IV. — Les sorcières espagnoles
Page 316, ligne 3. — Valence, 1830. .• Dans les
Dernières Nouvelles, on lit, après la dernière ligne de la lettre : Valence, novembre 1830. L'espace qui, sur l'épreuve de la Revue de Paris, avait été laissé en blanc pour recevoir l'indication exacte du mois n'a pas été rempli au moment du tirage.
— , ligne 4. — Les antiquités... : Mérimée devait changer, puisqu'il prépara longtemps une Vie de Jules César et publia dès 1841 un Essai sur la guerre sociale, qu'il devait réunir en 1844 à une Conjuration de Catilina, sous le titre général di' Études sur Vhistoire romaine.
— , ligne 5. — Je ne sais comment... : Pensait-il déjà à ses futurs ouvrages sur l'histoire romaine? A croire le début de Carmen, avant de remonter vers Valence, il aurait fait une excursion pour s'assurer qu'il ne se trompait pas en plaçant « aux environs de Montilla », près de Cordoue, le champ de bataille fameux « où, pour la dernière fois, César joua quitte ou double contre les champions de la
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republique »:•... Me trouvant en Andalousie au commencement de l'automne de 1830, je fis une assez lon^e excursion pour cclaircir les doutes qui me restaient encore. »
Pa^re 316, ligne 6. — ... d'aller à Mun'iedro... : Ville située à vingt -six kilomètres nord -est de Valence et à cinq kilomètres de la mer, bâtie sur les ruines de l'ancienne Saponte qu'Annibal assiégea et détruisit en l'an 219, au début de la seconde guerre punique.
— , ligne 17. — ... le vieux cyprès des Zegris... : Nom vulgaire de la tribu maure des Zeirites qui, après avoir fourni plusieurs sultans à Fez et aux principales villes arabes de l'Afrique, virent, vers 1050, leur influence remplacée par celle de la tribu des Almoravides. Les Zeirites s'illustrèrent alors surtout à Grenade, où leur rivalité avec les -Xbencérages demeura fameuse. — La lettre écrite à Sophie Duvaucel permet de savoir que le dîner mémorable où Mérimée fut l'invité « d'un noble et aimable Grenadin », parmi les « ruines vénérables » du Généralife, eut lieu le 10 octobre 1830. (Voir p. wxii.)
— , ligne 23. — Je l'ai trouvé grand bavard,... : Mérimée proteste à plusieurs reprises contre la légende romantique qui représente les Espagnols a comme des gens fort graves et silencieux... ». « Ce sont, au contraire, les plus grands bavards et les plus impitoyables questionneurs, les Andalous surtout. » {Lettre à Sophie Duvaucel). — Ce guide valenrien, Vicente, a servi de modèle à Mérimée dans Carmen pour le personnage du guide Antonio, qui, avant la rencontre de don José, s'était « révélé comme un bavard sans pareil ».
Page 318, ligne 12. — ... Penuscola,... : Ville forte, située à cent trente kilomètres au nord de Valence.
Page 3m, ligne 2. — ... à celle du Pilier, à Saragossr,... : « Notre-Dame del Pilar », statue de la Vierge, dans l'église du même nom, attire un grand nombre de pèlerins de toutes les parties de l'Espagne ; sa fête, qui se célèbre au début d'octobre, est une sorte de fête nationale. L'église
de « Nuesira Sefiora del Pilar » s'élève au bord de l'Èbre ; commencée en 1681, elle est demeurée inachevée.
Page 321, ligne 8. — Une très jolie fille,... : Cette jolie fille — fille de sorcière — qui s'appelle M^^^ Carmencita, paraît bien avoir fourni à Mérimée la première esquisse du portrait de Carmen : «... Je doute fort que M^'^ Carmen lut de race pure, du moins elle était infiniment plus jolie que toutes les femmes de sa nation que j'aie jamais rencontrées. » [Carmen.)
— , ligne 13. — Vicente... ne paraissait pas avoir envie de s^ arrêter... : Même gêne du guide Antonio, dans Carmen, en face de don José, « l'homme à l'espingole » : « J'observais cependant mon guide et l'inconnu : le premier s'approchait bien à contre-cœur... »
— , ligne 18. — ...je mangeai du gazpacho... : Dans Carmen, à la « venta » où il soupe avec don José, Mérimée mange aussi du gaspacho, qu'il définit une « espèce de salade de piments ». A quoi M. Valéry Larbaud, dans les « Remarques » à son édition de Carmen et quelques autres nouvelles, objecte « que c'est ici la seule faute de couleur locale commise par Mérimée », car le gazpacho andalou est « une soupe (froide, il est vrai, et à l'huile et à l'ail) qu'on mange à la cuiller ». — La « venta del Cuevro » est tenue par « une vieille femme et une petite fille de dix à douze ans » ; Mérimée, comme on le voit, s'est souvenu de la « venta » de Murviedro ; mais il a transposé ses souvenirs.
