‹ Mosaïque (volume 2)Chapitre 95 sur 102 · III. — Les voleurs · texte numérisé non relu

III. — Les voleurs

Page 296, ligne 5. — Me voici de retour à Madrid,... : Voir V Introduction, p. xxxvi.

— , ligne 8. — ... cette terre classique des voleurs, sans en rencontrer un seul. : Le 8 octobre, Mérimée avait écrit de Grenade à M^'e Sophie Duvaucel : « ... Je n'ai rien à vous dire des voleurs. On dit que le pays en fourmille, mais je n'en ai pas rencontré. De quoi vivent ces pauvres diables? Les voyageurs sont si rares I » Ainsi s'amuse l'ironie du voyageur ; mais on voit qu'elle s'arrange fort bien pour nous faire croire à l'existence des voleurs, dont elle feint

de sourire. Près de vingt ans plus tard, Mérimée gémira dans une lettre à M™^ de la Rochejacquelein, datée de Madrid, le 22 octobre 1859 : « Il n'y a plus de brigands, et presque plus de guitares. »

Page 296, ligne 17. — ... je n'ai pas entendu parler d'autre chose. : De même, Théophile Gautier, après avoir indiqué que la plupart des histoires de voleurs que l'on colporte dans la péninsule sont imaginaires ou arrangées, déclare, en 1840, dans son Voyage en Espagne : « Vous n'entendez chuchoter autour de vous que des histoires terribles et mystérieuses. »

— , ligne 22. — ... s^est toujours passé la veille... : L'aventure survint à Mérimée lui-même : «... Je suis passé dans une venta que dix-huit de ces messieurs avaient pillée la veille, à ce que nous disait le ventero... » (Lettre du 8 octobre 1830, à Mlle s, Duvaucel.)

Page 297, ligne 29. — ... sa montre de Bréguet... : Les « chronomètres » de ce célèbre horloger étaient alors dans le gousset de tous les élégants et c'est l'un d'eux que Mérimée se laisse voler dans Carmen. Né à Neuchâtel, en Suisse, en 1747, d'une famille de protestants français réfugiés, Bréguet vint en France vers la fin du règne de Louis XV : il donna aux montres et aux horloges une précision jusqu'alors inconnue. Il mourut membre de l'Institut à Paris en 1823.

Page 298, ligne 5. — ... auprès de la Carlota,... : Ville de la Sierra-Morena, à vingt-cinq kilomètres sud-ouest de Cordoue, fondée en 1767 par le ministre Olivadès, en grande partie avec des émigrés français et savoyards.

— , ligne 6. — ... sont entrés à Ecija. . . : Ville située à quatrevingt-dix kilomètres au nord de Séville.

— , ligne 15. — ... une jolie Andalouse, sa compagne de voyage... : Le « voyageur », dans tout ce passage, c'est Mérimée : il gardait un aimable souvenir à cette Andalouse superstitieuse qu'il s'était plu à effaroucher en traversant avec elle — non point en diligence, mais à dos de

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mulet — la moiitapne de Hcnuia ; quel<|ues années plus tard, il révoquait dans une lettre à sa mystérieuse amie Jenny Dacquin, qu'il gourmandait d'être, elle aussi, t dévote » et c même superstitieuse » :

t Je pense à une jolie petite Grenadine qui, en montant sur son mulet pour passer dans la montagne de Honda (route classique des voleurs), baisait dévotement son pouce et se frappait la poitrine cinq ou six fois, bien assurée après cela que les voleurs ne se montreraient pas, pourvu que ÏEnglès (c'est-à-dire moi : tout voyageur est Anglais...) ne jurât pas trop par la Vierge et les saints. Cette méchante manière de parler devient nécessaire dans les mauvais chemins... « {Lettres à une inconnue, t. I, p. 17.)

Page 301, ligne 15. — Un jeune élégant de Madrid... : L'aventure plaisante qui va suivre est reprise et résumée dans Carmen en quelques lignes ; elle y est attribuée à la bande du Dancaïre et les victimes en sont « deux mylords anglais allant de Gibraltar à Grenade » : a Ils avaient de belles et bonnes guinées. Garcia voulait les tuer, mais le Dancaïre et moi nous nous y opi)OS'limes. Nous ne leur prîmes que l'argent et les montres, outre les cliemises, dont nous avions grand besoin. »

— , ligne 18. — ... auprès de la Carolina... : Ville de la Sierra- Morfena, fondée en même temps que la Carlotta, et dans les mêmes conditions.

— , ligne IH. — ... toutes les onces... : L'once d'or, monnaie autrefois courante en Espagne, o\\ elle valait environ quatre-vingt-cinq de nos anciens francs : sa valeur variait dans les pays de langue espagnole (Mexique, Pérou, etc.).

