‹ Mosaïque (volume 2)Chapitre 92 sur 102 · LA PERLE DE TOLÈDE · texte numérisé non relu

LA PERLE DE TOLÈDE

Cette « romance imitée de l'espagnol », comme l'appelle fort justement Mérimée dans la Revue de Paris, est une

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c orientale » en prose ; les Orientales de Victor Hugo avaient paru au mois de janvier 1829 ; c'est en décembre que Mérimée publia cette c romance ». L'influence du poète illustre» qui était alors son ami, apparaît évidente sur cette page pleine de couleur et de fantaisie. Victor Hugo a écrit une Romance maiursque, où Hodrigue punit t le bâtard maure, son neveu Mudarra »; dans les Bleuets, il conte l'aventure d'Alice, de qui le poc'tique surnom a pu fournir son titre à Mérimée :

La perle de l'Andalousie, Alice, était de Penafiel ;

elle aima t un Maure grenadin » et le roi la punit en la jetant dans un cloître. — Aussi éclatante de couleur, la a romance » de Mérimée est plus âpre ; le dénouement surtout lui donne un caractère sauvage ; c'est, en cinquante lignes, une peinture farouche de l'amour qui tourne à la liaine dans une âme primitive. Esquisse d'un conte que Méiiméc aurait pu développer plus longuement ; l'âme rudimenlaire du c noir Tur^ini » est sœui- des âmes de Mateo Falcone et de Tamango.

On n'a point encore décelé de « source écrite » à cette nouvelle. Peut-('*tre Mérimée a-t-il entendu conter une aventure analogue à celle du lieutenant Roger par son cousin, le lieutenant de vaisseau Jean-Auguste Marc. La lettre de M^'^ Sophie Duvaurel citée dans V Introduction prouve que ce « bon diable » d'ofTlcier de marine lit un séjour à Paris en 1828 et 1829. l>'une anecdote recueillie au cours d'une conversation, Mérimée a pu tirer les données essentielles de sa nouvelh*. IjOS détails techniques ou pittoresques sur la navigali«in lui vinrent sans doute aussi du cousin, ou de q\ielque ami marin; car, en 1830, il n'avait point fait encore de t voyage en mer » ; tout au plus, avait-il passé le « Channel » poural 1 Anglf terre.

I'" ' '<! enregistrée par son souvenir et j)eut-êlre

tr.i , ir s<in imagination, il a su tirer une étude psy-

chologique; il y a suivi de façon dramatique les ravages opéréi par le développement du remords dans une âme flère

et honnête qu'égara la défaillance d'un instanl. Ce n'est point par amour pour la jolie comédienne Gabrielle que le lieutenant Roger a triché au jeu dans une partie de trictrac ; il n'a pipé les dés que pour le vil amour du gain, pour acquérir les vingt-cinq napoléons qui, luisant sur la table, fascinaient ses yeux. Dès lors, il est envahi par le mépris de soi-même. Il se tuerait si son navire n'allait partir pour une expédition périlleuse contre les Anglais; il y disparaîl, en effet ; mais l'ironie de Mérimée s'emploie à dérober le récit de ses derniers instants.

Page 115, ligne 11. — ... du fameux pont (VEssling... : Le pont, reliant l'île Lobau à la rive gauche du Danube, qui permit de livrer la bataille d'Esshng (mai 1809), fut construit par les marins de la garde impériale.

— , ligne 25. — ... du « Constitutionnel »... ; Le plus fameux des journaux libéraux sous la Restauration.

Page 116, ligne 7. — ... son évasion du ponton de Cadix : Les Français qui avaient capitulé devant les Espagnols à Bailen en 1808 subirent une dure captivité sur les pontons ancrés dans la rade de Cadix.

Page 119, ligne 8. — ... par un sénateur... : Un sénateur de l'Empire. L'aventure du lieutenant Roger se place vers la fin du règne de Napoléon.

Page 125, ligne 4. — ... qu'il lui fallait six quatre : Il s'agit des points marqués par les dés.

— , ligne 18. — ... qui pourtant faisait écoles sur écoles... : Expression propre au jeu de trictrac : oublier de marquer les points qu'on a gagnés et se conduire ainsi comme un écolier étourdi.

— , ligne 18. — ... et qui casait... : Caser signifie, au trictrac : mettre deux dames sur une flèche.

Page 126, ligne 3. — ... quatre trous : « Un trou » signifie, au trictrac, un gain de douze points, marqué par un fiche t, qu'on enfonce dans un trou ménagé sur le bord du damier.

Page 128, ligne 20. — ... pour son partner malheureux : Partner, compagnon de jeu ; mot anglais, dont a parte-

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naire » n'est que la transcription francisée. L'Académie allait inscxire « partenaire » dans son Dictionnaire de 1835.

