‹ Mosaïque (volume 2)Chapitre 94 sur 102 · II. — Une exécution · texte numérisé non relu

II. — Une exécution

Page 276, ligne 7. — ... V admirable règle du théâtre des marionnettes,... : Vers le milieu du xviii^ siècle, le sieur Nicolet, bateleur et danseur de profession, installa, à la foire Saint-Ovide, qui se tint d'abord place Vendôme, puis, à partir de 1764, place Louis XV, un théâtre d'acrobates, où l'on allait voir « les exercices du sieur Nicolet » ; bientôt, aux acrobates, il substitua des marionnettes, qu'il appela a les grands danseurs du Roi ». C'est, semblet-il, à propos des tours de force et d'adresse visibles dans son premier théâtre qu'on mit en circulation l'adage vite populaire, qui n'était probablement que la reproduction d'une phrase-type du boniment : « De plus en plus fort, comme chez Nicolet. »

— , ligne 23. — ... ne jetait plus loin la barre,... : Jeu ancien, usité encore en certaines provinces, et où l'on rivalise à qui jettera plus loin une lourde barre de fer ; il ne faut pas le confondre avec le classique « jeu de barres » qui est un exercice de courses, où la barre, toute fictive, est tracée à terre entre les deux camps.

Page 278, ligne 5. — ... une auberge isolée (« venta »). : Au contraire de la posada, hôtel presque confortable qui s'élève dans les villes et dans les bourgs importants, la venta n'est qu'un humble refuge de hasard isolé au bord d'une route ou à un carrefour : lieu éminemment propice aux mauvais coups. Dans les premières pages de Carmen, Mérimée apprend à don José qu'il se rend à la venta del Cuervo. « Mauvais gîte pour une personne comme vous... », répond l'aventurier qui l'y accompagne. Mérimée fait ensuite une pittoresque description de cette « venta », « l'une des plus misérables qu'il ait encore rencontrées ». Il en avait cependant rencontré plus d'une, comme il le laisse entendre dans sa lettre de Grenade à W^^ Sophie Duvaucel : « Il est bon que vous sachiez d'abord que, dans une auberge espagnole, on trouve assez souvent du pain et de l'eau, mais pas autre chose... Je suis passé dans une

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trni/i, que dix-huit de ces messieurs (les voleurs) avaient pillée la veille : mais je ne conçois pas ce que l'on peut prendre dans une cento, excepté des bancs de bois et la poêle à frire... »

Page 278, ligne 22. — ... on se montre chez Tortoni... : Voir le Vase étrusque et la note p. 176. — Mérimée fait ici allusion à son propre duel avec le mari de M""*^ Lacoste. Voir Introduction, p. xx.

Page 279, ligne 9. — La légitime défense... : On reconnaît ici le ton d'ironie glacée avec lequel, d'après tous les témoignages, Mérimée excellait à conter des histoires dans le monde.

— , ligne 20. — ... que cet homme ne méritait pas son sort... : Mérimée, cette fois, plaisanle-t-il? A moitié seulement. On voit paraître ici son indulgence pour les hommes qui sont de beaux types d'énergie, tels qu'on les admirait au xvi« siècle.

— , ligne 29. — ... jormant à peu pris un W. : Lisez un « pi » ; c'est la lettre grecque dont la forme ressemble, en effet, à une potence double.

Page 281, ligne 14. — ... comme mon guide,... : Ce guide est le seigneur Vicente> que Mérimée a peint en pied au début de la lettre sur les Sorcières espagnoles (voir p. 310-817).

Page 282, ligne 27. — Son confesseur était gros, court,... : Mérimée se plaît ici à souligner l'effet de contraste ; il note avec soin attitudes et couleurs, mais se garde de toute sensibilité.

Page 285, ligne 2. — ... que je i>ais à la gloire... : Mérimée a-t-il vraiment entendu ce mot sortir de la bouche du condamné? ou bien, l'a-t-il imaginé au moyen d'une réminiscence d'un passage fameux de Polyeucte?

