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On avait d'abord eu l'iilée de l'ériger sur la colline des JNloineau.x d'où elle aurait dominé la ville et la plaine environnantes; mais on ne connaissait pas en ce temps-là l'emploi du béton, si heureusement utilisé pour les assises du Sacré-Cœur, et le sol de la colline parut trop friable pour être en état de supporter une masse aussi pesante.
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L'Éulise du Sauveur.
L'église du Sauveur est de proportions colossales. La coupole centrale atteint une hauteur de cent deux mètres. Elle est flanquée de quatre coupoles de moindres dimensions c[ui se dressent aux quatre angles de l'édifice; la superficie totale de l'église couvre 7.000 mètres carrés. Le dôme central a trente mètres de diamètre. On évalue les frais de construction à près de cinquante millions de francs. Et la main-d'œuvre est bien moins chère en Russie que chez nous.
Le Sauveur est construit dans le style classique de la Russie, le byzantin. Mais l'architecte a fait de son mieux pour éviter la lourdeur inhérente
à la forme cubique imposée parle style. Chacune des façades se subdivise en trois travées surmontées chacune d'un fronton semi-circulaire.
Douze portes donnent accès à chacune de ces travées. ()n y aboutit par des escaliers de granit. Les façades sont décorées de bas-reliefs, dont les sujets sont empruntés aux récits bibliques et à l'histoire de la Russie. L'I'^glise orthodoxe n'admet point les statues qui rappellent le culte des idoles. Elle tolère, surtout à l'extérieur, des bas-reliefs. Mais il faut des marbres bien vigoureux pour résister au farouche climat de la .Moscovie.
Le Grand Pont et l'Église du Sauveur.
Parmi les épisodes c[ue reproduisent ces bas-reliefs, il en est qui renferment des allusions directes au désastre de ceux que les paysans russes appelaient en ce temps-là des Musulmans Basourmane . D'un côté saint Serge, le fondateur de l'illustre sanctuaire de la Trinité, bénit Dmitri Donsko'i a\ant son départ pour l'expédition contre les Tatars qui devait aboutira la victoire de Koulikovo :'i,^8o\ de l'autre saint Denis de Rjev — un saint russe qu'il ne faut pas confondre avec notre saint I )enis — bénit Pojarsk}' et Minine. les deux héros de 1612 dont nous avons plus haut raconté l'histoire à propos du monument bizarre de la place Rouge.
L'intérieur du Sauveur avec ses peintures, ses marbres et ses dorures est peut-être plus splendide que celui de Saint-Isaac à Pétersbourg. Comme notre église des Invalides, ce temple est consacré au Dieu des armées, à
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ce redoutable Dieu Sabaoïh, dont rimaye gigantesque, œuvre de Markov, se détache sur les parois de la grande coupole.
De tous côtés des plaques de marbre — on en compte cent soixante-dixsept — rappellent les souvenirs des luttes épiques auxquelles les armées
Le Monument du chirurgien Pirogov.
russes ont pris part de 1S12 à 1814, reproduisent le texte des manifestes impériaux, donnent la liste des officiers morts pour le souverain et la patrie.
.Si la sculpture est interdite à l'intérieur des églises russes, la peinture en revanche s'y déploie librement.
L'église du Sauveur est l'un des monuments où l'on peut le mieux étudier les productions de l'école russe contemporaine. Elle ne saurait se permettre dans l'intérieur du sanctuaire la reproduction des batailles modernes. Elle doit se borner à des scènes religieuses, à des épisodes de l'Ancien ou du Nouveau Testament.
Elle ne se refuse point d'ailleurs les allusions belliqueuses. Un grand tableau nous représente saint Serge bénissant Dmitri Donskoï partant en guerre contre les Tatars. Il est signé V. P. Verestchaguine. Ce A^asili Petrovitch Verestchaguine ne doit pas être confondu avec son homonyme Vasili Vasilievitch Verestchaguine dont nous parlerons plus loin dans les pages où nous étudierons la peinture russe ; celui-là n"a guère cultivé la peinture religieuse. Nous rencontrons ici quelques maîtres de l'école contemporaine, Makovsk}^, Prianichnikov et le Polonais Siemiradzki.
L'iconostase de l'église du Sauveur se creuse en forme de chapelle de marbre blanc et est surmontée d'un auvent de marbre et de bronze. Soixante fenêtres éclairent la vaste nef: mais il faut surtout la voir dans les grandes solennités, lorsque trois mille sept cents cierges 3' font vaciller leurs lumières.
Si douloureux que soient pour nous les souvenirs qu'éveille l'église du Sauveur, nous pouvons y pénétrer sans arrière-pensée, de même que nous pouvons contempler sans amertume les canons entassés dans la cour du Kremlin.
Une seconde fois au cours du xix^ siècle, la destinée a mis aux prises les armées françaises et russes pendant la guerre de Crimée. 3lais ce duel héro'ique bien loin d'exaspérer les deux nations l'une contre l'autre, n'a fait que mettre en relief les qualités chevaleresques par lesquelles elles se ressemblent et leur révéler combien elles étaient dignes de se comprendre. Ici encore qu'on me permette d'évoquer un souvenir personnel.
Kn 1872, la ville de Moscou futle théâtre d'une exposition fort intéressante que j'ai bien souvent visitée. L'une des parties les plus curieuses de cette exposition était consacrée aux souvenirs du siège de Sébastopol. A côté de plans en relief, de dessins, de cartes, de croquis, figuraient les glorieuses reliques des officiers russes morts en défendant leur pays. J'eus l'occasion de rencontrer dans cette section le général Le T lô, alors notre ambassadeur en Russie et de me présentera lui. Il m'accueillit avec une extrême bienveillance et me pria de l'accompagner dans sa visite. Des officiers russes lui faisaient les honneurs de la section.
