XI INTRODUCTION
exécution capitale. Kii se |)r(nneiiaiit autour de la ville, il apprit à mieux connaître les superstitions populaires. Il s'était décidé, sans grand enthousiasme, à pousser jusqu'à Murviedro, pour visiter « ce qui reste de Sap;onte » ; un paysan valencien courait aux côtés de son cheval ; « passablement fripon », ce guide était plus bavard encore que ses confrères andalous ; ses confidences sur la sorcellerie enchantèrent Mérimée ; surtout, à ce paysan crédule il dut de savoir qu'il avait approché deux sorcières. Elles tenaient « un petit cabaret isolé » sur la route ; la mère avait le pouvoir de mener une barque, en une nuit, d'Espagne jusqu'aux Amériques ; la fille, « très-jolie, point trop basanée », préparait de ses mains le « gazpacho » et tendait aux voyageurs altérés la cruche de terre poreuse « qui rafraîchit l'eau » ; elle s'appelait « Mademoiselle Carmencita... »
De Valence, Mérimée remonte vers Barcelone : au début de décembre, il tombe à Paris, comme d'une autre planète^.
Paris, depuis un mois, est en pleine effervescence politique : on va juger en Haute Cour les ministres de Charles X ; l'émeute menace ; il faut prendre son rang dans la garde nationale, revêtir « l'habit militaire avec des épaulettes et une fourragère rouge », remplacer la
1. Il écrit à Edouard Grasset \o 13 décembre ; les termes de sa lettre montrent qu'il est déjà revenu depuis plusieurs jours — une semaine peut-être : « Tous les matins je me lève avec rintcnlioii d'aller vous voir et toujours quelque petit accident imprévu m'en empêche. Je ne veux pas tarder plus longtemps à voua remercier de votre aimable souvenir... A mon arrivée à Paris, j'ai trouvé nt)e lettre de Miss H. G. » Lettres aux (jrasset, publiées par Maurice l'arturier.