INTRODUCTION XLIII
néral des monuments historiques ; les lettres ne vont plus lui apparaître que comme un divertissement à de plus graves labeurs. Pour qu'il écrive enfin Carmen, il faudra qu'en 1841 et en 1843 les ouvrages de l'Anglais Georges Borrow ramènent son attention vers les bohémiens d'Espagne, vers le double mystère de leur langue et de leurs origines.
En attendant, il se laisse accaparer par ses fonctions nouvelles : « Voilà ses occupations littéraires interrompues, constate son père Léonor Mérimée^, mais il acquerra dans l'administration des idées nouvelles que plus tard il mettra en œuvre... » La prophétie ne fut qu'à moitié juste. Mérimée fait son métier avec conscience. Pendant trois ans, en effet, il suit le comte d'Argout dans ses différents ministères ; dès le 5 février 1831, il est secrétaire du ministre au département de la Marine, puis chef de bureau au département du Commerce et des Travaux publics ; le 13 mars 1832, il est nommé chef de cabinet au même ministère ; en janvier 1833, il remplit les mêmes fonctions au ministère de l'Intérieur et des Cultes, après être entré, en novembre 1832, comme maître des requêtes au Conseil d'État ; la « division des Beaux- Arts », alors rattachée à l'Intérieur, justifie les divertissements qu'il aime à prendre dans les coulisses des théâtres officiels. Il est ponctuel, décoratif, caustique et irrévérencieux : ne va-t-il pas jusqu'à railler son chef dans ses lettres intimes et à écrire de lui à Stendhal en le désignant par un sobriquet : « Apollinaire devient tous les jours plus cruche...? »
1. Le 6 avril 1831, dans une lettre au baron Favre. Voir la Jeunesse de Prosper Mérimée, par Pierre Trahard, t. II, p. 232 et suivantes.