EDWARD HEALY THOMPSON
iricien vicaire à Lornires et k Rainsgate.
Le révérend Edward Healy Thompson était, en 1841 , occupé à préparer un sermon sur l'Eglise de Jésus-Christ, lorsque, pour la première fois , se présenta à son esprit cette question : Les anglicans sontils dans la véritable Eglise? Ce doute naquit du sujet mcme qu'il étudiait. Il composait
un sernion dont l'objet était de déinontiPi que TEglise cluétienne est la continuation et le perfectionnement du judaïsme. Il avait à établir son unité actuelle, en prouvant sa transition non interrompue d'une seule et même origine , et son identité avec ce qui fut son type et son principe; en un mot, que c'est la même église transformée et développée. Mais il se trouva arrêté dans Taccomplissement de sa tâche. Il lui fut impossible de concilier le fait d'une église divisée, telle que les anglicans la comprennent et l'expliquent , avec l'idée d'unité représentée par le judaïsme, unité annoncée par les prophètes, et qui , d'après les promesses et les enseignements de Jésus-Christ lui-même, doit être le caractère de son Eglise.
1\1. Thompson, après avoir cherché en vain à résoudre cette difficulté, la laissa quelque temps de coté. Mais ce doute n'a plus cessé de le poursuivre. Il a trouvé quelques instants de repos dans la théorie développée par M. Newman dans les Ser-
momsur les sujcls du jour. Plus tard, après des L'iiides sérieuses sur la doctrine catholique, et un examen attentif des principes et des arguments des plus célèbres théologiens anglicans, il fut replongé dans son pre • nlier doute; et il finit par voir clairement que l'église anglicane est dans le schisme, et que l'hypothèse, à l'aide de laquelle les controversistes modernes cherchent à défendre sa position , est tout à fait irréconciliable avec la croyance en l'unité de l'Eglise.
Ainsi que l'indique le titre de ce travail, M. Thompson expose les diverses théo- 1 les d'unité sorties de l'imagination féconde des théologiens anglicans, et il s'attache ensuite à les combattre une à une. En attaquant sur un seul point l'église anglicane, il a pu donner, touchant les théories qu'il combat, des développements que ne nousontoffert ni la lettre deM. Oakeley, ni Texamen de M, Faber.
Disons d'abord avec M. Thompson que l'Eglise catholique n'est pas seulement un fait historique, mais une vérité théologi-
qno. lj'uult(' (le ri;j;ii.se est donc une dot- Irine essentielle ; c'est un article de foi, une vérité fondamentale. Ce n'est pas un sujet sur lequel des divergences d'opinion puis* sent être tolérées, ce n'est pas une théorie spéculative. Ceux qui voient d'une manière erronée l'unité catholique , errent non-seulement en fait , mais ils sont hétérodoxes en matière de foi.
Les recherches de l'auteur lui démontrèrent que les théories d'unité auxquelles les anglicans ont recours pour défendre leur position, ne s'appuient non-seulement pas sur l'histoire ecclésiastique, mais qu'elles sont contradictoires en elles-mêmes, et qu'elles ne sauraient être défendues logiquement.