Pape 133, lipne 13. — ... et un vaisseau de la (\inipa^nie... : I Do la Compagnie anglaise des Indes. »

Délaissant les livres et les témoignages oraux, c'est à son expérience personnelle — celle du « dandy », celle aussi de l'amant — que Mérimée demande le sujet de cette tragique nouvelle. Pour la première fois, il se risque à écrire une étude morale, soit qu'il cède aux conseils de son ami Stendhal (voir plus haut V Introduction, p. xiii), soit qu'il obéisse à la suggestion d'une certaine mode : depuis quelque six à sept ans, en elTel, le goût des salons a accueilli avec faveur un certain nombre de romans qui semblent reprendre, non sans finesse, la tradition de René et d'Adolphe : ce sont, pour la plupart, de délicates analyses de sentimenl présentées dans un cadre mondain : tels Edouard (1824), de M"»" de Duras; Aloyg, de M"* de Custine ; Les vingt-quatre heures d'une femme sensible (1824), de la princesse de Salm.

Dans le Vase étrusque, Mérimée peint le milieu où il vit — <elui des « dandys » de 1829 — et les salons où il fréquente <laiis le faubourg Saint-Germain ; il exécute ainsi comme une suite de lithographies en couleurs où revit la « jeunesse dorée » de l'époque.

I>e € déjeuner de garçons », si alertement décrit, est un de ceux auxquels .Mérimée assista si souvent alors au café de Paris ou à la rotonde du Palais-Royal ; est -il impossible de reconnaître quelques-uns des convives? (lertains ont cru entrevoir dans le personnage de .Jules Lambert, Victor .lac- (|uemoni, Pamoureux de la Schiassetti ; il serait étonnant que Mareste ne fût point présent (faut-il reconnaître quelques-uns de sos traits dans Alphonse de Thémines?) ; qu;int a Théodore Néville, ■ qui revenait d'Egypte », M. Maurice Parturier a bien voulu nous confier qu'il ne croit pas impossible de préciser son vrai nom. Le jeune archéologue Charles l.»enormant devenu le neveu par alliance de

M™® Récamier — avait accompagné Champollion en Egypte en 1828 ; de là-bas, il avait envoyé au Globe des a lettres d'Egypte » que ce journal publia en 1828 et 1829 ; en novembre 1829, il avait donné à la Revue française une Esquisse de la Basse-Egypte ; M. Parturier a trouvé dans ses lettres deux phrases au moins que Mérimée semble avoir reprises dans le discours plein de verve qu'il prête à Théodore Néville. Mérimée n'a pas cherché bien loin ses modèles : dans le Vase étrusque, il peint ses amis.

Il s'est peint aussi lui-même : nul doute, en effet, que son amour pour M"^e Lacoste ne l'ait, ici, inspiré. Dès 1846, Hortense Allart l'indiquait à Sainte-Beuve : « Je n'ai pu vous dire hier soir que la dame en face de vous, à laquelle j'ai été parler, est la femme du Vase étrusque de Mérimée, celle pour laquelle il s'est battu, et la seule sans doute qu'il ait aimée ; elle est encore très agréable ; c'est une nièce de Mme Davilhers, une amie de Bérenger ; c'est M^^e Lacoste » (Hortense Allart, Lettres inédites à Sainte-Beuve, 1908).

Cet amour, auquel Mérimée allait s'arracher (peut-être provisoirement) en 1830 avec plus de douleur qu'il n'a voulu l'avouer, était, en 1829, traversé de soupçons, de doutes, d'inquiétudes. Mérimée avait été obHgé de se battre en duel avec le mari de sa maîtresse (voir V Introduction, p. xx-xxi). Bientôt, il allait se voir préférer un rival. Il connut la jalousie, il en souffrit. Son imagination prit sa propre aventure pour point de départ : dans plus d'une scène, il n'eut qu'à décrire ses souvenirs. De là le rayon de poésie, si rare dans son œuvre, qui tremble au-dessus de certains épisodes, où Mérimée semble prendre plaisir à graver une sorte de « keepsake » romantique.

II faut ajouter, enfin, que les pages où l'auteur analyse le caractère d'Auguste Saint-Clair ont la valeur d'une confession ; Taine, déjà, n'hésitait pas à reconnaître Mérimée dans ce portrait ; pour l'exécuter, en effet, l'auteur du Vase étrusque a pu faire poser de profil quelques-uns de ses amis, et Victor Jacquemont, en particulier; mais c'est lui-même qu'il a regardé de face, après avoir desserré les cordons du masque qu'il affectait de porter dans le monde.

^4^ NOTES ET ÉCLAIKCISSEMKNTS

Page 143, ligne 8. — ... mademoiselle Sonia g : Henriette Sontag, née à Coblentz en 1805, après avoir étudié à Vienne et avoir créé à Leipsip le Freyschûtz de Weber, vint à Paris au Théâtre-Italien : elle fut fort applaudie dans Don Juan et le Barbier de SéviUe. Elle quitta le théâtre en 1830 pour épouser le comte de Rossi, et alla se fixer à Berlin. Elle devait mourir en 1854 à Mexico, au cours d'une dei> tournées que la perle de sa fortune l'oblipea d'exécuter après 1848.

