‹ Motifs de conversion de dix ministres anglicansChapitre 2 sur 13 · JOHN HENRY NEWMAN · texte numérisé non relu

JOHN HENRY NEWMAN

ex-cure des paroisses de Sainte-Marie et de Liltlemore, aiilt'Uj' ;{e i'/'t;//.yr des Pat es ^ etc., etc.

Il y a plus de onze ans que je m'exprimais de la manière suivante dans im des premiers numéros des Traités pour le temps présent (Tracts for the Times) :

<* Quand on considère les giâces si précieuses dont jouit l'Eglise de Rome, ses titres si imposants à notre admiration, à notre révérence, à notre amour et à notre

gratitude, il est impossible de ne pas se demander comment nous pouvons lui résister, ainsi que nous le faisons. Pourrionsnous nous empêcher de laisser éclater notre tendresse en nous hâtant de rentrer en communion avec elle, si nous n'étions arrêtés par les paroles de la Vérité elle-même, qui nous ordonne de la préférer au monde entier? « Celui, est-il dit, qui aime son père ou sa mère plus que moi est indigne de moi. » Comment oserions -nous nous montrer sévères et suivre ce précepte , si nous n'avions les avertissements de Moïse contre tout prophète, quelque divins que soient d'ailleurs ses dons, qui nous prêcherait de nouveaux Dieux , et l'anathême prononcé par saint Paul même contre les anges et les apôtres qui émettraient une nouvelle doctrine * ? »

En écrivant ce passage, Tauteur était loin de penser qu'il arriverait un moment où il comprendrait que l'obstacle rcpré-

' Recoxls of tfie Çhurch, xxiv, p. 7.

sente comme empêchant la communion avec Rome, est dénué de tout fondement solide.

Mon ouvrage sur le Développement de la doclrine chrétienne^ a pour but de montrer que cet obstacle n'en est pas un.

Ayant, dans plusieurs publications antérieures, appelé l'attention publique sur cette difficulté supposée, je me crois obligé de reconnaître ouvertement que, dans ma conviction actuelle, elle n'est qu'imaginaire.

Mes opinions ont surtout changé touchant ce que je disais sur la mission prophétique de l'Eglise, dans mes Discours publiés au commencement de 1837. Il y a dans cet ouvrage plusieurs assertions que je voudrais n'avoir jamais avancées ; mais j'appelle l'attention spéciale du lecteur sur le passage suivant que je rétracte avec les autres qui sont empreints du même esprit :

€ Nous devons prendre les choses pour

» La Iratluciion de cet important et magnifique ouvrage est sous presse ; elle ne tardera pas à paraître,

ce qu'elles sont, et non pour ce qu'elles prétendent être. Si nous sommes disposés à croire à la sincérité des professions de Rome et portés à lui faire des avances comme envers une sœur ou une mère (ce qu'elle est en théorie), nous nous apercevrons trop tard que nous sommes dans les bras d'une mère dénaturée , qui sera sans aucune pitié pour nous, et qui triomphera dans les artifices qui nous auront amenés en son pouvoir. Non, laissant de côté les rêves que le romantisme de l'histoire èe l'Ej^lise prhnitive et les hautes doctrines du catholicisme font naître dans un esprit sans expérience, soyons sûrs que Rome est notre ennemie, et qu'elle nous fera du mal quand elle le pourra. En parlant et en agissant conformément à cette conviction , nous pouvons ne manquer en rien à la charité chrétienne cjue nous lui devons. Il nous faut nous conduire envers elle comme avec un ami qui est frappé dans sa raison ; ayons une aflliction profonde, des pensées de tondre affection , d'ameis regrets et le

cœur brisé de tristesse ; mais ayons l'œil ouvert et la main ferme. Car , en réalité, Rome est une église qui a perdu les sens. Comblée de dons précieux , ayant des titres légitimes, elle est cependant incapable d'user religieusement de ces avantages. Elle est intéressée, obstinée , dure, malicieuse^ cruelle, dénaturée, comme le sont les fous, ou plutôt, l'on pourrait dire qu'elle ressemble à un démoniaque. Elle a des principes , des pensées , des tendances qui ne sont pas les siennes propres ; dans sa forme extérieure et dans sa puissance naturelle , elle est ce que Dieu Ta faite ; mais elle est gouvernée au dedans par un esprit inexorable, qui règne sur elle en souverain et qui sait se servir de ses dons avec une grande subtilité et un grand succès. Ainsi, elle n'est elle-même que de nom; et jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de la guérir, nous devrons la traiter comme si elle était le mauvais esprit qui la gouverne. En disant ceci, on ne doit pas supposer que je nie qu'il y ait dans le roman isme une

excellence réelle , ni qu'il n'y ait parmi ses adhérents de très- excellentes personnes.

