LETTRE ADRESSÉE A UN AMI
PAB LF RÉVÉnE.ND
FRÉDÉRIC OAKELEY,
Ex-cure de Saiiite-MargueriLe k Londres, chanoine de Lichfield, ancien prédicateur de \i chapelle royale de White-Hali, auteur de V Histoire de saint /itigustin (de Caûtorbe'ry), etc., elc.
L'auteur a soin d'avertir qu'il ne se propose dans cette lettre ni d'arounienter, ni d'excuser sa conduite. Ce serait donc aj^ir avec peu de courtoisie que de lui prêter, afin de l'attaquer avec plus de succès^ une
intention quil n'avait pas en écrivant. Les premières pages expliqueront les circonstances dans lesquelles cette lettre a été écrite et les raisons qui ont déterminé M. Oakeley à la publier. Son titre a été choisi comme étant à la fois le plus respectueux envers la communion que l'auteur embrasse et celle qu'il abandonne. M. Oakeley nous fait encore observer que ces pages étaient destinées à la publicité, avant même qu'il eût reconnu les droits de la sainte Eglise catholique romaine. Un changement s'étant opéré pendant qu'elles étaient sous presse, il a senti qu'il était juste d'y ajouter un acte de soumission envers cette sainte Mère, aux pieds de laquelle il désire, avec la grâce de Dieu , rester désormais comme auditeur et disciple. Il demande que chaque mot en soit interprété avec la réserve qu'exige son respect pour TÉglise.
Cette lettre a été adressée par l'auteur à un ecclésiastique de ses amis (M. Newman), qui venait à peine d'entrer dans la communion romaine , et qu'il avait l'habitude de
consulter lorsqu'il appartenait [encore à l'église d'Angleterre.
Mon cher ami,
Je vous ai exposé longuement , il y a quelques semaines, les raisons que j'avais de me croire appelé à examiner ma position comme membre de Téglise d'Angleterre. Je vous fis part alors de l'intention où j'étais de consacrer à cet objet un temps déterminé. Je devais, dans ce but, m'abstenir, durant cet intervalle, de me commettre en quoi que ce soit, et continuer a me servir, autant que possible, de tous les moyens de grâce et d'assistance que m'offrait mon église.
Dans votre réponse, vous parûtes reconnaître que mes inquiétudes étaient raisonnables , qu'il était possible et même probable que j'eusse raison d'agir tôt ou tard conformément a la détermination que ces inquiétudes m'inspiraient, si elles ne se dissipaient préalablement. Quant au plan que j'avais formé d'ajourner ma dé-
lerminatiou jusqu'au moiiicnt que je vous fixais , vous me parliez avec moins de confiance. Vous me donniez à entendre que, selon vous , et sous l'influence de certaines circonstances (dont vous me laissiez entièrement l'appréciation), il pourrait être de mon devoir de hâter la démarche à laquelle j'étais naturellement si peu porté même à songer, ainsi que je vous l'avais dit.
Je viens vous avouer maintenant que je trouve convenable de ne pas allendre plus longtemps la lumière ., et vous dire pourquoi je crois devoir entrer de suite dans la période de la préparation.
Dans votre lettre, vous étabhssiez une distinction entre ces deux états de l'esprit, et vous ajoutiez que vous n'admettiez pas la légalité d'un délai dans l'acte de se soumettre à une autorité que, par une conviction raisonnée et justifiée , l'on reconnaît comme réglant sa foi et sa conscience. Une conclusion qui me presse continuellement avec une force croissante, c'est que l'Eglise catholique, en communion avec le siège de
saint Pierre, a ce droit incontestable à ma soumission. Votre propre exemple venant corroborer vos conseils, je sens que j'ai maintenant une évidence suffisante pour déterminer ma conduite.
Vous vous le rappelez : dans une précédente lettre, je vous écrivis que je ne voyais pas la nécessité de publier mes raisons de laisser Téglise anglicane, dans le cas où je prendrais cette détermination. Cela, d'abord parce que j'étais fatigué de voir mon nom occuper le public, et ensuite parce que , dans tout ce que j'ai publié , en mon nom ou sous l'anonyme, depuis trois ou quatre années , je ne trouvais aucune assertion que je me crusse obligé de rétracter, pas même dans ma lettre à un ami catholique romain qui parut dans VEnfjlish Churcliman^ lettre où j'établissais de la manière la plus forte sur quoi reposait la confiance que j'avais alors en notre établissement ecclésiastique. Je veux dire que je ne puis trouver ni dans cette lettre, ni ailleurs, que j'aie jamais avancé un seul motif de res-
ter dans l'église anglicane qui n*ait été renversé ensuite par le cours des événements.
Je n'entrerai pas dans la^question de savoir si les raisons que je donnais alors méritaient peu de confiance parce qu'elles n'étaient pas essentiellement immuables ; mais dans tous les cas, je ne doutais pas qu'aussi longtemps qu'elles pourraient m'être utiles, il était de mon devoir , alors que tous mes amis étaient découragés autour de moi, d'insister sur ces raisons et de leur donner la plus grande publicité.