Page 144, ligne 3. — // était né avec un cœur tendre cl aimant, etc. : La mère de Mérimée, en qui la raison domina toujours la sensibilité, paraît avoir été soucieuse de réprimer très tAt chez son fils les manifestations d'une ardeur un peu farouche. Elle-même conta plus tard à Sainte- Beuve, qui l'a reproduite, une anecdote caractéristique. Pmsper, âpé tout juste de cinq ans, ayant commis quelque peccadille, elle le mit à la porte de son atelier : o 11 fil tant qu'il ouvrit la porte et, à genoux, il se traîna vers elle, suppliant toujours, et d'un accent si sérieux et dans une attitude si pathétique, qu'au moment où il arriva en sa présence elle ne put s'empêcher de rire. A l'instant, il se releva et, changeant de ton : « Eh bien ! s'écria-t-il, puis- « qu'on se moque de moi, je ne demanderai plus jamais par- «don... » (Sainte-Beuve, Ca/ï/>rs, p. 11-13). D'après Sainte- Beuve, c'est le souvenir de cette première déception profonde qui aurait décidé Mérimée adolescent à se cuirasser d'ironie et à ne f jamais demander pardon aux choses et aux gens qui finissent, un jour, par vous éclater de rire au nez... ». L'anecdote paraît authentique; sans qu'on en doive tirer peut-être une conclusion aussi rigoureuse que Sainte-Beuve, elle donne une indication précieuse Rur le C4*rarlère de Mérimée.

, ligne 6. - ... les railleries de ses camarades : Au lycée impérial Napoléon, où il entre comme externe libre en octobre 1811, Mérimée met sa coquetterie à briller, parmi »**' «des, p.'ir l'élégance de ses t costumes à l'an-

gïtti aes l'âge de quatorze ans, il joue au dandy ; il

•*attire ainsi les railleries et peut-être les brimades de

quelques lycéens, entre autres de ses cousins, les Dubois- Fresnel, et il leur rend ironie pour raillerie. Bientôt, écrit sa mère, dans une lettre intime, il devient « maigre comme un garenne, mauvais et gouailleur à taper... », et il affiche une sorte d'effronterie déplaisante. Mais son ami de prédilection est le sensible, ardent et lyrique J.-J. Ampère.

Page 146, ligne 6. — Il avait beaucoup voyagé... : C'est ici que le trait conviendrait mieux à V. Jacquemont qu'à Mérimée, qui, à cette date, n'avait encore accompli qu'un voyage en Angleterre (avril-novembre 1826).

Page 148, ligne 16. — ... w/i « ami » et une maîtresse... : Mérimée s'est-il ressouvenu ici d'une pensée de La Bruyère? « Une belle femme qui a les qualités d'un honnête homme est ce qu'il y a au monde d'un commerce plus délicieux : l'on trouve en elle tout le mérite des deux sexes. » [Caractères. Des Femmes.)

— , ligne 26. — ... ce jeune auteur qui fait de si jolies aquarelles... : Ce jeune auteur est Mérimée lui-même dont le talent de dessinateur et les agréments mondains sont fort connus dans « sa société » en 1829. Ainsi, Mérimée, pour décevoir le lecteur, s'amuse tantôt à se confondre avec Saint-Clair, tantôt à se distinguer de lui.

— , ligne 28. — ... qui a servi sous Diébitch... : Le maréchal russe Diébitch (un vétéran des guerres napoléoniennes) fit deux campagnes contre les Turcs ; la première, indécise, en 1828, où il n'arriva qu'au pied des Balkans et dut repasser le Danube ; la deuxième, foudroyante et décisive, qui mit fm à la guerre et assura l'indépendance des Grecs, en 1829. — C'est dans la première de ces campagnes qu'aura servi l'officier russe traité ici de Lovelace ; car, publiant sa nouvelle au mois de janvier 1830, Mérimée oblige de supposer que l'action s'en déroule au plus tard à l'été de 1828 ; même, si l'on tient compte de toutes ses indications, on est contraint d'en faire remonter plus haut la date ; car « trois ans » encore et « quatre mois » s'écoulent avant la mort de la comtesse, qui en constitue le dénouement... Cependant, c'est bien la «jeunesse dorée » de 1828

'l^2 NOTES ET ECLAIKCISSEMKNTS

,,., iv»'i «nip peint tout ce début. 11 y a là une légère iii- \ .lance, à laquelle il est surprenant que l'auteur

n'ait jamais pris f?arde. Quant au « Lovelace russe » luimôme, ne s'affirail-il pas d'Alexandre TourpiienefT (178'i- 1846), historien, homme d'État, voyageur et mondain?

Pa^ 149. ligne 1. — ... un beau coup de sabre sur le front : L'original de ce Camille T*** ne serait-il pas le même que celui du Darcy de la Double Méprise (encore que dans Darcy comme dans Saint-Clair Mérimée ait mis beaucoup de lui-même)? Darcy, en eiïet, a la même cicatrice : t ... Elle (Julie de Chaverny) remarqua qu'il avait au front une cicatrice assez longue qu'il cachait mal avec une mèche de cheveux et qui paraissait avoir été faite par un coup de sabre... »

— , ligne 9. — ... dans Vune ou Vautre de ces deux positions... : ( >n ne saurait guère douter qu'il ne s'agisse ici de Stendhal.

