‹ MoscouChapitre 9 sur 32 · SACRÉ ET COURONNÉ LE 28 FÉVRIER · texte numérisé non relu

SACRÉ ET COURONNÉ LE 28 FÉVRIER

APRÈS AVOIR FAIT ESPÉRER A SES SUJETS DE GRANDS BIENS PAR LA VOLONTÉ DE DIEU

s'est TRANSPORTÉ DANS l'eMPIRE ÉTERNEL

EN l"aNNÉE I7311, LE 18 JANVIER

Le seul luxe de ces tombes austères consiste dans les lambeaux de pourpre qui les couvrent. Le tsar Alexis Mikhaïlovitch pour entretenir les couvertures des tombes de ses ancêtres a légué à la cathédrale une somme de 3.000 roubles et un village de 1.600 âmes.

Des morts illustres ont traversé la cathédrale de l'Archange, sans y trouver le repos définitif. Ainsi Boris dodounov, après avoir été enseveli ici est allé dormir son dernier sommeil au glorieux monastère de la Trinité. Quand la dépouille mortelle d'Alexandre I" mort à Taganrog traversa Moscou, elle reposa pendant quelques jours ici à côté des restes des premiers Romanov. Le peuple russe est profondément religieux ; il professe un culte pieux pour ses souverains décédés. Au temps jadis le jour de leur mort, il venait déposer des suppliques sur leur cercueil.

l.K KRKMI.IN.

LES l-GLISES

Toute la vie religieuse des tsars s'accomplissait dans Tenceinte du Kremlin. Leur sacre avait pour théâtre la callirdrale de l'Assomption ; celle de l'Archange gardait leur dépouille. Ils recevaient les sacrements du baptême et du mariage dans la troisième cathédrale, celle de l'Annonciation , Blagoviestchensky). C'était leur église paroissiale; elle était ratta-

3 B BBD

Le Potiechny Dvorets.

chée à leur palais par un passage couvert. Les tsarines et les princesses qui naguèrent ne se mêlaient point aux hommes assistaient à la liturgie du haut des galeries. Aujourd'hui encore la cathédrale garde suspendues à l'un de ses piliers les croix pectorales des augustes personnages qui sont venus y faire leurs dévotions.

La cathédrale de l'Annonciation est située sur le point le plus élevé du Kremlin; elle est surmontée de neuf coupoles. Erigée en 1397 elle fut reconstruite de 14.34 à. 1479 et définitivement restaurée de 1884 à 1895. Elle est entourée à l'extérieur d'une galerie couverte décorée de fresques pieuses. Le pavé est un carrelage de jaspe offert par un schah de Perse.

L'intérieur de l'église a beaucoup souffert de la brutalité des Français en 1S12; ils s'attaquèrent notamment à une image de la mère de Dieu, dite Vierge du Don qui avait naguère accompagné Dmitri Donskoï dans les luttes contre les Tatares en 1380 et Boris (iodounov en isqi dans une expédition contre ces mêmes Tatares. Les armées russes ont coutume d'emmener avec elles des images protectrices et tout récemment encore (en 1904), nous avons vu le général Kouropatkine partant pour la ^^landchourie, recevoir des mains de l'abbé, au monastère de Saint-Serge, une image pieuse qui a déjà accompagné les armées russes en 1654, en 1703, en 1812, en 1855, en 1877.

Les Français avaient voulu dépouiller la Vierge du Don d'une garniture métallique qu'ils croyaient en or et l'on voit encore sur cette garniture les traces de leurs coups de hache.

Ce qui mérite surtout l'attention dans cette cathédrale ce sont les fresques extraordinaires dont les murailles, les piliers, les tambours mêmes des coupoles sont revêtus. Elles groupent dans un ensemble imprévu, anarchique, je dirai même tumultueux, les figures des patriarches, des prophètes, des sibylles, des philosophes grecs, des apôtres, des martyrs en compagnie de tous les animaux légendaires de l'Ecriture, de la baleine qui avala Jonas, des pourceaux qui incarnèrent les démons exorcisés par le Sauveur, des dragons fantastiques à queues de serpents.