Lorsqu'après Tapparition de ma lettre à un catholique , des personnes plus prévoyantes, mais que je m'imaginais être moins aimantes que moi, me prédirent que ces raisonss'évanouiraient certainement un jour , ainsi que cela est arrivé, je m'inquiétai peu de leurs prédictions, parce que j e n'avais aucun désir d'anticiper leurs inductions. Il nie semblait que j'avais de bons motifs, non-seulement de confesser mon église dans sa conduite envers moi, mais, ce qui est plus encore, de tout abandonner pour
me dévouer entièrement à son service. Je ne comprenais pas de défense plus péreniptoire de ses droits , ni qui fût mieux en rapport avec les faits. Je trouvais que Tévidence sur laquelle je m'appuyais était assez forte (de reste pour moi) et assez concluante pour les autres. Il n'était pas une seule des questions dont j'étais satisfait, qui, de fait, ne dût aussi satisfaire ceux qui, n'ayant pas de temps à consacrer à des recherches historiques, s'étaient placés sous ma direction , et qui , par cela même qu'ils s'en rapportaient volontairement à moi, avaient reconnu mes droits à leur confiance, du moins dans une affaire si simple et si élémentaire.
Je ne crois donc pas nécessaire de me justifier aux ^.^ux du monde d'une résolution qui ne blesse en rien mes déclarations antérieures , résolution que , de l'avis de la grande majorité des membres de l'église établie et d'autres sectes, j'aurais dû prendre il y a longtemps , et qui excitera à peine l'étonncment d'un petit nombre de
mes amis les plus intimes. Si vous me demandez pourquoi donc je livre cette lettre au public, je vais tâcher de vous l'expliquer.
S'il ne s'agissait que de me défendre , je ne tiendrais pas à ce que l'on sût pourquoi je quitte l'église anglicane ; mais , dans les circonstances actuelles , je crois devoir me mettre en avant pour dire publiquement les raisons qui n'ont pas pesé sur ma détermination. J'avoue qu'il m'est bien difiicile de le faire sans toucher plus ou moins le côté positif de la question.
J'ai entendu justifier, ou, pour mieux dire, excuser des résolutions semblables à celle que je vais prendre par des raisons qui non-seulement me semblent peu satisfaisantes, mais qui moralement et religieusement me paraissent fausses. Je les désavoue, et cela dans l'intérêt d'autrui aussi bien que dans le mien propre. En considérant la position particulière, que j*occupe en ce moment dans l'église d'Angleterre , je me crois obligé de dire jusqu'à quel point ces circonstances ont ou n'ont pas coni 3.
couru à faire naître mon projet ou à hâter sa réalisation.
l . Que ma communion soit plongée dans plus de corruption pratique, qu'elle jouisse de moins de privilèges éminents, qu'elle oftre à ses membres moins d'avantages que telle autre communion , je dirai tout d'abord que je ne regarde pas cela comme une raison déterminante pour la quitter. Je n'admets pas qu'une personne, placée dans les circonstances où je me trouve , puisse faire un choix entre ce qu'on appelle (d'après certaine théorie) les différentes branches de l'Église catholique, et embrasser celle d*entre elles qu'elle préférera. Je désire que Ton sache que je regarderais une telle conduite comme impossible à défendre , et que , si la communion à laquelle j'appartiens remplissait pour moi en quelque mesure les fonctions spéciales de l'Eglise catholique, je regarderais les motifs de la quitter comme des tentations auxquelles tous les principes moraux et religieux m'obligeraient de résister. Quand je dis les
foncliom spéciales de l'Eglise catholique, je ne parle pas de la transmission de la grâce divine par le canal de ses commandements; car je conçois que ce privilège soit accordé, même en règle générale, aux membres d'un corps hérétique et schismatique. Je ne voudrais pas poser des limites à l'étendue de Vignorance invincible qui , d'après la théorie catholique elle-même , est , pour les individus qui s'y trouvent de bonne foi , un contre-poids à l'obstacle que le schisme oppose à la réception de la grâce de la vie éternelle par le canal des commandements de leur propre communion.
Je fais seulement allusion aux fonctions qui consistent dans l'autorité de l'enseignement, une direction morale déterminée et arrêtée , et la satisfaction (si je puis m'exprimer ainsi) de tous ces instincts chrétiens que l'Eglise catholique a indubitablement la puissance de satisfaire, qu'elle a toujours satisfaits, et, à ce que je crois, qu'elle satisfait actuellement dans la communion romaine : ainsi, par exemple, celui
de ratfection filiale et fraternelle. Le Tout- Puissant ne souffre pas que les bons sentiments placés dans nos cœurs ne portent aucun fruit. Il ne les satisfait pas non plus directement et sans un intermédiaire ; autrement il n'eût pas établi la sainte Eglise pour le représenter et attirer à lui tous les lîomiues par son canal. Ainsi que je vais l'expliquer, je ne trouve dans l'église anglicane absolument rien qui corresponde à ces instincts que je sens néanmoins en moi. Tout au contraire y est fait pour les froisser et les repousser. Aussi je me sens dans un état qui n'est pas naturel. Jesuis, comme on le dit, hors de mon élément; avec des organes dont je ne puis me défaire , qui m'ont été donnés avec une destination particulière, mais dans une atmosphère pour laquelle ils ne sont pas faits.
Quanta V Enseignement , je n'en trouve point qui fasse autorité. L'église anglicane ne propose rien à ses membres sur son propre ipsa (Unît, et c'est cependant là, à mon avis, un des caractères de l'Ei^Usc éta-
blie par notie Seigneur Jésus-Christ. L'église d'Angleterre nous renvoie toujours à la sainte Ecriture, dont l'interprétation, livrée au jugement privé ou à tout autre organe qu'à celui de l'Eglise vivante , est la route la plus directe à l'hérésie. Dans la communion anglicane, cette liberté donne actuellement naissance à une variété innombrable d'interprétations discordantes et même contradictoires de la vérité qui ailleurs est une par essence.
