‹ Mosaïque (volume 2)Chapitre 93 sur 102 · Voir la Bibliographie, p · texte numérisé non relu

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On a cru bon de classer ici la lettre sur les Sorcières à sa place lopique ; elîe y devient la quatrième des Lettres adresêéeâ... au DirecU ir de la • Revue de Paris », L'article sur le yfusrr dr Madrid lui fait UHP suite naturelle.

L ordre dans lequel les quatre premières lettres sont ainsi présentées — et qui est celui que Mérimée arrêta — correspond-il à l'ordre vraisemblable où elles furent sinon écrites, du moins conçues et esquissées? Plus d'un indice oblige à en douter. II est à peu près sur que la lettre 111 sur les Voleurs^ qui commence par cette phrase : « Me voici de retour à Madrid après avoir parcouru pendant plusieurs mois l'Andalousie... », fut ébauchée avant la lettre II, qui est datée du 15 novembre et de Valence : tout au mriiis utilise-l-elle des souvenirs antérieurs, puisque le second séjour de Mérimée à Madrid est des derniers jours d'octobre et des premiers jours de novembre : Valence, au contraire, marque sa dernière étape sur la route du retour. Les quatre lettres s'équilibrent ainsi parfaitement : deux furent conçues à Madrid et deux à N'alence. Et il est certain que l'ordre dans lequel Mérimée a ranpé les trois premières à la lin de Mnsaîqur re[»rc>duit uniquement celui de leur publication dans la Hevur de Paris.

On a imprimé ici le texte de l'édition originale de MosaUjur pour les trois premières lettres; pour la quatrième, le texte de la Revue de Paris (décembre 1833) ; c'est le seul que Mérimée ait revu. On ne saurait affirmer, en effet, que les quelques corrections — d'ailleurs peu importantes — intrcKiuitcs, en 1873, dans la lettre des Dernières Nouvelles, aient été préparées par lui. Tout porte à ( roire qu'elles sont de la même main à la fois timorée, pieuse et indiscrète, qui mi»difia le texte des autres Ij'ltres et des divers morceaux de Monalqur daiis les éditions posthumes (voir le chapitre des Variantes, p. 361). Dans la dernière des cinq livraisons de décembre 1833, où la Hevur de Paris publiait les Sorrièrr» eapagmplrn (sans rattacher ce morceau aux Lettres de 1831 et 1832, et on lui onlevant tout caractère épistolaire). on lit une longue» déclaration do la Direction littéraire dé Ut Revue; Désiré Nisard venait, dans la livraison précé-

dente et dans cette même livraison, de faire paraître deux articles, assez violents de ton, intitulés : D'un commencement de réaction contre la littérature facile ; il dénonçait l'abus de cette « littérature inférieure » dans le roman, le conte et le drame. La Direction, sans désavouer Nisard, protestait contre « ces charitables personnes qui... s'en iraient volontiers exagérant la conversion ou la sagesse de la Revue de Paris ». Elle annonçait que ses collaborateurs habituels lui prêteraient leur concours en 1834. Elle nommait en tête Mérimée : « Comme il s'agit d'éviter ici les vagues promesses d'un prospectus, la Revue, qui termine justement l'année par un article d'un de ses conteurs les plus admirés, M. P^' Mérimée, espère en recevoir au moins deux autres avec la même signature, dans le courant du prochain trimestre... » S'agissait-il de contes ou de deux autres Lettres d'Espagne que Mérimée aurait imprudemment promises? La promesse, en tout cas, ne fut point tenue.

Pour le texte de la lettre sur le Musée de Madrid, voir le chapitre des Variantes, p. 399.

L — Les combats de taureaux

Page 252, ligne 6. — ... afin de s'acquitter en conscience... : C'est le sentiment que Mérimée éprouve lui-même d'abord et qu'il exprime dans sa lettre à Albert Stapfer, du '* septembre 1830 : «... J'ai été voir les taureaux pour l'acquit de ma conscience. Eh bien ! maintenant, j'éprouve un indicible plaisir à voir piquer un taureau... » (Voir l'Introduction, p. XXVI.)

