‹ Mosaïque (volume 2)Chapitre 29 sur 102 · XXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXIV INTRODUCTION

Il avouait à M^^® Dacquin : « ... En Espagne, j'ai toujours eu des muletiers et des toreros pour amis. J'ai mangé plus d'une fois à la gamelle avec des gens qu'un Anglais ne regarderait pas, de peur de perdre le respect qu'il a pour son pauvre œil. J'ai même bu à la même outre qu'un galérien. Il faut dire aussi qu'il n'y avait que cette outre et qu'il faut boire quand on a soif ^... »

Il faut causer aussi avec les muletiers quand la langue leur démange. La route traversait les régions rendues célèbres par les deux guerres de l'Indépendance que les Espagnols soutinrent contre les Français. Autour de Jaën, de Baylen, que de souvenirs ! Le muletier qui menait Mérimée ne tarissait pas,

(( ... Mon guide me prenait pour un Anglais, parce que je ne vendais rien, que je ne saluais pas les madones, et que je m'arrêtais pour regarder les vieilles pierres. II me montra un passage très difficile dans la sierra de Jaën et me dit qu'il avait servi de guide au général Molitor et à sa division en 1823, et qu'elle avait passé par là, infanterie, cavalerie et canons. — Si vous aviez vu ces soldats tout jeunes et sans barbe pousser aux roues des canons et les faire passer en moins de rien par des chemins impraticables, vous auriez dit comme moi, monsieur, que le proverbe ment qui dit que les Français ont des cœurs de poules... Ainsi nous avons été de Cadix à Moscou pour qu'il existe à Campillo de Arenas un pareil proverbe sur notre compte^... »

Depuis son départ de Madrid, il a fait, au total, deux mois de rudes et pittoresques excursions ; on peut croire

Page 1