FREDERIC WILLIAM FABER
de l'Université d'Oxford, ex-recteur de Elton ,
auteur de plusieurs ouvrages
et fondateur de l'Ordre de Saint-Wilfrid.
Mon cher ami,
L'auteur de Hawkslone nous dit qu'un papiste et un évaiigélique se ressemblent beaucoup sur un point capital, et cela sans
s*en douter : c'est qu'ils se trompant l'un et l'autre sur la mission de celui qui enseigne la doctrine chrétienne , qui , dit-il , doit se borner à remplir un message et non, ainsi qu'ils le prétendent, chercher à sauver les âmes une à une. Cette manière de voir ne me paraît pas singulière, car, quand les catholiques , agissant d'après leur notion de l'enseignement chrétien , essaient de convertir les protestants en leur montrant le dangereux état de leurs âmes , les anglicans sont portés à regarder cette manière de procéder comme injustifiable et même comme tout à fait immorale. Je me souviens d'avoir été moi-même frappé et offensé tant de la préférence, en apparence égoïste, qu'un homme donne à son âme, en la guidant d'après les Exercices de saint Ignace, que de la rigidité ayez laquelle il simplifie la manière dont les pécheurs voient les choses, de la hardiesse avec laquelle il laisse à la divine Providence le soin de lever les difficultés qui naissent de cette manière d'agir du pénitent, et de Topiniâtreté qu'il
ts
met à nous refuser le droit de travailler à l'avancement spirituel des autres, avant d'avoir préalablement pris nous-mêmes soin de nos âmes. L'écrivain d'Oxford dont nous venons de citer les paroles est donc certainement très-exact dans ce qu'il avance, en tant que son assertion s'applique aux ca« tlioliques. Dans tous leurs livres pratiques de dévotion , ils donnent au salut des âmes en particulier une préférence que bien des protestants s'expliquent difficilement , et qui leur paraît semblable au prosélytisme sans scrupule des pharisiens. Quoi qu'il en soit, je vais braver les objections si souvent avancées, et faire route avec vous. C'est cette considération unique , simple, grave et touchante qui a agi sur moi : j'ai abandonné l'anglicanisme parce que j'étais moralement certain que je ne pouvais être sauvé en restant dans son sein. Je veux vous démontrer que vous êtes vous-même, comme partisan delà Haute-Eglise, dans cette position de doute et d'inquiétude sur U seule chose nécessaire, et que c'est résis-
ter à la voix de Dieu que de rester où vous xousivouvez, par les motifs que vous alléguez. Vos occupations ne vous permettront pas, je vous l'accorde, de feuilleter les Pères, de faire avec leurs écrits ce que vous reprochez par inconséquence aux dissidents de faiie avec l'Ecriture, ni d'être profondément versé dans l'histoire ecclésiastique et autres matières: pour vous tout cela est hors de question. Eh bien ! soit. Mais, mon cher ami, vous avez une âme à sauver, une âme pour laquelle Jésus a versé son sang précieux, comme s'il n'y avait pas d'autre âme dans le monde. Pour elle il a fondé son Eglise, et il Ta enrichie des trésors de ses mérites. Deux routes vous sont ouvertes. Vous n'avez ni les loisirs, ni les moyens de devenir théologien; il vous reste donc ou à reconnaître dans votre église quelque autorité devant laquelle vous consentiez à vous incliner et à rester tranquille , ou â examiner votre position à l'aide des facultés de voire esprit et de la prière. Si le résultat de cette dernière invcsti;;ation
est de vous jeter dans ce doute accablant , que vous pourriez être dans une position des plus dangereuses pour votre âme , alors agissez comme un homme qui ne s'inquiète d'autre chose que du sahit de son âme , et soumettez-vous à TEgUse cathohque, au sein de laquelle vous admettez déjà que vous pouvez sans aucun doute sauver votre âme.
