Baboushka, grand'mère
MOSCOU EN FLAMMES o>
tu racontes, fit Iéfimovna en se levant et se drapant majestueusement dans son chàle. Il arrivera sans qu'on l'attende et criera : «Où sont les sujets de Bonaparte ? Qu'on me les amène ! » Et tu seras amené le beau premier, et tu répondras...
Les paysans se grattaient l'oreille. On entendait des soupirs et des tapotements de laptys l usés sur les marches du perron.
—Attends, attends, l'oncle, dit une voix ; baboushka, écoute un peu : on entend rouler, c'est quelque chose qui vient du côté du moulin, on dirait une voiture...
Tout le monde écoutait en silence. Le roulement devint plus distinct : plus de doute, un équipage approchait.
— Fénia ! vite, une chandelle ! cria Iéfimovna en se précipitant dans la maison. Klimm Potapovitch, ouvre la grille... C'est ça, c'est notre ispravnik !... c'est une charrette... non, c'est sa carriole...
Lorsque Iéfimovna et Fénia revinrent sur le perron, une charrette à capote, couverte de poussière, était arrêtée à la porte ; les paysans, tête nue, gardant un silence respectueux, entouraient un jeune homme très pâle, étendu immobile sur de la paille. Klimm baisait en pleurant une main qui pendait hors du char. Iéfimovna approcha la chandelle de la figure du nouvel arrivé, poussa un cri et faillit tomber.
— Mitinka, mon enfant !
— Tu m'as reconnu, ma pauvre bonne, dit une voix faible comme celle d'un enfant ; me voici arrive, me voici à la maison, Dieu en soit béni ! Combien j'ai craint de ne pouvoir venir jusqu'ici ! Un peu d'eau ! du thé ! la soif me brûle...