Moins de vingt années s'étaient écoulées depuis les événements dont des mains pieuses avaient ici réuni les souvenirs. Le Flô, s'il avait été en service actif, aurait pu se trouver dans les rangs de l'armée assiégeante. Il avait peut-être devant lui les fils de ceux qui auraient été ses adversaires. Ils lui expliquaient les épisodes du siège avec une respectueuse
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courtoisie. Aucun sentiment de rancune, aucune goutte de fiel ne se mêlait à cet entretien chevaleresque On eût cru qu'il s'agissait du siège de Troie
commenté par des académiciens. Je songeais à nos récents désastres; et je me disais que dans un quart de siècle il serait impossible à nos offi-' ciers de faire à un général allemand les honneurs du siège de Paris,"de
Belfort, de Verdun. Trente-deux ans se sont écoulés depuis cette époque et je n"ai pas changé d'avis.
Si en sortant de r]\oiise du .Sauveur nous prenons la longue rue Pretchistenka nous apercevons dans le lointain les coupoles dorées du Nouveau Couvent des Vierges i^Novodievitchi). Tous les couvents de temmes sont en général occupés par des vierges... ou des veuves. Celui dont nous parlons doit son nom au champ des Vierges (dievitchie pôle), sur lequel il a été construit. Ce champ rappelle l'un des plus douloureux sou-
La .M.ùson des Sociétés allemandes.
venirs de la domination des Tatares. Les Khans exigeaient des princes russes un tribut annuel, non seulement d'argent, mais de vierges nubiles. C'est ici qu'on réunissait les malheureuses victimes et qu'on les passait en revue avant de les envoyer à la Horde.
Le couvent lui-même a joué un grand rôle dans l'histoire religieuse et politicjue de la Russie. Son aspect guerrier rappelle une époque de luttes héroïques. Il est entouré d'une enceinte crénelée flanquée de seize tours. Il fut construit en 1524 parle tsar Vasili loannovitch pour remercier le ciel de la prise de Smolensk. Il a compté parmi ses religieuses d'augustes personnes.
l^n 151JS, la veuve du tsar Fedor lovanovitch, Irène, y prit le voile. En 1610, il fut témoin de sanglants combats entre les Russes et les Polonais. C'est dans ses murs que Pierre le Grand « tondit » autrement dit.
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fit religieuse sa sœur, Sophie, cachée désormais au monde sous le nom de Suzanne. Les orthodoxes qui entrent en religion prennent toujours un nom dont la première lettre est celle de celui qu'ils portaient dans le monde. Devant la fenêtre de la cellule où languissait désormais sœur Suzanne, il fit pendre trois cents strieltsy afin de montrer à la recluse comment il savait châtier les révoltés. Il voulut que le monastère ne servît pas seulement de retraite spirituelle aux nmes lassées de ce monde. Il lui confia le soin d'élever les enfants trouvés. Au temps jadis, le mo-
L'UiiiversitO
nastère des Vierges était l'un des plus riches de la Russie. Il possédait jusqu'à quinze mille serfs.
Il constitue une sorte de cité religieuse qui compte un certain nombre d'églises et de chapelles. L'église qui porte le titre de cathédrale renferme les tombeaux de la première femme de Pierre le Grand et de sa sœur Catherine. En face de cette cathédrale se dresse un clocher isolé construit par Pierre le Grand dont les cinq étages s'emboîtent les uns dans les autres comme ceux d'Ivan A'eliky (voir plus haut ch. iv. L'horloge sonne les minutes. Le couvent possède même son cimetière. Napoléon le visita en 1812; ses troupes eurent l'idée assez malencontreuse de vouloir le faire sauter lorsqu'elles durent évacuer la ville; les religieuses se précipitèrent sur les mèches allumées et réussirent à les éteindre.
La visite des couvents de religieuses est des plus intéressantes : on y
rencontre souvent des femmes de la plus haute éducation, qui, dans le monde ont porté des noms illustres, qui font les honneurs de leur cellule comme elles faisaient naguère celle de leur salon, qui vous reçoivent avec une parfait bonne grâce tout en vous offrant une prosfira pain de communion; assaisonnée d'un tlié confortable.
Dans ces couvents de femmes, il est particulièrement intéressant d'assister aux offices, ne fût-ce que pour entendre moduler par des voix virgi-
La Maison Morozov.
nales ces nobles mélopées qui dans les églises sont interprétées par les voix austères des chantres barbus.
Du clocher du Couvent des Vierges, on découvre une fort belle vue, non seulement sur .Moscou, mais sur les collines qui la dominent du côté Sud-Ouest, sur la célèbre montagne des Oiseaux (Vorobieva Gora\ Au pied de cette montagne le panorama de Moscou se déploie dans toute sa splendeur. Un restaurant très frécjuenté par les riches .^loscovites s'élève à l'endroit même d'où Napoléon contempla pour la première fois l'antique capitale avant d'y entrer le 14/2 septembre 18 12.
Si nous remontons vers le Nord-Ouest par la rue de Tver, nous arrivons à une ligne de boulevards cjui représente l'ancienne enceinte de la ville blanche, de même que nos grands boulevards à Paris nous rappellent l'enceinte de Louis XIV. Il ne faudrait pas cependant nous figurer