Cette manière de poser la question vous semble-t-elle immorale? Sans doute, pour de sévères controversistes elle paraîtra trèsillogique ; mais cela nous importe peu à vous et à moi. Vous désirez sauver votre âme , et je désire vous voir jouir de cette paix spirituelle et de ce bonheur que Dieu, quoique j'en fusse indigne, m'a accordés, en mè plaçant dans le vrai bercail. Maintenant, de votre propre aveu, la première de ces alternatives ne vous est pas ouverte. Vous niez qu'aucun individu , primat, évêque , ou même l'épiscopat protestant tout entier, ait des droits à se faire écouter quand il do|;matise. Bien plus; iion-sculc-
ment vous mettez cette autorité en question , mais vous niez qu'aucun de ces pou* voirs ait le droit d'interpréter le prayerbooky et vous parlez du livre de prière comme étant lui-même imparfait. Sur plusieurs points importants, vous le trouvez moins catholique qu'il ne devrait l'être, et sur quelques questions graves, vous pensez qu'il doit être regardé comme un simple essai. Il va sans dire que je n'ai pas à m'occuper de la vérité ou de la fausseté de ces propositions. C'est vous-même qui les avancez, et quelle que soit leur valeur, elles montrent clairement que l'homme qui les met en avant, ne reconnaît pas dans l'établissement protestant une autorité dogmatique devant laquelle il est prêt à s'incliner, s'il arrive à cette autorité de n'être pas d'accord avec ses propres opinions, comme partisan de la haute église. C'en est assez d'avoir, dès le début, fait naître un doute quant à la convenance et à la loyauté de rester où vous êtes ; mais, laissant de côté celte route, il ne vous reste évjdemmcnt.
de voire propre aveu , que la seconde voie : celle d'examiner votre position pour vousniênie, par les facultés de votre esprit et par la prière. Si le résultat de cette investi{»ation est de vous jeter dans le doute accablant que vous pourriez être dans une position des plus dangereuses pour votre âme, alors agissez comme agirait un homme qui ne s'inquiète que du salut de son âme. Laissez-moi dire quelques mots de certaines assertions que vous invoquez pour défendre votre position. Prises dans leur ensemble ou séparément, elles forment certainement une nouvelle base de communion dans l'Eglise, base qu'un vieux catholique comprendrait peut-être difficilement, et il refuserait de croire qu'on puisse les invoquer avec franchise. Le cas est bien différent avec un simple converti comme moi , car je sais combien fortes et puissantes peuvent paraître certaines raisons, jusqu'au mouient où elles s'évanouissent, comme tomberait un bandeau de dessus les yeux. Il est difficile de se rendre compte de
la cause d'un si long aveuglement, aveugle- Uient que nous sommes malgré nous forcés de regarder comme une illusion spirituelle dont Dieu, dans sa miséricorde , nous a délivrés malgré notre indignité.
J'espère que vous ne regarderez pas comme une vaine formule l'excuse que je vous fais d'avance pour tout ce qui vous paraîtra dur et grossier dans mon langage. Je suis pénétré d'un profond sentiment de chagrin , parce que vous êtes en danger de perdre votre âme, et que vous vous trouvez sous le coup d'une illusion subtile, mais effrayante. J'éprouve un désir affectueux de vous voir amené à la vraie lumière et entrer dans le vrai bercail, et je sens en même temps une conviction chaque jour plus forte de la fausseté de votre position et de la nécessité absolue où vous êtes d*entrer en communion avec le ^^aint-Siége. Attendezvous donc à un style qui vous paraîtra blessant, amer, sarcasiique et d'un dogmatisme alfccté. Vous êtes si profondément enveloppe dans vos théories actuelles > qu'en
