‹ Mosaïque (volume 2)Chapitre 90 sur 102 · LES GRANDS MAITRES AU MUSÉE DE MADRID · texte numérisé non relu

LES GRANDS MAITRES AU MUSÉE DE MADRID

La lettre sur le « Musée de Madrid » parut sous forme d'article et sans suscription dans V Artiste en mars 1831 (t. I, p. 73-75) ; dans cette première version, la plupart des noms propres sont déformés. Elle fut réimprimée dans la même revue au mois de septembre 1871 (p. 335-340), avec un titre plus complet, un début un peu difïérent, un dernier paragraphe encore inédit et un texte plus correct ; eUe y faisait suite à un important article nécrologique de Paul de Saint-Victor sur Mérimée. Elle était accompagnée de la note suivante :

L'Artiste a eu la bonne fortune d'avoir longtemps pour rédacteur M. Prosper Mérimée : il a été de la fondation du journal. Il y a

/|(')() V AMIANTES

donné beaucoup d'articles signés et non signés ; il ne faisait jamais un voyage sans écrire quelques pages sur les œuvres d'art qui frappaient ses yeux, — ses yeux artistes par excellence.

Parmi nos archives, car nous avons des archives, comme tout p<>lit royaume et comme toute petite République qui a duré près d'un demi-siècle, nous retrouvons une lettre de M. Mérimée sur quelques œuvres du Musée de Madrid ; c'est écrit au courant d'une plume voyageuse, mais cela porte la marque do la véritable critique.

On a imprimé le texte de 1871 en remédiant aux deux erreurs initiales qu'il présente, et l'on indique ici les variantes du texte de 1831, sans en relever les fautes.

Page 333, ligne 5 :

1831 : Le Musée est un assez beau bâtiment, bien situé, dans le quartier le plus élégant de la ville, entre le Prado et le Buen- Retira. De tous côtés, il est entouré d'arbres, ce qui est une agréable rareté dans ce grand désert aride de Madrid, L'extérieur, etc. . .

1871 : Le Musée, entre le Prado et le Buen-Retiro, est entouré d'arbres, ce qui est d'une agréable rareté dans ce grand désert aride de Madrid. L'extérieur, etc..

On peut croire que la version de 1871 provient d'une faute de copie ou de typographie qui aurait fait sauter toute une ligne du texte primitif. On a cru devoir publier le texte de 1831, qui est le plus complet.

Page 333, ligne 19. — ... et rappellent les chances variées de c-es éternelles batailles... : ... de cette longue guerre... (1831).

— , ligne 23. — ... les plus mauvais services qui fussent en leur pouvoir, comme s'il y avait entre eux une rivahté de profession. S'ils construisent un Musée, pensez qu'ils n'oublieront qu'une chose... (1831) : ... qui fussent en leur pouvoir; comme s'ils construisent un Musée, pensez qu'ils n'oublieront qu'une chose... (1871).

Une ligne, de toute évidence, est tombée dans ce dernier texte ; on a donc imprimé le premier.

Page 334, ligne 16. — ... quant aux autres, c'est-à-dire ceux qui sont placés à côté des fenêtres... : ... du côté des fenêtres... (1831).

Page 335, ligne 12. — ... ont servi aux dernières Gortès... : ... dM^s. derniers Gortès... (1831).

Page 336, ligne 9. — Tout le monde est reçu au Musée de Madrid, en bottes ou alpargates... : ... en bottes ou en alpargates... (1831).

Page 337, ligne 19. — Au lieu de ce paysage fantastique rempli de rochers en aiguilles que Léonard affectionnait... : ... rempli de ces rochers en aiguilles... (1831).

— , ligne 27. — G'est le fameux Spasimo... que l'on a vu à Paris où il fut restauré... : ... où il a efe restauré... (1831).

Page 338, ligne 14. — ... mais les deux plus beaux Raphaël que j'ai jamais vus... : ... que faie jamais vus... (1831).

Page 341, ligne 26. — Je ne crois pas qu'il soit un tableau plus capable de faire pécher... : ... qu'il y ait un tableau...

Page 343, ligne 3. — ... une Didon magnifique que je crois être du Gorrège... Le paragraphe qui suit et qui commence par : Mais j'ai vu de trop belles choses..., manque en 1831.

MATEO FALGONE

Les a sources » de Mateo Falcone ont été décelées avec précision par MM. G. Courtillier [Revue d'histoire littéraire de la France, avril-juin 1920), Gustave Charlier [Ibid., juillet-septembre 1921), Pierre Trahard [La Jeunesse de Mérimée, t. II, Appendice).

A peine la nouvelle de Mérimée avait-elle paru, le bruit courait qu'il en avait emprunté le sujet soit à un article de journal ou de revue (témoignage d'Auguste Barbier dans ses Souvenirs personnels et silhouettes contemporaines), soit au livre alors récemment publié par un voyageur anglais, Robert Bentson : « Sketch of Corsica, or a Journal written during a visit to that island in 1823. » London, 1825, in-8o (indication enregistrée par Gustave Planche en 1832 dans la Revue des Deux Mondes; voir plus loin le chapitre des C omptes -rendus) .

Barbier avait raison et Planche n'avait pas complètement tort. — M. G. Charlier a retrouvé « la source principale de Mateo Falcone » dans la livraison de juillet 1828 de la Revue trimestrielle, fondée quelques mois auparavant par Alexandre Buchon ; Mérimée était de ses amis et, au mois d'avril, lui avait confié le soin de publier, pour tâter le public, un premier fragment de sa Jaquerie. On trouve, en effet, dans cette livraison, et a immédiatement avant un curieux article de Stendhal », une importante étude intitulée : Des devoirs de la France envers la Corse ; ces pages sont anonymes, mais M. Charlier croit pouvoir les attribuer au général Sébastiani, ou à l'avocat Patorni. Or, elles contiennent l'anecdote suivante :

... A l'époque où nos troupes étaient encore, dans l'île, les auxiliaires de Gênes, deux déserteurs du régiment de Flandre s'enfoncent

dans les bois pour y chercher un asile. M. de Nozières, leur colonel, qui était ce jour même d'une partie de chasse, fut conduit par le hasard sur leurs pas. Les deux déserteurs, l'ayant aperçu, se jetèrent dans un marais couvert d'arbustes. Malheureusement, ils avaient été vus par un berger du voisinage, dont les gestes indiquèrent aux chasseurs le lieu de leur retraite. Le berger s'obstinant à ne rien dire et continuant ses signes, on crut qu'une proie était cachée dans ces broussailles; on lâcha les chiens, qui conlirmèrent ce soupçon, et bientôt on découvrit ces deux malheureux, qui étaient enfouis dans la fange jusqu'à la bouche. Conduits à Ajaccio, et condamnés à la peine de mort, ils furent passés par les armes. Cependant, le pâtre, qui avait reçu quatre louis pour récompense de sa dénonciation, ne put s'empêcher de raconter son aventure, à laquelle, d'ailleurs, on donna toute la publicité possible à Ajaccio pour inspirer aux soldats une crainte salutaire et leur persuader qu'ils ne seraient point favorisés dans leur désertion par les naturels du pays. Mais ce qui est remarquable, c'est l'indignation que témoigna la famille du berger en apprenant cet acte de lâcheté. Ses parents s'assemblent et décident qu'ils ne doivent pas laisser vivre un homme qui a déshonoré sa nation et sa famille en recevant le prix du sang. Cette espèce de sentence prononcée, ils se mettent à sa poursuite, le saisissent et l'amènent sous les murs d'Ajaccio, et, après l'avoir confié quelques instants aux soins d'un religieux qu'ils avaient fait venir pour le confesser, ils le fusillent à la manière des Français, en même temps qu'on fusillait les deux déserteurs. Après l'exécution, les quatre louis furent remis au confesseur, chargé de les rendre aux ofTlciers qui les avaient donnés à leur parent. « Nous croirions, lui dirent-ils, souiller nos mains et nos âmes, que de garder cet argent d'iniquité ; il ne faut point qu'il serve à personne de notre nation... •