— , ligne 11. — ... pour ceux qui les contemplent à l'abri. : Reprise des vers bien connus de Lucrèce :

Suave mari magno, turbantibus aequora ventis. Elc...

« Il est doux, quand sur la vaste mer les vents soulèvent les flots, d'assister, de la terre, aux rudes épreuves d'autrui. » [De natura rerum, II, 1-2 ; traduction A. Ernout.) — , ligne 13. — Saint Augustin raconte... : Mérimée fait ici

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une léffère erreur . ce n'est pjis saint Augustin, mais sun ami Alypius qui se laissa prendre, malgré lui, au charme des spectacles de l'amphithéâtre. Son aventure est roulée dans les Confessions au chapitre vin du livre VI : « .\Jypius est séduit par la folie des jeux de gladiateurs pour lesquels, d'abord, il n'avait que de la répulsion. « Venu a Home pour achever ses études, le jeune homme accepta de suivre quelques camarades à Tamphithéâtie en les défiant témérairement de lui faire partager leur dangereux plaisir. Assis sur les gradins, il ferma les yeux ; mais ■ plût au ciel qu'il eût aussi fermé ses oreilles » ! A la fin d'un combat, une clameur s'élève, ^'aincu par la curiosité, Alypius risque un regard vers l'arène : « A peine eut -il vu le sang, il but la férocité par les yeux ; il ne se détourna point, mais, les yeux fixes, il épuisait cette coupe de démence, sans le savoir ; il trouvait du plaisir à CCS combats criminels, il s'enivrait de cette volupté sanglante. 11 n'était plus le même homme qu'en arrivant... Que dire de plus? 11 regarda le spectacle, il cria, il brûla d'enthousiasme ; il remporta avec lui assez de folie pour désirer de revenir ; non pas seulement en compagnie de r«ux qui l'avaient mené là, mais à leur tête, et il désirait en amener d'autres avec lui... »

Pape 252, ligne 28. — La première fois que j'entrai dans le rwque... : Mérimée développe ici les indications qu'il a donn es à son ami Stapfer. Voir V Introduction, p. xxvii. Il garda toute sa vie cette passion pour les corridas : à chacun de ses voyages en Espagne, et particulièrement à Madrid, il courait • aux taureaux ». En 185y, lors de son dernier séjour chez la comtesse de Monlijo, il s'attrista de constater une sorte de décadence dans l'art tauromachique : « J'ai trouvé ici bien des changements... Lundi dernier, je suis allé au Musée, d'où aux taureaux. Les I^aphaél sont restés toujours admirables; les taureaux ont dégénéré. Nous en avons mis un h la porte, tant il était béte, ne sachant ce (pi'on lui voulait, mais l)ien déterminé à îie faire dr* ni;.t /. MTsonne. l^es autres n'ont pas montré

beaucoup plus de courage. Il n'y en a pas un seul qui se soit jeté franchement sur le matador. Dans le bon temps, c'était autre chose. Cependant, il y a eu tant d'entrailles de chevaux mises à l'air, et tant de sang répandu, que je suis resté deux jours sans manger de viande... » {Lettre à M^^ de la Roche jacquelein, 22 octobre 1859.)

Page 253, ligne 15. — ...les tournois à lances mornées. : La morne était un anneau, en métal ou en bois, dont on garnissait, dans les tournois, la pointe des lances pour les rendre inoffensives. D'où l'expression : « morner une lance ».

— , note. — Fashionable des basses classes... : Mérimée remplace dans cette note l'adjectif « élégant » qui eût ici convenu par le mot d'outre-Manche que lui imposait le « dandysme » de 1830. « Fashionable » ne tarda point, d'ailleurs, à devenir d'usage courant dans la littérature romantique, et l'Académie, en 1878, l'admettait dans son Dictionnaire.