entendant parler comme je vais le faire , mon langage devra vous paraître blessant, et je ne serai ni surpris , ni fâché de vous Ten tendre qualifier ainsi. Je dirai même que je m'attends à vous l'entendre juger sévèrement; peut-être aussi jeterez-vous ma lettre à terre, dans l'indignation que vous inspirera presque nécessairement l'odieux amour-propre de l'écrivain . Je prévois que les choses se passeront ainsi, parles raisons suivantes. Premièrement , ce qu'on appelle dans le langage de la controverse un habit retourné ou un renégat , jouit à peine du privilège d'élever la voix. Les paroles qui, sorties de la bouche d'un autre , ne blesseraient personne, deviennent des injures dans la sienne. Secondement, vous n'êtes pas catholique, et vous n'avez en conséquence aucune idée du ton positif avec lequel les catholiques peuvent parler, et cela sans la moindre suffisance , quand ils ont l'Eglise avec eux. On pourrait dire sans exagération que vous parlez avec tout autant d'assurance et d'un ton non moins
dogmatique, de théories qui sont rejetées , non-seulement par l'Eglise catholique, mais encore par vos propres supérieurs ecclésiastiques et par plus des trois quarts des membres de votre communion. Troisièmement , mon argumentation doit être en grande mesure une reductio ad abstirdum. C'est là un mode ingrat de discussion ; mais il est inévitable dans cette circonstance ; car je dois vous montrer que les arguments sur lesquels vous vous appuyez pour rester séparé de l'Eglise catholique, doivent aussi tenir les dissidents éloignés devons, et les païens éloignés de l'Evangile. Quatrièmement, bon nombre des motifs que vous mettez en avant, pour rester dans Téglise anglicane, me paraissent, à moi cathohque, Si misérablement profanes, et ils frisent de si près le blasphème, que, si je ne me servais pas de termes énergiques pour les caractériser, je croirais compromettre la vérité d'une manière coupable. Enfin, j'avoue que j'éprouve un ardent désir de vous voir, par la grâce de Dieu , sortir d'une position
qui vous rend rebelle envers l'Eglise du Christ, déloyal envers voire propre communion , insoumis envers vos supérieurs actuels , position pleine de dangers pour votre salut. J'espère vous voir sortir de ce mysticisme sombre , obscur et superstitieux , dans lequel vous permettez aux chefs de votre parti de vous envelopper, pour entrer dans le véritable bercail où, aiprls votre conversion , la lumière de la volonté de Dieu brillera vive et radieuse autour de vous, éclairera le passé et vous servira de guide dans le présent.
Les excuses que je vous offre auront un titre de plus à votre considération , quand je vous rappellerai qu'on ne peut guère m'accuser d'écrire contre la position que j'ai moi-même occupée. Je n'ai jamais pu accepter la théorie qui consiste à adopter, mais à ne pas enseigner ta doctrine romaine. Cette théorie répugnait à mes sentiments naturels de droiture, et me semblait être une négation réelle de la mission d'une église, qui doit enseigner ce qu'elle croit.
Je n'ai jamab tenu à ranglicaiiisme par aucun de ces liens secrets et mystérieux quM est de si bon ton de votre part de nous reprocher, et j'ajouterai que ce mysticisme subtil dans lequel la section puséiste de l'établissement protestant a pris depuis peu un dernier et fatal refuge, est un dévelop pement tout récent qui compte à peine quelques mois d'existence. De sorte qu'il ne serait d'aucune façon vrai de dire que j'écris tout à fait ou principalement contre ce qui était, il y a peu de temps , ma propre position. J'écris cependant comme un homme qui était anglican il y a trois mois , et qui a passé plusieurs années de sa vie dans un état d'hostilité contre la sainte EgUse , état que Dieu , à ce qu'il espère, lui pardonnera dans sa miséricorde; comme un homme qui craint maintenant d'avoir résisté jadis aux appels de la grâce, ce dont il se repent profondément; connue un homme qui regarde l'état dont il a été tiré, malgré son indignité, comme une illusion (jui rcmpèchait de i emplir le véritable
l)îil (le son existence : la fjloire de Dieu et le salut de son Cxme; connne un homme, enfin, qui a parlé publiquement et avec une sotte amertume contre Rome, qui a lionte de sa vanité ignorante et de sa coupable présomption, et qui, tout en s'humiliantà ce souvenir, saisit avec joie l'occasion d'avouer ses fautes.
