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I.K KRF.Ml.IN. — LES PALAIS

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tous les édifices du Kremlin, a\cc la (iranovitaïa Palata elles cathédrales, celui qui donne le mieux Timpression du temps passé. En entrant dans

ces salles surchargées de peintures b3'zantines, ornées de meubles antiques, à peine éclairées par des fenêtres étroites, on est tout- étonné de ne pas se trouver en tête à tête avec Alexis Mikhaïlovitch, avec le jeune

Pierre ou sa sœur Sophie ou l'infortuné cesarevitch Alexis, le dernier hôte de ce palais condamné et de ne pas entendre résonner sur la place Rouge les cris des stricltsy révoltés.

La salle à manger est le réfectoire d'un couvent ; la chambre à coucher du tsar est une cellule monastique ; la salle du trône, c'est la salle capitulaire où le siège du souverain remplace le fauteuil de l'abbé. Dans cette salle on conserve encore un coffre de bronze où le tsar recueillait les suppliques des solliciteurs.

Entre cette gothique résidence et le grand palais moderne dont nous admirions tout à l'heure les splendeurs, il me semble reconnaître le contraste brutal dont est frappé le vo3'ageur qui la veille a quitté Pétersbourg et qui se trouve le lendemain brusquement transporté dans l'enceinte du Kremlin.

En passant du terem au Palais des Armures, nous nous retrouvons dans un édifice moderne, mais tout rempli des trésors et des souvenirs du passé. Le monument a été construit de i84q à 1851 ; il n'offre guère d'intérêt. 31ais les collections qu'il renferme sont d'une incomparable richesse. Ce n'est pas seulement, ainsi qu'on pourrait le croire d'après sa dénomination, un musée d'artillerie analogue à celui que nous possédons aux Livalides. C'est un musée qui — laissant de côté la peinture et la sculpture — renferme les spécimens d'art les plus variés et les plus précieux objets au point de vue historique. Il présente des produits des écoles les plus diverses, des objets de fabrication russe, persane, orientale, italienne, allemande ; l'industrie allemande est surtout très richement représentée par plus de deux cents articles provenant de Nuremberg, de Danzig, d'Augsbourg, de Leipzig, de Halle, de Dresde, de Rostoc!:, de Lubeck. Les Allemands sont venus ici étudier l'histoire de leur art, de leur industrie et proclament volontiers que cette collection complète à certains points de vue les plus riches de leur patrie.

Ce qui nous intéresse surtout, ce sont les objets qui rappellent les grands épisodes, les types illustres de l'histoire.

Voici un casque de fabrication italienne donné par le roi de Pologne au tsar Fedor Ivanovitch. Voici le drapeau sous lequel le prince Pojarsk}' conduisit en 1812 ses compatriotes de Nijny-Novgorod à la délivrance de -Moscou occupée par ces mêmes Polonais dont le roi fraternisait tout à l'heure avec un souverain russe. Qu'on me permette d'évoquer ici un souvenir personnel. Je visitais en 1S72 le musée des Armures en compagnie de l'illustre historien Soloviev. Nous rencontrâmes par hasard le

].]■: KRK.MLIX. — LKS PALAIS

poète Berg, qui était en ce temps-là l'un des plus merveilleux imjirovisateurs de la Russie ;

— Fedor Nicolaevitch, demanda l'historien, ce drapeau ne va-t-il pas vous inspirer ?

Le poète se mit à improviser avec un tel feu, un tel enthousiasme que l'historien tomba en pleurant dans ses bras.

Dans ce temps-là, il était de mode de publier à l'étranger des pam-

phlets où l'on démontrait grcivement que les Russes n'étaient pas des Européens et que l'idée de patrie leur était inconnue. Ces fantaisies pseudo-ethnographiques sont bien loin de nous aujourd'hui.

Sous nos 3^eux défilent, au hasard des vitrines, des armes, des casques de souverains, des harnais de luxe, des trophées de guerre. Voici le carquois du tsar iMichel Feodorovitch (1632-1645). Ainsi l'arc était encore pour l'aïeul de Pierre le Grand une arme de guerre. Voici des armures

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Petit p.tl.iis du Kremlin.

provenant du champ de bataille de Poltava (170g) et la litière dans laquelle se faisait porter Charles XII, des drapeaux de l'ancienne Pologne, des bijoux de Pierre le Grand, la couronne attribuée à Vladimir JVlonomaque dont je n'ai pas le temps de discuter ici l'authenticité, des vêtements des anciens tsars enrichis de pierres précieuses, le trône géminé sur lequel s'asseyaient Pierre le Grand et son frère Ivan, la couronne de Malte de Paul I" qui s'était proclamé grand maître de l'ordre célèbre naguère établi dans cette île, des harnais somptueux, des lits de campagne, et notamment celui que Napoléon dut abandonner au passage de la Bérézina, des traîneaux luxueusement décorés : parmi eux figure celui de l'impératrice Elisabeth qui eut l'honneur de porter cette princesse à Moscou, lors de son couronnement ; c'est un véritable wagon-lit monté sur patins et garni de tout un mobilier... J'en passe., et des meilleurs.

LE KRKMLIN.

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