— Où le conduisez-vous?

— .\ la mort.

— A la fçloire I

— , ligne 17. — ... de la confrérie des « desamparados v. : C'est

la « confrérie des agonisants », dont Mérimée a noté plus haut l'insigne : une croix bleue et rouge cousue sur la place du cœur.

Page 286, ligne 1. — ... pour un bon catholique... : Nul sentiment d'ironie ; mais, au contraire, un « sentiment de lespect » et presque d'envie pour la foi d'autrui qu'on ne partage pas. C'est un des rares passages où Mérimée laisse entrevoir sa sensibilité secrète. Tout le développement qui suit et qui commence par cet aveu : « J'aime ces cérémonies catholiques et je voudrais y croire... », pour finir par cet autre aveu : «... Si j'avais le malheur d'être pendu, je ne serais pas fâché d'avoir deux franciscains pour causer avec moi », est teinté d'on ne sait quel reflet qui vient du Génie du christianisme : c'est peut-être la seule fois, qu'on peut faire cette remarque dans l'œuvre de Mérimée.

Page 287, ligne 7. — ... entretenir pendant trois jours... : Trois jours avant la date fixée pour l'exécution (par la pendaison ou par le garrot), le condamné, averti de son sort définitif, était « mis en chapelle », c'est-à-dire enfermé dans une cellule meublée d'un autel et d'un crucifix, avec deux franciscains, afin de penser au salut de son âme. — Dans Carmen, c'est pendant que don José est ainsi « en chapelle » qu'il fait à Mérimée le récit de ses tragiques aventures ; mais Mérimée se contente de dire : « J'allai voir le prisonnier », et, plus sobre en 1845 qu'en 1830, ne fait aucune description du décor.

Page 290, ligne 7. — ... une de mes jolies Valenciennes... dont les joues étaient un peu plus colorées... : C'est le trait final grâce auquel Mérimée escamote sa propre émotion. Dans sa première lettre, il regrettait que les femmes parussent de plus en plus nombreuses aux corridas; ici, son ironie souligne l'avidité à peine émue des deux spectatrices d'un tableau plus atroce.

— , ligne 21. — ... des « presidios » d^ Afrique,... : Les presidios (du latin praesidium) désignaient des places fortes hors d'Espagne. Les cinq presidios tenus par l'Espagne sur

les côtes du Maroc étaient devenus des lieux de déportation pour les condamnés aux travaux forcés (Ceuta, Gonera, Alhucemas, Melilla, les îlots Chaferinas).

Page 290, ligne 28. — ... u/i « puchero »... ; Autre nom du plat national (voir plus loin, p. 469, la note à olla).

Page 291, ligne 2. — ... leur cigare... : La première orthographe du mot cigarre était décalquée directement de l'espagnol cigarro : les dandys venaient de mettre le mot et la chose à la mode. Mais la suppression de l'un des r fut imposée très vite par l'usage. Dès 1842, Mérimée écrit : cigare.

— , ligne 18. — ... énormément... : Au sens étymologique (e-norma = hors de la règle) : plus qu'il ne convient.

— , ligne 24. — ... chaussé d^alpar gâtes,... : « D'espadrilles. »

Page 292, ligne 8. — ... nous mangeâtnes tous les trois... : Dans la lettre à M^^^ Sophie Duvaucel, Mérimée conte comment, dans son voyage d'Algésiras à Grenade, il partageait le repas du muletier, de son garçon et du Prussien, son compagnon de route : « On sert la poêle sur une petite table haute de deux pieds, etc. )\\o\vVAppen' dice.

— , ligne 17. — ... miquelet,... : Mot espagnol « miquelete », qui, après avoir désigné les anciens bandits et les troupes légères, s'appUquait alors à la garde particulière des gouverneurs de province.

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