Tous penserez peut être qu'il n'est pas généreux de ma part de mettre les partis en contradiction avec les partis, d'opposer les évangéliques aux tractariens, les anglocatlioliques aux latitrdinairiens ; mais c'est chose absolument inévitable. Votre position le nécessite ; nous ne saurions faire un pas à droite ou à gauche sans nous heurter contre quelqu'une de vos subdivisions intérieures. L'impossibilité de procéderautrement est un puissant argument contre vous ; quiconque, je le pense, considérera la qiîestion de bonnefoidevralesentir ainsi. Pourquoi vous semblerait-il contre nature que ceuxquivous ont quitté, éprouvassentd'au- Ires sentiments que ceux de fidélité etd'af-
fection pou i votre système, ou eussent autre chose que d'agréables souvenirs de la position terrible dont ils ont été arrachés par la craintedela mort éternelle? A qui est due ma fidélité chrétienne ? n'est-ce pas à l'Eglise de mon baptême? et sûrement vous ne pouvez être assez sot pour supposer que l'on soit baptisé dans une brandi e particulière, insulairCj nationale ou provincialede l'Eglise, ou en toute autre chose que l'Eglise catholique du Christ. C'est donc à elle que ma fidélité est due; la vôtre lui est due aussi. Un système faux m'a enlevé à ma Mère aussitôt que j'ai eu le sentiment de faire des actes de schisme et la volonté de commettre un péché mortel. Ce système m'a nourri dans la haine du Saint-Siège; il m'a élevé dans une fausse doctrine; il a eu la vigueur de ma jeunesse, et a formé la tournure de mon esprit; il m'a élevé dans une étrange négligence de toute instruction doctrinale et de toute sauvegarde morale ; et maintenant dois-je ma fidélité à la Mère divine dont j'ai été ravi et dont le visage me fut si
longtemps étranger, ou k celle qui m'a arraché à Elle, en usurpant un nom qui n'était pas le sien , et dont j'ai découvert la fraude? Non! Je dois être fidèle à l'Eglise au nom de laquelle j'ai été baptisé, l'Eglise où sont morts mes ancêtres , TEglise d'où je puis secourir mes pères morts loin de son sein parce qu'ils étaient dans l'ignorance. De même qu'un enfant dérobé qui a retrouvé sa mère, sa tendre réception, les battements, les heureux battements de son cœur, lui disent avec plus de vérité que ne peuvent le faire toutes les preuves légales de parenté, qu'elle et qu'elle seule est la véritable Mère qui Ta offert autrefois à Dieu, et qui le reçoit aujourd'hui sans suspicion , sans épreuves et sans reproches , avec une allégresse qui l'humilie.
1** Vous me dites que presque toutes , sinon toutes les difficultés de la position prise par l'anglicanisme, ont été résolues par les théologiens anglicans; celles-là par un écrivain, celles-ci par d'autres. Il me semble que c'est une étrange manière d'être
en comniunion avec une église que la pos sibilité de ceiie communion par la soUiùojt de certaines difficultés. Mais permettez-moi de vous suggérer une idée. Je n'écris pas une simple lettre de controverse, et je n'entends conséquemment pas discuter jusqu'à quel point, dans tel et tel cas particulier , les théologiens anglicans ont résolu telle ou telle difficulté, point sur lequel votre manière de voir peut changer. Mais je vous demanderai si vous n'êtes pas coupable de division déguisée? Heureusement que le gros bon sens est la meilleure logique du monde. Bien qu'il puisse paraître étrange aux personnes qui ne sont pas familières avec les termes techniques de la logique , d'entendre dire qu'un nombre d'arguments pris en eux-mêmes peuvent être mauvais, lorsqu'ils forment néanmoins un ensemble des plus concluants , comme membres unis d'un argument, cependant le sens commun et l'expérience de la manière dont on arrive à convaincre les criminels dans nos cours de justice, font sûrement ressortir Tabsur-
dite qu'il y aurait à dire que l'union et le concours d'un, certain nombre de probabili» tés morales pesant sur une personne, en un certain temps et lieu , forment une preuve plus sûre de culpabilité qu'un témoignage plus simple et plus direct. Un profond ignorant ou un raisonneur très-inconséquent pourrait seul trouver paradoxal l'avocat qui prétendrait être beaucoup plus satisfait d'une conviction reposant sur une évidence tiréedes circonstances, que d'un verdict rendu sur le serment prêté directement par une masse de témoins, par la simple raison que ce genre de preuves se trouve plus à l'abri de l'artifice des hommes. L'argument cumulatif est la méthode légale favorite de recueillir des preuves , parce qu'elle fournit une satisfaction particulière aux esprits honnêtes, qui ne se livrent pas à une inves* tigation comme à Une simple constatation de preuves pour arriver à une conviction arrêtée d'avance. C'est ce fameux argument cumulatif qui , dans les célèbres Discours sur le Romanhmef publiés il y a quelques
