‹ Moselli José – TripliX l’insaisissableChapitre 7 sur 18 · TE · texte numérisé non relu

TE

M. Serpier ouvrit le tiroir de son bureau et, après avoir cherché pendant quelques instants, attira à lui une enveloppe de papier jaune.

— Voilà l’affaire ! dit-il.

Il plongea ses doigts dans l’enveloppe : elle était vide !

CSSS

Monsieur Serpier, ayant étouffé une exclamation, reprit ses recherches dans le tiroir de son bureau. Il dut se rendre à l'évidence : les deux papiers avaient bien disparu !

Qui les avait pris ? Mystère !

Pas Bougenais : le secrétaire du chef de la Sûreté, en effet, était parti le matin même pour Boulogne-sur-Mer, et M. Serpier se souvenait d’avoir encore regardé les deux do-

cuments vers neuf heures du soir, avant de partir perquisitionner.

Il appela son planton. Celui-ci n’avait rien vu. Il n’était pas entré dans le cabinet du haut fonctionnaire.

M. Serpier, remettant à plus tard le soin d’élucider ce mystère, rechercha machinalement si les feuillets que lui avait remis le professeur Heymann, et qui contenaient la traduction des signes mystérieux, étaient toujours dans son tiroir. Il les trouva aussitôt.

— Ah! Ils n’ont pas tout enlevé ! murmura-t-il. Ils ont laissé le principal !

— Le principal, c'était sans doute les deux papiers avec les hiéroglyphes, monsieur le chef de la Sûreté ! fit posément Joé Blanket.

Sans répondre à cette boutade, M. Serpier murmura :

«Le premier signe ex représente les lettres mn de l'alphabet égyptien. Le second signe &=7 se traduit par les lettres nb. Le troisième TEL. signifie mr, le quatrième É veut dire s’. ©? signifie Am. ft veut dire ms. CSS signifie sh. D signifie g. Inutile de continuer !

Pour être bref, la traduction s’établit ainsi :

— En tout cas, voilà la traduction du professeur Heymann !... Premier document.

MN NB MR S’ NB MS SH G’ LIS (fleur) M’ MR F B’ T’ SN H S NH TT YB SP OU’H P

« C’est tout.

«Le professeur Heymann nous fait observer que l'alphabet égyptien ne contient pas de voyelles, et que les lettres sont des signes phonétiques qui ont un sens littéral et un sens symbolique.

« En tout cas, l’inscription, dans les deux cas, ne signifie absolument rien. Elle se compose d’une suite de signes sans aucun lien apparent.

« Il en est de même pour la seconde inscription, que le professeur a également traduite.

« .… Donc, de ce côté, rien.

« Reste ce que vous avez entendu à bord du bateau mouche, Corfe, et les renseignements que peut avoir recueillis M. Blanket.…

— Oh! moi, je ne sais pas grand’chose ! Harrisson.… commença l’Anglais.

— Pour une fois, monsieur Blanket, vous n’aurez pas mérité votre réputation ! fit M. Serpier en lui lançant un coup d’œil oblique. Heureusement que les faits vous démentent un peu !... Car, enfin, vous avez très bien su trouver le repaire du bateau-mouche, et, pour un peu, vous vous seriez trouvé à bord, pour écouter les confidentes d’Argulian et compagnie !

Le détective britannique ne répondit que par un soupir.

— D’après ce qu’a entendu M. Corfe, poursuivit le chef de la Sûreté ; il semblerait résulter que Piebald et ses complices sont persuadés qu’Otto Drohl a tué le véritable Joé Blanket ! Et que c’est lui qui a enfermé Piebald dans la malle

« Il en résulterait qu’Otto Drohl est en lutte avec Argulian pour la possession des perles volées, et qu’Argulian attend l’arrivée de Teddy, lequel est en Australie, ce qui concorde à peu près avec ce que vous nous avez raconté, monsieur Blanket ! Et je croirais assez que les hiéroglyphes en

question constituent un moyen de correspondance entre Teddy et ses complices. entre Teddy et Otto Drohl, et entre Teddy et Argulian.

« … Nous avons affaire à une bande solidement organisée, c’est clair. C’est un des bandits qui m’a volé les feuillets aux hiéroglyphes ; c’est un autre qui a expédié la lettre explosive au professeur Heymann... Maintenant, est-ce Otto Drohl ou Argulian et consorts ? C’est ce que nous saurons !

« … Nous allons immédiatement perquisitionner à bord des bateaux-mouches du quai de Javel, quoique je sois persuadé que nous n’y trouverons rien.

