‹ MoscouChapitre 2 sur 32 · UN PEU D'HISTOIRE · texte numérisé non relu

UN PEU D'HISTOIRE

Savez-vous le latin? demandait au Boi//'gio/s gciil illiommc un de ses professeurs.

— Oui, répondait cet excellent M. Jourdain ; mais faites comme si je ne le savais pas.

Mon lecteur ne connaît guère plus l'histoire de Moscou que M, Jourdain ne connaissait la langue de Cicéron. Il me saura gré, je crois, de lui en donner une idée.

La ville que nous nommons en français iMoscou s'appelle en russe 31oskva (prononcez Maskva) et ce nom est aussi celui de la rivière sur laquelle elle est située et que nous appelons la 3Iosko\\a. Nous avons fait ^loscou sur l'allemand Moskau (prononcez Moskaou) et Moskowa sur le russe 31oskva. Nous ne nous piquons pas de logique en ce qui concerne la transcription des noms étrangers.

Moscou doit probablement son nom à la rivière sur laquelle elle s'est élevée. Elle a été pendant plusieurs siècles la capitale du monde russe. Grands-princes d'abord, tsars ensuite, ses princes se sont imposés à tous les princes qui se le partageaient, ont successivement recueilli, conquis, assimilé leurs domaines, ont suivant le mot des chroniques, rassemblé et amené le peuple russe à l'unité.

lo MOSCOU

Dans le rôle de capitale, Moscou avait succédé à Kiev la « mère des villes russe » ; depuis le règne de Pierre le Grand, elle a cédé la place à Pétersbourg; elle n"est plus qu'une capitale douairière, mais elle a gardé le privilège de sacrer les empereurs, et les souverains passent rarement une année sans y résider au moins c^uelques jours.

.^loscou apparaît pour la première fois dans l'histoire en 1147. A cette deite, sur une colline qui domine la rive gauche de la Moskva, le prince lourii ^Georges) Vladimirovitch Dolgorouky érigea un petit fort en bois à l'endroit même où se dresse aujourd'hui le Kremlin. Suivant un récit des siècles postérieurs, une histoire tragique se rattache à la fondation de cette bicoque.

Le prince lourii était allé visiter sur les rives boisées de la Moskva un de ses boïas nommé Koutchka. L'endroit lui plut. Il se prit de ciuerelle, Dieu sait pourquoi, avec Koutchka et le tua. Pour consoler la hlle de sa victime, la belle Oulita.il la donna en mariage à son fils André et il fonda un bourg qui prit d'abord le nom de Koutchkovo et ensuite de Moskva à cause du voisinage delà rivière.

La future capitale resta pendant quelque temps une petite bourgade frontière de la puissante principauté de Souzdal. La Russie était alors divisée en un certain nombre de principautés parmi lesquelles celle de de Souzdal jouait un rôle prépondérant. Au Xlir siècle, Moscou devint à son tour capitale et au xiv° siècle elle eut l'honneur de devenir le siège du grand-prince et la résidence du métropolitain naguère encore étal)li à Kiev 'i^iiy. D'après une tradition, le métropolitain Pierre aurait prédit au prince Ivan I", dit Kalita, la future grandeur de l'humble cité.

Résidence du grand-prince qui était l'intermédiaire obligé entre la Russie tributaire et son redoutable suzerain, le Khan des Tatars, 3I0SCOU se développa peu à peu, d'abord dans l'enceinte de bois du Kremlin et ensuite autour de cette enceinte. Peu à peu la muraille de bois fitplace à une muraille de briques; des palais, des églises, s'}^ élevèrent « Moscou, dit déjà un annaliste du xiv'' siècle, est une grande et merveilleuse cité. Une quantité innombrable de gens }• resplendissent de gloire et de richesses. »

En i,vS2,la ville fut surprise par le Khan talar Toktamych et mise à feu et à sang, mais elle se releva bientôt de ses ruines. Elle reprit un nouvel éclat sous le règne d'Ivan III, Yassenihlciir de la tcn'c russe (1462-1505), ciui se proclama seigneur de toutes les Russies.

Désormais elle devenait la capitale d'un grand empire. L'Europe allait

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être obligée de compter avec elle Ivan 1 11 épousa Ui dernière des Palco-

logues, attira à sa cour des artistes italiens, Fioraventi de Bologne, Solario de Milan, Aleviso et d'autres encore. Les œuvres de ces maîtres étaient appelées par les Russes de la Renaissance, des œuvres fraii-

qnes {friajskic dicla'^. Ainsi c'est sous notre nom que l'art italien pénétrait en Russie.