— , ligne 22. — ... un déjeuner-dincr... : C'est un déjeuner qui, commençant plus tard que le déjeuner ordinaire, peut, en se prolongeant, rejoindre l'heure du dîner dont il finit par tenir lieu. — Dans ce « déjeuner-dîner », Mérimée a peint les réunions joyeuses et élégantes de la t jeunesse dorée » : le cadre est, peut-être, sur les boulevards, le café de Paris, ou, au Palais-Royal, le café de la Hotonde. Il a sans doute emprunté plus d'un trait aux dîners où, à cette époque, il se retrouvait, chaque semaine, à la Kotonde ou au café de Paris, avec A. de Musset, Mareste, Eugène Delacroix, le mystérieux docteur KorefT, Malilourne, t lion » destiné à devenir bibliothécaire de r.\rsenal. et ('hegaray, autre « lion » qui finit notaire. On rencontre des scènes analogues dans certains romans de Hah.ac (/>» Secrets de la princesse de Cadignan. Gobseck. Le Cabinet des Antiques).

INige 150, ligne 24. — ... .Judith Posta... : « La Pasta » (cfimme on disait abus), (-antatrice italienne, née en 1798, pré» de Milan, après s'être révélée à Vérone, en 1822, pendant le» fête» du Congrès, était venue à Paris en 1823 ; elle se partageait entre notre Opéra et les théâtres ly-

riques de Londres, où la mode la portait également aux nues. Elle cessa de chanter en 1840 et mourut en 1865. — Stendhal, Ampère et Mérimée fréquentaient chez elle ; là Jacquemont connut la Schiassetti, qui le désespéra au point qu'il partit pour le voyage où il devait mourir.

Page 152, ligne 29. — ... la fable du renard qui a la queue coupée : La Fontaine, Fables, V, 5 : « Le renard ayant la queue coupée » :

Que nous sert cette queue? Il faut qu'on se la coupe :

Si l'on me croit, chacun s'y résoudra. — Votre avis est fort bon, dit quelqu'un de la troupe ; Mais tournez-vous, de grâce, et l'on vous répondra...

Le malin Thémines vient de mettre la fable en action.

Page' 153, ligne 10. — ... Staub... : Tailleur alors fort à la mode chez les dandys : c'est chez lui aussi que Balzac envoie Rastignac s'habiller.

— , ligne 19. — ... comme Brummel : Georges Brummel (né en 1778), favori du roi George IV, fut, à Londres, le prince de la mode et des dandys. « Il n'y a que trois hommes au monde, disait-on vers 1815 : Napoléon, Byron et Brummel. » Brouillé avec le prince de Galles et ruiné, il vint en France en 1830 comme consul de France à Caen, où il mourut dans la misère en 1840.

— , ligne 28. — ... auprès de Fondi? Petite ville, située auprès du lac du même nom, à quatre-vingt-huit kilomètres au nord-ouest de Naples.

Page 156, ligne 5. — ... « Frailty »... .• « Fragilité, ton nom est femme! » (Shakespeare, Hamlet, acte I, scène II, vers 173).

Page 157, ligne 7. — ... la femrne de France la plus spirituelle... : Il semble que la phrase interrompue de Thémines allait se compléter par le nom de M°^e de Staël, dont le prestige demeurait grand parmi la jeunesse romantique ; Thémines allait alléguer sans doute que l'auteur

de Corinne aima M. de Rocca, jeune officier maladif et séduisant, mais dénué d'esprit.

page 157, ligne 16. — ... U' pacha?... : Le célèbre pacha d'Egypte, Méhémet-.\Ji, qui, après avoir conquis l'Arabie cl le Haut-Nil, venait de risquer son prestige en soutenant les Turcs contre les Grecs révoltés ; il demandait alors au sultan des compeFisations qu'il allait bientôt s'attribuer en Syrie, les armes à la main. L'opinion lui était généralement favorable a Paris; dès 182i. le Globe dans l'un de ses premiers numéros (le 0 novembre), écrivait : « On nous fait du pacha d'Épypte un portrait imposant et, pour ainsi dire, poétique. On nous parle de la protection qu'il accorde aux étrangers, des relations qu'il établit avec l'Europe ; tantôt il est Français, tantôt il a servi dans les armées françaises... »

— , ligne 26. — ...la statue de Memnon? Il s'agit des débris de la fameuse statue colossale de Memnon, élevée près de Thèbes, qui rendait, disait-on, des sons harmonieux lorsque le soleil, à l'aurore, venait la caresser ; car Memnon, d'après la mythologie, prince d'Egypte et d'Ethiopie, qui mourut au siège de Troie, était le fils de l'Aurore.

