‹ MoscouChapitre 4 sur 32 · LES ÉGLISES · texte numérisé non relu

LES ÉGLISES

Et maintenant que nous voilà orientés dans l'iiistoire générale de Moscou, initiés aux premières œuvres de Larchitecture russe, procédons à Linventaire et à l'examen des monuments qui se dressent autour de nous. Nous commencerons naturellement par ceux du Kremlin.

On s'imagine chez nous que J^loscou est de toutes les villes de la Russie la seule à posséder un Kremlin. C'est une erreur. Krc])il est un ancien mot russe qui veut dire enceinte fortifiée, bnrg, château. Il 3^ a des Kremlins dans un grand nombre de villes russes, à Pskov, à Novgorod la Grande, à Nijny-Novgorod, à Rostov, à Kazan. Le mot est propre à la Grande Russie et inconnu dans la Russie méridionale et dans les autres pays slaves. Son étymologie fait le désespoir des philologues.

Le Kremlin se développe sur une colline qui a près de cinquante mètres de hauteur, ce qui, surtout en Russie, constitue uue situation stratégique. Il a à peu près la forme d'un triangle équilatéral. Le côté sud domine le quai de la 31oskva. L'enceinte est constituée par un mur en brique crénelé sur toute sa longueur et dominé par vingt et une tours qui

sont surmontées de clochers en forme de tentes ou de cônes. Cette forme qui rappelle les œuvres primitives de rarchitecture en bois se rencontre fréquemment dans l'architecture russe. La muraille a près de deux kilomètres de tour ; l'église et le trône, l'armée et la justice se trouvent représentés par une série de somptueux édifices dans cette enceinte qui revêt aux yeux du patriote russe une sorte de caractère sacré. « Au-dessus de .Moscou, il n'y a que le Kremlin, au-dessus du Kremlin, il n'y a que le ciel », dit un proverbe russe. Cinq portes font communiquer l'enceinte crénelée avec l'extérieur. Trois ont reçu des noms empruntés à la langue de l'Eglise : la porte du Sauveur, la porte de la Trinité, la porte Saint-Nicolas ; deux ont des dc^nominations historiques : la porte Boro\'itskaya de même que l'église de Spas na Borou rappelle les bois qui existaient jadis sur la colline ' ; c'est par elle que Napoléon entra dans le Kremlin; la porte Taïnitskaïa (porte du secret) rappelle qu'une issue secrète existait jadis en cet endroit.

Ces portes sont chacune surmontées d'un clocher qui les signale de loin à l'attention et leur prête une physionomie particulière. Celui qui s'élève au-dessus de la porte dite du .Sauveur, rappelle les flèches des églises gothiques et atteint une hauteur de ('>2 mètres. Au sommet se dresse l'aigle bicéphale. Les origines de ce monument remontent au XV siècle. Au-dessus de l'entrée du côté de la Place Rouge, est placée une image du Sauveur qui, en 1^147. fut rapportée de Smolensk par le tsar Alexis Mikhaïlovitch. Une lampe éternellement alhim(''e brûle devant l'image sacrée. La Russie orthodoxe garde précieusement les antiques usages. Alexis Mikha'ilovitch avait ordonné que nul ne passerait sans se découvrir sous la porte désormais consacrée. Cette prescription est encore aujourd'hui fidèlement observée. Un agent de police en faction se charge de la rappeler aux étrangers qui l'ignorent.

La porte Saint-Nicolas comme la porte du Sauveur donne sur la place Rouge. Elle doit son nom à une image de saint Nicolas le thaumaturge. Le clocher qui la surmonte, exécuté d'après l'ordre de l'empereur Nicolas l", est la reproduction exacte du clocher de l'église Sainte-31arie de Stargarden Prusse. Une inscription gravée sous le règne d'Alexandre 1° rappelle que lorsque les Erançais en quittant Moscou essayèrent de faire sauterie Kremlin, l'image miraculeuse et la lampe qui brûlait devant elle demeurèrent intactes.

' Jiiir veut dire bois.

LE KKICMI.IX. I.1-:S KGI.ISI'S 25

(c O Kremlin, chante le poète Joukovsky, nous baisons avec attendrissement la poussière paternelle. Regardez 1 sur ces murs une vengeance désespérée a laissé une trace noire. L'ennemi dans sa fureur insensée voulait cliàtier la pierre : d'une main tremblante, il jeta la flamme sur elle.

La Porte du Sauveur.

Que le Kremlin périsse, s'écria le misérable. xMais le Kremlin sauvé demeure. »

L'intérieur du Kremlin n'a point de rues ; il se divise en quatre places : place du Tsar, place de la Parade, place du Château, place du Sénat. Autour de ces places se développe sans symétrie tout un ensemble d'édifices anciens et modernes, religieux, civils et militaires.

Commençons notre visite par les édifices religieux.

En entrant par la porte du Sauveur, nous passons d'abord devant le couvent de l'Ascension qui fut fondé en 1389, mais qui sous sa forme actuelle date du xviir siècle, devant l'église Sainte- Catherine construite en 1S17 dans le style pseudo-gothique, toute badigeonnée de

Le Couvent de l'Ascension.

bleu et qui détonne par son aspect général au milieu des sévères cathédrales byzantines.

Le début du xix' siècle a vu se commettre beaucoup de fautes de goût et d'anachronismes.

L'église pseudo-gothique du Kremlin fait pendant au groupe pseudoclassique de la Place Rouge dont nous parlerons tout à l'heure.

Dans une cour intérieure du couvent s'élève, surmontée des cinq coupoles traditionnelles, la cathédrale de l'Ascension. Elle renferme les tombeaux de trente-huit grandes princesses, tsarines, princesses dont la

KKl'.IMl.l N

Page 1