‹ MoscouChapitre 5 sur 32 · I.ICS K(. I.ISKS · texte numérisé non relu

I.ICS K(. I.ISKS

derni('re en date est .Nathalie Alexievna, sœur d(j Pierre le Grand, morte en i72<S. L'Eglise russe interdisant l'emjîloi de sculpture, ces tombes sont toutes d'un modèle uniforme ; elles affectent la forme d'un cercueil et ne se distinguent que par les inscriptions cjui les accompagnent.

Un drap rouge jeté sur elles en est la seule parure.

Dans une autre cour du couvent Vosnesensky nous rencontrons une église à deux étages, l'église Saint- .Aiichel. L'I'.glise russe interdit les statues, mais elle tolère les bas-reliefs : l'église Saint-jMichel porte un bas-relief représentant saint Georges terrassant le dragon. Le saint légendaire joue un grand rôle en Russie ; il est le patron de Moscou et figure dans les armes de la ville; il a donné son nom à l'ordre militaire qui récomi^ense les actes de bravoure. Il a même, d'une façon indirecte, servi de parrain à l'une des monnaies les plus usitées en Russie, le kopek. Voici comment : au temps jadis cette monnaie était frappée à l'effigie de saint Georges ; or saint Georges terrasse ce dragon avec une lance, kopié. Cette lance donna son nom au sou russe qui fut nommé Ko p II- il; a.

A gauche de l'iconostase on vénère l'image miraculeuse de la Vierge de Kazan. Cette image si célèbre dans toute la Russie est conservée au monastère Bogoroditsky, autrement dit de la Mère de Dieu à Kazan. Elle apparut dans cette ville en 157g à une fillette de dix ans, la jeune JMatrona. La mère de Dieu la fit apparaître en songe à cette enfant et

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lui ordonna d'aller dire à Tarchevêque et aux généraux d'arracher son image aux entrailles de la terre où elle était ensevelie. La jeune fille confia d'abord le secret de cette apparition à sa mère qui refusa de la croire. Mais une après-midi que .Malrona dormait dans sa maison, elle se trouva tout à coup dans la cour et l'image de la très sainte mère de Dieu lui apparut, cette fois au milieu des flammes. Une voix effroyable se fit entendre au milieu des flammes et dit à la jeune fille : « Si tu ne répètes pas mes paroles, si tu ne vas pas dire qu'il faut m'arracher aux entrailles de la terre, j'irai me manifester ailleurs et tu périras misérable. " La jeune fille eut grand peur ; elle tomba évanouie et dès qu'elle eut repris connaissance, elle se décida à rapporter le récit de l'apparition à sa mère qui le communiqua à l'évêque et aux chefs militaires; on refusa de la croire. La mère se mit alors à creuser à l'endroit indiqué et elle ne trouva rien; l'enfant prit la pioche et ne tarda point à découvrir l'image. Elle resplendissait merveilleusement comme si elle était à l'instant même sortie des mains du peintre. Le peuple accourut; la nouvelle de la merveilleuse découverte parvint jusqu'à l'évêque. Il ordonna de porter l'image en procession à l'église Saint-Nicolas et y célébra un service solennel. Depuis ce temps l'image fut en grande vénération non seulement à Kazan, mais dans toute la Russie. Le tsar Ivan le Terrible ordonna de construire une église et un monastère de femmes à Kazan, sous l'invocation de la mère de Dieu ; la jeune i^latrona entra dans ce monastère sous le nom de Mavra. Sa mère se fit aussi religieuse.