— , ligne 26. — Ibrahim parha?... : ?1ls de Méhémet-Ali, remarquable homme de guerre, qui avait commandé le corps expéditionnaire égyptien en Morée. Il devait s'illustrer en conquérant deux fois la Syrie contre les Turcs, en 1832 par la victoire de Konieh, en 1830 par celle de Neïib.

Page l.'iK, ligne 5. — /^s pyramides I d'honneur... : Charles Lenormant avait écrit dans ses lettres d^ Egypte, parues au Glnbe en 1828 et 1820 : « On est tenté (je blasphème) *'' ' h»8 pyramides parmi les grandes badauderies

di . , à l'amusement et à l'occupation éternels des

so!« qui cximposent la majorité du genre luiinain » (voir Ch. Lenormant, Beaux-arts et voyages, t. Il, p. 110). . li'/iiï» 6. — ... f rrgular humbug ». .• Anglicisme familier : « une myslîflcfltion en règle >-.

NOTES ET ÉCLAIHCISSEMENTS 445

Page 158, ligne 7. — Le Munster à Strasbourg... : Nom de la tour de la cathédrale, qui a 142 mètres de haut.

— , ligue 9. — La seule vue d'un hiéroglyphe... ; « Je Iravailic les hiéroglyphes à force », écrit Charles Leuormant {Ibid., p. 84).

— , ligne 23. — ... un djerid... : « un javelol ».

— , ligne 24. — ... Mourad bey. : Le chef mamelouk qui avait usurpé sur l'autorité des Turcs en Egypte et qui commandait le pays en 1798, lors de l'expédition de Bonaparte. Vaincu, il devint l'allié des Français.

— , ligne 25. — ... un khandjar... : Le khandjar (mol arabe qui signifie o coutelas ») est un poignard à lame longue et affilée des deux côtés : le yataghan est, au contraire, un sabre courbe et pointu.

Page 159, ligne 10. — ... quel grand homme que « Bounahardo » ! Rapprocher la pièce 39 des Orientales do Victor Hugo, qui avaient paru en janvier 1829 :

Souvent Bounaberdi, sultan des Francs d'Europe... Etc..

— , ligne 13. — « Giourdina, c''est-à-dire Jourdain »... ; Souvenir du Bourgeois gentilhomme de Molière ; à la scène 1 de l'acte V, MJ^^ Jourdain s'effare de voir son mari costumé en Mamamouchi, quelques minutes après que la bouffonne « cérémonie turque » vient de s'achever :

M™e Jourdain. — Quelle cérémonie, donc?

M. Jourdain. — Mahometta per Giordina.

M™® Jourdain. — Qu'est-ce que cela veut dire? M. Jourdain. — Giordina, c'est-à-dire Jourdain...

On peut se demander si l'ironie de Mérimée n'atteint pas ici directement les vers de Victor Hugo.

Page 160, ligne 7. — ... par Charlet. : Célèbre dessinateur né en 1792, mort en 1845, qui partage avec Raffet la gloire d'avoir immortalisé par la lithographie, alors toute nouvelle, les exploits et les costumes des armées de Napoléon.

446 NOTKS KT ÉCLAIRCISSKMKNTS

Pajfe 160, lipne 29, — ... depuis le cèdre jusqu'à Vhysope. : Cette expression biblique [Rois, I, IV, 33) était passée autrefois en proverbe pour signifier : « du plus grand détail jusqu'au plus petit » : Mérimée l'a sans doutf priso dans Molière : «... I>es auteurs, depuis le cèdre jusqu'à lliysope, sont diablement animés contre lui... » (Impromptu de Veraaities^ 8c. 5.) Elle lui est, en tout cas, familière, et on la trouve souvent dans ses lettres.

Page Ifil, ligne 7. — ... sur le canapé oii, la veille,... : Légère inadvertance ; c'est le malin même, à l'aurore, aussitôt après sa séparation d'avec Mathilde, que Saint-Clair s'est jeté sur son canapé pour méditer avec ivresse sur son bonheur. Mais, après avoir ainsi rêvé, il a dormi ; de là vient sans doute qu'il reporte son exaltation au soir précédent.

Page 163, ligne 15. — De sa main, elle agitait... : « Elle... » Qui? La « figure », qui a donc « une main »?... Ce raccourci d'expression sera le procédé favori des frères Goncourl.

Page 165, ligne 29. — « L'alouette »... .• « Ce n'était pas le

r " ■' ), c'était l'alouette, la messagère de l'aurore... »

r. peare, Roméo et Juliette, III, 5.)

Page 168, ligne 20. — Dans une allée du bois de Verrières... : Le bois de Verrières est situé près du village du même nom, au nord de la vallée de la Bièvre, à quatorze kilomèlres environ de Versailles. — C'est la seule indication géographique donnée par Mérimée ; elle peiniet de croire que M™« de Courcy avait sa « campagne » dans la vallée de la Bièvre.