l^es anglicans, en etlet, acceptent le Symbole de INicée, et ils professent, en le récitant, leur croyance en 7///^' Eçilisc callwUqnc ri aposloli(iue,l\s ne pi étendent pas constituer eux-mêmes cette Eglise , mais ils croient en être membres, et ils pensent que leur éloblissement fait partie de celle
Ef;lise. Ils recoiuiaisscul, du moins en ihro* rie, une église d'Occident et une église d'Orient, qui ne sont pas en communion avec eux. A l'exception de quelques théologiens anglicans , \ Or bis lerramm voit, dans ce que les anglicans prétendent être TEglisc, non pas une église, mais diverses parties d*un tout qui sont dans un état de séparation , de contradiction et d'hostilité vis-à-vis les unes des autres. Que devient donc l'unité de l'Eglise enseignée par le Symbole de Nicée? Certains anglicans se tirent ainsi de cette difficulté : L'Eglise , disent-ils, a été une, mais son unité est détruite , et conséquemment l'article du Symbole de Nicée n'est pas vrai pour ce qui regarde notre époque ; il doit être seulement appliqué au passé. Ainsi, en professant leur croyance en l'Eglise iine^ les anglicans entendent TEglise qui a été une, mais qui aujourd'hui se tiouve divisée. Il leur laut convenir qu'ils ne peuvent, avec cette théorie, accepter cet article de foi dans sou sens primitif. ()uc devient, clans cet état de
division, la catliolicilc de rEglise? Va autre système tire les anglicans de cette difiicullc. Il consiste à soutenir que TEglise, quoique divisée, ne cesse pas d'être une. Le schisme résultant de ces divisions ne fait pas sortir de l'unité catholique les portions de FEglise qui sont séparées. L'cssence de l'unité resterait inviolable. Les éghses anglaise, romaine et orientale sont les parties, les membres d'un même corps catholique. Selon cette théorie, l'Eglise romaine est l'Eglise catholique en France, en Italie, en Belgique; Téglise d'Orient est l'église catholique en Grèce et en Russie ; l'église anglicane est l'église catholique en Angleterre; toutes ces éghses, qui ne sont pas en communion entre elles, forment une portion intégrante de l'Eglise une, parce qu'elles s'entendent sur les principes fondamentaux de la foi ; qu'elles ont conservé les sacrements nécessaires, et descendent directement des apôtres par succession apostolique. Elles forment dans leur ensemble TEglise catholique du Christ,
et sont chacune dans son pays l'Église catholique.
D'après ce système , le schisme ne consiste pas dans la séparation, mais dans les aggressions d'une église contre une autre église qui se trouve sur le même territoire. Ainsi , réglise anglicane ne serait pas en état de schisme , bien que séparée de l'église d'Occident , et quoiqu'elle ne soit en communion avec aucun autre corps ecclésiastique. L'Eglise romaine , catholique en Italie, devient schismatique en Angleterre, parce que là, comme ailleurs, elle traite les membres de l'église anglicane en schismatiques et cherche à faire des prosélytes. L'église anglicane au contraire n'est schismatique ni en Italie, ni en France, ni en Belgique, parce que, dans ces divers pays, elle ne travaille pas à faire des prosélytes , mais qu'elle se borne à pourvoir aux besoins spirituels des membres de sa communion. Ainsi, VEcilise catholique ne serait Tpaswi corps visible et organisé , mais une agrégation de corps indépendants cl sc-
parés, n'ayant pas entre eux de eommunion visible, etnij étant pas tenus par lanécessUé de leur eonstitutioii.
Cette théorie nie l'unité visible de l'Eglise, en prétendant que l'essence d'unité entre les parties constituant l'Eglise catholique consiste, non dans leur union visible, mais en ce qu'elles descendent d'une origine commune. Ses partisans ont à s'entendre entre eux sur la question de savoir si , de même que les églises particulières peuvent se séparer sans se rendre coupables de schisme , en s'appuyant sur ce prétexte que les conditions de communion ont été violées 5 si , disons-nous, les diverses portions d'une même église ne sont pas en droit d'invoquer le même motif d'indépendance? Pourquoi le siège d'York ou celui de Londres ne se séparerai l-il pas de celui de Cantorbéry? pourquoi chaque évêché ne se constituerait-il pas en une église indépendante? 11 est impossible de répondre à cette objection.
Certains anglicane ont encore une autre
ibéoiie d'unité. 1/E^lise calIioli([ac , d'après ceii\-ci, est, dans chaque pays, le culte reconnu par l'Etat , celui qui se trouve en contact immédiat avec lui. ("est la thcone des iialionalités y d^apiès laquelle Téglise subit toutes les vicissitudes de la nation A laquelle elle est incorporée. Pour être catholique , il faut , conformément à ces principes , entrer dans la communion de la majorité des habitants du pays où Ton habite. Le catholique romain qui passe en Au{;leterre y sera schismatique jusqu'à ce qu'il se soit fait anglican , et le membre de l'église d'Anjjleterre qui se trouve en France ne sera absous du péché de schisme qu'après être devenu catholique romain.
D'autres soutiennent une théorie plus hardie, en prétendant que chafiuc diocèse forme une écjlise parfaitement indépendante. Ils ne voient dans l'union des sièges épiscopaux qu'un arrangement ecclésiastique accidentel 5 soumis aux lois d'unité de TEglisc universelle, qui peut être paitajiée d rinhni (n i calant une en (bbcncc.