Page 254, ligne 12. — ... V amphithéâtre de Ronda,... : Ronda est une ville forte, située sur un roc élevé, à soixante-cinq kilomètres au nord-ouest de Malaga. Mérimée venait de la visiter, avant de se rendre à Grenade, dans les derniers jours de septembre. Il y avait fait une entrée imprévue qu'il n'oublia jamais ; il écrivait, en effet, le 9 août 1859, à M"i6 de la Rochejacquelein : « Comment ! vous avez voyagé dans la Sierra de Ronda !... Il y a quelque vingtneuf ans que j'entrai dans Ronda sur un cheval efïlanqué, qui me déposa mollement sur les cailloux qui pavent le pont qui traverse un ravin. Mais je n'en ai gardé nulle rancune. » (P. Mérimée, Une correspondance inédite, p. 215.)

— , ligne 14. — ... comme le château de Thunder-ten-Tronkh... : « Il y avait en Vestphalie, dans le château de M. le baron de Thunder-ten-Tronckh, un jeune garçon à qui la nature avait donné les mœurs les plus douces... Monsieur le baron était un des plus puissants seigneurs de la Vestpha-

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lie, car son château avait une poite et des lenélres... Paugloss prouvait adiiiirablemeiil que... dans ce meilleur des mondes possibles, le château de Monseigneur le baron était le plus beau des châteaux... » (Voltaire, Candide, ch. 1.) L'ironie de Mérimée renchérit encore, en la condensant, sur l'ironie de \'oltaire.

Page 254, ligne 26. — ... tout autour,... : C'était une faute contre la langue. Mérimée a fait en 1842 la correction qui s'imposait : t tout alentour ».

Page 256, ligne 26. — ... ont perverti depuis peu les Espaf^noL^,... : Coirection de 1842 : « les Espagnoles ». 11 s'agit, en efTet, d'expliquer pourquoi les femmes commencent à se montrer aux corridas.

Page 257, ligne 4. — ...en costume de Crispin,... : Crispin était le type du valet dans la comédie italienne ; il portait un costume traditionnel et convenu, tout noir, avec le pantalon collant et un petit manteau flottant, noir aussi, qui descendait à peine jusqu'aux reins.

— , ligne 9. — ... vient lire... un ban... : Au sens propre et ancien : « proclamation d'un suzerain, et puis d'une autorité quelconque dans sa juridiction ».

— , en note. — ... Ir rétahlissemenl de la constitution. : La reine régente Marie-CJiristine, pour lutter contre le prétendant don Carlos, dut s'appuyer sur les libéraux qui réclamaient le rétablissement de la Constitution espagnole de 1812, promulguée, sous la pression de la Révolution, par le roi Ferdinand VII eu 1820 et abolie de nouveau par lui dès 182:^. Le 10 juillet 1834 était publié un Statut nn/al qui, inspiré de la Charte française de 1814, établissait, en fait, la monarchie roiislilutionnelle en Espagne.

l'age 259, ligne 15. — ... tenant .vo/t cheval bien rasscwhlé,... : Terme d'équitation : tenir un cheval attentif dans sa main et entre ses jambes de façon à pouvoir, d'une seule pression des membres, lui faire exécuter tous les mouvenjcnls qu'on .illfud de lui.

Page 261, ligne 10. — ... lancer les « handerillas ». ; Correction de 1842 : « planter », qui est le terme technique.

Page 263, ligne 3. — En dépit de messieurs les poètes^... : 11 semble que Mérimée fasse allusion ici à Byron qui, dans le Pèlerinage de Childe Harold, avait décrit une corrida à Séville et tracé un poétique portrait du taureau fier et furieux dans l'arène : « ... J'entends mugir le roi des forêts; il brise les lances qu'on lui oppose, etc.. ... L'animal terrible s'élance et, portant autour de lui des regards sauvages, il frappe l'arène sablonneuse d'un pied dédaigneux... ; ses yeux rouges paraissent en feu. Soudain, il s'arrête : ses regards sont fixés. Fuis, jeune homme imprudent..., il songe à sa vengeance, etc.. » {Œuvres de Lord Byron, traduites de l'anglais, t. IV. Childe Harold, livre I, strophes 68 à 80. — Ladvocat, 1819.)