Page 172, ligne 1. — ... une couturière dont j'étais amoureux quand j'avais .leize ans. . . : Souvenir personnel de Mérimée : «... Quand j'étiiis écolier, je reçus d'une couturière un billet surmonté de deux cœurs enflammés... de plus, une déclaration fort tendre. » Mais la suite de l'histoire ne reasemble pas à celle de Saint-Clair : « Mon maître dVtudes commença par me prendre mon billet, et l'on

NOTES ET ÉCLAlllClSSKMENTS 447

me mit en prison. Puis l'objet de cette naissante passion se consola avec le cruel maître d'études... » {Lettres à une Inconnue, t. I, p. 15).

Page 175, ligne 29. — ...le combat d'un Lapithe contre un Centaure. : Les Centaures, monstres demi-hommes et demi-chevaux, ayant été invités par le roi des Lapithes, Pirithoiis, à ses noces avec Hippodamie, voulurent enlever cette princesse ; d'où un combat au cours duquel les Lapithes eurent le dessus. Ce combat inspira souveni les sculpteurs grecs ; un fronton du temple d'Olympie le représentait.

Page 176, ligne 4. — ... chez Tortoni... : Le café-glacier Tortoni, sur le boulevard des Italiens, non loin de la Maison Dorée et du Jockei-Club, où les dandys de la jeunesse dorée tenaient leurs assises : « Le café de Paris et celui de Tortoni siègent dans la contre-allée que la mode a choisie depuis quelques années pour le rendez-vous des femmes les plus brillantes et des merveilleux de toute l'Europe. « {Dictionnaire des monuments de Paris, 1826.)

— , ligne 24. — ...un pistolet anglais de Manton... : Manton est une ville d'Angleterre (comté de Rutland) qui possède une fabrique d'armes réputée. Pour les dandys, il n'était bon pistolet ou excellent fusil que d'Angleterre. Dans Colomba, le colonel anglais Nevil fait cadeau à Orso délia Rebbia d'un fusil qui est « un excellent Manton de gros calibre » : c'est avec ce fusil, choisi par Colomba ellemême entre les trois armes présentées par le colonel, qn'Orso réussira son fameux « coup double ».

Page 180, ligne 4. — -"Edouard de Nangis. : Mérimée s'est-il plu à faire vivre en 1810 un descendant du marquis de Nangis qui joue un rôle important dans Marion Delorme? Il avait assisté chez Victor Hugo, le 9 juillet 1829, à la lecture de ce drame, qui ne fut représenté qu'en août 1831.

Page 183, ligne 25. — ... sur mon somno... : Le a somno »

était un petit meuble de luxe formant à la fois table et armoire, qui se posait près du lit dans la chambre des dames. E. de Jouy emploie couramment le mot, sous l'Empire et la Restauration, dans son Hermite de la Chaussée-d' Antin.

Page 186, ligne 8. — ... dans le château de Ham, ou à Vincennes. : Le château fort de Ham, construit en 1470 par le comte de Saint-Pol, servit longtemps de prison d'Étal ; le futur Napoléon III devait y être enfermé en 1840 ; c'est de là qu'il s'évada. — Au château de Vincennes fut conduit le duc d'Enghien ; les généraux Malet et Lahorie y furent enfermés en 1812.

— , ligne 27. — ... par une trahison odieuse? : Allusion à l'entrevue de Bayonne (5 mai 1808). Napoléon, pris pour arbitre par les deux rois d'Espagne, Charles IV, qui avait (Hé contraint d'abdiquer, et le fils de celui-ci, Ferdinand Vil, obtint de tous deux une renonciation à la couronne en sa faveur. Mais, o ayant fait la faute d'enlever un roi, il rencontra un peuple » (Chateaubriand).

Page 189, ligne 4. — ... les a Conjurations » de Saint-Réal... : L'abbé de Saint-Réal, né à Chambéry en 1639, mort en 1692, historiographe de Savoie, publia V Histoire de la conjuration des Espagnols contre Venise et la Conjuration des Gracques, ouvrages longtemps estimés.

Page 190, ligne 22. — La vie est un tapis vert, etc.. : Mérimée a écrit cette phrase sur l'album d'Aglaé Postel de Corday, qui publia en 1838 (à Louviers, chez Achaintre) Les deux sœurs. Poème. Et page d'album par nos célébrités contemporaines.

Page 198, ligne 8. — ... un chapeau en lampion,... : « Un tricorne. » Expression populaire et dédaigneuse; l'imagination du peuple assimilait les trois cornes du chapeau aux trois angles relevés du lampion à huile.

— , ligne 22. — « Le marquis de Mascarille I » ; Allusion au personnage célèbre des Précieuses ridicules.

— , ligne 23. — t Saule, marquis l » ; Mot fameux qui scande

comme un refrain le monologue du marquis dans le Joueur de Regnard, scène 10 de l'acte IV :

Eh bien ! marquis, tu vois, tout rit à ton mérite : Le rang, le cœur, le bien, tout pour toi sollicite ; Tu dois être content de toi par tout pays ; On le serait à moins. Allons, saute, Marquis ! etc.

Page 200, ligne 27. — ... Diable emporte... : Cette forme abrégée et populaire du juron : le diable m'emporte si..., est fréquente chez Molière : « Diable emporte si j'entends rien en médecine !... » {Le Médecin malgré lui, III, 1.)