Ce sysièiue , poussé à ses dernières conséquences , conduit à dire que l'unité de l'Eglise ne serait pas troublée quand il n'y aurait pas dans l'univers deux évêchés en communion entre eux. Cette troisième théorie peut être appelée la ihéorie épiscopale; avec son secours , tout évèque suffragant peut, sans se rendre coupable de schisme, se séparer de son métropolitain , vu qu'il est évêque de droit divin et sulïragant par suite seulement d'un arrangement ecclésiastique
Dans ces diverses théories , toute idée d'unité est perdue; l'Eglise cesse d'être une et devient un assemblage d'unités pouvant être multipliées indéfiniment sans former jamais corps , quoiqu'elles puissent être associées par accident. Les catholiques entendent par V Eglise y un corps visible et organisé, complet en lui-même et compacte dans toutes ses parties. Les anglicans, au contraire , entendent par là les disjecta membra d'un arbre sans tronc, les branches isolées d'uu arbre dont les parties sont
visibles, mais dont le tronc est invisible; des branches visibles, communiquant invisiblement avec un corps invisible ; la comnmnion est invisible comme le corps; c'est une église qui est toute branche, toute membre, sans tronc et sans tète.
La doctrine des anglicans modernes leur est particulière, et elle n'a pas pour elle , ainsi que M. Thompson le démontre , l'autorité de leurs principaux théologiens , de ceux qui sont les plus accrédités ; c'est une doctrine moderne , inventée pour répondre à une difficulté actuelle, et que ses partisans nient tous les jours dans la pratique ; elle n'est pour eux-mêmes qu'une pure fiction.
La distinction que les anglicans établissent entre l'Eglise romaine et la communion romaine en Angleterre, n'a aucune réalité. La séparation locale et les distinctions nationales sont de purs accidents ; la communion romaine en Angleterre est réellement l'Eglise dans ce pays comme ailleurs.
Le scliisuie serait , selon la llicorie anglicane, quelque chose qui varierait avec les climats, et une société catholique pourrait devenir secte en restant en communion avec l'Eglise -Mère. Ces anglicans croient venger leur église du reproche de schisme en soutenant que si elle n'est pas en communion avec d'autres églises, c'est parce qu'on voudrait lai ijnposer desarticlcs de foi, des pratiques et des cérémonies anticatholiques. Mais cette manière de se défendre renferme , contre les autres églises, l'accusation de schisme ; de sorte que l'Eglise catholique et ses diverses parties seraient des corps schismaliques cL hérétiques , et réglise anglicane deviendrait , même dans les pays soumis à Rome, la seule et orthodoxe Eglise du Christ î Si l'Eglise de Rome a ajouté à la foi , elle a changé la foi , et si elle a cherché à répandre une idée erronée de ce qu'on doit entendre par l'Eglise , en soutenant la nécessité de communion et de la suprématie ]>ap:ilc , comme conditions essentielles de Tunité
iailioliqiio; si les coiulilions criuutr iinposérs par Jiome ne peuvent être acceptées par de vrais catholiques, des chrétiens orthodoxes ; si son culte est idolâtre , comment se fait-il que vous la reconnaissiez comme une partie de l'Eglise catholique ? l^e révérend M. W. Sew^ell déclare que rEj<>lise de Rome est , en Angleterre , l'antagoniste de la vérité et de l'Eglise catholique , tandis qu'elle forme partout ailleurs nno branche de l'Eglise du Christ.