Quant à la direction de conduite , ma propre faiblesse me porte constamment à en rechercher une. Or, dans l'église d'Angleterre, il n'y a absolument aucun système reconnu de théologie morale, sur lequel ceux qui entreprennent la tâche ardue et périlleuse de diriger les âmes, soient tenus de régler leurs instructions ; tout y est accidentel, capricieux et vague. Pour ce qui regarde la confession (en admettant que les prêtres de l'église d'Angleterre soient autorisés à la recevoir), il n'y a de sauvegarde ni dans les dispositions de la i èglc 5
ni dans le contrôle de l'autorité , ni dans le prestige d'une association traditionnelle , ni même dans la force ordinaire de l'habitude, pour l'inviolabilité du secret, inviolabilité qui seule peut justiQer la confiance requise, et qui , dans votre communion , est garantie par des sanctions si solennelles que le simple soupçon d'indiscrétion n'a, je suppose , jamais traversé l'esprit d'un catholique'.
' Je ne veux pas insinuer qu'il y a des ministres anglicans habitues à entendre des confessions , qui puissent jamais trahir avec intention la confiance placée en eux ou livrer le secret de la confession sur Tordre de l'antoriié. Loin de là. Mais je parle par expérience, quand je dis que lorsque cette pratique ne fait pas partie d'nu système reconnu, il est irès-difticile d'être continuellement en garde sur l'importance du secret confié. Je m'imajjine que cette difficulté se trouve considérablement accrue par l'intimité des relations domestiques et les libres relations avec le monde : deux choses que l'anglicanisme n'exclut pas comme rÉjjlisc catholique (a\
(rt) Je crois devoir citer, à l'appui de l'opinion émise par M, Oakeley, les lignes suivantes empruntées à la brochure de M. Fabcr : G rounds for remaining, e/r., où cet estimable auteur nous dit ; i Une dame m'a écrit, il v a
2. Secondement , je ne voudrais pas que Ton pût penser que j'abandonne l'église d'Angleterre seidemenl a cause de la position particulière et anormale que j'y occupe*. Je n'admets pas, comme on ledit communément, que je ne doive qu'à moi-même l'interdiction dont je suis frappé ; néanmoins je ne nierai pas que cette interdiction n'ait eu une certaine influence sur ma conduite.
Tout ce que je dis, c'est que je ne la regarde pas seulement comme la conséquence de mes propres actes, mais comme une faveur de la divine Providence à mon égard. Je ne la considère pas comme suffi-
« quelques mois, pour me demander des conseils spi- « rituels, et elle me dit que la confession doit è(re mise « tout à fait hors de question, parce qu'il est de plus en « plus notoire , dans la localité où elle habile , que l'on « cause en société de choses qui n'ont é(é révélées qu'en " confesiioi: 1 .. {Note du Iradiiclcur.)
' M. Oakeley fait allusion à la condamnation dont il fut frai)pé par la Cour ecclésiastique de Londres. — On trouvera ce jugement dans la Notice biographique sur M. Oakeley, dans le volume intitule Conversion de ^oix aille Miiihfivs atiglkans, eic, vie, {Note du (r ad,)
saille eii elle-inème pour déterminer ma résolution. Je m'explique.
Je ne saurais convenir que ma position actuelle dans l'église d'Angleterre soit mon propre ouvrage, à moins qu'on ne puisse dire cela de toute conséquence inattefidue d'un acte délibéré et pesé mûrement. La démarche qui a amené directement cette position, était de ma part sérieusement réfléchie et préméditée. Elle aurait pu (et avec plus de probabihté ) avoir d'autres résultats. Mais, enfin , elle a amené un fait que je me crois parfaitement en droit d'interpréter comme une faveur de la divine Providence.