Vu berger qui livre deux déserteurs pour de l'argent ; ses parents indignés qui le fusillent, voilà bien la donnée essentielle de Mateo Falcone ; plusieurs rapprochements de détail entre le texte de la nouvelle et ce document de style assez sec ne permettent point de douter que Mérimée ne Tait eu sous les yeux en travaillant.

Mais ranecdote était populaire en Corse et bien connue dfs érudits qui la rapportent avec plusieurs variantes : il est diflicile de contester que, du récit de la Revue trimestrielle ^ Mérimée ne soit remonté à deux livres au moins où l'auteur de l'article anonyme avait lui-môme puisé. L'un est le livre

de Bensoii ; l'autre, un ouvrage que l'abbé Gaudin lira en 1787 de V Histoire des révolutions de Corse, écrite par l'abbé de Germanes de 1771 à 1776, au lendemain de l'annexion de l'île. Dans l'un et l'autre auteur, en effet, on trouve une variante significative à l'histoire des déserteurs : ce ne sont point des « parents indignés » qui fusillent le traître ; seul son « vieux père » se constitue le juge et l'exécuteur ; plus resserré, le drame se déroule, comme dans Mateo, entre le père et le fils. 11 n'est pas jusqu'au gesie du jeune Fortunato, accomplissant sa trahison sans parler, d'un seul signe du doigt, qui ne soit indiqué déjà par l'abbé Gaudin : a . . . Un soldat s'avise de la corruption et lui offre cinq louis. Le berger se trouble alors et lui montre du doigt les rochers où s'est caché le déserteur... » Au reste, la même anecdote est rapportée aussi dans un recueil de contes corses : Novelle storiche corse..., publié en 1827, à Bastia, par Renucci ; on peut croire que ce livre n'a pas échappé à Mérimée, car on y retrouve un des détails importants de sa nouvelle. Au total, cependant, c'est bien la Revue trimestrielle qui lui a donné l'idée de transposer dans un décor nouveau l'antique et cruelle histoire de Brutus.

Mais la légende corse elle-même, d'où vient-elle? Abstraction faite de la vengeance exercée par un père sur son fils, on y trouve un thème plus général encore : un fugitif est dénoncé d'un simple geste par celui qui l'a d'abord sauvé ; c'est le thème de la trahison muette... M. Alexander Haggerty Krappe a montré, da^ns la Revue d'histoire littéraire (avril-juin 1928), que ce thème se rattache à de nombreux récits populaires et plonge de lointaines racines dans le folk-lore européen. Au moyen âge, une fable latine très répandue, intitulée : Lupus, Pastor et Venator, et traduite dans le recueil de Marie de France, conte comment d'un simple clin d'œil un pâtre trahit un loup poursuivi, qui, d'ailleurs, échappe au chasseur. Une fable analogue se lit dans les recueils d'Ésope et de Babrius, où un renard a pris la place du loup. Le même renard, dans un récit allemand, est « mis à l'abri par un paysan sur une charrette chargée de paille » ; le paysan indique du geste la paille aux chas-

seurs, qui, d'ailleurs, ne comprennent ])as. Une légende gfrecque du xix« siècle montre une jeune fille qui, poursuivie par un Turc, trouve refuge dans une église vouée à saint Goorfjes ; le saint la cache sous une dalle, puis, d'un geste, siguide la didle au Turc qui s*emi)are de la victime ; celle-ci éclate en imprécations, tout comme le bandit de Mérimée lorsqu'il est découvert. Au récit corse qui est à l'origine de Matra, il faut donc supposer des « sources » lointaines et populaires. .Mais il ne semble p;js (pje Mcrimée les ail soupçonnées ; il s'en est tenu aux indications de la Revue trimestrielle.

C'est elle eucnre (|iii lui a indiqué l'ouvrage où il a pris ce que nous appellerions aujourd'hui le plus clair de sa « documentation ». L'auteur anonyme de la Revue allègue, en effet, plusieurs fois et cite le livre de Gabriel Feydel : t Mœurs et coutunws des Corses, mémoire tiré en partie d'un grand ouvrage sur la politique, la législation et la morale des diverses nations de l'Europe. Paris, an VII »; c'est d'après les données de Feydel que Mérimée se représenta le maquis et les héros de la vendetta.

Si, d'ailleurs, son attention se fixa en 1828 sur l'article de la Revue trimestrielle, c'est que, depuis deux ans, elle avait été attirée vers la Corse. M. Trahard a montré qu'il avait certainement lu de près six articles que le (7/o6e a fait paraître sur celle île du 25 mai 1820 au fi mars 1827. Le correspondant anonyme du Globe qui les a rédigés y parle du • makis », de ses habitants les « bandits », qui ne sont point des brigands, mais des « bannis «, du plus fameux de tous, Ti<Kioro Poli, (|ue les t volligcMus corses » s'épuisent en vain à poursuivre. Il décrit la vie et l'armement de ces proscrits sympathiques; il vante leur fidélité au point d'honneur et leur attnrhement aux lois de l'hospitalité ; il montre Tiodoro F*<»li t passant les nuits en plein air ou S(tus la cahute du pâtre qui n'a jamais trahi celui (pi'il a reçu... ». Il analyse, dès son premier article, le livre de Benson, dont il souligne l'intérêt.

On peut, ainsi, mesurer l'art et l'originalité de Mérimée. Il n'a point inventé le sujet de sa nouvelle ; mais il Ta trans-

formé. Il en a empruiilé le décor, les circonstances, les mœurs, l'atmosphère et la couleur ; mais il a choisi ses emprunts et les a habilement disposés. Non seulement il a su rendre « vraisemblable » — c'était pour lui le point le phis délicat — un sujet qui fait violence à la sensibilité, mais il l'a rendu dramatique. Il a condensé en quelques pages la légende du Brutus corse et, en deux scènes capitales, toute une tragédie du point d'honneur. Si Colomba est un tableau puissant, Mateo, déjà, est plus qu'une esquisse : le plus vigoureux et le plus sobre des croquis.

En 1839, du 16 août (date de son débarquement à Bastia) jusqu'au 7 octobre (date où, de Bastia, il reprit la mer pour gagner Livourne), Mérimée visita l'île que, jusqu'alors, il connaissait seulement par les livres : il put alors rectifier, d'après sa vision et ses observations personnelles, quelquesuns des détails relatifs aux mœurs, aux costumes, à la géographie, pour lesquels il s'était fié à ses informateurs ; ces rectifications sont l'objet principal des corrections qu'il apporta en 1842 au texte de Mateo. Ces corrections et variantes ont été étudiées par M. Maurice Souriau [Revue d'histoire littéraire, 1913).