Ou riighse de Rome est pure dans sa foi, ou elle ne l'est pas? ou elle a conservé la foi , ou elle l'a perdue? Si elle Ta gardée intacte , pourquoi les anglicans refusent-ils de se soumettre à elle dans les pays où ils leconnaissent qu'on lui doit soumission? Si, au contraire , elle a perdu la foi, quels titres n-t-ollc pour se faire écouter , même de ses propres membres? Dans ce dernier cas, il serait certainement du devoir d'une église qui aurait conservé la foi , toute la foi intacte et pure, de lui déclarer la guerre partout où elle a usurpé du terrain, et de
faire contre elle du prosélytisme dans tous les pays de la terre. Si l'église d*Angleterre est l'église pure et orthodoxe de Jésus-Christ, elle trahit la cause de la vérité de Dieu et celle du salut des Ames en laissant un seul individu dans la communion romaine ignorer la vérité du Christ que l'anglicanisme possède pure, le vrai caractère de l'église qui impose des termes anticatholiques de communion , et obhge en outre à se conformer à des pratiques qui sont dangereuses pour le sahit. On ne saurait ici prétexter la tolérance , car quelle tolérance est due à une église enseignant cl(* fausses doctrines et excommuniant les membres d'un corps orthodoxe et catholique?
Il y a encore une sorte de juste milieu , adopté par un grand nombre d'anglicans. D'après eux, une église, tout en maintenant l'ancien Symbole dans son intégrité et les formulaires intacts dans les termes, a cependant pu introduire de nouvelles définitions de foi comme nécessaires au salut ^ et ajouter à ses pratiques de dé-
votiou dos doctrines dan.ooreiisrs qui n'ont pour elles aucune garantie. Une éf>lise qui se irouverait dans cette position peut exiger de ses membres , disent-ils , une certaine obéissance , sans cependant que ceux qui , en conscience, se croient obligés de se séparer d'elle, encourent la culpabilité du schisme, ni qu'ils aient spirituellement à souffrir des conséquences d'une excommunication , dans le cas où ils seraient formellement exclus de son sein . Cette manière de voir mène nécessairement à deux conclusions. Les anglicans qui admettent la communion romaine, comme portion visible de l'Eglise calbolique, sont forcés de souteiiir cette (locUine inmiornle que la vérité et l'erreur oiU également des droits à s'imposei aux catholiques ; ce qui levient à dire, en d'autres termes, une église qui nonseulement enseigne, mais qui impose l'erreur, a des titres à l'obéissance, tout comme une église ^rlhodoxe dans la foi. — Ou bien , quand les anglicans pi étendent que réglise romaine est rKglise catholique en
certains pays, ils entendent en réalité que quoiqu'elle ait maintenu la constitution essentielle d'une église, elle a néanmoins perdu la vérité , et avec elle tous ses titres à l'obéissance de ses membres en matière de foi , et qu'elle a cessé , au même degré , de faire partie de l'Eglise du Christ. Si Ton adopte la dernière de ces deux liypolhèses , la prétention que la sainteEglise catholique est formée des églises de Rome , d'Angleterre et des églises d'Orient , quoiqu'elles ne soient pas en communion entre elles , devient une pure fiction de mots; car c'est dans un sens seulement que les églises en communion avec Rome sont reconnues comme de vraies églises; de sorte que l'Eglise catholique se composerait d'églises vraies et d'autres ne l'étant que dans un certain sens, avec lesquelles, non-seulement il n'est pas obligatoire d'être en comnmnion, mais même , dans certaines circonstances , cette communion deviendrait impossible , et Ton pourrait d'ailleurs s'en séparer sans devenir schismalique. Les
théologiens anglicans du dix-septième siècle n'ont jamais établi la distinction faite par les anglicans de nos jouis entre la communion romaine d'Angleterre et les catholiques romains des autres pays. Ils ne regardaient pas le schisme et l'hérésie comme chose variant avec la nation ou le pays. Ils ont maintenu, sans aucune distinction, que l'Eglise de Rome n'a nulle part des titres à l'obéissance des catholiques , parce qu'elle a changé la foi par des additions et des interprétations. Il est facile de consulter Bramhall , Laud et autres. On ne saurait trop appeler l'attention des anglicans modernes sur ce point capital, que les grands défenseurs de leur église se prononcent unanimement contre eux. Ils ont tous regardé Rome comme une église schismatique et anti-catholique, et soutenu que les causes qui j ustifient, pour les Anglais, la séparation de l'Eglise romaine, autorisent aussi, non-seulement des églises nationales en particulier , mais chaque membre de l'Eglise romaine , à se séparer d'elle individuellement. Les anglicans qui
adoptonU eue manière de voir soiu seuls conséquents avec eux-inèuïes.