années, a été sinon enûèrement, au moins presque tout à fait laissé de côté. L'argument tiré de l'histoire , tel qu'il est employé dans ces discours, est concluant quant à certaines objections anglicanes en détail ; mais il laisse l'argument cumulatif tel qu'il le trouve. En fait , la tliéorie anglicane trouve Thisloire intraitable, excepté in disjectîs membris. Si vous arrivez à montrer , ainsi que vous pensez pouvoir le faire , qu'à telle époque l'Eglise catholique se trouvait dans la malheureuse catégorie que je nomme A, à telle autre , dans la malheureuse catégorie que je nomme B, puis dans la malheureuse catégorie C; et de plus, quand vous pourriez démontrer qu'à telle ou telle époque (j'accorde ceci uniquement pour faciliter l'argumentation) l'Eglise catholique, dans ses malheurs successifs , a vu s'accumuler contre elle tous les désavantages de la position anglicane, il ne nous resterait pas moins à prouver qu'elle a eu à lutter contre tous à la fois, A moins que vous ne me montriez que ce cumulus de dif-
ficultés désolantes qui , de votre aveu , pèse inaintenant si lourdement sur rétablissement protestant, a aussi pesé sur l'Eglise catholique et en niéiiie temps; à moins, dis-je , que vous ne me montriez cela, vous n'établissez absolument rien qui ressemble à un parallèle consolant pour vous, entre le protestantisme anglais et une époque quelconque de l'Eglise catholique. Quand vous aurez complété la tache herculéenne de rechercher et de résoudre en détail les difficultés anglicanes, vous aurez à entreprendre une tâche plus pénible encore, celle de réfuter Targument dans son ensemble (in cumulo). Il ne me paraît pas que vous ayez donné assez d'attention à ce point, et j'avoue que quand je l'examinai, il me parut pouvoir seconder puissamment la solution de la question.
2® Vous dites que ces difficultés sont des épreuves envoyées de Dieu pour le raffermissement de votre foi , et que l'impatience de s'en débarrasser serait une impatience coupable. Ij.e^t vrai que , dans un
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sens , toutes les difticnltés sont des épreuves qui viennent de Dieu. Il en est néanmoins qui sont la conséquence de nos péchés et de ceux de nos ancêtres; nous devons les endurer avec patience, et cependant nous en tirer avec diligence , s'il est possible, parce qu'elles mettent notre âme en péril. Quand vous parlez des épreuves (le Dieu, il faut nécessairement établir des distinctions. Si vous me le permettez , j'ajouterai que dans ces derniers temps, tout récemment, les anglicans ont étrangement abusé du saint nom de Dieu pour glisser sur les arguments et se débarrasser des objections , en tout attribuant au Très-Haut , en appelant leurs difficultés providentielles, en leur assignant une mission divine , en expliquant leur signification dans les conseils impénétrables de Dieu, en fuyant les preuves, et s'écriant comme des inspirés : i Un mystère! un mystère ! » ce qui ne laisse pas que de raisonner d'une manière assez profane. De fait, le protestantisme paraît toujours profane quand il essaie d'être respectueux,
car alors il n'est qu'une grossière caricature, ou, pour mieux dire, une disgracieuse servitude. On ne peut jeter les yeux sur aucune production des partisans de la Haute- Église, sans être choqué de la manière dont le saint nom de Dieu est jeté à tort et à travers avec un semblant orgueilleux de respect, comme si c'était un simple instrument de logique. Cette manière de procéder est un phénomène, entre tous les nombreux et différents raisonnements auxquels les higk chitrchmen ont recours, et elle est aussi malheureuse qu'ariificieuse. Mais je voudrais que vous considérassiez si cette manière de voir, dans les embarras de votre église, des épreuves, qu'il est de votre devoir de souffrir avec patience, n'est pas en opposition avec toute idée d'une église visible.