Je me crois d'autan t plus autorisé à l'interpréter ainsi que je vois, en y réfléchissant, que je n*ai pas cherché à faire naître les événements qui m'ont été contraires ; mais que j'ai été en quelque sorte poursuivi, devancé, entraîné par eux. C'est pour moi une satisfaction indicible que de me rappeler qu'en donnant la démission de ma charge, j'ai fait tout ce qu'il était en mon pouvoir
pour prévenir la position où je me trouve et obvier à ses inconvénients. Ils se sont simplement ajoutés à ceux que je pouvais attendre; mais ils n'ont aucune relation directe avec tel ou tel de mes actes. Les embarras particuliers qui pèsent sur moi eu ce moment se rattachent à ma position, non-seulement dans un diocèse particulier, mais dans l'église d'Angleterre en général , et ils se présentent à moi , non comme le résultat immédiat de ma conduite , mais comme une déclaration gratuite et superflue faite contre moi par l'église d'Angleterre. Que serait-il arrivé si mes offres de capitulation eussent été acceptées? Vraisemblablement, les choses ne se fussent pas passe'es d'une manière différente; mais je pense souvent à ces paroles que je trouve dans les Sermons sur les sujets du jour : « Bien des hommes s'appuient powr un temps indéfini sur une théorie abstraite ; ce sont les actes d'autorité qui donnent aux théories leur force et leur portée, i En mettant au pire les désagréments que
j'éprouve, je ne trouve pas qu'ils dussent me faire abandonner Téglise anglicane ; et j'ai eu grand soin dans toutes mes délibérations, de ne pas les laisser peser avec plus de poids qu'ils n'en ont sur mon changement. Ils n'ont pas été cependant sans exercer quelque influence, et ils devaient en avoir. D'abord, comme je l'ai dit, parce qu'ils ont fondu sur moi sans que je les cherchasse (du moins dans leur ensemble), et , ainsi qu'il paraît , selon les desseins de la Providence. Puis ensuite, parce que , de quelque part qu'ils soient venus , ils sont sérieux et terribles dans leurs effets. Je ne sais pas trop ce que Ton veut dire en parlant de mon mépris pour l'autorité de la cour ecclésiastique. J'observerai seulement que cette autorité ne me paraît pas méprisable. Sa sentence me touche de tous points , et me gène dans tous mes mouvements. Non- seulement elle me prive d'exercer toutes fonctions spirituelles , et cela sous la sanction d'une pénalité, mais de plus , elle m'empêche en conscience
d'enseigner la lliéologie y soit en instruisant la jeunesse , soit dans des œuvres littéraires. Si l'autorité a eu pour objet de m'enlever non-seulement tout moyen d'influence théologique, mais encore toute influence religieuse quelconque dans ma communion, je reconnais que son plan a été couronné d'un succès complet. Il ne me reste d'autre ressource que de me faire fermier ou de cultiver la littérature générale, deux choses qui ne sont nullement démon goût. Je ne nie cependant pas qu'on ne dût, dam l'Eglise^ accepter ces coups terribles comme une pénitence, et continuer à rester dans son sein. Mais à ma place, cela est absolument impossible , parce que je ne puis, dans aucun cas , accepter un jugement de l'église d'Angleterre qui est en contradiction avec l'Eglise de Rome sur les points qui obligent ma conscience. La sentence dont je suis frappé étant conditionnelle à ma persévérance dans mes opinions théologiques, la soumission aux peines qu'elle porte serait un acte d'obéissance passive. Or, comme
une rétractation est tout à fait hors de question, je pense que ma position actuelle est assez irrégulière pour n'être pas tenable.
Je crois cependant qu'elle n'a fait que contribuer, avec d'autres circonstances, à me donner la conviction que je suis hors de l'Eglise catholique. L'évêque Butler, je crois , dit dans ses sermons qu'un homme peut sentir une plus grande indignation (vc'ps^tç), lorsqu'il est lui-même l'objet d'une injure que quand elle en touche un autre. Aussi, quoique je ne sois pas sur le chapitre des injures et des ressentiments, je ne vois pas pourquoi je refuserais d'admettre que la conduite de Téglise d'Angleterre envers moi, entre comme un élément* important dans la grande question du jour. Mais les inquiétudes où je me trouve sont certainement d'une nature plus générale , ainsi que je vais l'expliquer.
Selon moi, les théories purement abstraites et intellectuelles de la constitution d'une église ne font pas grande impression sur les masses. Le peuple ne juge pas les grands su-
jets piallcjues par la manière dont ils satisfont sa raison , mais selon qu'ils s'accordent avec ses affaires et ses désirs, selon qu'ils touchent son cœur, agitent sa conscience et l'entravent dans sa routine journalière.
Mais peut-être que je juge les autres d'après moi. Aussi longtemps que l'église d'Angleterre , en dépit de ses nombreuses anomalies, s'est présentée à ma conscience comme un objet digne de fidélité et d'affection, non-seulement je lui restais attaché ; mais je me donnais à elle sans examiner la question de savoir quels étaient ses titres historicjues à mon adhésion. Ainsi, maintenant, sans savoir précisément comment Piome établit ses prétentions sur l'histoire des siècles passés (question des plus intéres* santés cependant et qui, j'y songe avec délice, serabientôtéclaircie pour moi), jem'incline devant elle, parce qu'elle correspond parfaitement a ce type de TEglise catholique *, qui est si profondément et par habi-
' Je parle ici des faits, de la manière dont les choses me frappent, Je ne prétends pas parler pour les autres.
tude imprimé sur ma nature morale et spirituelle, dans ces mêmes détails où Téglise anglicane a depuis quelque temps manqué, et enfin complètement cessé de correspondre avec ce même type. Je vais descendre à quelques détails qui servent toujours à faire comprendre ce que l'on veut dire. Je suis aussi sûr que Ton peut être sûr de quelque chose que la pensée d'un évêque chrétien doit faire naître une foule d'émotions tendres et respectueuses. Un évêque chrétien devrait être le beau idéal d'un Père ou, comme nous le disons, d'un Père en Dieu. J'éprouve maintenant, et j'ai longtemps éprouvé des sentiments qui trouveraient dans un tel objet de dévouement et d'affection , le seul type qui leur corresponde. Autant que j'en puis juger, ces sentiments auraient eu, dans la communion romaine, leur libre cours etleur satisfaction propre. Mais je suppose que je parle au cœur de phis d'un ecclésiastique anglican , en disant que là où je me trouve, ces sentiments rencontrent (et cela par des causes
inhérentes au système même) des désappointements et des dégoûts affligeants.