Satan agit toujours d'après un système. Ce système a des parties diverses, compliquées, épineuses,- il a des instruments de qualité différente dont quelques-uns sont le mal même, tandis que d autres sont tellement irréprochables que , en eux-mêmes et pris en dehors de la fin à laquelle ils concourent, ils sont en réalité des anges de lumières, et peut-être qu'au dernier jour ils seront trouvés tels. Il y a dans le romanisme des choses absolument bonnes; il y en a qui sont seulement tachées et souillées ; d'autres sont corrompues, et d'autres, enfin, sont criminelles; mais le système qui porte ce nom doit être vu dans son ensemble, et toutes ses parties doivent être regardées comme se rattachant à cet ensemble ; on doit les considérer dans leurs rapports avec leur résultat pratique et la fin à laquelle elles concourent *. •

• Proph.off., |). 103, i.

Je crois devoir ajouter qu'il y a dans mes Discours de 1837 une assertion sur laquelle je n'ai jamais eu de motif pour changer d'opinion , c'est celle-ci :

« En Angleterre , l'église vient en aide à l'Etat pour imposer la souscription aux articles comme un test, et cela non-seulement au clergé , mais aussi au corps qui gouverne dans nos universités ; on en fait un test contre le romanisme, »

Cette assertion s'accorde parfaitement avec le désir où je suis, désir auquel je me suis déjà conformé, de travailler à dissiper les préjugés populaires sur les doctrines catholiques romaines et le sens des trenteneuf articles.

Il y a quelques années, les journaux ont publié une rétractation de moi dont je désire reconnaître Tauthenticité d'une manière formelle, et que je crois devoir reproduire ; la voici :

€ Il est vrai qu'à diverses époques , eu écrivant contre le système romain , j'ai eu recours non-seulement à des arguments

dont je n'ai pas à parler ici, mais à ce qui ressemble fort à de la déclamation.

< 1® Par exemple, en 1833, dans la Lyra aposlolica y j'ai appelé Rome une église perdue,

i 2° En 1833 , encore , j'ai parlé de Vapostasie papule dans un ouvrage sur les Ariens.

« 3° La même année, dans le quinzième numéro de la série des Tracts for lire Times^ traité dont les paroles m'appartiennent souvent, quoique je ne puisse me les approprier dans leur ensemble^ je disais:

« Aujourd'hui Rome est hérétique. Allons même jusqu'à reconnaître que par là elle a altéré chez elle le caractère sacerdotal ; mais au moins elle n'était pas hérétique dans les premiers siècles. Si elle a apostasie, ce fut à l'époque du concile de Trente. Il est réellement à craindre que toute la communion romaine ne s'y soit liée par un engagement perpétuel à la cause de l'antechrist. 9

t Un ami avec lequel j'clais très-familier^

m'écrivit relativement à ce traité et à d'autres; il me disait d'une manière générale , en parlant de la publication des Tracts for ihe Times :

« Ces traités sont bien encourageants ; mais je désirerais obtenir de vous , quand on fera une seconde édition, d'en éliminer ou au moins d'en modifier plusieurs. L'autre jour, le Traité sur la succession apostolique dans l'église anglicane m'est tombé par hasard sous la main , et il m'a paru empreint de si peu de bonne foi, que je m'étonne que vous ayez pu, même dans l'excès de otxovofxta et ^j^sva/tq/oç, vous en rendre solidaire.

« Je disais moi-même, dans une brochure publiée en 1838, sur le passage cité plus haut:

€ Je l'avoue, je désirerais que ce passage ne fût pas écrit d'une manière si déclamatoire; mais sa substance exprime tout juste ce que je pense. »

« 4° J'ai dit aussi en 1833 :

< Leur communion est infectée dliéré-

sie; nous devons la fuir coninie une peste. Ils ont mis un mensonge à la place de la vérité de Dieu , et en revendiquant l'immutabilité de doctrine, ils ne peuvent réparer le crime qu'ils ont commis. > (Tract. 20.)