Outre les ouvrages et articles déjà indiqués, on consultera avec fruit sur Mateo Falcone : F. Chambon, Notes sur Prosper Mérimée, 1902 ; Pinvert, Sur Mérimée..., 1908 ; M. Tourneux, Préface à Mateo Falcone. Paris, Carteret, 1906.

Page 3, ligne 1. — ...de Porto- Vecchio... : Chef-lieu de canton, situé sur la côte orientale de l'île, à vingt-cinq kilomètres à l'est de Sartèiie.

— , ligne 1. — ... se dirigeant vers V intérieur... : En 1842, Mérimée précise la direction en ajoutant « au nord-ouest ».

— , ligne 25. — ... que les moufflons eux-mêmes .. . : Espèce de mouton sauvage, plus grand que le domestique, dont la toison grisâtre est cachée sous de longs poils fauves ou noirs. Le « mouflon commun » a reçu des naturalistes le nom de « mouton de Corse » et se rencontre aussi dans les montagnes de la Sardaigne, de la Crète , de l'Espagne, etc..

Page 4, ligne 4. — ... un manteau brun, garni d'un capu-

chon... : Lo nom corso ruppa que Mérimée indique en note est, dit M. Courlillier {article cité), un t mot impropre, qui désigne une sorte de redingote à pans ». En 1842, il donne le terme précis pilone. Pour la description même, elle lui était fournie par le livre de Feydel qui fl donnait en frontispice le portrait en pied de trois berî?ers couverts du manteau brun à capuchon ».

Page 4, ligne 5. — J^s bergers vous vendront du lait... : P]n 1842 : € vous donnent ». — M. Souriau a fait justement remarquer que la correction es! due à l'expérience, faite par Mérimée, de l'hospitalité o homérique » des bergers corses. Le 28 août 1839, pendant son voyage dans l'île, il écrivait à son ami Lenormant : « Point d'auberges. Pour vivre, il faut faire provision de lettres de recommandation, au moyen desquelles on est traité homériquement par les gens... »

— , ligne 21. — Son habileté au tir du fusil... : Il est possible que Mérimée ait emprunté ce trait au héros, alors célèbre déjà, d'^s romans indiens de l'écrivain américain Fenimore Cooper. Le Dernier des Mohicans avait été traduit en 1826, la Prairie en 1827 et les Pionniers dès 1823. Comme Mateo, Œil-de-Faucon méprise les chevrotines et le petit plomb et se vante d'atteindre un animal, d'une seule balle, à un endroit déterminé (voir G. Courtillier, art. cité). Au reste, l'article de la Revue trimestrielle donnait cette indication précise, prise à l'historien Filippini : « Il n'y a pas jusqu'aux enfants de huit ou dix ans, qui à peine peuvent porter l'arquebuse, et néanmoins s'exercent toute la journée, de manière qu'ils touchent un but de la largeur d'un écu... »

Page .^, ligiip 21. — ... trois filles (dont il enrageait)... : Les insulaires t ne s'embarrassent guère de leurs filles » [Revue Irimeatrielle).

Pnge 6, ligne 10, — ... son oncle Ir raporale... (et la note) : En 1842, Mérimée, qui avait constaté pendant son voyage que rnppellalioii do « <;iporale » n'était plus d'un usage courant, a rectilië ainsi le début de sa note : o Les capo-

raux furent autrefois les chefs que se donnèrent les communes corses quand elles s'insurgèrent contre les seigneurs féodaux. Aujourd'hui, on donne encore quelquefois ce nom à un homme qui, elc... » — Voir au début de Colomha (dont l'action est censée se dérouler à l'automne de 1819, mais où Mérimée décrit les mœurs observées par lui juste vingt ans plus tard) l'amusant quiproquo provoqué par l'emploi du terme. Le capitaine de la goélette nolisée par le colonel Nevil lui demande la permission de prendre à son bord un de ses parents, « c'est-à-dire le petit-cousin du parrain de sou fils aîné », « officier aux chasseurs à pied de la garde », qui retourne en Corse, « son pays natal », « pour affaires pressantes » :

«... Il commença un éloge en trois points de son parent, qu'il termina en assurant que c'était un homme très comme il faut, d'une famille de Caporaux...

« Le colonel et miss Nevil trouvèrent singulier qu'il y eût en Corse des familles où l'on fût ainsi caporal de père en fils ; mais, comme ils pensaient pieusement qu'il s'agissait d'un caporal d'infanterie, ils conclurent que c'était quelque pauvre diable que le patron voulait emmener par charité... »

Pendant la traversée, le colonel traite le jeune homme avec familiarité et lui offre une pièce d'or. Orso délia Rebbia explique d'abord qu'il est lieutenant en demi-solde, et puis : « — Pardon, colonel ; mais le quiproquo est admirable, et je ne l'ai compris qu'à l'instant. En effet, ma famille se glorifie de ccrmpter des caporaux parmi ses ancêtres ; mais nos caporaux corses n'ont jamais eu de galons sur leurs habits. Vers l'an de grâce 1100, quelques communes, s'étant révoltées contre la tyrannie des grands seigneurs montagnards, se choisirent des chefs qu'elles nommèrent caporaux. Dans notre île, nous tenons à honneur de descendre de ces espèces de tribuns. » [Colomba^ ch. II.) Page 6, ligne 17. — ... d'un bonnet pointu... : Plus loin, Mérimée fait préciser par l'adjudant Gamba : « un bonnet pointu

de peau de chèvre ». C'était une erreur due à l'un de ses informateurs et qu'il constata de ses propres yeux en 1839. Dans l'édition de 1842, il substitue à son texte : € un bonnet pointu en velours noir ». Le bonnet des Corses n*a rien, en effet, de coniniun avec celui de Robinson Crusoé.

Page 6, ligne 18. — ... couvert de haillons... : Ces « haillons » sont précisés plus loin : il s'agit d'une vieille capote de soldat, en loques sans doute.

— , ligne 21. — ... était un proscrit... : En 1842, Mérimée substitue à t proscrit », dans toute sa nouvelle, le terme pour ainsi dire technique et d'emploi vulgaire : bandit; mais il juge bon de glisser ici en note cet avertissement : t Ce mot est ici synonyme de proscrit. » Les deux termes sont employés l'un près de l'autre et dans le même sens (homme qui s'est mis lui-même ou qui a été mis hors la loi^ par Victor Hugo dans Hernani : il semble bien, d'ailleurs, que la rapide évocation des bandits corses dans Mateo Falcone ait inspiré au poète quelques traits de la large peinture qu'il a faite des bandits catalans dans son drame fameux :

Dofia Sol.

Je vous suivrai.

Ilernani.

Parmi mes rudes compagnons?

Proscrits dont le bourreau sait d''avance les noms, Cens dont famais Ir fer ni le cœur ne s''(mousse. Ayant tous quelque sang à venger qui les pousse? Vous viendrez commander ma bande, comme on dit? Car, vous ne savez pas, moi, je suis un bandit !...

