‹ MoscouChapitre 22 sur 32 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

LE KITAI-GOROD

En sortant du ,^lusée nous franchissons une porte dite Porte Ibérienne et nous trouvons à notre gauche l'un des sanctuaires les plus renommés et les plus fréquentés de la Russie : c'est la chapelle de Notre-Dame d'Ibérie.

Ce nom nous surprend au premier abord. Nous sommes habitués à l'appliquer à l'ancienne Espagne. 31ais il y a une autre Ibérie, celle du Caucase que nous connaissons plutôt sous le nom de Gé<jrgie.

Dans cette petite chapelle sans st3'le, où brûlent des centaines de cierges, où les dévots s'entassent sans relâche (se défier des pickpockets, dit le prudent Baedeker) ils viennent invoquer une image miraculeuse de Notre-Dame qui fut apportée à Moscou en 1O48 et qui depuis ibbg est établie dans cette chapelle où on la vénère encore aujourd'hui. Cette image

est la copie d'un original qui se trouve au monastère ibérien du mont Athos. La planche de c^'près sur laquelle elle fut copiée fut aspergée deau bénite et le copiste bro}-a des fragments de reliques dans ses couleurs. La copie est considérée comme miraculeuse à l'égale de l'original. Elle est enrichie de pierres précieuses et de perles et recou\'erte d'une glace qui met ces trésors à l'abri des mains sacrilèges.

La Vierge d'Ibérie attire des dévots et des pèlerins, non seulement de ^loscou, mais de toute la Russie. On ne la vénère pas seulement dans sa chapelle ; elle est presque journellement voiturée en ville dans un somptueux équipage à six chevaux, garni de laquais à tête nue et va porter dans les familles qui la demandent les bénédictions et les grâces. Tandis qu'elle voyage ainsi dans la pieuse capitale, elle est remplacée dans la chapelle par une image rigoureusement semblable devant laquelle les dévotions continues. Un de nos confrères, JM. Legras' a pu voir l'icône dans une famille qui l'avait fait venir et la décrit ainsi :

« C'est comme toutes les icônes, une image noire aux larges 3'eux sans expression et sans couleur. La couronne et le vêtement qui encadrent la Vierge et l'enfant Jésus sont d'or massif. Dans ce diadème sont incrustées des pierres précieuses, diamants, rubis, émeraudes et à la hauteur de ces ornements une plaque de verre est apposée pour éviter les effusions intéressées de quelque dévot sans scrupules. L'ensemble de l'image n'est pas joli, mais le respect dont l'entoure le peujjle y attache de l'intérêt. »

Trois grandes artères traversent le Kitaï-gorod : ce sont en partant du Xord en descendant vers la Moskva, la Xikolskaïa .rue Saint-Nicolas), l'ilinka rue .Saint-Llie; et la Varvarka ;^rue Sainte-Barbe).

La Xikolskaïa est ce qu'était autrefois chez nous la rue .Saint-Jacques, la rue des Libraires. C'est dans cette rue que s'élève la typographie synodale dont le style g(nhii[ue détonne étrangement avec la destination d'un édifice destiné aux puljlications de l'église orthodoxe.

La t3qDographie en Russie, date du règne d'Ivan le Terrible. C'est par ses soins que furent imprimés en 1563, les Actes des Apôtres, le premier des incunables russes. Un exemplaire de ce précieux volume figure dans la bibliothèque de la tj'pographie qui possède un musée technique.

Un peu plus loin, le couvent d'hommes, dit Zaikonospasky, rappelle des souvenirs non moins précieux pour l'histoire de la civilisation en

' Alt pjvs rifsic (A. Colin, p. 248).

1,|-. RITAl-COROl)

Russie. C'est là que fut élevé le vérital)le créateur de la littérature russe, moderne, le fils de pécheur Lomonosov. Dans la même rue le monastère de Saint-Xicolas abrite des moines grecs venus du mont Athos. i\loscou est bien plus près de Byzance ciue nous ne l'imaginons.

La rue Ilinka ne nous offre rien de bien intéressant. En revanche, In

La Porte et la Chapelle d'Ibérie.

"Varvarka nous présente une des plus grandes curiosités de Moscou, la maison des boïars Romanov. C'est ici que vivaient naguère, quand ils résidaient à -Moscou, les membres de cette famille qui devait donner une dynastie à la Russie. C'est ici que naquit le 12 juillet 1596, Michel Feodorovitch Romanov qui devait être le premier tsar de cette dynastie.

Une fois monté sur le trône, il voulut consacrer à de bonnes œuvres la demeure paternelle et il en fit don au monastère voisin de l'Apparition (Znamensky:, qu'il avait fondé en lO^^i.

L'empereur Alexandre II eut la bonne idée de la racheter et de la faire restaurer conformément aux exigences et aux progrès de la science

archéolog-ique. Le palais du terem nous a permis de restituer le milieu où vivaient les tsars. Dans la maison des boïars Romanov nous pouvons ressusciter la vie d'une famille noble au xvr" siècle. Ce qui nous frappe tout d"abordc"est Texiguïté des locaux. C'estune maison d'hiver ; lagrande préoccupation de l'architecte a été de mettre les habitants à l'abri du froid. Le visiteur se heurte presque aux lintaux des portes, aux murs des escaliers.

On a reconstitué autant que possible le décor et le mobilier de cette maison historique où vivait il y a quatre siècles le patriarche Philarète, père du tsar Michel Feodorovitch. Contrairement à ce qui se passe chez nous, c'est au premier étage qu'étaient les chambres des domestiques et dans ce qui serait chez nous les mansardes, le terem autrement dit l'appartement intime.

Le Musée Roumiantsov.

Page 1