« 5^ En 1834, j'écrivais dans une revue : € L'esprit de la vieille Rome s'est de nouveau levé et a démontré son identité par ses œuvres. Il a animé l'église qui s'est établie dans cette ville , comme un mauvais génie pouvait s'emparer autrefois des possédés , et il lui fait tenir un langage qui n'est pas le sien. Dans le système corrompu du papisme, nous avons la cruauté, la ruse et l'ambition de la république romaine. Sa cruauté paraît dans le sacrifice implacable du bonheur et de la vertu de Tindividu à un fantôme de convenance publique, dans son célibat forcé et dans ses persécutions au dehors. Nous retrouvons la ruse dans ses mensonges, ses fourberies et ses faux prodiges; quant à son ambition envahissante, elle apparaît dans ses pré-

tentions au pouvoir universel. La vieille Rome vit encore. Ses aigles ne s'abattent nulle part ; mais elle n'en revendique pas moins la souveraineté sous un autre prétexte. Je ne blâmerai pas l'Eglise romaine , mais je la plaindrai; car, comme je l'ai dit, elle est possédée par un mauvais génie, elle est dans l'esclavage, >

< Je disais dans la même publication : € La sorcière placée sur les sept collines dont il est question dans l'Apocalypse, n'est pas l'Eglise de Rome , ainsi qu'on le suppose souvent ; mais Rome païenne, ce mauvais esprit qui , dans sa forme primitive , était le principe qui animait la quatrième monarchie. Dans la prophétie de saint Paul, il n'est pas question du temple ou de l'Eglise de Dieu , mais de Thomme de péché qui se trouve dans le temple, du vieil homme ou du mauvais principe de la chair qui s'élève contre Dieu. Certainement c'est un mystère d'iniquité et un mystère qui est bien de nature à exciter notre épouvante et noire horreur , de voir au

cœur même de l'Eglise, dans sa plus haute dignité, sur le siège de saint Pierre, le principe du mal qui s'est intronisé et qui gouverne. Il semble que les années aient donné de la solidité à ce principe; Rome papiste a succédé à Rome païenne , et plût à Dieu que nous n'eussions pas des raisons de craindre des développements plus rusés de l'anteclirist dans le renversement des institutions qui suivra la chute de la papauté!... La distinction que j'établis n'est pas dénuée de sens. N'est-ce rien que de pouvoir fixer avec aflection ses regards sur une mère à qui nous devons le bienfait du christianisme, au lieu d'avoir à la haïr? N'est-ce rien de la regarder avec compassion et avec crainte, au lieu de la voir avec horreur? N'est-ce rien que de la disculper des noms si durs que lui ont jetés certains interprètes des prophéties , quand ils l'ont représentée comme idolâtre et enneniie de Dieu, tandis qu'en réalité elle est trompée? niais ce n'est pas clic qui trompe. > « J'ai dit aussi :

« Elle substitue virtuellement des pratiques extérieures à Tobéissance morale , la mortification apparente à la pénitence , la confession à la douleur, la profession extérieure à la foi , les lèvres au cœur ; au moins voilà son système, tel qu'il est compris par le grand nombre. »

« J'écrivais encore dans la même publication :

y< Rome nous a ravi les principes élevés qu'elle a elle-même conservés malgré son état de corruption. Quand nous l'avons quittée, elle ne nous a pas permis de poursuivre notre route dans les voies de la sainteté ; nous avons laissé nos vêtements et nous avons fui. »

« L'ami dont j'ai parlé plus haut protestait en ces termes contre ces passages et plusieurs autres de la même publication: • J'excepte, toutefois, de mon approbation générale votre dernière attaque , très-superflue , contre les pauvres romanistes.

Vous les avez d'abord dépeints comme diaboliquement possédés par le mauvais gé-

nie de Rome païenne ; néanmoins, vous trouvez un sujet d'admiration dans leur esprit, surtout en ce qu'ils savent faire servir les ornements du culte à leur véritable destination. Vous parlez ensuite de leur Eglise, tout cela est très-bien, et Ton croit être arrivé au terme des épitliètes, lorsque vous retombez tout à coup dans votre protestantisme, et vous vous laissez aller à ce que je crois pouvoir appeler le plaisir de les fronder. »

c< Puis ensuite, après une remarque qui n'a pas ces extraits en vue, mon critique ajoute: c Je ne pense pas que vous trouviez un seul catholique romain, ayant reçu de l'éducation , qui puisse vous dire qu'il identifie la mortification extérieure et la pénitence. En fait , je sais que les catholiques romains prêchent contre cette erreur aussi bien que vous pourriez le faire. »

€ 6° En 1834, je me suis servi, en parlant de certaines doctrines de l'Eglise do Rome , dans le tracl 38'"^ , des épithètes anti'SCnjHHraires, profanes, impics, hardies,

sans autorilé , grossières , monstrueuses , cruelles, procurant une consolation trompeuse. En m'exprimant ainsi, j'attachais un sens précis à chacune de ces épithètes, et je les avais pesées avant de m'en servir.