(Hernani, acte I, scène 2, vers 125-130.)

l'agc 7, note 2. - - I/uniformr de.f volti fleurs est... : Le t bataillon de voltigeurs corses » avait été créé par ordonnance royale du 6 novembre 1822 ; son uniforme était bien brun, mais le collet et les parements en étaient verts (d'après la CoUeetion raisonnée des uniformes français de 1814 à 1824, f.ar i: L;iiiii I\itis, 1825). D'où provient l'erreur de Méri-

mée? Il a dû la constater lors de son voyage ; car en 1842 il a fait la correction a était alors ». Les collets ont-ils été jaunes quelque temps, entre 1825 et 1829...?

Page 7, ligne 23. — ... dans ta giberne... : En 1842 : a dans ta carchera », et Mérimée explique, par une note : « Ceinture de cuir qui sert de giberne et de portefeuille. »

Page 8, ligne 8. — ... dans une poche de cuir... : Dans le texte de 1842, cette « poche », d'après les termes mêmes de la note de Mérimée, fait double emploi avec la « carchera ». Mais, en 1829, Mérimée imagine qu'elle pend, en plus de la giberne, à la ceinture de cuir.

— , ligne 14. — ... dans un tas de foin... : On a pu faire remarquer l'invraisemblance de ce détail ingénieux inventé par Mérimée : on ne trouve point en Corse la a maison rustique » de la France, avec cours, granges, etc.. ; le fourrage n'existant pas au maquis, on ne voit guère de « tas de foin » devant la porte des maisons.

Page 11, ligne 9. — ... car la cabane d'un Corse, etc.. : Le mot « cabane » convient-il bien? Oui, si l'on en croit l'ouvrage de Feydel dont s'inspire ici Mérimée : mais les autres auteurs du temps décrivent l'habitation du paysan corse comme un solide cube de pierre, rarement isolé dans la campagne, où toute une famille vit assemblée. Mérimée semble confondre la maison du notable paysan qu'est Mateo avec la cabane rudimentaire du pâtre. En 1842, il a effacé un détail : « une table qui sert de lit. . . ».

— , ligne 17. — ... un coup de baïonnette... : Les voltigeurs corses avaient pour armes non point le fusil à baïonnette, mais a une carabine, des pistolets et un sabre ».

Page 14, ligne 3. — ...le combat que se livraient... et le respect dû à Vhospitalité : L'auteur de l'arlicle paru dans la Revue trimestrielle rapporte ces paroles d'un historien de 1749, où M. Charlier invite justement à reconnaître le sentiment profond sur lequel repose toute la « psychologie » de la nouvelle :

« ... J'ai vu offrir des sommes considérables à des gens pauvi'es et misérables pour enseigner à nos troupes la

retraite de certains bandits, contre lesquels on savait qu'ils avaient ce qu'on appelle una inimin'zia di sangue : ils rejetaient cette proposition comme un affront, .l'ai emplovi' moi-môine, en plusieurs cas semblables, toute ma rhétorique pour les persuader (sous l'appui d'une forte récompense) de nous fournir les moyens d'arrêter certains sc-élërats dont on voulait purpjer le pays, en leur promettant un secret inviolable : ils me répondaient qu'ils ne r.iuraient pas fait quand il se serait api de la fortune la plus considérable. « Dans le même article, Mérimée pouvait lire que « le droit d'hospitalité est vénéré parmi les Corses » et que, pour eux, t l'hospitalité a toujours été une sorte de religion ». Mais le même auteur avertissait aussi qu' t aujourd'hui » on risquerait de trouver quelques regrettables exceptions à cette rigueur traditionnelle, et qu' t un Corse n'est plus le type invariable de tous les Corses ».

Page 15, ligne 15. — ... à la ferme de Crespoli... : o Lieu géographique inconnu en Corse » (Court illier, art. cité). Mais Crespoli n'est-il point le nom du possesseur imaginaire de la ferme?...

— , ligne 25. — ... la frnimc... courbée péniblement... : M. Charlier signale que Mérimée transcrit ici simplement l'indication très nette donnée par sa a source principale » : «... Les Corses qui se croiraient déshonorés en se livrant au travail y condamnent impitoyablement leurs femmes... ce sont elles qui font ordinairement les transports de fourrage et des autres objets qu'on amène de la campagne à la ville » {Ftei'ue trimestrielle).

— , ligne 27. — ...ne portant qu'un fusil à la main, et un autre. . : c On sent que, daris un tel état de société, on ne doit jamais marcher sans armes ; aussi, les habitants des villes maritimes exceptés..., vous ne rencontrez, pas un Corse qui ne soil pour ainsi dire en équipage de guerre » {Reuue trimestrielle). — Même peiiiture dans Colomba, lorsque la sœur d'Orso arrive à Ajaccio accompagnée de son « écuyer »:«... Elle était suivie d'une espèce de pay-

san, à cheval aussi, en vesle de drap brun trouée aux coudes, une gourde en bandoulière, un pistolet pendant à la ceinture ; à la main, un fusil dont la crosse reposait dans une poche de cuir attachée à l'arçon de la selle : bref, en costume complet de brigand de mélodrame, ou de bourgeois corse en voyage » {Colomba, ch. V).

Page 16, ligne 5. — ... un particulier bien famé... : Expression populaire, spéciale surtout aux « rapports » établis par la gendarmerie et l'administration.

— , ligne 6. — ... il n'y a point de Corse... : En 1842, Mérimée atténue : « il y a peu de Corses ». Il semble qu'il ait rapporté de son voyage le souci de ne point irriter, par des affirmations trop absolues, la susceptibilité des insulaires. C'est ainsi que, peu de jours après la publication de Colomba dans la Revue des Deux Mondes, il écrivait à son ami Lenormant : « Je suis bien content que M^^^ Colomba ne vous ait pas trop déplu. J'aurais pu ajouter à son portrait quelques touches qui l'auraient peut-être rendu plus ressemblant^ mais j'ai craint Voffensionem gentium... » Et à un autre ami : « ... Si je n'avais pas craint de déplaire à trois ou quatre bandits de mes amis, j'aurais pu vous donner encore quelques touches de couleur locale, mais ici on ne m'aurait pas cru, et, quand je serais retourné en Corse, on m'aurait fait mourir délia mala morte... »

— , ligne 25. — ... V emploi d'une bonne ménagère, etc.. : M. Charher signale : — Cette idée paraît bien inspirée au conteur par certains détails d'une anecdote que l'anonyme auteur de l'article (dans la Revue trimestrielle) emprunte à Germanes : « L'un de ces Corses, renfermé dans la tour qui garde la plage, faisait un feu presque continu, aidé d'une femme qui suppléait au défaut de la main dont il était privé. Les deux autres, retranchés derrière un petit mur, tiraient à tout instant, parce que les trois femmes qui les secondaient chargeaient dans les intervalles. »

Page 18, ligne 7. — ... ce n'était qu'un Français... : « La

fierté du Corse lui inspire une sorte de mépris pour les étrangers... Abattu sous la tyrannie de Gênes, il se vengeait par le dédain, et il s'est habitué à dire : — Ce nest quun Génois! L'homme de Lucques vient, chaque année, travailler son champ, et : — Ce n'est qu'un Lucquoisi... Il lui est arrivé même de dire quelquefois : — Ce n'est qu'un Français l... » [Revue trimestrielle.)