— , ligne 26. — ... comtne Ilali du o Sicilien »... ; Dans le Sicilien ou V Amour peintre, de Molière, llali est le valet turc du jeune gentilhomme français Adraste et l'aide à enlever une jeune esclave greccjue, Isidore, à un seigneur sicilien.

Patfe 30:i, ligne G. — L'n garnisnimaui... : Verbe qui semble

créé par Mérimée = o en munissant de garnisons », c'està-dire de soldats.

Page 303, ligne 11. — Les propriétaires des « aldeas » sont intéressés t.. . : C'est ainsi qu'au début de Carmen la vieille qui tient la ^>enta où don José est descendu n'a point pensé à avertir les soldats : « La vieille, interrogée par le brigadier, répondit qu'elle connaissait le Navarro, mais que, vivant seule, elle n'aurait jamais osé risquer sa vie en le dénonçant. » [Carmen.)

— , ligne 26. — ... comme dans la vieille romance.,. :

Tous je les défie

Car je n'ai peur de rien !

Page 304, ligne 23. — ... le prototype du héros de grand chemin, le Robin Hood, le Roque Guinar... : Mérimée indique ici fort justement les deux principaux modèles, sinon de José Maria lui-même, au moins du portrait qu'il trace de ce brigand chevaleresque. Roque Guiuart est le chef d'une bande de voleurs qui apparaît au chapitre ix du roman fameux de Cervantes. Don Quichotte et Sancho Pança, qui se rendaient à Barcelone, sont capturés par ses hommes dans une forêt de chênes. Roque Guinart aborde ses prisonniers avec une rare courtoisie, les assure qu'ils sont tombés « en des mains plus compatissantes que cruelles », et bientôt leur conte mélancoliquement son histoire : « ... Il n'y a point de vie plus inquiète et plus agitée que la nôtre. Ce qui m'y a jeté, ce sont je ne sais quels désirs de vengeance assez puissants pour troubler les cœurs les plus calmes. Je suis de ma nature compatissant et bien intentionné ; mais, comme je l'ai dit, l'envie de me venger d'un outrage qui m'est fait renverse si bien mes bonnes inclinations que je persévère dans cet état, quoique j'en voie toutes les conséquences. Et, comme un péché en appelle un autre et un abîme un autre abîme, les vengeances se sont enchaînées, de manière que je prends à ma charge non seulement les miennes, mais encore celles d'autrui. » [Don Quichotte^ traduction Viardot, 1836-1837.)

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QuiUïf à Hohiii Hood, c/étail un rhef fameux de proscrits saxons, ou outla^^•Sy qui vivait en Angleterre sous Richard Cœur de Lion et qui tenait les forêts de Nollin- Khâin. Walter Scott venait de le peindre sous des couleurs sympathiques dans hanhoë.

A ces deux modèles de brigands chevaliers, Mérimée aurait pu ajouter les Brigands de Schiller et Jean Sbogar de Nodier.

Quant à José Maria, tel qu'il va être peini, nul doute qu'il ne soit lui-même le modèle ou la première esquisse du José Navarro de Carmen. Mérimée place, d'ailleurs, en 1830, d'après le texte de Carmen, l'aventure qu'il conte en ce roman : o ... Il y avait alors en Andalousie un fameux bandit nommé José Maria, dont les exploits étaient dans toutes les bouches. « Si j'étais à côté de José « Maria? » me disais-je... » Car, à croire Mérimée, la ressemblance physique des deux « héros » étail extraordinaire. {Carmen.)

Page 305, ligne 18. — On nia dépeint José Maria... : Il est curieux de rapprocher de ce portrait celui que Mérimée Irace du même personnage, au début de Carmen, quand il croit le reconnaître dans José Navarro : « J'étais parvenu à lui appliquer le signalement de José Maria que j'avais lu afïiché aux portes de mainte ville d'Andalousie. — Oui, c'est bien lui... Cheveux blonds, yeux bleus, grande bouche, belles dents, les mains petites, une chemise fine, une veste de velours à boulons d'argent, des guêtres de peau blanche, un cheval bai... » Le second portrait est à la fois plus sobre et plus net ; mais il faut se rappeler que Mérimée était censé le dessiner en ayant un modèle vivant sous les yeux ; le premier, jjIus littéraire, est tracé « de chic » et d'après des on-dit. Chacun des deux convient, par son ton, au récit où il prend place.

Page 306, ligne 9. — ... pour introduire en contrebande'... C'est déjà l'histoire du Navarro ; après la (juerelle survenue entre lui et son beulenant, Carmen lui dit : o ... Si tu as du cceur, va-l'en à la côte, et fais-toi contrebandier. » Bien-

tôt, lui aussi, il va à Gibraltar pour les « affaires » de la bande du Dancaïre.