Avec nos misérables divisions et nos doutes sur des matières essentielles , avec nos relations politiques, nos habitudes sociales, les comités du matin et les débats parlementaires du soir, il faut convenir que les circonstances dans lesquelles un évêque anglican se trouve placé, sont sûrement de natureà séculariser l'homme le plus intérieur, et à détériorer l'esprit le plus élevé, si toutefois , dans le mode de nomination , on choisissait communément parmi ces liommes-là pour remplir cette charge. Il semble donc que ce soit plus la faute du système que des individus , si nous cherchons en vain parmi les évêques anglicans, en tant qu évêques , cette noblesse, cette douceur, cette simplicité, cette sincérité, cette sensibilité, cette égalité d'humeur dont saint Ambroise et saint Charles nous oflient l'exemple, vertus auxquelles les lois divines et perpétuelles de l'Eglise cathoUque (surtout dans cçtte liberté de tout
lien politique dont elle jouit en An(;leteire) sont aussi favorables dans un siècle que dans l'autre. On dira que quelques évêques catholiques ne sont pas tels ; mais je ne parle, n\ d'un côté ni de l'autre, de simples individus : je mets en regard les systèmes respectifs.
Je ne croirai jamais non plus qu'un enfant de la sainte Église de Dieu soit destiné à ne trouver que les tentations de Tinquiétude, lorsqu'il cherche les stimulants ou les satisfactions d'un dévouement affectueuN.
Si l'on répond à cela que ces choses sont la croiX de notre temps, qu'il faut s'armer de patience et non d'arguments, je ne puis en aucune façon admettre que ce soit la manière dont Dieu nous envoie les croix de sa miséricorde. L'Eglise est sûrement notre protectrice naturelle dans nos chagrins , mais elle n'est pas Togent qui les inllige ; elle est toujours persécutée, mais ce n'est pas elle qui persécute. Si elle se meta nous persécuter, comment la distinguerons-nous i\\\ monde ? Ensuite, si chacun est d m'i TE-
glise et que personne n'ait à y entrer, alors nous sommes exempts de la pénible nécescité de passer en revue la situation de nos affaires religieuses , et d'interpréter les signes du temps au désavantage de notre propre communion. Mais , s'il n'en est pas ainsi , nous pouvons avoir d'autres devoirs moins agréables à remplir que celui d'une soumission résignée au système dans lequel nous nous trouvons.
Un autre caractère de l'Eglise , dont son divin fondateur nous donne lui-même l'exemple et le précepte, c'est l'amour du prochain. L'Eglise est établie comme un lieu de refugeoù le chrétien peut se retirer pour trouver repos et sympathie, de même qu'au sein d'une famille. Plus il sera délaissé et malheureux , plus elle devra être pour lui comme frère ^ mère et sœur. Elle vient à lui non -seulement par les relations de ce monde, mais malgré ces relations et pour en tenir lieu. Elle adoucit et sanctifie ces liens où ils existent ; quand ils n'existent pas, elle devient elle-même plus chère
que le plus doux d'entre eux. Je suis fâché de le dire, mais je ne pense pas que l'église nationale ait, sous ce rapport, aucun Irait, même éloigné, de ressemblance avec l'Epouse de Jésus-Christ. Hélas! nous trouvons partout des animosités et des querelles ; mais ce qui nous condamne, c'est que la foi de la chrétienté n^est pas même pour nous un gage d'union. Si un homme s'appuie sur un principe exclusif d'organisation ecclésiastique, je ne nie pas qu'il puisse trouver une sorte de sympathie parmi ses frères. S'il va plus loin , et qu'il fasse des sacrifices manifestes à la cause de la religion ,. cette sympathie pourra s'échauffer et donner naissance à des émotions plus fortes. Ainsi, pour citer un exemple, que cela s'est vu à l'égard de cet homme admirable, l'évèque Selwyn. Je ne prétends pas que des actes d'héroïsme aient perdu leur effet sur des Anglais, ni que les membres de l'c^dise anglicane ne soient sensibles à ce principe It^gitime et puissant d'union et de force qui est communément appelé esprit de eorps.
L'éléincut particulier et si essentiel de Tainoiir du procliaiu, dont (comme corps) ils manquent si visiblement et si malheureusement 5 est celui que les Grecs exprimaient si bien par le mot iTrtâtxsta, droiture, tendresse, indulgence, interprétation équitable , appréciation indulgente de la conduite d'autrui. Ils semblent à peine reconnaître d'autre lien et d'autre principe d'obligation dans les affaires de Téglise que celui de l'esprit de parti. La connaissance la plus superficielle de la littérature ecclésiastique du jour peut fournir des preuves abondantes à l'appui de ce que j'avance.
Par exemple, certaines personnes, et assurément celles qui ne sont pas les moins intéressées à la restauration des principes catholiques parmi nous et , s'il pouvait en être ainsi, dans leur propre communion héréditaire, n'ont pas plus tôt montré des doutes sur les droits et les pouvoirs de leur communion, que tout à coup, après avoir été quelque ten)psdans le vrai, elles se trou-
vent coDiplétenientdans le faux. Ou pourrait croire que chacun est en prpie à une forte tentation naturelle de bi iser les liens qui rattachent à une église opulente et florissante, église que la loi protège, que l'opinion publique reconnaît, église de la majorité, église de son pays, de son intérieur, de ses vieux amis, de ses ancêtres immédiats I Ainsi, les timides sont accusés de trahir leur parti par leur réserve ; ceux qui se mettent en avant, le trahissent par leur trop de hardiesse \ Les uns abandonnent par lâcheté la direction de ceux qui veillent sur eux (comme si ces sortes de personnes étaient bien disposées à se laisser mener) ; les autres font des déclarations qui , quoique strictement personnelles, compromettent le parti avec lequel ils sont publiquement identifiés (je donne la pensée, et non les mots). Si Ton se montre franc , on est
»■ Toutes les alltisions de ce passage trouvent leur application dans la polémique des écrivains (\n parti pnscfiste.