Page 202, ligne 11. — Les enfants de Louis XVI I... : Cette ignorance et cette indifférence au sujet de la famille royale étaient générales sous l'Empire parmi les générations nouvelles. Chateaubriand, entre autres, l'atteste dans ses Mémoires.

Page 204, ligne 25. — ... un de nos maîtres de quartier... : Quartier désignait alors la salle d'études des élèves dans les collèges ; le maître de quartier était le « surveillant d'études » ou le répétiteur d'aujourd'hui. L'expression ne s'est maintenue dans le langage universitaire que sous la forme : « bibliothèque de quartier », qui désigne la bibliothèque des salles d'études.

Page 209, ligne 15. — ...au siège de Gibraltar. : En 1779 et en 1782, pendant la guerre engagée pour l'indépendance de l'Amérique, la France et l'Espagne tentèrent en vain de reprendre Gibraltar que l'Angleterre avait conquis en 1704, et que le traité d'Utrecht lui avait assuré.

— , ligne 25 — ...sa queue... : On appelait queue les cheveux de derrière rassemblés en une touffe, noués d'un cordon et enveloppés d'un ruban plus ou moins long ; le ruban du baron pendait à la mode de 1780.

Page 211, ligne 8. — ... que le prince Charles... : L'archiduc Charles d'Autriche (1771-1847), fils de l'empereur Léopold II et frère puîné de l'empereur François II, fut le

meilleur général de T Au triche pendant les guerres de la Révolution (où il fut opposé à Moreau sur le Rhin) et de l'Empire. Il commandait à Wagram.

Page 214, ligne 23. — ... M. de Bonchamps... : Le marquis de B*»nchanip, qui avait servi en Amérique pendant la guerre dlndt'pendance, commanda en 1793, avec d'Elbée, les troupes des Vendéens insurgés ; il fut tué devant Cliolel le 17 octobre.

Page 215, ligne 9. — ... il est au poil et à la plutne. : Expression cynégétique : il arrête le gibier à poil comme le gibier à plume.

Page 216, ligne 4. — S'il nie souvient de mon vieux Plutarque, la fameuse Lœena... : Plutarque, Œuvres morales : Du bavardage ou sur la démangeaison de parler^ chap. vjii .

... La discrétion de la courtisane Lééna fut magnifiquement r^ompensée par les Athéniens. Cette femme, amie d'Harmodius ot d'Aristogiton, était dans le secret de la conjuration qu'ils avaient formée contre les tyrans; et, autant que son sexe pouvait le permettre, elle s'était associée à leurs espérances. L'ivresse d'un amour généreux l'avait initiée à cette entreprise secrète. Les conjurés, ayant manqué h'ur coup, furent mis à mort. Lééna fut appliquée k la question pour tirer d'elle l'aveu des autres «oiii ! mi n'étaient pas connus. Elle souffrit tous les tour-

m«ri 1.1 plu.s grande constance, sans en déclarer aucun, et

justifia par sa conduite l'amour que ces deux jeunes gens avaient «■on< .' <lle. I>'s .Athéniens firent jeter en fonte une lionne de

Im", langue et la placèrent à l'entrée de la citadelle. La

force de cet animal désignait le courage invincible de Lééna el, !«• défaut de langue, sa persévérance à garder le secret.

(Traduction Ricard. Paris. 1844.)

Plutar(pie, on h» voit, ne dit j)(>iiit expressément qu'elle « Re coupa la langue » ; mais, dans le passage qui précède, il conte que le philosophe Zenon de Lucanie, dans une «iluation analogue, t se coupa la langue avec les dents et la cracha au visage du tyran », — L'anecdote est, d'ailleurs, précisée avec quelques détails par Pausanias (I, 28) et par Athénée (XII, 596); pour le premier, Lééna (du

grec Aéatva, lionne ; d'où la statue symbolique) était la maîtresse d'Aristogiton ; elle l'était d'Harmodius d'après le second. Elle mourut en 494 avant J.-C. dans la répression de la conjuration célèbre, répression qui fut dirigée par Hippias après la mort d'Hipparque.

Page 218, ligne 23. — ... lors de la naissance du grand dauphin,... : On doimait ce nom au fils de Louis XIV, né de la reine Marie-Thérèse d'Autriche, en 1661.

Page 228, ligne 8. — ... nous nous amusons à la moutarde. : Expression populaire : « S'occuper à des bagatelles, perdre son temps, attendu que la moutarde n'est, dans les repas, qu'un accessoire, un assaisonnement. »

— , ligne 10. — ... de tant de beaux dictons... : Paroles qui veulent être solennelles et définitives comme des proverbes ou des maximes. « Sans-Peur » se montre ici le petit-cousin de la Martine de Mohère :

Quand on se fait entendre, on parle toujours bien ; Et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien.

{Femmes savantes, acte II, se. 6.)

