôt le chemin du Nord, à travers la montagne, vers Campillo de Arenas, Baylen et Tolède. Toujours coiffé de sa casquette anglaise, il enfourchait mules et chevaux, dont il excitait l'ardeur par des exclamations dépourvues de toute classique réserve ; il se plaisait à effaroucher les dames qui faisaient partie du convoi et il s'en vantait encore trois ans plus tard, en écrivant à sa mystérieuse amie Jenny Dacquin, qu'il gourmandait d'être «dévote » et« même superstitieuse » :

«... Je pense à une jolie petite Grenadine qui, en montant sur son mulet pour passer dans la montagne de Ronda (route classique des voleurs), baisait dévotement son pouce et se frappait la poitrine cinq ou six fois, bien assurée après cela que les voleurs ne se montreraient pas, pourvu que VEnglès (c'est-à-dire moi ; tout voyageur est Anglais...) ne jurât pas trop par la Vierge et les saints. Cette méchante manière de parler devient nécessaire dans les mauvais chemins. Voyez Tristram Shandy^... »

Il faut croire que, malgré l'autorité de Sterne, Mérimée modéra ses jurons ; car les voleurs ne parurent point, et il en eut bien du regret. Il leur aurait abandonné volontiers son « léger porte manteau » pour « causer avec eux et les questionner bien poliment sur leur genre de vie ». Nul doute qu'il n'eût entretenu d'aimables relations avec ces seigneurs de grands chemins.

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