(^Nole du Iraduclcur.)
blâmé de l^excès de sa candeur ; si l'on est réservé, on vous reproche votre subtilité, ou peut-être, ce qui est encore plus étrange , ces deux choses à la fois. Si l'on vit dans le monde, a qui s'inquiète ou qui désirerait suivre un homme lâche et égoïste ?» Si Ton vit dans le cloître (je reproduis les expressions et pas seulement la pensée) , on nous parle de discipline dégradante j d'une vie isolée et contemplative. Tous ces symptômes annoncent certainement un système en décadence. Leur ensemble nous représente avec une certitude qui pourrait exciter le sourire, si elle ne nous faisait trembler, cette description solennelle et mémorable d'une génération perverse : Jean-Baptiste vint qui ne buvait ni ne mangeait^ et vous dites : Il est possédé du démon.
La circonstance la plus décourageante dans ceci , c'est que toutes ces malheureuses critiques sont provoquées par cela seul que l'on montre de l'attachement à la cour de Rome. En vérité, si la théorie de l'église d'Angleterre est indépendante et sub-
stanlive, on ne saurait s'étonner de ce résultat, et nous n'avons aucune juste raison de nous en plaindre ; ce sera le contraire, si Ton met ces symptômes affligeants sur le compte d'un zèle mal réglé. Mais, ainsi que je l'entends, quelques personnes excellentes restent dans Téglise d'Angleterre, en s'appuyantsur cette raison que ses principes ne sont pas nationaux , mais catholiques , et que, quoique extérieurement séparée de l'église qu'elles reconnaissent être la communion centrale de la chrétienté, elle est néanmoins unie de cœur et d'objet avec cette communion. Je demande à ces personnes comment elles peuvent concilier leur théorie avec les phénomènes que j'ai exposés. 11 est vraiment curieux d'observer comment la seule idée que fait naître dans l'esprit de toute l'église anghcane le mouvement vers Rome, est celle de l'injure. Apo^ slas'ie, schisme, dcserlïony sont, avec quelques expressions semblables, les termes par lesquels on signale ordinairement les conversions. Ceci montre, je crois, combien
peu ses membres réalisent niènie la tliéoiic d'une éfjlise divisée^ dans ce sens qu'ils formeraient une division de l*Eglise. Ils parlent bien plutôt comme les membres d'un club que d'une section de l'Eglise catholique. J'ai aussi été frappé de ce fait : que la différence de communion amène naturellement la rupture des relations , et cela tout à fait sans ou plutôt contre le désir des personnes. Je ne désire me poser ici ni en critique ni en censeur ; je me borne à constater des faits. De tels faits offrent à mon esprit une réponse péremptoire aux théories qui soutiennent que l'église d'Angleterre n'est ni exclusive ni simplement nationale. J'arrive maintenant à une partie plus agréable de ma tâche , et à un caractère beaucoup plus intéressant de l'égUse d'Angleterre: je veux parler de la sainteté que Dieu , aujourd'hui connue dans le passé , a suscitée et entretenue dans son sein. C'est là le point qui m'a toujours inspiré le plus de confiance en elle. Pendant toutes les longues méditations auxquelles les circon^
stances m'ont condamné, c'est là ce qui m'a toujours empêché de prendre des résolutions précipitées ; et maintenant que mon parti est arrêté, la pensée d'une séparation, même momentanée, de ceux que je regarde, par leurs vertus et leur sainteté, comme ayant sur moi une immense supériorité, est une des plus amères, quand je songe que (pendant quelque temps du moins) je ne marcherai pas dans la maison du Seigneur comme ami de quelquesuns des hommes que j'aime si tendrement. Afin qu'on ne s'imagine pas que j'ai traité à la légère le plus touchant de ces arguments, je vais dire sous quel point de vue il m'apparaït en ce moment.
Je ne veux pas , comme certaines personnes que je connais , nier que ces fruits de sainteté soient vrais et d'un ordre élevé. Je ne saurais douter non plus (quoique je sois sur ce point en opposition avec des hommes que je respecte) que ces grâces aient été accordées à l'église d'Angleterre avec plus d'abondance qu'à tout autre corps religieux
en dehors de Rome. Je dirai même qu'elles ont été accordées aux membres de cette église qui ont respecté ses commandements, de préférence à ceux qui se sont fait un principe et presque un mérite de les mépriser. Que Ton puisse rattacher ce fait aux privilèges et aux bienfaits spirituels que l'église d'Angleterre a conservés et qui ont été perdus pour les autres sectes protestantes, on ne trouvera ces privilèges et ces bienfaits ni faibles ni ordinaires, si l'on considère leurs résultats, quoiqu'ils soient contrariés dans leur opération , et même détériorés dans leurs produits, lorsqu'ils manquent de ce premier privilège que l'église anglicane a rejeté avec ingratitude. On pourrait encore expliquer ce fait comme étant celui d'individus (des temps passés ou présents) qui , ayant refusé de prendre part au péché de leurs ancêtres, ont obtenu pour eux et pour d'autres la grâce de n'avoir pas à subir toutes les peines dues au péché de leurs pères. Ce bienfait peut encore être expliqué par un gage particulier de pénitence ou
d'amour que Dieu aurait vu en nous ; ou serait-il dû à une intercession en notre faveur que Dieu aurait acceptée , en nous permettant , avec sa grande miséricorde, de partager, dans une large proportion, la surabondance des grâces de son Eglise ; de sorte que Tombre de Pierre aurait béni ceux que sa personne ne pouvait atteindre? Apres tout, nous devrions accepter ce fait comme un mystère inexpliqué et inexplicable de Tamour de Dieu , dont les voies sont merveilleuses, mais dont les miséricordes sont si grandes , si surabondantes , qu'elles ne se renferment jamais dans les bornes qu'il a luimême posées aux canaux qui sont les voies ordinaires de leur transmission. Je ne vois, en aucun cas , et je serais désolé de penser, que nous soyons forcés de nier le fait, en refusant d'accepter les conclusions que Ton peut en tirer.