— , ligne 20. — ...et même je fis son portrait sur mon livre de croquis. : Ce portrait existerait-il encore dans quelque collection? M. Auguste Dupouy (dans son étude sur Carmen, de la collection des Grands événements littéraires, p. 52) fait, à son sujet, la remarque suivante : « Le catalogue Ch. Delafosse, 1920, donne, sous le nom de Carmen, une tête d'Espagnole, et le catalogue Arthur Meyer, 1924, une aquarelle intitulée Carmen et don José. La Bibliothèque nationale possède, sous ce titre : Mariquita de Badajoz, une aquarelle de Mérimée qui figura à la récente
exposition du Livre romantique. Les boucles qui pendent avec une molle symétrie, le front haut, le cou allongé, le blanc corsaire de pensionnaire et le fichu sagement noué sont assez inattendus. Mais le teint de cuivre, les yeux obliques, la gravité presque cruelle du regard ne démentent pas le type de sa Carmen. » On peut, d'ailleurs, estimer, en regardant les nombreux dessins de Mérimée, que son crayon avait plus de mollesse que sa plume.
Page 322, ligne 26. — ...le mal d'yeux,... : La note insérée ici par Mérimée sur « la fascination du mauvais œil » n'est que le résumé de la longue « introduction » qu'il a écrite dans la Guzla pour les ballades dont le thème est emprunté à cette superstition : « C'est une croyance fort répandue dans le Levant et surtout en Dalmatie, que certaines personnes ont le pouvoir de jeter un sort par leurs regards. L'influence que le mauvais œil peut exercer sur un individu est très grande..., souvent le malheureux fasciné s'évanouit, tombe malade et meurt étique en peu de temps. » — La même superstition devait fournir à Mérimée le trait final de Colomba. Lorsque la vierge corse s'est fait reconnaître du vieux Barricini, à la ferme voisine de Pise, où celui-ci achève sa vie dans une sorte de torpeur, o la fermière la suivit des yeux quelque temps : — Tu vois bien cette demoiselle si jolie, dit-elle à sa fille, eh bien ! je suis sûre qu'elle a le mauvais œil ».
Page 323, ligne 21. — ... qui sentent le marrane. : Espagnol : marrano, porc, et aussi « maudit », ou « excommunié ». Nom donné autrefois par mépris aux Arabes et aux Juifs convertis.
Page 328, ligne 20. — ... voilà une croix faite... : Or, pour dissiper la fantasmagorie du sabbat, il suffisait, d'après les croyances du moyen âge, que l'un des assistants fît le signe de la croix ou invoquât le nom de Jésus.
Page 320, ligne 15. — ... nous n'avons pas d'inquisition... : I.<»s Espagnols, on 1830, n'on avaient plus : le tribunal religieux de P Inquisition, établi en Espagne en 1232,
réorganisé en 1481 par le cardinal Torquemada, avait été définitivement aboli par les Cortès en 1820.
Page 331, ligne 16. — ... dont un brave whig perça V omoplate de Claverhouse. : Graham John de Glaverhouse, vicomte de Dundee, noble écossais apparenté au fameux Montrose, souleva les montagnards d'Ecosse en faveur de Jacques II après la Révolution survenue en Angleterre en 1688. Il battit dans le défilé de Killikrankie les troupes de Guillaume III commandées par Mackay, mais fut tué dans l'action. Ses soldats ne l'avaient pas vu tomber et les bruits les plus tendancieux furent mis en circulation pour expliquer sa mort. Il fut frappé en réalité d'une balle sous le bras ; mais on raconta en Angleterre qu'il avait fait un pacte avec le diable, grâce auquel il avait pu jusqu'alors défier tous les coups ; son serviteur, qui connaissait ce pacte, et qui le trahit au profit des whigs, aurait déjoué l'enchantement diabolique en chargeant le pistolet avec lequel il le tua, au moyen d'un bouton d'argent, marqué d'une croix, qu'il aurait enlevé à l'habit même de Claverhouse. Cette légende venait d'être reprise et mise en scène par Walter Scott dans « Wandering Willie's Taie ».
— , ligne 27. — ... aux environs de Tortose,... : Ville de Catalogne, dans la province de Tarragone, sur la rive gauche de l'Èbre.