L'étrange liistoire relatée dans cette nouvelle sembla tout de suite présenter, grâce à l'art du conteur, un caractère de réalité intense : au lendemain de sa publication dans Mosaïque, le comte de Loovenhielme, « envoyé du roi de Suède et de Norvège à la cour de France », se crut obligé de protester : sa lettre, datée du 13 juillet 1833 (par erreur, car elle parut en juin), fut insérée par la Revue de Paris (1833, t. LI, p. 249-250) sous le titre de Démenti donné à un fantôme. Il y cédait la parole à un « employé principal aux archives de Suède » qui afTirmait que la tradition utilisée par Mérimée — tradition d'ailleurs courante en Suède depuis le milieu du xviii* siècle — s'appuyait sur des détails fantaisistes. Il résultait au moins de cette lettre que la Vision de Charles XI n'était point due à la seule imagination de Mérimée. M. Roger Peyre a retrouvé la t source » de cette nouvelle [Revue d'histoire littéraire^ janvier-mars 1914).

C'est un curieux document conservé aux archives du ministère des Affaires étrangères : un fonctionnaire de ses amis en donna sans doute communication à Mérimée. Un journal allemand, le Vaterlandischen Muséum, ayant publié, sous la forme d'une lettre datée du 16 juin 1810, le récit d'une visite au château de Oripsholm, situé dans une lie du lac Mœlar, en Suède, un de nos diplomates en fit parvenir la traduction au ministère; c'était l'époque — et M. Roger Peyre a omis de signaler ce point — où le roi Charles XIII, qu'une révolution avait installé sur le trône en 1808-1809, et qui était sans enfants, cherchait à s'assurer un héritier par adoption et songeait à choisir le maréchal Bernadotte.

L'auteur de l'article contait qu'au château de Gripsholm le roi Charles XI avait eu, jadis, une vision étrange, dont il avait, aussitôt, écrit la relation. Celle-ci, reproduite tout au long, était d'un style net et sobre, qui dut plaire à Mérimée.

En voici le texte :

Me trouvant, dit ce roi, dans la nuit du 16 au 17 décembre 1676, plus tourmenté que de coutume par ma mélancolie habituelle, je m'éveillai vers onze heures et demie et je portai sur-le-champ les yeux du côté de la fenêtre. Je remarquai plus de clarté qu'à l'ordinaire dans la salle du trône, ce qui me lit demander au chancelier Bielke, qui se trouvait en ce moment dans mon appartement, ce que signifiait la clarté qu'on apercevait dans la salle et si le feu n'y aurait pas pris? Celui-ci me répondit que c'était le reflet de la lune que j'apercevais. Je fus satisfait de cette réponse et je tâchai de goûter un peu de repos. Mais un sentiment d'inquiétude m'agitant, je me retournai une seconde fois vers la fenêtre, où je fus frappé de découvrir la même clarté. Je répétai donc que les choses n'étaient pas dans l'état naturel, et le bien-aimé chancelier répondit encore que c'était le clair de la lune qui m'avait frappé. Le conseiller Bielke entra dans ce moment dans ma chambre pour savoir comment je me trouvais ; je me hâtai de demander à ce brave homme si le feu n'avait pas réellement pris à la salle du trône. Il fut un instant avant de répondre : « Grâce au ciel, me dit-il, c'est le clair de lune qui cause l'inquiétude de Votre Majesté. » J'étais un peu plus tranquille, lorsque, me tournant une troisième fois vers la fenêtre, il me sembla que je voyais plusieurs hommes. Alors, je me levai, je pris ma robe de chambre, j'allai à la fenêtre que j'ouvris et je vis très distinctement, cette fois, la salle éclairée et remplie d'hommes. « Messieurs, dis-je à ceux qui étaient avec moi, tout n'est pas dans l'ordre ici : vous êtes tous persuadés que qui craint Dieu ne doit rien craindre en ce monde. Je veux aller voir cependant ce que ceci signifie. » J'ordonne à l'un de ceux qui m'entouraient de faire venir le concierge pour m'apporter les clefs. Dès qu'il fut entré, je me rendis avec lui et tous ceux qui se trouvaient là vers une issue secrète et fermée, pratiquée dans mon appartement à la droite de la chambre à coucher de Gustave, fils d'Éric ; j'ordonnai au concierge d'en ouvrir la porte, mais il me supplia en tremblant de l'en dispenser. Je priai le chancelier Bielke de l'ouvrir lui-même, qui s'en excusa également. Je fis la même demande au conseiller du royaume, Oxenstierna, homme déterminé, qui me répondit : « Sire, j'ai bien fait serment à Votre Majesté de risquer ma vie et de verser mon sang pour elle ; mais j'ai de même juré de ne pas ouvrir cette

/JT) NOTES ET ÉCLAIHCISSEMKNTS

porte. » Je commençai moi -môme à me troubler. Cependant, mVtnnt un peu remis, je pris la clef et j'ouvris moi-même la porte. L'appartement t'I le parquet étaient couverts d'un drap noir; nous nous mimes à trembler et nous gagnâmes pourtant l'entrée de la sali»' du trt\ne ; je chargeai le concierge d'en ouvrir la porte, qui me conjura, ainsi que tous les autres, de l'en épargner. Je fus encore une fois obligé d'ouvrir moi-même ; mais j'avais à peine le pied dans la salle que le trouble dont je fus saisi me força d'en sortir prompteinent. M'étant fait soutenir un moment, je dis à ceux qui étaient près de moi que s'ils voulaient me suivre nous verrions ce que c'était et que peut-être Dieu nous découvrirait quelque chose. Ils y consentirent en tremblant. Aussitôt que nous fûmes entrés, nous vîmes une grande table, autour de laquelle étaient seize hommes vénérables qui avaient devant eux de grands livres. On voyait au milieu un jeune roi de seize, dix-sept ou dix-huit ans, une couronne sur la tête et un sceptre à la main, A la droite du jeune roi, nous vîmes un seigneur de haute taille et d'une belle figure qui paraissait âgé de quarante ans et dont l'extérieur annonçait la probité ; à sa gauche se trouvait un vieillard d'environ soixante-dix ans. Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que le jeune roi secoua plusieurs fois la tête quand tous ces hommes vénérables frappaient fortement leurs livres avec la main. Je détournai un instant mes regards du jeune roi et j'aperçus tout à côté de la table deux billots et deux bourreaux qui, les manches retroussées, abattirent l'une après l'autre plusieurs têtes. Le sang qui coulait abondamment inonda bientôt le parquet. Dieu m'est témoin que j'éprouvai dans ce moment une frayeur mortelle. Je portai les yeux sur mes pantoufles, sur lesquelles je croyais que le sang avait rejailli ; mais je n'en pus découvrir aucune trace. Tous ceux qu'on venait de décapiter étaient pour la plupart de jeunes seigneurs. J'éloignai mes regards de cette scène ensanglantée pour les reporter du côté de la table, derrière laquelle on découvrait, dans l'un des coins de la siUie, un trône presque renversé et près de lui un hommo qui paraissait être le souverain dont l'âge annonçait (jiiarante ans. Je me sentis frissonner, trembler et je tâchai de regagner la porte d'où je me mis à crier à haute voix : « Quelle est la voix du maître qu'il faut écouter I Mon Dieu, quand doit arriver tout ce que je vois? » On ne me répondit pas. Je m'écriai encore : « Grand Dieu 1 dans quel temps s'accomplira tout cela? » Je n'eus pas plus de réponse que la premier»- fois. Le jeune roi se mit à remuer la tôle, tandis que les vénérables recommencèrent à frapper de leurs mains leurs grands livres. Je criai une troisiénje fois, plus fort qu'auparavant : • Oh I mon