La part que l'Eglise catholique elle-même fait au cas d'ignorance invincible^ nous permet d'expliquer sûrement ce phénomène , sans porter préjudice à sa grande , vcné-
rable et imposante théorie. Il est bien plus difïlcile d'expliquer certains autres faits également irrécusables ( à moins d'admettre ce tte théorie ) que d'accepter la théorie en dépit de ces faits ! Cependant, qui oserait dire que, dans ce cas comme dans tous les autres, la règle par laquelle nous jugeons nos frères est celle dont nous nous servons pour nousmêmes? La question n'est pas si l'ignorance invincible plaide en faveur des autres (il n'y a, Dieu en soit loué ! aucune limite à l'espérance qu'elle les excusera), mais il s'agit de savoir si elle nous servira à nous individuellement. Il est plus généralement senti que librement reconnu que les membres de l'église anglicane éprouvent en ce moment, comme individus, le besoin d'examiner avec soin quels sont les fondements de leur foi en cette église ; je ne vois pas pourquoi l'on en douterait. Je ne voudrais pas aller jusqu'à dire que cette enquête doit se terminer, et moins encore qu'elle se terminera , dans tous les cas , par la conclusion à laquelle je suis moi-même arrivé. Mais je sens de
plus en plus qu'elle devra mener à Tune des deux conclusions suivantes : Si nous n'embrassons pas le système catholique , nous devrons nous jeter dans le système anglican. Que ceci soit bien pesé. Nous sommes actuellement dans l'Eglise, ou nous n'y sommes pas; si nous n'y sommes pas, nous devons y entrer de suite. L'Eglise n'est pas une idée , une pure abstraction , mais une institution certaine qui vit et respire. L'église anglicane est tout au moins un corps organisé et agissant. Ce peut être un système faux , un système creux , un système mondain, peu satisfaisant et singulier ; mais enfin c'est un système, un système défini et distinct. Il a ses évêques, qui, dans l'ensemble, parlent à peu près le même langage; il a ses formulaires , qui , malgré leurs variétés , reçoivent de la part de ceux qui ont autorité pour cela une interprétation à peu près uniforme; il a ses cours ecclésiastiques qui rendent des jugements que ses membres, pris individuellement, peuvent ne pas aimer, mais que l'église
d*Anf,loLPrie ne répudie en aucune façon, et qui se font sentir par des sentences assez dures et d'une opération ostensible, (Je voudrais ne pas paraître faire allusion à moi-même ; mais le fait dont je m'occupe est très-important et demande des exemples à l'appui. ) Qui peut dire qu'une telle institution est simplement une lettre morte ou le produit de Timagination? Une personne consciencieuse peutelle tout à la fois vivre dans ce système et en dehors de lui; jouir de ses bienfaits et s'affranchir de ses restrictions; le louer dans le monde en s'identifiant entièrement avec lui, tout en pensant que son principal devoir est de faire d'énergiques efforts pour le renverser ?
Ici je rencontre deux objections; la première: la peinture, dira-t-on, que je viens de faire, appliquée à ceux que je laisse derrieMO moi , est erronée et injurieuse; la seconde, c'est que, s'il y eut jamais dans l'église d'Angleterre pareille perfidie ou pareil oubli du devoir , c'est en moi-même qu'on
en trouve le principal exemple. Je réplique.
1^ Je n'accuse pas ceux de mes frères que je laisse dans l'église d'Angleterre ; mais je leur pose avec intérêt et affection une question sérieuse. Je le fais avec d'autant plus de vivacité, et certainement avecd'autant plus d'anxiété, que je pense avoir été moi-même fort longtemps sans sentir toute la grandeur de cette question. J'en conclus donc que, si nous ne sommes pas disposés à nous jeter cœur et âme dans le système de Téglise anglicane, à nous soumettre sans plainte à ses décisions, à aimer, à révérer ses autorités , à sympathiser avec son esprit général; si nous sommes assez mollement attachés à elle que nous entrevoyions la possibilité de la quitter un jour , et que nous allions même jusqu'à préciser, au moins en pensées sinon en paroles, les circonstances pouvant amener cette nécessité (qui jamais ne se présenterai l'esprit d'un chrétien catholique), examinons alors sérieusement j en nous-mêmes, si nous avons jamais
regardé cette communion comme notre église. Si la réponse est négative , n'est-il pas temps de nous lever et de nous demander où nous sommes , ce que nous faisons, quel sens nous attachons à cet axiome de nos propres ancêtres : Extra Ecclesiam nuUa sains ?