Ivan III avait trouvé à son avènement une ville de bois. Ce serait exagérer de dire qu'il la remplaça par une ville de pierre ou de briques. Les habitations des particuliers continuèrent à emprunter aux arbres des forêts

Paysannes Moscovites.

les éléments de leur construction, mais certaines églises, des couvents, voire même des édifices civils s'élevèrent en matériaux plus durables, en pierre, plus souvent en briques.

Le xvr siècle vit les diverses i^rincipautés qui avaient juscjue-là constitué la Russie s'unifier sous le sceptre du souverain moscovite devenu le tsar de toutes les Russies. Autour de l'enceinte du Kremlin s'éleva celle de la Ville blanche ainsi nommée probablement par ce que les murs de briques dont elle était enclose furent badigeonnés à la chaux. C'est peut-être en songeant à cette enceinte c^ue le peuple prit l'habitude d"ap-

UN pkl: D'HISTOIRK

peler .Moscou la ville de pierre hlaiirhe 'biclokanu-iinaïa] sans doute par constraste avec les villages de bois noir.

Le premier plan de .Moscou date du xvirsfècle. Occupée par les Polonai'i pendant la période dite des troubles. .Moscou fut délivrée de la domi-

Paysans Moscovites.

nation étrangère, le 24 août 161 2 et le 12 juin de l'année suivante, le tsar iMichel, le fondateur de la dynastie des Romanov fit son entrée dans le Kremlin. 11 agrandit la ville et la pourvut d'une troisième enceinte le Zciulidiioi Gorod ou mur de terre. Sous le règne de son successeur Alexis Miklaïlovitch (1645-1676) la capitale vit s'élever de nouveaux édifices, surtout des églises et entra en rapports de plus en plus fréquents avec l'occident européen; mais la peste en 1655, l'incendie en 1648 et en 1668 V exercèrent de cruels ravages.

' Le mot veut dire mousquetaires.

Pierre le Grand après la révolte des stricUsy ' que les étrangers appellent strelitz et les guerres contre la Suède voulut « ouvrira la Russie une fenêtre sur l'I^urope » (Pouchkine:. Il transporta le siège de son empire à Pétersbourg et devant la jeune capitale « Moscou dut incliner la tête, comme devant une nouvelle impératrice, une douairière couronnée » (Pouchkine . Désormais elle resta le centre intellectuel du parti de la vieille Russie, tandis que Pétersbourg devenait le foyer du parti occidental ou progressiste. Elle dut cependant à Pierre le Grand quelques améliorations. Ce fut lui qui construisit ce curieux édifice militaire, la tour de Soukharev.

Désormais, les dépouilles des souverains qui jusqu'alors avaient reposé dans l'enceinte du Kremlin dormirent leur dernier sommeil dans la forteresse de .Saint-Pierre et Saint-Paul sur les rives de la Neva. iMoscou ne perdit pas seulement le prestige d'un centre politique; elle perdit aussi la souveraineté spirituelle par la suppression du patriarcat, remplacé par le saint Synode établi à .Saint-Pétersbourg. Jlais elle garda le pri\ilège de sacrer les empereurs.

La fille de Pierre le Grand, l'impératrice Elisabeth (1741-1762), lui témoigna un intérêt tout particulier, rêva de reconstituer le Kremlin sur un plan gigantesque, lui dduna une l'niversilé qui fut la première en date de l'empire. Catherine II restaura ses antiques monuments, fonda des établissements de bienfaisance, fit commencer non loin de la ville un château impérial Tsaritsj'no^ cj^ui ne fut pas achevé.

On sait quel rôle joua Moscou dans l'épopée napoléonienne. A dater de l'incendie qui, grâce à Dieu, respecta les monuments delà glorieuse cité, elle devint plus que jamais chère au peuple russe. Non seulement elle s'est relevée de ses ruines, mais chaque règne l'a embellie de monuments nouveaux. L'empereur actuel a tenu à marquer sa déférence pour l'antique capitale en allant chaque année y passer quelques semaines à l'époque des fêtes de Pâques, et 3' remplir ses devoirs religieux. Le chemin de fer, le télégraphe et le téléphone ont supprimé les distances. Le tsar n'a plus besoin pour surveiller l'Europe de se tenir penché à la fenêtre que Pierre le Grand, avait naguère ouverte sur la Baltique, et certains patriotes se demandent si la Matouchka ' i"Moskva n'est pas destinée à redevenir quelque jour la capitale du monde russe.

' Petitf mrrc.

Le iMLiUiin. Vue générale.

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