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CHAPITRE V

LE KRK.MLIX. — LES PALAIS

Notre pèlerinage aux sanctuaires est achevé. Après Dieu, Tempereur. Visitons maintenant les palais. Nous passons sans y entrer devant le Petit Palais qui date du xviir siècle et n'offre qu'un médiocre intérêt artistique. Il fut habité parle grand-duc Nicolas qui devint depuis l'empereur Nicolas I"; il a vu naître Alexandre II, le tsar libérateur. En face de cet édifice sur la place de la Parade s'élève le monument que la Russie reconnaissante a consacré à la mémoire de l'Emancipateur des serfs. Il a été construit avec les souscriptions de toutes les villes de l'empire; c'est assurément l'un des plus colossaux qui aient jamais été consacrés à glorifier un souverain. La statue se dresse au milieu d'une colonnade qui l'entoure de trois côtés. La galerie supportée par seize colonnes de bronze se termine par deux pavillons dont les toits sont surmontés de l'aigle bicéphale. Sur le plafond de la galerie se détachent en mosaïque les portraits de trente-trois souverains russes, depuis Madimir jusqu'à Nicolas 1".

Ces mosaïques sont dues à des artistes vénitiens. Au milieu de ce cadre grandiose se dresse un baldaquin haut de trente-six mètres surmonté de ce toit en forme de tente ou de pyramide transmis par les premiers édiiices en bois à l'architecture moscovite. Ce baldaquin abrite la statue colossale d'Alexandre II, œuvre d'Opekouchine. liUe repose sur un

Monument de l'Empereur Alexandre II.

piédestal de granit rose. Le souverain est en grand uniforme, le front couronné du diadème, le sceptre dans la main gauclie ; la main droite est étendue comme pour liénir les générations à venir. L"enseml)le est grandiose et majestueux.

Arrivons maintenant au lirand Palais. Il représente un ensemble de constructions tout à fait irrégulier, absolument symétrique. Un coup d'oeil jeté sur le plan permet seul de s'en faire une idée. Les diverses parties ont été rattachées l'une à l'autre sans aucun souci de l'harmonie. Le bâtiment principal est orienté vers le sud et regarde la Moskva. Il fut construit sur l'ordre de l'empereur Nicolas de 1838 à 1849.

LK KKKMl.IX. — LES PALAIS 15

C'est un vaste édifice à deux étages. L'étage inférieur un peu plus long que l'étage supérieur atteint cent vingt mètres de longueur. Une coupole assez basse s'élève au centre du palais. Il a été construit à l'endroit même où était naguère le Palais d'hiver édifié en 1635 par Rastrelli et qu'habita Napoléon. Si l'extérieur est en somme peu intéressant, l'intérieur en revanche mérite toute l'attention du touriste.

Le visiteur après avoir pénétré dans le vestibule, trouve en face de lui un magnifique escalier aux marches de granit. Sur l'un des paliers à droite, un grand tableau nous arrête. Il représente la bataille de Koulikovo, gagnée sur les Tatars par Dmitri Donskoï en 1380, — cette bataille où figurait la Vierge du Don que nous avons vue toute à l'heure. Si la journée de Koulikovo ne mit pas immédiatement fin à la lourde domination des Tatars, elle marque du moins la fin de leur suprématie militaire. Cet épisode si glorieux, Yvon l'a traité d'une façon correcte, mais assez froide.

Je dis Yvon ; ne pas lire Yvan sous prétexte que nous sommes en Russie, et s'imaginer qu'il s'agit d'un artiste indigène. Adolphe Yvon qui est un peu oublié aujourd'hui a été fort à la mode dans la seconde moitié du xix" siècle. Il fut l'un des peintres officiels des batailles de Naj^oléon III; élève de Paul Delaroche, il avait fait un séjour en Russie, sous le règne de Nicolas I". Sa bataille de Koulikovo date de i!^5o; il devait plus tard par une singulière fantaisie de la destinée peindre les batailles de la guerre de Crimée.

Un peu plus loin dans le vestibule dont le plafond est supporté par quatre colonnes de marbre blanc, un tableau d'un maître russe Riépine, représente les paysans russes rendant hommage à l'empereur Alexandrel II le pacifique, le grand ami de la France. Derrière lui abritée sous son ombrelle, l'impératrice aujourd'hui douairière et le futur empereur Nicolas IL

Nous passons maintenant dans la salle Saint-Lieorges qui évoque dans une certaine mesure le souvenir des splendeurs de Versailles, mais nous y chercherions en vain la décoration picturale des grands salons de Versailles. Longue de 61 mètres, large de 20 cette grande salle grandiose est tout entière consacrée au patron de l'armée russe dont l'ordre uniquement conféré pour faits de guerre répond à notre médaille militaire. La voûte de la salle retombe sur huit piliers précédés de colonnes torses dont les chapiteaux sont surmontés de Victoires. Tout ici rappelle des idées de guerre et de conquête :

..... pliirinid morlis imago.

Les victoires portent des boucliers où figurent les armoiries et les noms des provinces conquises parla Russie. Les statues sont l'œuvre du professeur \'itali ; il les a exécutées sur les indications d'un romancier russe Weltmann ^mort en 1870) qui fut en son vivant directeur du palais des armures.

La s.ille Saint-Georges dans le Grand Palais.

Sur les murs de la salle Saint-Georoes se détachent des plaques de marbre blanc où sont inscrits les noms des régiments russes qui se sont distingués dans les campagnes et ceux des officiers qui ont reçu la croix. Cette salle est la salle d'honneur, le Panthéon de l'armée russe. Partout y apparaît l'image de saint Georges le Victorieux.

Deux coffres de bronze doré, œuvre de Plotnikov renferment les statuts de l'ordre et les registres où sont inscrits les noms des chevaliers.

Les tentures des meubles sont barrées du ruban de l'ordre. A l'extrémité de la salle se dresse un groupe offert en 1870 par les Cosaques du Don et représentant deux des plus illustres chefs cosaques, Ermak, le conquérant de la Sibérie, l'iatov le héros de 1812.

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