‹ MoscouChapitre 25 sur 32 · I.A \TI.T.K lîl.AXClI · texte numérisé non relu

I.A \TI.T.K lîl.AXClI

les boulevards do .Moscou comme faisanl pendant à ceux que vous connaissez. Ils n'ont rien de commun avec eux. Ce sont des allées plantées de tilleuls, bordées de maisons bourgeoises et d'hôtels entourés de jardins. Les maisons se perdent ici dans les arbres et Moscou prend l'aspect

Statue de Pouchkine.

d'une immense ville de province, égrenée, disséminée sous les ombrages. Vers le mois de juillet, ces allées de tilleuls e.xhalent un parfum exquis, bien différent du relent acre de nos boulevards.

A l'entrée du boulevard de Tver, en face du monastère de la Passion, sur un piédestal de granit, se dresse la statue du poète Pouchkine, né à Moscou en 1799. L'œuvre est due au ciseau du sculpteur (Jpekouchine ; elle est un peu lourde : l'imagination aimerait à se figurer autrement l'auteur inspiré à'Oniégiiiiie et de Boris Godoiinov, le chantre exquis

de Tatiana. Pour moi, je ne puis passer devant cette statue sans émotion ; elle me rappelle un des épisodes les plus intéressants auxquels il m'ait été donné d'assister dans ma longue carrière de voyageur ; elle joua un bout de rôle dans l'histoire des relations franco-russes. De tous les pavs étrangers, un seul était représenté à l'inauguration de cette statue (juin 1880), c'était la France, et je ne puis oublier que j'ai eu l'honneur de prendre la parole en son nom.

La Porte Triompliale.

J'ai raconté plus haut quel hommage des Français de passage à Moscou avaient apporté à ce monument en 1897. l'^'oir p. 70.)

La rue qui fait suite à la ïverskaïa atteint la seconde ligne circulaire de boulevards, celle qui correspond, si l'on veut, aux boulevards extérieurs de Paris. Nous avons à Paris la Porte Saint-Martin et la Porte Saint-Denis. Moscou a la Porte Triomphale et la Porte Rouge.

La Porte Triomphale rappelle, comme l'église du Sauveur, les souvenirs de 181 2. C'est une imitation de l'arc de Titus à Rome. L'arc est surmonté d'une ^■ictoire dressée sur un char traîné par six chevaux. Je n'aime guère ces pastiches classiques sous le ciel glacé du Nord : on

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cherche autre chose aujourd'hui ot l'on a raison. Nous reviendrons plus loin sur la Porte Rouge.

Presque en face du Kremlin, dans le Kitaï-gorod, s'étale l'immense Place des Théâtres terminée au Nord par la façade du Grand Théâtre, l'un des plus confortables, sinon l'un des plus beaux de l'Europe. Il date de 1854; il est l'œuvre de Cavos, un architecte italien qui ne s'est guère

Le Grand Théâtre.

soucié d'approprier le style de son monument à celui des monuments historiques de Moscou.

Son théâtre est un édifice de style grec avec une façade d'ordre ionique. Le fronton est orné d'un quadrige représentant Apollon sur son char. Tout ce décor est bien peu moscovite. L'intérieur blanc et or est des plus confortables : le Grand Théâtre peut contenir plus de quatre mille spectateurs. 11 se recommande particulièrement à l'attention du touriste les soirs où l'on donne quelque ballet ou quelque opéra de l'école russe : de Glinka, de Rimsk3'-Korsakov, de Dargomyjsky, de Sierov, de Rubinstein.

Les Moscovites ont la réputation d'être des dilettanti fort exigeants et cette réputation est méritée. Ils ont d'excellents artistes nationaux et ne ménagent pas les roubles quand il s'agit d'attirer le ténor le plus haut coté, la primadonna la plus illustre. Ils se piquent d'avoir le meilleur

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ballet de TP^urope et j'ai été quelquefois un peu humilié d'entendre de quel ton ils parlaient de notre Opéra.

Le (irand Tiiéàtre de Moscou est un théâtre impérial et comme tel soumis à une étiquette dont l'étranger doit s'informer: ainsi il est rigoureusement interdit aux hommes de garder leur chapeau même au foyer. Le spectateur n'est pas dans un lieu public ; il est chez l'Empereur.

Le Petit Théâtre que nous rencontrons à c[uelques pas du grand joue en Russie le même rôle que chez nous la Comédie-Française. Le voyageur familier avec la langue russe pourra y passer d'excellentes soirées, y prendre des leçons fructueuses de diction et de déclamation. Celuilà même pour c^ui le russe est lettre close pourra encore éprouver quelc^ues jouissances artistiques à suivre une pièce dont il aura lu d'avance la traduction ou dont on lui aura résumé les données principales. L'art dramatique en Russie n'a encore qu'un siècle et demi d'existence ; la première troupe dramaticiue ne fut organisée à laroslavl que vers 1750; depuis cette époque le théâtre russe a produit des artistes dignes de rivaliser avec les plus illustres de ceux que nous applaudissons en Occident.

Le quartier qui avoisine la Place du Théâtre est celui du gros commerce, des grands restaurants, des confiseries renommées. La Russie ne distingue pas comme nous le café du restaurant et Moscou pour douze cent mille âmes n'a qu'un ou deux cafés à l'instar des nôtres.

Parmi les rues commerçantes il en est une dont le nom sonore donne lieu à de singulières désillusions, c'est celle qu'on appelle en russe : Koii:;iictsky iiiost et en français, le Pont des Maréchaux. Au temps de ma jeunesse, quand je méditais ma première excursion à Moscou, ce nom prestigieux évoquait dans mon imagination des visions grandioses.