Dans la religion , si Tobscurité est faite pour nous éprouver , la lumière nous est donnée pour nous guider; Tune et l'autre ont leur but. L'Eglise visible, l'Epouse du Christ , le piUer et le fondement de la vé-
rite , la ville bâtie sur la colline , la lumière placée sur le cliao délier, est-elle l'obscurité de la religion ou sa lumière? Nous devons avoir des doutes et des inquiétudes ; mais sûrement TEglise doit être notre force pour les supporter, et tarir la source d'où ces doutes et ces inquiétudes émanent. Nous devons porter notre croix ; mais qui nous préparera à une épreuve si terrible, si notre Église doit être notre croix? et cependant vous reconnaissez que votre église est une véritable croix : votre lumière devient donc obscurité. Hélas! pourquoi en est-il ainsi? Vous me répondrez peut-être : Ce n'est pas tant que l'église soit devenue ténèbres ; mais c'est que mes péchés m'empêchent d'apercevoir la lumière de l'Eglise.
Certainement quelque chose vous aveugle, car sans cela vous distingueriez les attraits célestes de l'Epouse de votre Sauveur , là seulement oii ils brillent dans leur douce majesté. Un catholique vous dirait que l'Eglise n'est pour personne plus manifeste , qu'elle n'a pour personne un regard
plein d'une plus tendre pitié que pour le pécheur. Un catholique serait en vérité blessé de l'injure faite à son Dieu par une tliéorie qui nierait à l'Eglise sa fonction principale , en enseignant que le refuge du pécheur n'est plus pour lui un lieu de sûreté, parce qu'il peut arriver que les pécheurs et les âmes vraiment pénitentes ne puissent plus voir l'Eglise , ou ne puissent plus dire avec certitude quand ils la voient. Assurément, toute cette théorie est inventée dans un but déterminé , et ce but n'est ni de consoler les pécheurs, ni d'encourager et de guider les pénitents sincères. Ce n'est pas une preuve de la communion des saints, car elle détruit l'essence même d'une église visible , et elle renferme les plus folles extravagances du puritanisme. Si ce n'était une profanation que de discuter sur des expressions si solennelles, il ne serait pas difficile de rétorquer l'argument tiré de la Providence. Comme il est probable que chaque converti sent qu'il a agi bien moins par sa propre impulsion que par
une volonté supérieure à la sienne , il peut qualifier de providentiel son éloignement presque forcé de l'anglicanisme, à aussi juste litre que vous votre séjour volontaire dans cette communion. Oh ! triste preuve du besoin des sauvegardes catholiques pour conserver le véritable respect des choses saintes î Ce qui semblait autrefois une protestation imposante contre l'insouciance des autres protestants, dégénèremaintenantenune habitude folle et téméraire de commenter les desseins secrets de la Providence, de fixer, de choisir, de combiner, de désigner les voies que prendra le Saint-Esprit et celles qu'il s'abstiendra de suivre. Ainsi que les fanatiques sectaires de George Fox , vous abandonnez les enseignements et les garanties de la parole écrite (sans rien dire de celles de la tradition, ce guide ferme et éclairé), pour une lumière surnaturelle et irrégulière que vous avez d'abord imaginée comme une hypothèse, pour vous rendre compte d'un fait, comme une simple déviation de la version simple ot ordinaire que le christia-