Dieu, apprends-moi quand ces événements doivent avoir lieu. Daigne au moins m'apprendre ce que je dois faire. » Ici le jeune roi me répondit : « II ne se passera rien de ton temps, mais tout s'accomplira sous le règne du sixième roi qui te succédera. Il sera de l'âge et de la figure que tu me vois et je te révèle que son tuteur ressemblera à celui qui est auprès de moi. A la chute du roi, de jeunes seigneurs le porteront au trône dans un âge avancé ; mais ce tuteur qui, pendant son règne — poursuivit le jeune souverain — veut enfin fixer la fortune chancelante de l'État et le trône, est consolidé, en sorte que la Suède n'eut et n'aura même jamais un roi plus grand que celui placé devant toi. Le peuple suédois sera heureux sous son gouvernement ; il atteindra une grande vieillesse et éteindra toutes les dettes du royaume qui aura de plus, à sa mort, plusieurs millions au trésor. Cependant, pour obtenir l'aiïermisselAent du trône, jamais le passé ni l'avenir n'offriront d'exemple du sang qui sera versé en Suède. Donne-lui, en ta qualité de roi, les meilleurs avertissements. » A peine les mots étaient-ils achevés que tout disparut à nos yeux et nous nous trouvâmes seuls avec nos lumières. Nous nous retirâmes frappés d'un étonnement facile à concevoir. En rentrant dans la chambre noire, nous ne fûmes pas moins surpris de voir que tout avait disparu et que les choses s'y trouvaient dans l'ordre accoutumé. Remonté dans mon appartement, je me mis à écrire le mieux qu'il me fut possible tout ce que nous avions vu et entendu. Ces avis seront cachetés et remis successivement à chaque nouveau roi qui ouvrira la lettre et la recachètera après l'avoir lue. Son contenu est en tout conforme exactement à la vérité. Pour plus d'authenticité, je prends ici Dieu notre juge à témoin du serment que je fais. Signé : Charles XI, roi actuel de Suède.

Que signifie cet extraordinaire document? M. Th. Westrin, chef de section aux Archives du royaume à Stockliolm, affirma à M. R. Peyre qu'il remontait seulement à l'année 1 742 ; le trône de Suède était alors occupé par la reine Ulrique- Éléonore, sœur de Charles XII, qui, sans enfants, s'occupait d'assurer sa succession ; deux prétendants la disputaient : le prince héritier de Danemark et le prince de Holstein- Gottorp, protégé de la Russie, qui finit par l'emporter ; les partisans du premier avaient inventé et répandu dans le public la prophétique Vision de Charles XI :

« Mais, explique Westrin, on ne trouve aucun procès-ver-

bal authentique qui atteste la prédiction en n'existe aucun document, aucun texte relatifs contemporains de la date où on l'a placé( Charles XI, aucun des personnages énumérés ne vivait à la date prétendue », c'est-à-dire en

Mérimée fut-il instruit de ces détails? Goi document était une supercherie littéraire? I moins frappé de ce fait incontestable : fabriq texte de la « vision » semble d'avance annonc des événements qui ne se déroulèrent qu'e année-là, le fils du prince de Holstein-Gottorp, héritier de Suède en 1743 et roi en 1751, régnai sous le nom de Gustave III ; une conspiration dont il avait diminué les privilèges, fut ourc dans la nuit du 15 au 16 mars, au bal masque jeune noble Ankarstroem l'abattit d'un couf bout portant. Le fils de Gustave III, âgé de fut proclamé roi sous le nom de Gustave IV a de son oncle le duc de Sudermanie, qui,, en ' fit déposer et lui succéda sous le nom de < c'est ce dernier roi de la race des Wasa qui Bernadette pour héritier.

Une comparaison attentive de la nouvell original de la « vision » montrerait, d'ailleurs, adroitement, a souligné ou modifié un certa traits, afin de mieux mettre en valeur le car; tique du récit. Au reste, comme pour bien entendait traiter le sujet avec quelque libert les noms des compagnons de Charles XI et médecin au « conseiller du royaume ». Avec u enfin, il a détaché les gestes des personnage

Page 25, ligne 16. — Charles XI ^ père du fameux i les XII... : Charles XI, roi de Suède, monta sur le à l'âge de cinq ans, en 1660, et ne prit le gouverne personnel du royaume qu'à partir de 1672. C'est en que les États de Suède lui déférèrent l'autorité abî Il mourut en 1697.

Page 27, ligne 25. — ... qui regarde le lac Mœlar... : S holm, capitale de la Suède, est bâtie sur huit îl deux presqu'îles, entre le lac Mœlar et la mer.

Page 29, ligne 29. — ... une vingtaine de vos trahans... l'allemand trahant. Ce sont les hallebardiers de la \ royale.

Page 30, ligne 22. — « Avec Vaide de Dieu! » : Foi rituelle d'exorcisme destinée à chasser le démon.

Page 31, ligne 1. — ... trophées des soldats de Gu Adolphe... : Gustave -Adolphe, ou Gustave II, surnc le Grand, né en 1594, fut roi de Suède de 1611 à 1632 génie militaire assura l'hégémonie de la Suède dans lemagne du Nord pendant la seconde période de la g de Trente ans. Chef du parti protestant, il fut vainc aux batailles de Leipsick (1631) et de Lutzen (1632), périt d'un coup de pistolet dans cette dernière rencc Au début de son règne, il avait battu le Danemark Russie ; Mérimée énumère les « trophées » de ses campagnes principales, dans un ordre inverse de 1' chronologique.

Page 31, ligne 21. — ... avant que Wasa en eût fa royaume... : Après avoir fait partie, pendant le n

420 NOTES ET ÉCLAIKCISSEMENTS

se fit proclamer roi et en 1540 déclara le trône héréditaire dans sa maison.

Page 34, ligne 20, — ... si Von se rappelle la mort de Gustave III... : Gustave 111, né en 1746, devint roi en 1771. L'année suivante, il réussit à faire accepter aux États une Constitution qui restituait l'autorité monarchique, alTaiblie depuis la mort de Charles XII par les empiétements de la noblesse et du Sénat. Son règne fut employé à défendre cette Constitution. En 1788, la Russie soutint l'opposition de la noblesse : Gustave III dut engager contre elle une guerre importante, dont le Danemark profita pour l'attaquer. Après avoir remporté une victoire navale sur la Russie, il signa la paix avec elle à Varela et imposa à l'ordre de la noblesse Vacte d'union et de sûreté qui achevait le rétablissement de la monarchie absolue en remettant au roi seul le droit de paix et de guerre. De ce jour, la noblesse conspira pour sa perte, sous la direction du comte de llorn. Dans la nuit du 15 au IG mars 1792, au milieu d'un bal masqué donné à la cour, Ankarstroem, gentilhomme suédois, tira un coup de pistolet à bout portant sur le roi, qui mourut quinze jours plus tard. Arrêté et jugé, Ankarstroem fut décapité après avoir eu le poing coupé.