Et, au lever du soleil, nous serons à la villa d'Enghien, que nous visiterons, ce que nous aurions dû faire depuis longtemps ! Je.

M. Serpier s’interrompit en voyant Joé Blanket faire un geste pour parler :

— Vous dites, monsieur Blanket ?

— Oh ! Rien ! Je pensais que nous aurons de la chance si nous ne sommes pas assassinés tous !

— C’est notre métier ! observa philosophiquement le chef de la Sûreté. Mais assez raisonné. Partons !

Moins de vingt minutes plus tard, M. Serpier, Joé Blanket et Jérôme Corfe, accompagnés de quatre agents de la Sûreté, arrivaient dans deux taxis sur le quai de Javel. Ils éveillaient les gardiens logés dans le ponton, et, aussitôt, la fouille des bateaux-mouches commençait.

Elle ne devait donner aucun résultat.

Corfe reconnut facilement le bateau où il avait failli être assassiné. Les barreaux de grille de chaudière étaient encore dans le petit salon. Ils constituaient le seul souvenir de la scène tragique qui s’y était déroulée.

Le bachot avait disparu. Aucune trace des bandits.

— C'était à prévoir ! déclara M. Serpier. Nos gens comptaient attirer M. Corfe dans ce guet-apens et ne plus revenir ici. Enfin, nous avons bien fait d’éclaircir nos doutes !

— Et cela, qu’en pensez-vous, chef ? fit soudain Corfe en brandissant un carré de bristol souillé de boue, qu’il venait de ramasser sur une des marches de l’étroit escalier faisant communiquer le salon du bateau-mouche avec le pont.

À la clarté de la torche électrique qu’il tenait à la main, le chef de la Sûreté examina le mince carton. Il portait cette

figure imprimée :

— Cela ne nous apprend pas grand-chose ! grommela M. Serpier, après avoir retourné le bristol.

— Comment, chef, mais ce sont trois X... Un triple X... Et l’individu qui m’a sauvé m’a dit se nommer Triplix ! C’est comme qui dirait sa signature !

— Qui sait si nous ne sommes pas en présence d’une

comédie destinée à nous... à vous duper une fois de plus, Corfe !

— Oh ! chef ! Si vous aviez vu les « directs » qu’il a assénés à ses « amis », vous ne diriez pas qu’il est leur complice, protesta l’inspecteur.

— Âlors, cette carte prouverait qu’il... que ce Triplix est revenu ici après votre départ ?.. Que pensez-vous de cela, monsieur Blanket ?

— Je pense que ce sont tous des canailles, et que plus vite nous leur mettrons la main dessus, mieux cela vaudra ! Nous avons maintenant assez de preuves pour les arrêter, surtout après l’indigne traitement qu'ils ont fait subir à M. Corfe !

M. Serpier eut un haussement d’épaules, agacé. L’Anglais, en lui répondant ainsi, ne se compromettait vraiment pas !

— Je résume! dit-il La bande est divisée en deux camps. L’un qui comprend Piebald, Argulian, et d’autres que nous ne connaissons pas. L’autre qui est composée d’Otto Drohl et de ce Triplix... Reste à savoir auquel des deux camps appartenait l’homme qui se faisait appeler comme vous M. Blanket et qui est mort dans mon cabinet... et dont

le cadavre a disparu !

Nul ne répondit à cette dernière question.

— Nous n’avons plus rien à faire ici ! conclut le chef de la Sûreté.

Les trois hommes, suivis des inspecteurs revinrent quai des Orfèvres.

Trois heures du matin sonnaiïent.

« Inutile de nous coucher! fit M. Serpier. Dans une heure, nous partirons pour Enghien, de façon à être devant la villa au lever du soleil. Et nous procèderons à une perquisition en règle.

« En attendant, je vais envoyer deux hommes rue de Provence au domicile particulier d’Argulian, pour s’assurer de lui, dès qu’il sortira. Mais nous pouvons être tranquilles : l'oiseau doit être loin ! Il y a longtemps que nous aurions dû nous occuper de lui !

— Nous ne trouverons rien non plus dans la villa, je le crains ! murmura M. Joe Blanket, qui paraissait plutôt affaissé.

— C’est à voir ! fit Corfe.

M. Serpier envoya chercher une bouteille de cognac qu'il partagea avec ses hôtes.

Et, par le train de quatre heures trente-deux, le chef de la Sûreté, Corfe, Joé Blanket et deux inspecteurs partirent pour Enghien.

