‹ Moselli José – TripliX l’insaisissableChapitre 8 sur 18 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Les Perles bleues

Monsieur Octave Serpier était un policier d'élite. Il aimait son métier. Il le connaissait à fond. Il savait que la base de toute police, c’est la méfiance.

Depuis longtemps, depuis sa première entrevue avec lui, il se méfiait de Joé Blanket. Il n’était même pas sûr, malgré les papiers de toutes sortes que lui avait montrés l’Anglais, que ledit Blanket fût réellement le personnage qu’il prétendait être. Oh! tout prouvait ou semblait prouver que Joé Blanket était bien - si l’on peut dire - Joé Blanket. Mais M. Serpier était payé pour savoir — et il le savait depuis longtemps ! — que les apparences se prennent très facilement pour la réalité.

Pourtant, M. Serpier jugea que l’émotion de Joé Blanket était sincère et que ses affirmations relativement au mystérieux squelette méritaient d’être prises en considération.

— Vous êtes bien certain, absolument, que vous ne vous trompez pas ? insinua-t-il à l’adresse du détective britannique.

Joé Blanket se redressa, froissé :

— Je pense, dit-il, que le plus simple est de dresser un procès-verbal de notre visite ici. Nous ferons la description minutieuse et détaillée du squelette, et cette description, nous la comparerons avec le signalement d'Otto Drohl, tel qu’il existe dans les archives de Scotland Yard.

« … Pour moi, la question est réglée : nous n’avons plus à nous occuper d'Otto Drohl: il est ici, mort... Il n’existe plus. Et ce sont évidemment ses anciens complices qui l’ont tué.

— C'est-à-dire Argulian et compagnie ! fit Jérôme Corfe. — Argulian ou d’autres ! grommela M. Serpier. M. Joé Blanket était de mauvaise humeur :

— Vous voulez peut-être parler de ce mauvais plaisant qui a laissé sa carte ! murmura-t-il en froissant l’étiquette attachée à un des doigts du squelette. C’est une misérable farce. Pour moi, ce triple X, ce Triplix n’existe pas. C’est un des nombreux subterfuges des criminels que nous recher-

chons ! Nous ne...

— Pardon ! Mais l’homme qui m’a délivré, dans le bateau-mouche, il existe, celui-là ! remarqua Corfe.

— Je ne vous parle pas de votre sauveur : je vous parle de Triple X !.. Votre sauveur ! Ah ! ah ! Mais je suis persuadé que c’est tout simplement Vachariadès ! Vous avez été dupe d’une comédie admirablement jouée !

Corfe haussa les épaules.

— J'ai vu l’homme dont vous parlez, quel qu’il soit, asséner deux « directs » qui n’étaient pas de la plaisanterie : si vous en aviez reçu un, vous seriez de mon avis |

— Je crains, mister Corfe, que vous manquiez de méthode et d'esprit scientifique ! En Angleterre, nous en possédons !

« Vous me répondez toujours à côté ! Il s’agit de savoir si l’homme qui vous a délivré est Triplix, et si ce Triplix existe ! La force de ses « directs » ne prouve rien. Admettons qu’il vous ait délivré réellement, c’est-à-dire sans jouer de comédie : dans ce cas, nous pouvons encore supposer qu’il n’était pas d’accord avec ses complices, si c’était Vachariadès !

Tandis que se poursuivait cette controverse qui menaçait de tourner à l’aigre, M. Serpier avait continué à examiner le squelette.

Il jugea le moment venu d'intervenir : — Inutile, messieurs, dit-il, de discuter plus longtemps. C’est du temps perdu. Et vous n’en finiriez pas, attendu que vous n'avez, somme toute, que des suppositions à vous opposer. De simples hypothèses !

« La personnalité de ce triple X, s’il existe, importe peu. Si, comme M. Blanket l’assure, nous sommes bien en présence du squelette d'Otto Drohl, nous aurons déjà résolu une des données du problème qui nous est soumis. Otto Drohl est l’assassin présumé de Carl Jacobsen. Nous savons qu’il avait un ou plusieurs complices. Ce ne peuvent être que ses complices qui l’ont tué. Et ces complices, ce sont Argulian, Piebald et compagnie.

— M. Corfe a été singulièrement maladroit, lorsqu'il s’est lancé à la poursuite de William Grant.

— Mais dites donc, si Otto Drohl est ici, riposta Corfe, cela prouve que William Grant n’est pas Otto Drohl ! Et qui est-ce, je vous prie ?

— Vachariadès, peut-être ! — Ou Triple X !

— Nous saurons cela ! Mais laissez-moi terminer ! fit Joé Blanket. Je disais donc que, si au lieu de poursuivre ce William Grant, quel qu’il soit, et peu importe pour l'instant, vous aviez continué votre perquisition, vous auriez trouvé dans la caisse du piano le cadavre dont le squelette est ici. Et cela aurait simplifié les choses ! Maintenant, Argulian et Piebald sont loin.

— Ils sont sans doute au pouvoir de l’homme qui m’a délivré, de Triple X ! grommela Corfe. Il ne les a pas assommés pour rien !

— Il les a assommés pour vous délivrer ! Mais cela ne nous dit pas où ils sont. Et vous connaissez le proverbe qui dit qu’il ne faut pas courir deux lièvres à la fois, hé 7...

« Il nous reste l’espoir de retrouver Sonia Argulian, mais, moi, je n’y compte pas !

— Nous allons voir cela ! conclut M. Serpier, qui avait patiemment écouté les deux hommes. Pour l'instant, terminons la perquisition.

Déjà, toutes les pièces, ainsi que le grenier, avaient été visités.

M. Serpier, flanqué de Corfe et de Joé Blanket, que suivaient les deux inspecteurs de la Sûreté, descendit à la cave.

Jérôme Corfe, d’un coup d’œil, reconnut que rien n’y avait été changé depuis qu’il y était venu en compagnie de Sonia Argulian et du sinistre Piebald. Caisses vides, futailles en ruines, meubles démolis, outils de jardin rouillés n’avaient

pas bougé.

Mais la caisse, cette caisse neuve dans laquelle, soidisant, avait été transporté le piano d’études de Sonia Argu-

lian, elle avait disparu. Pas trace.

En vain, les cinq hommes la cherchèrent-ils.

Soudain, Jérôme Corfe poussa une sourde exclamation

Joé Blanket et M. Serpier le rejoignirent :

— Eh bien ? questionna le chef de la Sûreté, en voyant son subordonné qui, penché vers le sol, semblait changé en

statue.

Uig.

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