Les opinions de Laud et de Bramhall s'expliquent, parce que, de leur temps, le protestantisme en général et Tanglicanisme en particulier n'avaient pas fait leurs preuves. Pour s'appuyer de leur autorité, ainsi que l'a très-bien montré M. Faber, il serait nécessaire que ces champions de Tanglicanisme eussent assis leur jugement sur l'expérience du temps ; mais quoi qu'il en soit de leurs opinions sur les églises de Rome et d'Angleterre , on ne saurait invoquer leur témoignage à l'appui des théories modernes; c'est là le point important.
Quelques anglicans pensent que leurs grands théologiens se sont trompés sur ce point, et ils ne sont pas loin d'admettre la vérité des doctrines que leurs maîtres ont regardées comme anti-catholiques et dangereuses. Ils déplorent la division et soupirent après une réunion ; ils sont même assez disposés à reconnaître que la faute de la séparatioa pèse plutôt sur leur église que
sur celle do llonie ; ils prélendciil qu'il ne s'agit pas entre eux et Konie d'un seliisuic positif, mais d'une suspension de rapports. Les deux églises, disent-ils, ont eu originaireuient des torts ; d'ailleurs le schisme admet des degrés , et l'on peut s'en rendre coupable d'une manière partielle longtemps avant que le schisme ne soit formellement et fatalement consommé. D'après eux, Ton peut rester en toute sûreté où Ton a été placé par la proviaence oe iJieu ; le devoir commande même d'y rester avec confiance, et ce serait faire acte de jugement privé que de changer de communion.
M. Faber a répondu à la dernière partie de cet argument; quant à la première, M. Thompson demande,rhistoireà la main, comment on peut soutenir qu'il n'y ait entre Rome et l'Angleterre qu'une simple suspension de rapport? Peut-il en être ainsi quand cet isolement existe non -seulement vis-à-vis de Rome , mais de toute la chrétienté catholique ; quand, de part et d'autre, on reroit des convertis, après leur avoir fait
faire une rétractation de leurs erreurs? Il ne suffit pas de dire que ce peut n'être qu'une suspension de rapports ; mais il faut se poser cette question : ]N 'est-ce pas un schisme ? S'il y a schisme, alors est-ce que les membres de l'église coupable ne se trouvent pas dans l'obligation de la quitter a un de ne pas participer plus longtemps à son péché?
Les Remarques de M. Thompson sur les théories anglicanes d'unité font ressortir toutes leurs inconséquences et leurs contradictions , dès que l'on quitte la sphère spéculative pour passer dans le domaine des réalités et de la pratique.
M. Thompson expose , en regard des monstrueuses absurdités anglicanes, la doctrine catholique de Tunité de l'Eglise, basée sur la foi, et non sur des distinctions subtiles qui datent d'hier seulement et qui n'ont pas même pour elles l'autorité de l'église à laquelle appartiennent les champions de ces théories.
En considérant la situation actuelle et les
divisions de la chrétienté , on ne peut s'empccher de se demander comment , avec les principes anglicans, on pourrait jamais arriver à rétablir runlté catholique ? Estce que ce besoin même n'est pas la plus forte présomption possible en faveur de l'existence d'un remède? Conçoit-on que Dieu commande à tous les hommes d'écouter son Eglise, et cependant qu'il la laisse durant trois cents ans sans puissance de se faire entendre autrement que par des sons vagues et incohérents? Est-ce que l'espace de temps qui s'est écoulé depuis le schisme du seizième siècle n'est pas une preuve que Dieu a parlé, par son Eglise, d'une voix claire et distincte, et qu'il est du devoir de tout homme d'écouter et d'obéir? Est-ce que l'Eglise aurait abandonné la terre, ou bien son autorité y est-elle paralysée ? Si l'Eglise de Dieu est l'organe de son Esprit, comment les hommes sont-ils abandonnés à leur jugement individuel ou aux décisions sans autorité et variables de comnmnions locales séparées les unes des autres ? Ceux qui cou-
roivtnl TEglise du CIirisL, d'api es les svslciuesaDj>,licans, ont des iiolionsindi{jiiesdc la majesté de Dieu , des privilèges et des obligations qui découlent de la révélation de Jésus-Christ.