Gustave IV n'avait que quatorze ans lorsqu'il succéda à son père Gustave III ; son oncle, le duc de Sudermanie, fut déclaré en même temps son tuteur et le régent du royaume. Devenu majeur, Gustave IV eut un règne malheureux ; il perdit la Finlande que lui enleva la Russie et, après avoir mécontenté à la fois la noblesse et le peuple, fut déposé par la Diète en 1800. Il vécut ensuite à l'étranger et mourut en Suisse en 18î{7. Le duc de Sudermanie fut proclamé roi à sa place sous le nom de Charles XIII ; n*ayant pas d'enfants, il adopta d'abord et fit désigner pour son successeur le prince de II<tlstein-Augustenbourg, puis, quand celui-ci mourut prématurément en 1810, le général Bernadette.

C'est cette fin dramatique et douloureuse de la dynastie

des Wasa que fait présager la « vision » du roi Charles XI. Et Mérimée lui-même invite le lecteur, pour donner tout son sens au conte, à s'en remémorer ce qu'on pourrait appeler les « dessous historiques ».

L'ENLÈVEMENT DE LA REDOUTE

On ne saurait dire avec précision où Mérimée a puisé le thème précis de cette nouvelle ; rien n'empêche de croire qu'il a pris pour point de départ le récit de quelque officier.

M. Julien Boitel, ancien inspecteur général de l'Université, en publiant V Enlèvement, vers la fm du dernier siècle, dans un recueil de morceaux choisis pour les classes {Les meilleurs auteurs français^ Delagrave, éditeur), y a joint cette note : « Le jeune lieutenant de Fontainebleau se nommait Pasquier ; c'est lui qui raconte cette scène. » Ce nom correspond à l'indication de Mérimée : « Toutes les fois que j'ai été blessé (explique le capitaine) l'officier auprès de moi a reçu quelque balle mortelle et... leurs noms commençaient toujours par un P. » Ce lieutenant serait alors quelque parent du célèbre « chancelier Pasquier », dont on sait l'intime liaison avec la comtesse de Boigne ; c'est à son salon que ferait allusion Mérimée : « Je pensai au plaisir de raconter la prise de la redoute dans le salon de M.^^ de B., rue de Provence. » En 1827, M"i6 de Boigne habitait, en effet, 12, rue de Provence, d'après VAlmanach royal. (Communication de M. Maurice Parturier.)

L'influence du récit s'est combinée dans l'imagination de Mérimés avec celle du livre où le comte de Ségur venait de raconter la campagne de Russie [Histoire de Napoléon et de la Grande Armée, 1824).

La prise de la redoute de Schwardino ou Chevardino (nom altéré par Mérimée en Cheverino) est un des épisodes les plus fameux de la campagne de 1812 ; ce fut le prélude de la victoire de la Moskowa. Le 5 septembre, l'armée de Kutusof interrompait sa retraite pour couvrir Moscou et faisait front à l'armée française dans une vaste plaine que

^22 NnTF>î FT ÉCLAIRCISSEMENTS

it .1 (Irnjto la nmlo do Smoîensk, h paurho, uno autre ...... .t la Kolotcha, au fond, la Moskowa ; presque au

centro de la plaine et appuyé sur la Kolotcha, un ouvrage fortifié était la clef du champ de bataille : la redoute de - ■ ' ', fortemoiil tenue par les Russes. Napolôon, vers

i. ... ; ..na l'ordre à la cavalerie de Murât et à la division

d'infanterie du général Compans (dit le preneur de redoutes) d'enlever l'ouvrage coûte que coûte. Les assaillants arrivèrent sans trop de peine s\ir les premières fortifications; mais là, les Russes opposèrent une résistance acharnée; pendant trois quarts d'heure, les deux partis se fusillèrent à bout portant. Quand Murât et Compans purent se dire enfin maîtres de Touvrape, il était plein de cadavres ; d'après Thiers, nous avions perdu de 4 à 5,000 hommes, les Russes de 7 à 8,000... Ce fait d'armes sanplant demeura fameux; longtemps dans l'armée, pour le désigner, on dit tout court : € la prise de la redoute... ». — M. L. Pinvert, dans la Bévue da Études historiques (mai-juin 1914), a étudié ce que le récit de Mérimée doit aux données de l'histoire.

Ce récit fut vite célèbre, presque à l'égal de Mateo Faleotte. Victor Hugo, dans le Cimetière d'Eylau {Légende de§ siècles, nouvelle série, 1877), paraît bien s'en être souvenu ; lui aussi, comme Mérimée, il montre une grande bataille aperçue à travers le raccourci d'un épisode essentiel : le cimetière, comme la redoute, est la clef du combat : le récit est fait ici par un lieutenant, là par un capitaine; mais la bravoure pleine d'entrain et de bonne humeur que Victor Hugo prête à ses héros contraste avec le courage fataliste et sombre des personnages de Mérimée.

Paife 37, ligne 1. — Un militaire de mes amis... me conta un jour...

A mes frères atnés, écoliers éblouis,

O qui suit fut ronlé par mon oncle Louis...

(Début du Climetirrr <VFylau.)

*^f ligne 2. — ... mnrt de la fièvre en Grèce, il y a quelques '"' ' 'l<'nx iiidirations fcrajrnl croire (jno Tinfor-

' !iM<" était au nombre des volontaires pliil-

hellènes qui, dès 1822 et 1823, portèrent secours aux Grecs sous le commandement du colonel Favier ; car l'expédition que la France envoya en Morée eut lieu non point a quelques années » avant 1829, mais en 1828.

Page 37, ligne 23. — ... de Vécole de Fontainebleau... : Légère erreur : l'École militaire, établie à Fontainebleau en 1803, avait été transférée à Saint-Gyr en 1808.

Page 40, ligne 15. — ... je pensai au plaisir de raconter... : Mérimée s'est peut-être souvenu du passage où, dans Cinq-Mars , Vigny raconte l'enlèvement du bastion de la Rochelle par les cavaliers de la Maison du roi : « Messieurs, nous raconterons cela à nos maîtresses à Paris I s'écria Locmaria en jetant son chapeau en l'air... » [Cinq- Mars, chap. ix). Mais déjà dans Join ville on voit le comte de Soissons qui, au plus fort de la bataille de la Mansourah, crie au sénéchal « qu'ils parleront de cette journée dans les chambres des dames ».

Page 41, ligne 4. — ... « non bis in idem »... ; Axiome juridique : a on ne sévit pas deux fois contre le même crime ».

— , ligne 14. — Toutes les fois que fai été blessé... : Dans la Partie de trictrac, le lieutenant Roger, avant la bataille navale, a le même pressentiment fatal.