Les sages de l'Antiquité et les Sibylles sont représentés tenant en main des cartouches sur lesquels sont écrites des sentences tirées de l'Ecriture ou en rapport avec le caractère du personnage. Aristote dit « lùi premier lieu Dieu, puis le Verbe et l'Esprit et tous ne font qu'un. » Une sibylle : « Béni soit le Dieu d'Israël; il a visité son peuple et a fait son salut. » Socrate : « Aucun mal n'atteindra l'homme vertueux. Notre àme est immortelle ; après la mort il y aura une récompense pour les bons et un châtiment pour les mauvais. » Platon : « Nous devons espérer que Dieu nous enverra du ciel un maitre, un instituteur pour les hommes. » On ne s'attendait guère à trouver Aristote et Platon dans un sanctuaire du Kremlin. Cette circonstance s'explique probablement par ce fait que les premiers décorateurs du sanctuaire étaient des artistes grecs. L'apologétique chrétienne se plait d'ailleurs à voir dans les sages de l'antiquité des précurseurs du christianisme.

A gauche de la porte d'entrée, Satan lui-même se dresse avec ses cornes et ses griffes redoutables. N'oubliez pas que la masse des fidèles est encore aujourd'hui dans l'état d'âme ou étaient nos pères avant la

T.K KKmn.IX. - LES ÉGLISES 39

Réforme et vous imaginerez sans peine quelle impression la vue du tentateur doit faire sur les fidèles.

Leur dévotion ne se manifeste pas de la même façon que la nôtre. Chez nous le croyant s'assied ou s'agenouille sur un prie-dieu, et s'absorbe dans la prière. Ici, point de sièges ; le chrétien se tient debout, fait d'innombrables signes de croix, s'agenouille sur les dalles froides, se relève,

La Cathédrale Je l'Annonciation.

se prosterne de nouveau, frappe la terre du front, se relève et va baiser les saintes images. Le fond de la croyance est le même que chez les peuples catholiques, la façon de la manifester est toute différente.

La sacristie conserve des reliques insignes de la Passion, l'éponge dont le Christ fut abreuvé, un fragment d'une verge dont il fut battu, des gouttes de son précieux sang. Trente-deux reliquaires dorés renferment les dépouilles des saints. Chaque année, l'avant-dernier vendredi du Carême, ces reliques sont portées au monastère de l'Assomption ; on les plonge dans l'eau. Cette eau sanctifiée acquiert des vertus miraculeuses et on la distribue aux fidèles.

Nous n'achèverons pas notre pèlerinage aux sanctuaires du Kremlin sans aller visiter la plus ancienne de ses églises, le Spas lia Boroii (Le

Sauveur dans la forêt . J'ai raconté plus haut son histoire. Elle est aujourd'hui enclose dans une cour du nouveau palais, comme la Sainte-Chapelle dans l'enceinte du Palais de Justice. Elle parait toute humble et toute basse au milieu des somptueux édifices qui l'entoure. Sous sa forme actuelle elle fut achevée en 1527; elle renferme les tombes d'un certain nomlire de princes et de princesses.

La Cathédrale de l'Annonciation.

Les fresques c^ui ornent ses murailles racontent la vie de saint Etienne apôtre des Permiens dont l'église du Sauveur conserve les reliques. Ce saint Etienne est l'un de ceux dont le nom est le moins connu en Occident. Au XIV'' siècle, il entreprit d'évangéliser les Zyrianes, peuple pa'ien du gouvernement actuel de Perm ; il apprit la langue zj-riane, traduisit les livres sacrés et exerça au profit de l'Eglise et de la Russie un fructueux apostolat.

Il mourut à Moscou en 1396; ses reliques sont l'olijet d'une vénération bien méritée.

tx^

Page 1