LA VILLE BLANCHE
Nous avons décrit avec un soin particulier le Kremlin et le Kitaïgorod qui forment comme deux cités distinctes dans l'agglomération moscovite. Nous passons maintenant au quartier qui les enveloppe et qui s'appelle la Ville blanche. Les Moscovites aiment cette épithète; ils sont fiers de leurs édifices en pierre et par opposition aux villes de briques qui sont rouges, aux bourgades de bois c^ui sont noires, ils se plaisent à nommer leur capitale la ville aux pierres blanches, Bielokamennaia JMoskva.
Le B/i'lv-go/'od n'est pas si riche en monuments que les quartiers dont nous venons de donner la description. En sortant du Kremlin si nous nous dirigeons vers l'ouest, nous donnerons en passant un coup d'œil au Manège, l'un des plus grands édifices de l'Europe, à l'Université et au Musée Roumiantsov, harmonieux édifice dans le style Renaissance qui ne jure pas trop avec l'ensemble des constructions. C'était au temps jadis avant lou-
verture du Musée historique et du Musée Tretiakov, — en laissant de côte la galerie des Armures, — le seul Musée de ^loscou. Négligeons pour le moment la Galerie de peinture qui a absorbé les collections Prianichikov et Soldatenkov et qui renferme un certain nombre d'œuvres intéressantes notamment l'£cce ho/no d'Ivanov qui marque une date dans l'histoire de la peinture religieuse en Russie. Xous reparlerons plus loin de ces collections en étudiant la peinture russe au musée Tretiakov. Ce qui mérite surtout ici lattention des curieux, ce qui ne se trouve nulle part ailleurs dans tout l'Kmpire, c"est l'incomparable collection de mannequins représentant les diverses races par lesquelles il est habité. Ils sont au nombre d'une centaine et ont été exécutés par des artistes fort habiles. Costumés avec la plus grande exactitude, entourés d'accessoires indigènes ils donnent l'idée la plus complexe de cette mosaïque de nations qui constitue la Russie. Cette collection a été créée en 1867 à l'occasion du Congrès ethnographique, convoqué par la Société des Sciences naturelles de Moscou, congrès auquel les Slaves étrangers à l'empire, Tchèques, Slovaques, Serbes, Croates, Slovènes, Bulgares avaient été invités et qui fut dénoncé par certains organes occidentaux, notamment jjar la Revue des Deux ]\londes, comme une manifestation politique et panslaviste. J'ai dit ailleurs ce qu'il fallait penser de ces assertions. Quoi qu'il en soit le Congrès nous a valu une des plus curieuses collections qu'il y ait au monde. Une heure passée dans cette galerie tient lieu d'un v03'age à travers tout l'empire ou constitue le meilleur moven de s'y préparer.
Le voyageur qui arrive par l'Ouest à .^loscou aperçoit tout d'abord à l'horizon avant de découvrir la capitale, une gigantesque coupole d'or, la plus colossale de cette ville, qui les compte par centaines. C'est le dôme du Sauveur, le plus grand temple de Moscou et peut-être de la Russie, le seul qui puisse se comparer à Saint-Isaac de Pétersbourg. Pour nous Français, ce temple rappelle une des pages les plus héroïques et les plus déplorables de notre histoire. Il a été érigé pour remercier le ciel d'avoir délivré la Russie de notre invasion en 1812. L'église du Sauveur est pour la Russie une église nationale comme l'est pour la France le Sacré-Cœur de Montmartre. Mais il évoque des souvenirs plus heureux.
I-a construction de ce bel édifice a duré près d'un demi-siècle. Elle a commencé en 1837, elle a été terminée en 1883 à l'occasion du sacre de l'empereur Alexandre III. L'architecte qui en conçut le plan était Constantin Audreevitch Ton, professeur à l'école des Beaux-Arts de Saint- Pétersbourg.