INTRODUCTION XIJ
casquette anglaise par le shako surmonté d'une flamme de crin empourprée ; au moins, parmi les artilleurs de la garde, Mérimée rencontre-t-il Cavaignac, Alexandre Dumas, Bixio ; il leur conte son beau voyage.
Il le conte à chacun de ses amis ; toute mélancolie a disparu de son visage et sans doute aussi tout regret de son cœur. Il est enthousiaste, spirituel, éloquent, intarissable : quelles boutades il dut lancer, cet hiver-là, pour faire rougir « M^^® Mammouth », autour de la table trop bourgeoise des Cuvier ! Quelles bonnes histoires au café de la Rotonde ! De cet enthousiasme, Achille Deveria nous a conservé l'écho dans une lettre du 2 février 1831 :
« ... L'Espagne vient de nous rendre Mérimée, qui, l'ayant parcourue, seul et en tous sens, ne voit qu'Espagne, Alhambra, Grenade, Burgos et combats de taureaux : il est admirable à entendre conter les mœurs de ces gens-là !... »
Il ne se contentait pas de parler de l'Espagne, il en écrivait. Dès le mois de janvier 1831, la Re<^ue de Paris publiait sa lettre sur les « Combats de taureaux » : suivaient, à des intervalles irréguliers et un peu décevants, trois autres lettres à son directeur et une lettre au directeur de V Artiste. Toutes les cinq sont, en réalité, des lettres ouvertes au public. Mérimée y enregistre les principales acquisitions de son voyage : entre ses souvenirs, il choisit les plus pittoresques, ceux qui frapperont directement le regard ou l'imagination des lecteurs ; il y décrit tour à tour une « corrida », une pendaison à Valence, les mœurs des voleurs et celles des sorcières. Bien que de temps à autre son style affecte une tournure familière relevée par quelque pointe d'humour, les « Lettres d'Es-