— , ligne 29. — ...du côté de la gorge... : En termes de fortification, la gorge est une entrée étroite et resserrée d'un ouvrage, ménagée du côté de l'armée qui l'a construit pour s'en couvrir.

Page 43, ligne 5. — ... tenant une lance à feu... : La lance à feu, dite encore boutefeu, était un long manche de bois auquel on attachait une fusée destinée à mettre le feu à la charge de poudre des canons.

Page 44, ligne 4. — ... j'entends crier : « Victoire ! » ; Comparer Victor Hugo :

Soudain, le feu cessa, la nuit sembla moins noire ; Et l'on criait : Victoire ! et je criai : Victoire !

(Le Cimetière d'Eylau.)

Page 44, ligne 12. — Le colonel, etc.. : On peut comparer toute cette fin ii celle du Cinwiicre d'Eylau :

Je vis mon colonel venir rép<''0 on in;»in.

— Par qui donc la bataille a-t-elle été gagnée?

— Par vous, dit -il... » La neige étant de sang baignée, Il reprit : — C'est bien vous, Hugo/ C'est votre voix?

— Oui. — Combien de vivants êtcs-vous ici? — Trois.

I)*apK« Philippe de Ségur, le lendemain de l'action, le colonel du 61» présenta à Napoléon son régiment reconstitué à deux bataillons : — Où est le troisième bat;iiilon? — Dans la redoute, Sire. ■

TAMANGO

Il n'est pas surprenant que Mérimée ait mis en scène une histoire de négrier ; la curiosité de l'opinion était orientée, aux environs de 1830, vers la question de la traite des noirs. l>e Congrès de Vienne, en 1815, avait aboli le commerce des esclaves et la traite maritime ; mais il avait seulement posé un principe auquel, plus ou moins ouvertement, avec la complicité plus ou moins avouée des autorités de surveillance, des trafiquants de toutes les nations continuaient de contrevenir. Depuis 1825 environ, des discussions passionnées s'étaient instituées, dans la presse, dans les salons, dans les Parlements de France et d'Angleterre, entre € abolitionnistes » et « esclavagistes ». Généreusement, l'opinion publique commençait de s'émouvoir. Les écrivains, au nom du pittoresque et de la sensibilité, favorisaient ce mouvement : Victor Hugo, dans Bug-Jargal (1820 et 1826), M"* do Duras, clans Ourika, peignaient les noirs sous des couleurs sympathiques. Mérimée obéissait donc, d'abord, à U mode.

Il suivait aussi l'impulsion de tout un groupe de ses amis. M. P. Trahard a rf)njerturé qne l'icb-e d'écrire Tnmnngo a pu lui venir dans le salon d'Abel Stapfer, où la jeune Américaine miss Wright prêchait avec ardeur Pabcdition do Patclavage. M. Léon VignoLs, depuis lors, a confirmé cette

hypothèse dans un article du Mercure de France (15 décembre 1927), où il a nettement précisé « les sources de Tamango ».

Le pasteur Stapfer avait fondé en 1821, avec le baron de Staël, la « Société de morale chrétienne » qui se proposait d'obtenir l'abolition de l'esclavage en éclairant l'opinion sur cette plaie sociale. Mérimée connut certainement chez lui le baron de Staël, qui ne mourut qu'en 1827, et qui, en 1825, avait procédé lui-même sur les quais de Nantes à une enquête touchant les abus de la traite. 11 put causer aussi avec d'autres abolitionnistes des plus actifs, comme Victor Schœlcher, qui préparait alors ses voyages d'enquête dans les pays à esclaves.

A ces « sources » orales s'ajoutent des documents d'un intérêt capital. Par ses amis, Mérimée connut, « s'il ne la connaissait déjà, dit M. Léon Vignols », la « célèbre brochure a de Clarkson : Le cri des Africains contre leurs oppresseurs, « ou Coup d'œil sur le commerce homicide appelé Traite des « Noirs, édition française de la Société de morale chrétienne, « accompagnée d'une grande planche pliée donnant les « coupes, horizontale et verticale, du navire négrier le « Brookes, de Liverpool, « construit pour le trafic des Noirs, « fait pour contenir 450 nègres, mais en ayant souvent con- « tenu jusqu'à 600 ». Cette planche, « dressée par ordre du a Parlement britannique », montre l'encaquement des « nègres à bord... »^. Une autre édition de cet ouvrage parut, « presque en même temps, « à Paris, chez les Marchands de « nouveautés », précédée « d'Observations préliminaires par « M. Grégoire, ancien évêque de Blois ».

La Préface de Clarkson indiquait à Mérimée le nom et les travaux de l'explorateur anglais Mungo-Park, disparu, vers la fin de 1805, dans la région du Niger : les relations de ses deux voyages avaient été traduites en français ; il les lut

1. On trouvera ce document et quelques autres, ainsi que des renseignements sur la manière barbare dont la traite était pratiquée encore à la fin du xviii« siècle, dans l'ouvrage récent de M. Gaston Martin : Nantes au XVIII^ siècle; t. II : Vère des Négriers (1714- 1774).

42fi ÎÎOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

. : «il tir.» maint détail sur les mreurs des peuplades du Stnt'f^aP. Clarkson lui faisait connaître, en outre, le t Uésumé de* interrogatoires relatifs à la traite, qui ont eu lieu devant le Comité pênéral de la Chambre des Communes en 1789 et 1790 t. Mérimée lut sans doute ou consulta ces ouvrages avec son avidité ordinaire. Vers le même temps, les romans de Feenimore Cooper, qui venaient d'être traduits (le Pilote dè« 1823, le Corsaire rouge et les Écumeurs de la mer en 1828), lui f' it maint détail concernant la navigation et la

vie m

Il avait, d'ailleurs, dans sa famille même, « un cousin marin » — Jean-Auguste Marc, alors lieutenant de vaiss*»au* — avec qui. en 1826 ou 1827, il pouvait s'entretenir des choses maritimes ; car on lit, dans l'une de ses lettres à M"<^ Sophie Duvaucel, lettre non datée, mais que 8on en-tête reporte à 1831 : t ... Un cousin marin très bon diable, que j'aime de tout mon cœur, est arrivé hier d'Alger. Je ne l'avais pas vu depuis plus de trois ans. Je ne sais quand je le reverrai... Je passerai toutes les soirées avec lui... »

Ainsi préparée par de nombreuses influences et par des lectures précises, la conception de Tamango fut déterminée, semble-t-il, par le retentissement qu'obtint en France, en 1828 et en 1829, un nouvel ouvrage sur l'esclavage : « Précis kistoriquje de la traite des noirs, par Joseph-Elzéar Morenas, ex-<»mployé au Sénégal, en qualité d'agriculteur-botaniste. Paris, 1828, chez l'auteur et chez F. Didot. » Ce livre ralluma les polémiques ; Morenas adressa plusieurs pétitions à la Chambre des députés pour réclamer des mesures contre !■ 'ils do chair noire. Malheureusement, reparti I . .ise, il mourut en Mingrélie en 1829.

Dana les li\Te8 de Morenas et de Clarkson, Mérimée pouvait trouver plus d'un • sujet » dramatique de nouvelle : des

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