Page 306, ligne 10. — ... une forte partie de marcliandises . . . : Le mot partie est pris ici en son sens commercial (qui a, d'ailleurs, bien vieilli) : quantité plus ou moins importante de marchandises destinées à la vente. Littré cite en exemple : « Il a vendu une partie considérable de café. »

— , ligne 21. — ... son signalement est affiché... : Voir plus haut la note, p. 468.

— , note. {Note de Mérimée.) — ... sur la porte de Triana,... : « Vis-à-vis de Séville, sur la rive droite du fleuve, s'élève un immense faubourg appelé Triana, qui communique avec la ville par un pont de bateaux et n'est habité que par des gitanos ou par une vile populace. » (G. Borrovv, La Bible en Espagne, I, ch. xii.)

Page 308, ligne 17. — ... des environs d'Andujar. : Ville de la province de Jaën, sur le Guadalquivir.

— , ligne 20. — ... en disposition de bien faire,... : Vieille expression du langage familier, qui s'applique aux plaisirs de la table ou de l'amour et dont on trouve des exemples dans Rabelais et La Fontaine. Elle est empruntée du langage militaire où « bien faire » signifie « se bien comporter ».

Page 309, ligne 27. — ... un gros d'arsenic... : Ancienne mesure de poids, le gros valait la huitième partie de l'once, ou la cent vingt-huitième partie de la livre.

— , ligne 28. — ... sans entamer la « olla »,... .• Sorte de potau-feu national, où entrent, selon les régions, diverses espèces de légumes, mais partout des pois chiches, des saucisses, etc..

Page 310, ligne 14. — ... un verre de Montilla... : Vin originaire de la ville du même nom, Montilla, dans la province de Cordoue.

Page 311, ligne 26. — ... une petite fille de douze ans,.., :

C'est la première apparition d'une bohémienne dans l'œuvre de Mérimée.

Page 312, ligne 4. — ... enfant de mon âtnc (f hija de mi aima »),... ; Mérimée aimait cette expression caressante (ju'ij employait souvent, avec une légère variante [Mariquitu de mi aima), dans ses lettres à M'*® Dacquin {Lettres à une inconnue, passim).

— , ligne 20. — ...les romances des Douze Pairs,... : Romance est ici au sens originel : o ancienne histoire écrite en vers » (parce que ces histoires étaient rédigées en langue vulgaire, ou langue romane, et non en latin). Il s'agit des poèmes épiques du moyen âge connus sous le nom de 0 Romans de la Table ronde ».

— , ligne 21. — ... les exploits de Renaud de Montauban,... : L'un des quatre fils d'Aymon, duc des Ardennes, qui, insulté par un seigneur de la cour de Charlemagne, se rebelle, puis, après maints exploits, finit par se soumettre et par mourir en odeur de sainteté. 11 est le héros d'une fameuse chanson de geste qui porte son nom.

Page 314, ligne 27. — P. S. José Maria est mort... : Mérimée consigne dans ce « post-scriptum » une partie seulement des renseignements nouveaux qu'il a recueillis sur son héros pendant le .second voyage qu'il fit en Espagne en 1840. En 1845, enfin, il revint à José Maria dans Carmen. L'action de ce roman se déroule en 1830, au monent où les « exploits » <iu « fameux bandit » « étaient dans toutes les bouches ». On a vu que Mérimée, quand il rencontre don José, le prend d'abord pour José Maria : « ... Je racontai les histoires que je savais de ce héros, toutes à sa louange, d'ailleurs, et j'exprimai hautement mon admiration pour sa bravoure et sa générosité.

« — José Maria n'est qu'un drôle, dit froidement l'étranger... »

C'est plus tard seulement, quand don José Navarro, mis en chapelle, la veille de son exécution, lui conte ses aventures, que Mérimée apprend la raison de cette antipathie : «... Nous jugeâmes qu'il ne faisait pas bon pour nous,

dans les environs de Gibraltar après l'affaire des mylords, et nous nous enfonçâmes dans la sierra de Honda. Vous m'avez parlé de José Maria ; tenez, c'est là que j'ai fait connaissance avec lui. Il menait sa maîtresse dans ses expéditions. C'était une jolie fille, sage, modeste, de bonnes manières ; jamais un mot malhonnête, et un dévouement!... En revanche, il la rendait bien malheureuse. Il était toujours à courir après toutes les filles, il la malmenait, puis quelquefois il s'avisait de faire le jaloux. Une fois, il lui donna un coup de couteau. Eh bien ! elle ne l'en aimait que davantage. Les femmes sont ainsi faites, les AndaJouses surtout. Celle-là était fière de la cicatrice qu'elle avait au bras et la montrait comme la plus belle chose du monde. Et puis, José Maria, par-dessus le marché, était le plus mauvais camarade!... Dans une expédition que nous fîmes, il s'arrangea si bien que tout le profit lui en demeura ; à nous les coups et l'embarras de l'affaire... » {Carmen.)

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