La doctrine romaine est claire et précise. Toute église qui n*est pas en communion avec le corps catliolique tel qu'il subsiste sous son chei visible, csl au moins en élat matériel de schisme, et encourt la culpabilité de cet état , en refusant de rentrer en communion aussitôt que le rapprochement est possible. Ainsi , Tidée primitive de l'unité de l'Eglise est conservée entière et pun , tandis que la conception anglicane d'une église renferme l'idée de Confédéral t'ion et pas du tout celle d'Unilé.
Au temps de la primitive Eglise , quand les rapports entre les diverses parties du monde étaient facilement interrompus • Tisolement des églises par la force des circonstances, telles que l'invasion étr«Tngère, I oppression du pouvoii temporel, réloiî;nrment des lieux , ne constiluaicnl pas un
schisme et irealrainaient pas les désavantages spirituels de cet isolement.
Des hommes pouvaient mourir, eu étant, selon V apparence extérieure, hors de la communion romaine , et cependant être innocents du péché de schismeet même mériter le titre de saints. Ainsi, tout au commencement de ce qui devient plus tard un schisme formel, on peut, en toute sûreté, rester en communion avec le corps séparé, et participer néanmoins à toutes les grâces des sacrements, jusqu'à ce que le schisme devienne suffisamment clair, qu'il ait été consommé , et que l'autorité compétente ait prononcé sur la question.
Les apôtres et les hommes apostoliques qui, au berceau du christianisme, se répandirent dans tous les pays, et qui devinrent les fondateurs d'églises particulières, n'agissaient pas seulement comme individus , mais comme membres et organesd'un corps. Ils n'avaient aucune puissance pour former des églises séparées et indépendantes, mais seulement pour propager et organiser le
corps dont les divers membres, en se formant, étaient virtuellement en union les Uns avec les autres et dans la nécessité, en vertu même de leur existence , de reconnaître le chef que Jésus-Christ avait établi , dès Torigine , comme le représentant de Tunité de son Eglise.
En somme donc, la doctrine romaine ou catholique est conséquente avec elle-même et inattaquable, tandis que celle des anglicans est inconséquente, contradictoire et destructive de l'existence d'une église visible. Une théorie d'unité si absurde et si immorale dans ses résultats est, nonobstant son travestissement catholique , essentiellement protestante , et en la donnant comme la légitime interprétation d'un article du symbole , on imprime un cachet d'hérésie à Téglise qui sanctionne cette interprétation. La vérité est que l'église d'Angleterre a perdu l'unité cathoHque et avec elle la foi de la chrétienté.
Quels ont été pour Téglise anglicane les lèbuilals doses théories d'unité? Comme
éj;lisc, elle a une existence puremenl natioiiaîe; elle n'a ni autorité, ni unité; elle est l'agrégation fortuite de volontés individaelles et de jugements indépendants.
Les évêques et le clergé ont des sphères d'action particulières , isolées ; ils sont visà-vis les uns des autres dans un état de défiance, et ils vont même jusqu'à se dénoncer ouvertement ; chaque diocèse forme une sorte de petite église , qui est elle-même déchirée par les rivalités de communions indépendantes. Une chapelle s'élève contre une chapelle, une" école contre une école; chacun veut avoir sa doctrine, son système, sa manière de louer Dieu, et au milieu de cette confusion , chaque individu est obligé de devenir sa propre église, de comparer, de juger, de choisir pour lui-même. A un état de désorganisation si profonde il n'y a qu'un remède, c'est l'union avec le corps indissoluble et incorruptible de Celui qui est vie et puissance.
M. Thompson avait longtemps cherche !c repos dans une doctrine qui seule peut
satisfaire d'une manière temporaire le membre de l'église anglicane qui désire accepter toute la vérité catholique. Cette théorie présuppose que l'église anglicane n'a formellement nié aucune doctrine catholique, quoiqu'elle se taise sur certains points, et qu'elle soit fort ambiguë sur d'autres. Son langage est susceptible d'une interprétation catholique malgré ses imperfections et ses lacunes; elle est implicitement cathohque dans la soumission qu'elle professe envers l'Eghse universelle chaque fois qu'elle connaît clairement ce qtie cette Eghse a décidé.