Je me figurais sur la .Moskva un pont magnifique orné des statues équestres des plus illustres maréchaux de l'armé russe : des Paskievitch et des Roumiantsov, quelque chose comme ce qu'était le pont de la Concorde dans mon enfance, lorsqu'il portait les statues héroïques qui depuis plus d'un demi-siècle sont exilées dans la cour d'honneur du château de Versailles.

Or, en arrivant à Moscou, je constatai que ce fameux Pont des Maréchaux était situé à un bon kilomètre de la Moskva, que c'était une rue bordée de beaux magasins, mais qu'elle n'avait ni ponts, ni maréchaux, pas même des maréchaux-ferrants. J'allai aux renseignements et voici ce que j'appris.

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Au temps jadis, le long- de Ui colline que monte la rue actuelle coulait une petite rivière, la Xeglinnaïa (la non-glaiseuse). Sur cette rivière était jeté un petit pont près duquel étaient installés des maréchaux-ferrants dont il ]iriL le nom. En 1754, ce pont de bois fut remplacé par un pont de pierre du à un inoénieur qui appartenait à une famille bien connue en

Une scène de l'opciM /ii J'if pour le Tsar.

Russie, au prince Dmitri Oukhtomsky. Depuis la Neglinnaïa a été recouverte d'une voûte comme la P>ièvre à Paris et n'est plus qu'un égout qui va se perdre ignoré dans la Moskva en aval du Kremlin. .Mais le nom est resté à la rue sous laquelle il cache ses eaux limoneuses.

Quelques heures de flânerie dans ce ciuartier central pourront initier le touriste aux productions de l'art et de l'industrie russes : boissellerie, broderie, orfèvrerie. Il constatera que ces produits sont trop souvent, hélas ! submergés et perdus parmi ceux de l'industrie étrangère.

S'il veut connaître les œuvres courantes des peintres russes, il n'aura qu'à visiter l'exposition permanente des tableaux de la Société des Amis des Arts; s'il veut étudier les progrès de l'art industriel, il pourra visiter l'école de dessin qui porte le nom des Strogonov, le musée des arts industriels et constater que l'ornementation russe abonde en motifs exquis et délicats.

L'église de la Vierge du Don.

Mais l'art national ne produit pas assez pour lutter contre les produits et les modèles de l'étranger. Peut-être aussi n'est-il pas suffisamment apprécié des nationaux. Il y a quelques années, j'étais à Moscou. J'aurais voulu en rapporter un bijou émaillé en style russe — la Russie produit des émaux exquis. Je bouleversai en vain tous les tiroirs des joailliers des R/ady ou des quartiers voisins. Ce n'était partout que de la camelote allemande, de l'article de Paris fabriqué à l'ierlin.

Au Nord de la ville, sur le boulevard Sadovaïa, deux monuments attirent notre attention : la tour dite de Soukharev et, un peu plus loin, vers l'Est, l'arc de triomphe appelé la Porte Rouge.

La Tour de Soukharev 'Soukhareva P>achnia) porte le nom d'un régi-

l.A \1 l.LE HI.ANCII !■; g.

ment commandé naguère par le slolnik léchanson^ Soukharev, régiment qui^ à l'époque de la fameuse révolte des strieltsy ^ resta fidèle à Pierre le Grand. Quand le peuple vit s'élever cette tour octogone, il l'appela la fiancée d'Ivan le Grand (voir plus haut, ch. iv). La tour surmonte une porte de ville surmontée elle-même de logements et de magasins. C'était un ouvrage militaire. Sous les arcades, maintenant ouvertes jour et nuit à

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La Tour de Soukharev.

tout venant, on reconnait encore l'emplacement des gonds qui supportaient les lourds battants.

Du côté qui fait face à la ville s'étend une galerie à lac^uelle on accède par un plan incliné qui servait naguère à descendre ou à monter les provisions de la garnison.

Dans cet édifice, Pierre le Grand avait installé une école de commerce et de navigation qui fut transportée à Saint-Pétersbourg en 1815 ; la tour servait d'observatoire. De 183 1 à 1900, le premier étage a abrité un réservoir d'eau qui alimentait une partie de la ville.

Au pied de cet édifice qui rappelle des souvenirs si divers, se tient, à certains jours, un marché de bric à brac où les antiquaires et les bibliophiles peuvent parfois rencontrer quelque trouvaille. Au temps jadis, il

n'était pas rare dV voir échouer de beaux livres français du xviir' siècle dont le brocanteur moscovite ne savait pas toujours la valeur.

En suivant la Sadovaïa dans la direction du Sud-Est, nous arrivons à la Porte Rouge ; elle est moins intéressante que l'arc de triomphe dont nous parlions tout à l'heure. C'est une construction en stj-le baroque construite en 1742 sous la direction du prince Oukhtomsky à l'occasion

La Porte dite Ilinskau.

du sacre de l'impératrice Elisabeth. Cette porte à trois baies est peinte en couleur rouge — d'oi^i son nom — et flanquée de colonnes blanches. Après son couronnement, Elisabeth passa en grande pompe sous le nouvel édifice pour se rendre au palais I-efort. Ce palais avait été construit par Pierre le (irand pour son célèbre collaborateur, l'ingénieur genevois Eefort c[ui a donné son nom à un quartier de Moscou II existe toujours, mais il n'a qu'un intérêt historique.

Si, après avoir dépassé la Porte Rouge, nous continuons notre marche vers le Xord, nous dépassons les gares des lignes de Saint-Pétersbourg, delaroslavl, de Kazan, nous longeons l'Etang rouge, un de ces innombrables étangs bordés d'arbres qui donnent un caractère rustique à certains c^uartiers de la capitale, et nous arrivons au parc Sokolniki, autre-

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