nisme donne de ce fait , et puis vous vous aventurez à soutenir que Dieu vous a donne cette lumière! Que Ton parle de l'Eucharistie ou du trône médiateur de la Vierge , et vous vous éloignez avec une révérence que je dois appeler affectée , de la manière catholique de systématiser la doctrine , et cependant vous vous jetez tête baissée dans le système protestant sur la Providence ; vous rejetez avec un entêtement froid et aveugle ce que vous avez d'abord adopté éperdumentj comme tm sombre nuage qui voilait à vos yeux la chaire de saint Pierre. 3** Vous dites encore que vous n'avez pas essayé tous les moyens de grâce fournis par votre position actuelle, et que vous seriez coupable de l'abandonner avant d'avoir fait cette épreuve. Ce qui me frappe tout d'abord comme vicieux dans cet argument , c'est qu'il peut être également présenté par un juif, un mahométan ou un idolâtre. Aucun infidèle qui, par l'inspiration de l'Esprit saint, a obéi à l'impulsion de sa conscience, au milieu des ténèbres qui l'en-
veloppaieat, n'a fait tout ce qu'il aurait pu faire, même dans sa position désavantageuse. L'unité de Dieu implique beaucoup plus que le meilleur mahoniétan ne peut faire ; les réunions de méthodistes offrent des occasions de s'humilier, de recevoir des conseils affectueux , des avis spirituels que Ton ne trouve ni toujours ni souvent dans rétablissement, et cependant le meilleur des méthodistes n'en fait pas toujours un plein usage. De sorte que, diaprés votre théorie, il serait immoral de la part du curé anglican de la paroisse de presser le méthodiste d'entrer dans rétablissement. Le bon méthodiste sait aussi peu que vous-même qu'il est en état de schisme, et vous êtes cependant tous deux dans ce cas. Je suis même très-tenté de mettre en question si un méthodiste a sur sa position des doutes aussi forts que ceux que vous avez sur la vôtre. D'après votre principe, il serait impossible que quelqu'un se convertît jamais de Terreur à la vérité ; car on conçoit difficilement dans le monde une position erronée, dans
laquelle il n'y ait pas plus de lumières morales qu'un homme n'en peut utiliser. De sorte que je ne puis réellement pas admettre la force de votre raisonnement. Les saints nous disent, aussi bien que le vieux proverbe , que pour atteindre une certaine hauteur il faut viser beaucoup plus haut, et de même, pour utiliser pleinement les petits moyens de grâce offerts dans votre position , il peut vous être nécessaire de posséder les grâces plus nombreuses et d'un ordre plus élevé que vous offre l'Eglise catholique. Peut-être ne pouvez-vous plus utiliser actuellement ce que vous aviez conservé à répoque de la Réforme , parce que vous avez besoin de ce que vous avez rejeté alors.