Ils durent attendre l’heure légale, en se promenant aux alentours de la villa de M. Argulian.

Enfin, ce fut le moment.

M. Serpier, ayant disposé Corfe et les deux inspecteurs, de façon à surveiller les abords de la villa alla sonner à la grille. Pas de réponse. Il sonna encore et en vain.

Sur sa prière, Joé Blanket s’en fut requérir un serrurier. Ce qui prit du temps, car aucune serrurerie n’était encore ouverte. Une grande demi-heure passa avant que l’Anglais revint avec un ouvrier.

La serrure de la grille fut ouverte, puis celle de la porte d'entrée.

La villa était inhabitée.

Tout y était en ordre. Aucune trace de départ précipité.

Dans le grand salon, où s’était présenté Corfe, les housses recouvraient les meubles et le grand lustre.

M. Serpier et ses compagnons, après avoir rapidement examiné la pièce, passèrent dans les chambres, ouvrant les meubles -— les clés étaient sur les serrures — et ne découvrant rien de particulier, ni d’intéressant.

Dans une petite pièce servant de bureau à M. Argulian. Corfe ouvrit tiroirs et secrétaires. Tous étaient vides. Des cendres noires — provenant de papiers brûlés — emplissaient la cheminée.

— Ah! s’écria soudain Corfe, qui venait d'ouvrir une porte dissimulée par une tapisserie.

Elle donnait sur une petite salle carrée, éclairée par une étroite fenêtre garnie de verres dépolis.

Le long des murailles, deux rangs d’étagères supportaient des vitrines de verre où étaient soigneusement rangés des échantillons de diverses pierreries de second ordre : sardoines, cailloux du Rhin, malachites, onyx, agates, pierres de lune, tous soigneusement étiquetés.

Au-dessus de ces vitrines, des tableaux lithographiés représentaient les principaux diamants célèbres du monde entier : le diamant de Tavernier, le diamant bleu de Hope, le Ko-hi-Noor, le Régent, l’Orloff, le Sancy.…

Dans un angle, un petit établi en tôle vernie supportait un tour de lapidaïire, des microscopes, un spectroscope, des pinces et une plaque de nickel percée de trous, servant à déterminer le calibre des pierreries. Une balance de précision entourée de sébilles d’ébonite complétait ce matériel.

Ce n’était aucun de ces objets que avait provoqué l’exclamation de Corfe.

C’était un squelette admirablement préparé et suspendu à une potence de cuivre, qui occupait le milieu d’un des panneaux, entre deux vitrines. Ce squelette était muni d’une éti-

quette attachée par un fil de laiton à un des doigts de sa main gauche.

Et, sur cette étiquette, il y avait le triple X, que Corfe avait déjà vu tracé sur la carte trouvée à bord du bateau mouche.

— Regardez, chef, dit-il d’une voix rauque.

M. Serpier regarda et vit.

— Que pensez-vous de cela ? demanda Joé Blanket, qui s’était penché sur le squelette.

— Je... je.

L’émotion de l’Anglais devait être énorme pour qu’il montrât ainsi son trouble, lui, l’homme si maître de lui !

Il eut une sorte de frisson, et, se baïissant, palpa un des tibias du squelette.

Il se releva. M. Serpier et Corfe remarquèrent sa pâleur :

— Vous êtes souffrant, monsieur Blanket ? questionna le Chef de la Sûreté.

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— Non. C’est... l’étonnement... Ce squelette, c’est celui d'Otto Drohl !

— Comment ?

— Oui. Et c’est aussi celui de l’homme qui est mort dans votre cabinet, monsieur Serpier. Je le reconnais !

— Vous êtes sûr de...

— Comment pouvez-vous... prononcèrent ensemble Corfe et le chef de la Sûreté.

— Yes !... Je savais qu’Otto Drohl avait une cicatrice à la jambe droite. Nous l’avons remarquée, quand il a été arrété à Londres.

« Cette cicatrice, je la retrouve sur son tibia... Je me doutais que l’homme qui était mort chez vous, monsieur le chef de la Sûreté, était Otto Drohl... Mais je n’en étais pas sûr : c’est pour cela que j’avais couru à la Morgue me rendre compte |

« Regardez son petit doigt droit il est recroquevillé. Celui de votre visiteur l’était —- celui d’Otto Drohl aussi. Car Otto Drohl était atteint de lèpre perforante... dont vous voyez les traces sur sa jambe et sur son doigt.

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