Lettres aux Grasset, p
XLVI INTHODUCTION
l'attendait. Franchirait-il le défilé des semaines fatales? Depuis le début de cette année maléfique, il avait « perdu un oncle et une tante » ; bientôt lui arrivait la nouvelle que son ami intime Victor Jacquemont, le savant naturaliste, était mort aux Indes avec la fermeté d'un stoïcien. Autre malheur qu'il coniie à Edouard Grasset : « Une femme que j'aimais m'a planté là, et une autre que j'aimais encore plus m'a congédié. » Ces avertissements du destin n'ont pas assombri xMérimée ; peutêtre l'ont-ils aidé à revenir au travail. En même temps qu'il conçoit la Double méprise et qu'il commence de l'écrire, il décide de rassembler, en un volume, les nouvelles qu'il a publiées dans les revues en 1829 et en 1830. Elles n'empliront pas un grand nombre de pages ; il y ajoutera donc les trois lettres adressées d'Espagne au directeur de la Re^^ue de Paris, et puis, pour grossir le livre, la saynète des Mécontents ; voici encore « trois romances imitées de l'illyrique », qui ont paru en 1829 et qui renouvellent le tour de force de la Guzla^ et une romance imitée de l'espagnol. Ainsi l'éditeur et le lecteur auront leur compte. Le livre manquera peut-être d'harmonie, et l'unité du ton sera sa moindre qualité. Bah ! de cette discordance l'auteur se targuera : il écrit sur la première page ce titre où étincelle une gentille ironie : Mosaïque, et au-dessous : « Par l'auteur du Théâtre de Clara GazuL » Qui ne comprendrait son intention^?
1. Le titre du livre était arrêté sans doute dès la fin de l'année 1832 ; et dès cette époque les amis de Mérimée devaient être au courant do ses projets, car à l'un d'eux, Sutton Sliarpe, il écrit, le 29 janvier 1833, en revenant de Londres où il a passé auprès de lui quelques semaines : f ... f^tiand on imprimera la Mosaïque, j'en enverrai titi exemplaire à la Bibliothèque. »