Tandis que M. Thompson partageait cette manière de voir, il s'efforçait d'interpréter les formulaires anglicans selon l'enseignement doctrinal du reste de Téglisç, au lieu de vérifier l'enseignement de l'Eglise universelle par le système doctrinal de sa propre communion. Convaincu comme il l^est maintenant de la trompeuse illusion dciettc tentative, la question de l'unité <'e l'Ej^libc cbt celle qui Ta ^Ulrtout frappé.
La doctrine anglicane lui parut sur ce point tellement éloignée de celle de Rome , qu'il devenait impossible de la mettre jamais en harmonie avec elle ; elle se montra même à lui comme lui étant positivement opposée et contradictoire. Si donc l'unité de TEglise est un article de foi , si cet article a un sens déterminé , et s'il est essentiel à Torthodoxie de conserver ce sens, aussi bien que d'en garder l'expression , l'église anglicane n'a-t-elle pas erré sur un article essentiel de la foi catholique, en lui donnant une interprétation fausse et nouvelle ? mais alors elle ne possède aucun droit à l'obéissance de ses memljres, et ceax qui désavouent son autorité et abandonnent sa communion le font parce qu'en restant dans son sein , ils se rendaient coupables d'hérésie et de schisme.
Si Ton me demande donc, dit M. Thompson en terminant , d'exposer en peu de mots pour quels motifs je quitte l'établissement anglican alin de me soumettre à TEglise catlioliquc , je répondrai : Je le f lis
avec la tiès-profonde conviclion morale et intellectuelle que nulle part, si ce n'est dans cette communion, on ne peut professer les articles du symbole chrétien dans leur sens primitif et orthodoxe. Car aussi longtemps (pie je reste anghcan, jecvois non-seulement mou symbole défectueux, mais la foi que je professe est positivement corrompue. Je dis que je crois en la sainte Église callioliqne el aposlolicjne , et je suis, par ma position, obligé de défmir cette Eglise de telle sorte qu'elle cesse d'être une et qu'elle se trouve divisée à l'infini. Je dis elle est sainte , et je la définis comme étant partiellement corrompue dans la doctrine, sinon hérétique dans safoi ; je la dis catlinlique.en soutenant qu'elle n'est pas répandue partout, mais que c'est une église locale , particulière , fractionnée et nationale; je la dis apostolique , tout en maintenant qu'elle peut abandonner le solide fondement que Jésus-Christ a posé sur saint Pierre le chef des apôtres; je lappcUe VEcilisCy tout en niant son identité cl son individualité. C'est pourquoi je vais
Jà où je pourrai croire de cœur et confesser de bouche la sainte Eglise catholique et apostolique. Je vais où je trouve un symbole à croire et une autorité à respecter , où l'on peut entendre Jésus-Christ dans son Eglise , le recevoir dans la personne de ses ministres, lui obéir dans celle de ses prélats. Je vais in'unir à ce corps qui est l'Eglise de mon baptême , la seule où le salut est certain , où Ton trouve les eaux qui purifient, la véritable consécration, le pain vivant et l'adorable sacrifice ; où il y a nonseulement la prière pratique, mais un culte divin dont la très-sainte Trinité est Tobjet; dans lequel les saints et les anges des cieux Intercèdent pour TEgUse encore militante sur la terre et les âmes de ceux qui quittent ce inonde ; où par conséquent la communion des saints est non-seulement confessée en paroles, mais où elle est réalisée dans les actes ; où l'intercession de Jésus-Christ n'est pas une vague doctrine abstraite, mais une sainte réalité, une œuvre aussi actuelle que celle qu'il consomma sur la croix; où le
pénitent huiuilié et contrit peut sans aucun doute obtenir la rémission de ses péchés, la résurrection de la mort et la vie éternelle.
Si Ton me demande encore après cet exposé, amsi que n'y manqueront certainement pas ces hommes que les préjugés empêchent d'accepter les plussimplesdéductionsdusens moral et ratiomicl, ce qui a amené mes convictions et déterminé mi acte qui est pour eux un sujet d'étonnement et de bldme, quelles ont été les influences mises en œuvre, et comment le changement s'est opéré, je ne pourrai que répondre avec l'aveuglené quand ses yeux furent ouverts : c Je sais une chose , c'est que j'étais aveugle et niaintenant j'y vois. »