Page 264, ligne 12. — ... comme on dirait, « en seconde »... ; Terme d'escrime : « seconde position de l'épée, dans la ligne du dehors, la pointe basse ».

Page 269, ligne 16. — ... Vacteur Maïquez,... : Maïquez, au début du XIX® siècle, avait voulu réformer, au profit du naturel et de la simplicité, les traditions grandiloquentes et convenues en faveur sur les scènes espagnoles. Il échoua d'abord, alla prendre à Paris les leçons de Talma, de Lafond et de M^ie Mars, puis, revenu à Madrid, s'y fit acclamer et devint rapidement populaire. Mérimée lui avait consacré une grande partie des quatre articles qu'en 1824 il avait publiés au Globe sur l'Espagne. Il y déclarait que Maïquez était « un des hommes les plus extraordinaires que la Péninsule ait produits depuis longtemps », et il voyait en ce « tragédien supérieur » le fondateur « d'une école tout à fait nouvelle et nationale ».

Page 271, ligne 16. — ...en 1840, à Madrid,... : Voir Introduction, p. XLVIII.

Page 272, ligne 23. — ... libre pratique,... : Terme administratif : liberté, pour les navigateurs accostant dans un

'«^»'* >OTES KT ÉCLAinLI.sSKMfcNTS

|K»rt, de descendre à terre et de communiquer avec les gens du pays.

Papfe 274, ligne 15. — Brantôme dit quelque part... : On trouve ce texte, avec quelques menues variantes, dans les Dames galantes, au Discours J I / : c Sur la beauté de la belle jambe et la vertu qu'elle a ». — « J'ai copneu force pentilshoniines qui, premier que porter leurs bas de soye, prioient les dames et maistre.sses de les essayer et les po? ter devant eux quelques huict ou dix jours, du plus que du moins, et puis les portoyent en très grand vénération et contentement d'esprit et de corps » (Brantôme, édition Bouchot-Jouaust, t. I, p. 308-309).

La citation de Mérimée semble contenir une erreur : de plus pour du plus . la virgule, nécessaire avant cette exexpression, manque chez lui. Par contre, son texte : leurs dames, semble meilleur que les dames...

Page 275, ligne 2. — ... « Montes no jiœ realista »... .• t Montés ne fut pas un réaliste ; c'est un bon compagnon, un brillant matador, plein d'attentions pour les picadors ; mais il est un j)eu p... » (ce dernier mot espagnol ne s'emploie qu'au féminin).

La lettre sur les Combats de taureaux exerça sur la jeune littérature romantique une influence dont on peut saisir le reflet dans le piemier des articles qu'Antoine Fontaney publia à la Revue des Deux Mondes sur rEsi)agne ; il parut le l^"" novembre 1831 sous le titre : Scènes d\inc course de taureaux à Aranjuez, et avec la signature du pseudonyme : « Lord F'eeling. » Fonlaney était rentré d'Espagne seulement au mois d'août j)récédent ; il était parti dans les premiers jours de décembre 1830, juste au mcunent où Mérimée rentrait à Paris, en qualité d'attaché à l'ambassade de France à Madrid. Il devait, en 1835, réunir ses études espagnoles en un volume : « Scènes de la vie Castillane et Andalousc, par Lord Feeling. Paris, C-harpentier. » 11 y apparaît comme un bon disciple de Mérimée, avec lequel il se lia d'amitié vers la fin de 1831 dans les milieux romantiques ; l'Espagne fut entre eux le trait d'union. (Voirie Journal de Fontaney i>ublié par M. R. Jasinski.)

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