2^ Quand il serait vrai que je fusse moimême très-blâmable sur les particularités que je signale, j'espère que cela ne portera pas préjudice à mes conclusions, si elles sont justes. Je n'ai nulle envie de discuter s'il était depuis longtemps de mon devoir d'opter pour l'un ou l'autre de ces deux systèmes ecclésiastiques , dont J'un entravait mon chemin , tandis que l'autre intéressait mon imagination. Je suis cependant persuadé que mon dévoûment et ma fidéhté à réglise d'Angleterre ont été ébranlés, quoique très -naturellement cependant , d'une manière fâcheuse pour ce système.
Il n'est pas vrai , ainsi qu'on l'a généralement supposé, que ceux qui se trouvent dans la même position que moi;
aient été dévoués à une idée et rebelles k la réalité.
C'estpourquoijeproteste,etc'estpournioi une grande consolation que de pouvoir le faire, que mon église a toujours été (sans partage) le point central de toutes niesaffectlons, et que, loin de céder à aucune influence extérieure, je lui suis resté fidèlement soumis. J'ai pensé pendant un temps que les deux systèmes anglican et catholique n'étaient pas antagonistes, mais semblables, et je regardais comme un fait capital de travailler à en rapprocher les extrêmes autant qu'il était possible. Ainsi, j'ai cherché à modeler le services de la chapelle de Sainte-Marguerite sur un type dont je ne trouvais pas réquivalent dans l'église d'Angleterre. En cela, je n'ai jamais agi qu'en vue des intérêts de ma propre communion , tels que je les entendais, et je n'ai jamais transgressé sciemment les ordres de mon évêque. Je sentais, avec une peine croissante, que le résultat, si conforme qu'il fut à Tidée que je me faisais alors du beau et de l'édifiant
dans le culte divin , était cependant une pure anomalie dans l'établissement; que les autorités le toléreraient à peine (et cela de fort mauvaise grâce) ; qu'il n'avait et vraisemblablement n'aurait janiais été imité , et ne pouvait être incorporé au tout; en un mot, ce résultat était beaucoup trop la création et le jeu des accidents pour pouvoir être pris pour ce fait important et ce signe d'espérance, que je m'étais plu à voir en lui pendant si longtemps. Amener le plus de sympathie et d'harmonie possibles entre mon église et l'Eglise romaine , tout en observant scrupuleusement les règles et les ordres de l'autoiité (autant que je pouvais les connaître), telle fut, vous le savez, ridée que je me faisais de la plus parfaite fidélité envers l'anglicanisme. Cette pensée naquit de ce que j'imaginais une ressemblance essentielle entre les deux systèmes : c'est de ce point que je partis (cela m'était permis) pour faire ressortir et prouver l'un par Tautre. Que cette prétention fiit ou non extravagante, il n'en est pas
moins vrai qu'elle a été censurée. Je suis arrivé enfin à Topinion partagée tout d'abord par des hommes plus sages que moi : que chercher k infuser Tesprit romain dans la communion anglicane, cest mettre du vin nouveau dans de vieux tonneaux^ opération qui doit avoir pour résultat de pourrir les vases et de répandre le vin : c'est gaspiller l'esprit catholique et mettre en pièces le réceptacle anglican. Je ne puis cependant regretter que l'expérience ait eu lieu.
Un bien qu'amènera, je Tespère, le résultat négatif de cette épreuve , sera de faire tomber de dessus les yeux d'un grand nombre le voile qui les empêchait de voir nettement les droits de la sainte Eglise catholique. Beaucoup d'entre nous auraient bien volontiers été romains sans cesser d'être anglicans. Le monde a donné à\x résultat de cette expérience des interprétations diverses; mais la meilleure explication, c'est que son résultat n'a pas raffermi la fidélité envers l'église anglicane. On voit et
l'on sent depuis longtemps que Rome doit tôt ou tard nous être rendue, et nous entretenions l'espoir que la force de transition pourrait être brisée , que la substitution s'adoucirait dans une absorption graduelle. Mais tout le monde ne voulait pas que les choses se passassent ainsi, et peut-être avait-on raison. Rome catholique a depuis longtemps élevé la voix contre la tentative de la recevoir en la partageant ainsi, et ce que l'austère fidélité de quelques membres de notre église n'a pas réussi à accomplir, l'Angleterre protestante l'a effectué pour elle. Rome a longtemps cherché des réconciliations individuelles au lieu d'une union du corps entier, et les actes de l'église d'Angleterre ont donné raison à son jugement et fait réussir son grand objet !
C'est précisément là ce que nous devions attendre, si Rome est l'Eglise catholique. Dieu est intervenu par les voies les plus inattendues et à l'aide des instruments les moins dignes , aOn de préserver de toute atteinte la foi des siècles , dont son Eglise a
le précieux dépôt , afin d'assurer contre les invasions téméraires ce système que (par ignorance sans doute) ceux qui le voient de loin sont tentés de critiquer. Il s'est même servi des hérétiques et des blasphémateurs pour accomplir ses desseins et étendre son royaume.
Je suis, etc.
Frédéric Oakelev.
LïUlemore, près d'Oxford, 23 octobre l8i5.