‹ Mosaïque (volume 2)Chapitre 40 sur 102 · INTRODUCTION XLVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLVII

Annoncé dans la Bibliographie de la France à la date du 8 juin 1833, sous le n^ 3012, le livre fut mis en vente quelques jours plus tôt, dès le 5 juin, par le libraire Fournier. Le 19 juin, Mérimée écrivait à Edouard Grasset : «Je n'ai pas encore reçu de mon libraire un seul exemplaire de la Mosaïque. Quand j'en aurai, je pourrai peut-être bien rous en donner un, mais aux belles dames que je ne connais point, c'est différent. » Il badinait, heureux, au contraire, de la curiosité que provoquait son œuvre.

Mosaïque, cependant, ne suscita que peu de commentaires imprimés : les morceaux que Mérimée y avait assemblés étaient pour la plupart bien connus et pour ainsi dire classés. Si l'on parla du livre, ce fut surtout dans quelques salons. La première édition s'écoula lentement. C'est seulement en 1842 que Mosaïque fut réimprimée, à la suite de la seconde édition de Colomba et dans le même volume que ce roman qui venait de rendre Mérimée décidément célèbre.

Il revit avec soin le texte de ce second tirage. Il enleva du livre les « romances illyriques » pour les rendre à la Guzla, l'enrichit de quelques notes et d'un long postscriptum à deux des lettres espagnoles. On peut s'étonner qu'il n'ait pas alors introduit auprès de celles-ci la lettre sur les sorcières, publiée en décembre 1833 par la Re^ue de Paris. Mais, sans doute, était-il nécessaire d'alléger Mosaïque pour que le recueil pût former un seul volume avec Colomba. On ne voit pas d'autre raison à la suppression de Féderigo.

Entre temps, à l'automne de 1840, Mérimée avait revu l'Espagne. Quelques années auparavant, déjà, il avait conçu l'espoir de repasser les Pyrénées. Le 30 juillet 1834, il avait écrit à son amie Sophie Duvaucel, en lui annonçant

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qu'il allait partir pour une tournée de quatre mois où il serait « victinaé par les provinciaux». — «... Si je puis être assez diligent pour arriver à Perpignan vers le l®*" octobre, j'irai faire une tournée à Barcelone et à Saragosse, <»ù j'espère trouver la fête de Notre-Dame-du-Pilier et trois jours de combats de taureaux. Quelle que chose qu'il arrive, j'aurai aussi le spectacle de plusieurs pendements bien jolis ; carlistes ou libéraux, on pend toujours dans ce bon pays... » Il eut mieux encore en 1840 : il passa tout le mois de septembre et presque tout le mois d'octobre chez la comtesse de Montijo, à Madrid, ou sous les beaux arbres du château de Carabanchel. Marie-Christine avait remplacé Ferdinand VII sur le trône : le pouvoir vacillait entre les mains des libéraux et des progressistes. Mérimée tomba en pleine révolution. « Le palais de Liria, sur la place del Angel, où résidait la comtesse de Montijo, était une position stratégique très forte : en cas de troubles, c'était la première à laquelle songeassent les émeutiers et le gouvernement. Mérimée ajoutait que sa chambre était la clef de la position : d'où il suivait que l'ordre ou la révolution avait cause gagnée dès que l'un ou l'autre tenait la chambre de Mérimée^. » Séjour charmant, au total, qu'il évoquait ainsi, deux ans plus tard, dans une lettre à Jenny Dac(juin :

«... J'ai revu ma chère Espagne pendant l'automne de 1840. J'ai passé deux mois à Madrid où j'ai vu une révolution très bouffonne, de très belles courses de taureaux et l'entrée triomphale d'Espartero, qui était la parade la plus comique du monde. Je demeurais chez une amie intime qui est pour moi une sœur dévouée : j'allais le matin

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