Voici maintenant un monastère cjui, lui. est occupé par des hommes. C'est le Monastère des Miracles [Tclioiuhrc \\ il remonte au XIV' siècle. Il a servi pendant quelque temps de résidence aux métropolitains de Moscou. 11 a compté parmi ses moines le faux Dmitri sous le nom de drégoire. Le Boris Gtahuniov de Pouchkine s'ouvre par une scène fort belle qui se passe dans une cellule de ce monastère, entre le vieux moine annaliste Pimène et le bouillant novice qui va bientôt de\enir l'aventurier couronné. C'est au Couvent des .^liracles c[ue Pierre le Grand a été baptisé. Il possède deux églises et un cimetière où, à côté d'une foule de saints personnages, repose Ediger ."^lahmet prince tatar de Kazan qui, après la prise de cette ville par Ivan le Terrible, embrassa le chri^tianisme, épousa une Koutouzov, défendit la Russie contre ses anciens compatriotes les Tatars et mourut pieusement à Moscou. La Russie a toujours su exercer sur les peuples allogènes une prodigieuse puissance d'assimilation. Là est un des secrets de sa force.

T,K KRI'Mr.lX.

LKS KG 1,1 SIC S

Nous nous étions placés tout à l'heure au sommet de la tour d'Tvan Veliky, autrement dit Jean le (irand. Ce Jean ledrand est saint Jean Climaque dont l'église est surmontée par le clorher qui domine tout l'ensemljle du Kremlin, l-'lle est accolée à une autre église placée sous le vocable de Saint-Nicolas. La tour en elle-même est peu intéressante au point de vue architectural. Klle ne date que du xvii" siècle et fut l'u-uvre d'un architecte étranger "Wilke. On l'a comparée à une lorgnette

La Tour d'Ivan le Grand. Le tsar kolokol. Le tsar pouchka.

marine déployée. C'est avec l'église du .Sauveur le plus haut édifice de Moscou. Elle mesure 97 mètres. Elle abrite à ses différents étages une trentaine de cloches dont la plus lourde pèserait 4.000 pouds, soit plus de 62.000 kilos. Elle a été fondue avec le métal des cloches antérieures qui furent relevées des décombres après l'incendie de iS 12. Elle porte sur ses flancs une inscription commémorative. Elle est ornée des portraits de l'empereur Alexandre I" et de sa femme l'im pératrice h'iisabeth xVlexievna . de sa mère JMarie Alexievna et de ses deux frères. C'est elle qui dans la nuit de Pâques annonce aux fidèles la résurrection du Christ. Dès qu'elle se fait entendre, le canon lui répond par une salve de cent un coups et toutes les cloches de 3Ioscou se mettent en branle à la fois. Les fidèles qui s'étaient groupés autour du clocher tenant en main les cierges allu-

mes se précipitent dans les églises. Parmi les cloches secondaires il en est une qui rappelle une tragique histoire. C'est celle du vetché ou conseil municipal de Novgorod la (irande. Quand l'antique république fut définitivement détruite par Ivan le Terrible, la cloche municipale qui symbolisait ses franchises fut transférée à Moscou. La croi.K qui surmonte actuellement la tour remplace celle que les Français enlevèrent en iSi2 ; ils la croj^aient en or, mais leur avidité fut cruellement déçue.

Une Cour intérieure du Kremlin.

C'est au pied de la tour d'Ivan le (irand que l'on proclamait les ukazes su,r la place dite Ivanovskaïa. Une locution populaire rappelle encore aujourd'hui cet usage : crier t'a vs/oi/ hhiiiovskon'ioif, crier pour toutela place d'Ivan, de façon à être entendu de tout le inonde, autrement dit crier à pleine gorge.

Au deuxième étage de la tour d'Ivan le (irand est conservé le trésor des patriarches. Le visiteur a rarement rencontré un pareil ensemble de costumes sacerdotaux aussi richement garnis de perles et de pierres précieuses. Les trésors tles églises russes ont été jusqu'ici épargnés par les révolutions. Le jour où quelque entreprise patriotique exigerait des ressources e.Ktraordinaires, la Russie trouverait dans ces trésors religieux des richesses inattendues. Parmi les objets intéressants de cette collection je signalerai simplement un calice qui suivant la tradition serait

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