— , ligne 11. — ... af^ec Jean Chouan,... : Jean Cottereau, sabotier près de Laval, avait reçu ce surnom parce qu'en faisant la contrebande il imitait le cri du « chat-huant » pour rallier ses compagnons; en 1792, il organisa l'une des premières bandes de paysans qui menèrent la guerre contre les « bleus » ; il fut tué en 1794. Son nom devint le nom générique des paysans vendéens insurgés : à défaut de Cottereau lui-même, il désigne ici un chef rustique.

Page 230, ligne 10. — ... « Turba ruit » ou « ruunt ». ; Littéralement : « La foule court ou courent. » Exemple de Lhomond, à la règle qui indique qu'une sujet collectif se construit avec un verbe au singulier ou au pluriel.

— , ligne 17. — « Les chevaliers du Cygne... Les Francs Juges. » ; Les mélodrames, plus ou moins historiques, alors fort à la mode, faisaient la fortune de VAtnbigu et de la Gaîté. En 1826-1827, sous le titre I^s Francs Juges,

Humbert Ferrand composa un drame Ivrique, dont son ami Berlioz, encore inconnu, écrivit la musique.

Page 234, ligne 5. — ... Lesciire, Charette, la Roche jaquelein,... : Les trois chefs les plus fameux de l'insurrection vendéenne avec BoFichamp, Cathelineau et d'Elbée. Le marquis de Lescure, ancien olTicier de cavalerie, fut blessé mortellement au combat de La Tremblaye, le 3 novembre 1793. François de Charette, ancien lieutenant de vaisseau, se mit, en 1793, à la tète des paysans du Poitou ; en 1796, après la défaite de Quiberon, il fut fait prisonnier et fusillé à Nantes. Le comte Henri de la Rochejaquelein, général en chef des Vendéens après la mort de Lescure, remporta plusieurs victoires sur les républicains et fut tué près de Cholet le 4 mars 1794.

Page 238, ligne 9. — ... quoique cela... : Expression antienne et populaire (autre forme : quoique ça) pour : malgré cela.

Page 240, ligne 12. — « ... de S.... y 179... » ; De Savenay,

Page 242, ligne 21. — Vous prenez la chèvre... : Il semble quMci Mérimée veuille qu'on entende : a vous prenez peur... ». Mais le sens ordinaire de cette vieille expression, c'est : f s'irriter sans raison, se laisser aller à un caprice ». On la trouve souvent chez Molière.

Page 248, ligne 3. — ...au grand juge... : Titre otTiciel donné sous riOmpire au ministre de la Justice.

— , ligne 21. - ... tambour battant. : Expression figurée prise au langage militaire : t mener l'ennemi tambour battant », c'est le presser sans lui accorder de relâche et en remportant sur lui des avantager continus.

LKTTF^KS ADRESSÉES D'fiiSPAGNE

Hur les raisons qui poussèrent Mérimée à entreprendre son premier voyage en Espagne, sur riiistoire de ce voyage.

sur le profit intellectuel que Mérimée en retira, et après lui tout le romantisme, voir V Introduction, p. xxii et suivantes.

Parti de Paris le 27 juin 1830, il y était de retoui' dans les premiers jours de décembre. 11 s'empressa de communiquer au public ses impressions sous la forme de trois lettres 0 ouvertes », adressées au directeur de la Revue de Paris et au directeur de V Artiste, qui furent publiées l'une en janvier, les deux autres en mars 1831 ; deux lettres encore les complétèrent en 1832 et en 1833 (Voir plus haut pour les cinq lettres, dans les Notes bibliographiques, les dates exactes de publication et le relevé des titres qui les accompagnaient).

Au printemps de 1833, lorsque Mérimée s'occupa de constituer son recueil Mosaïque, la lettre sur les « Sorcières » était inédite. On peut croire qu'elle se trouvait alors seulement ébauchée ; écrite et mise au point, Mérimée eût pu l;i publier rapidement dans une des revues qui lui étaient ouvertes ; publiée ou non, il eût pu la joindre dans son recueil aux précédentes, qu'elle aurait heureusement complétées... Mosaïque ne groupa donc que les trois lettres parues jusquelà dans la Revue de Paris. On peut s'étonner que Mérimée n'ait point trouvé place à la lettre sur les Sorcières, dont certains traits annonçaient heureusement Carmen, dans la seconde édition de son livre en 1842. Il paraît l'avoir tout à fait oubliée : elle ne fut réimprimée qu'à la fm du recueil posthume des Dernières Nouvelles. L'article sur le Musée de Madrid eut un sort encore moins heureux. Mérimée l'avait seulement « commencé » et esquissé à Madrid même au début de son séjour ; il l'acheva à Paris sans lui enlever son caractère de demi-improvisation. On comprend qu'il ne l'ait point admis dans Mosaïque, où son caractère trop technique eût fait fâcheusement disparate ; mais ces pages initiatrices sur l'art espagnol devaient-elles demeurer oubliées? L'Artiste les publia de nouveau en 1871. C'est seulement en 1927 qu'elles ont figuré dans la première édition complète des Lettres d^ Espagne^.

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