« Relativement à ce passage, le même ami m'avait écrit : « Je dois protester de nouveau contre les malédictions que vous faites entendre à la fin de la première Via média (tract. 38). Quel bien cela peut-il faire? C'est manquer de charité à l'excès. Nous pouvons être étrangement trompés sur plusieurs points qui se, découvriront graduellement à nous. »

€ Il y a déjà plusieurs années que j'ai supprimé le passage en question.

«7^ J'ai dit, en 1837, de l'Église de Rome :

c( En réalité, c'est une Eglise qui a perdu les sens, etc. (ce passage est reproduit plus haut ; voir la citation des pages 5 et 6),

a 8*' En 1837, j'écrivis dans une revue :

« Grégoire II et Grégoire III firent appel

IG

au peuple contre l'empereur, dans un but injustifiable, et, en apparence, de la manière la moins convenable. Ils devinrent rebelles pour établir le culte des images. Nous trouvons cependant, même dans cette transaction, la trace du principe de la puissance de l'Eglise, quoique tristement défiguré et perverti. Sa forme cependant , pour me servir des expressions de Milton , « n'avait pas perdu encore son éclat primitif, et ne brillait pas moins qu'un archange tombé et un rayon de gloire qui commence a s'obscurcir, i

• Il est notoire que c'est sur la même base qu'a été élevée la monarchie ecclésiastique. Ni le souffle des princes ni les flatteries d'une cour n'armèrent l'esprit sévère et fier des Hildebrand et des Innocent; mais ce fut Tabnégation de soi, la renonciation aux pompes mondaines et aux aisances de la vie, l'appel au peuple. >

€ Je dois faire observer cependant , sur ce passage , qu'il n'est fait aucune allusion

au sujet des vers de iMillon ^ , sujet qui répond mal à ridée de pureté et de vertu ternies dont ils parlent, J'appliqus^is ces versa un sujet qui, au moment où j'écrivais, me semblait leur être mieux approprié, c'està-dire à l'Eglise catholique vue dans un certain exercice de sa puissance, en la personne des deux papes.

€ J'ai peut-être avancé d'autres assertions empreintes d'exagération, et cela, alors que les assertions en elles-mêmes étaient irréprochables et vraies. Si vous me demandez comment un individu a pu s'aventurer non- seulement à entretenir, n)ais à publier pareilles opinions sur une communion si ancienne, si répandue et qui a produit tant de saints, je réponds ce que je me disais à moi-même: « Ce langage

• Les vers de Milton , tirés cîu premier cliant du Paradis perdu, s'appliquent au démon. On comprend l'observation de l'auteur qui ne vent pas qu'on puisse Ini supposer rînlcntion de comparer au génie infernal les deux papes dont il est question dans ce passage,

(iVoîe du traduct€iti\)

ne m'appartient pas ; je ne fais, en quelque sorte, que suivre le sentiment commun des ihëologiens de mon église. Ils ont toujours usé contre Rome d'un langage extrêmement violent, même les plus capables et les plus savants d'entre eux. Je désire entrer dans leur système. En disant ce qu'ils disent, je suis à l'abri. Cette manière de voir est nécessaire à notre position. > J'ai, en outre , des raisons de craindre que ce langage ne puisse être attribué, en grande partie, à un caractère impétueux, à l'espérance d'obtenir l'approbation de personnes que je respecte, et au désir de repousser l'accusation de romanisme.

€ Ces explications ne renferment pas une rétractation de ce que j'ai écrit pour la défense de la doctrine anglicane ; et comme je les donne par des raisons personnelles, je les donne sans consulter personne. Je suis aussi convaincu que jamais , et je ne doute pas que les catholiques romains euxmêmes ne conviennent que la doctrine anglicane est l'antagoniste le plus fort de

leur système , et même le seul possible. Si Von doit résister à Rome , on ne saurait le faire par un autre moyen. >

Il va sans dire que je rétracte aujourd'hui les arguments auxquels j'avais recours, lors de la publication de la pièce qui précède, en tant qu'ils touchent à l'Eglise de Rome , ainsi que le langage dont je me servais pour les exprimer.

John Henry Newman,

Lilllemorc, 0 octobre 1815,

VINGT-DEUX RAI SOINS POUR mm DAl L'ÉGLISE CAIHOLKllEi

PAR LE RÉVÉREND

Page 1