Mais supposez qu'il soit de votre devoir de vous servir de tous les moyens qui sont à votre disposition , ce qui , vous m'y faites songer, diffère essentiellement de se soutenir par eux. Supposez que vous alliez à confesse, quand vous aurez trouvé un mimistre prêt à entendre votre confession, ou
qui vous paraîtra mériter votre confiance. Supposez que vous puissiez arriver auprès d'un de ces ministres; mais sur un millier de gens de la classe pauvre, neuf cent quatre-vingt-dix-neuf seront obligés de faire du mieux qu'ils pourront sans confession. Supposez que vous ayez une foi entière dans l'absolution, dont la validité est niée par les trois quarts de la chrétienté , ainsi que par réglise grecque scliismalique, votre favorite, par toutes les sectes protestantes Lors de l'établissement anglican , et certainement par plus des trois quarts des membres du clergé et des laïques de cette église. Supposez que cela forme seulement une des nombreuses difficultés que vous avez résolues, vous sentez, comme assurément vous le sentirez par la grâce de Dieu, les merveilleux avantages moraux de la confession fréquente, et son effet salutaire sur votre caractère et les dispositions de votre esprit ; mais comment soutenez -vous votre vie spirituelle? Est-ce comme chrétien particulier, à l'aide des moyens oft'erts par votre église, à
laide iruii ensoi«»aeineiit autoiisé pai elle, lie pratiques ascétiques qu'elle reconiuunde et qu'elle laisse à la discrétion de votre confesseur ? Non , en ce qui vous regarde, la vie spirituelle est en partie (je dis en partie ;, parce que les non-réalités de Fecclésiologie n'ont pas grand pouvoir sur vous) dans les émotions agréables causées par les ornements du culte dans une paroisse où le peuple ne croit ni au sacrifice nia la présence réelle, et ce qui est plus encore , dans lalecture de la vie de saints catholiques, dans des traductions d'écrivains spirituels même jésuites; vous la trouvez en adaptant à vos offices des cérémonies catholiques (pourquoi adapter si vous t'tes catholique et dans l'Eglise catholique?). Vous soutenez votre vie spirituelle par des dévotions particulières tout à fait romaines, lelles que celle du sacré cœur de Jésus, dont le nom seul blesse les protestants, qui rejettent implicitrmentou explicitement toute la doctrine de l'Incarnation, et qui s'éloignent avec horreur de pareillesdévotions ; par Tinvocation secrète des saints, on, quand on est
' moins courageux, par un timide et scrupuleux oret qui, ace que l'on suppose, fait évi-» ter le coupable ora. Ce sont là les moyens privés dont vous usez pour grandir en grâce, et si vous avez, mon cher ami , des scrupules de quitter l'établissement anglican , avant d'avoir essayé tous ses moyens de grâce, ne devriez-vous pas avoir des scrupules de recourir à des dévotions secrètes , à des pratiques ascétiques qui ne peuvent être enseignées ouvertement, et qui sont étrangères à l'esprit de votre communion? Ne vivez- vous pas à la fois en anglican et en catholique romain ? ne mélezvous pas deux religions ? Accordez-vous à la religion que vous professez le droit de vous gouverner comme vous devriez le faire?
Ne choisissez- vous pas vous-même votre propre pape, votre propre évêque , votre directeur spirituel ? N'êtes-vous pas plutôt éclectique que catholique? En un mot, ne regardez-vous pas toutes ces choses comme au-dessous de vous, comme soumises aux opérations et aux dissections de vos goûis
éclectiques? Or, n'est-ce pas là du protestantisme pur? De fait, il n'y a pas d'ultraprotestantisme; tout le protestantisme est également ultra, et l'exercice du jugement privé n'est jamais poussé aussi loin que par ceux mêmes qui se vantent si haut de le rejeter. Vous direz c'est là le langage d'un renégat ; soit. Je ne tiens pas à repousser cette épitlîète ; mais je vous demanderai : cela estil vrai? Soyez sûr que lorsqu'une crise remue une société religieuse aussi violemment que la nôtre, tous vos efforts pour réparer votre vêtement spirituel avec des lambeaux de pourpre enlevés à la dévotion romaine, rendront votre position pire. Je veux dire que si vous n'êtes pas vite catholique, vous serez bientôtVationaliste» Si vous êtes franc, en disant que vous ne pouvez abandonner rétablissement anglican , avant d'avoir essayé de tous les moyens de grâce qu'il vous offre, le même sentiment de délicatesse exi- 'v;-^ g^> J6 crois, que vous vous en teniez simple- ^i^^^^J'^^y respectueusement et patiemment aux
l i ^^f<;wyens de grâce qu'il vousoffre, et que vous
ne contractiez pas de dettes envers Rome.
Comme tous les autres systèmes faux, quand un cas extrême se présente , le traclarîanisme est poussé dans deux voies opposées contre lesquelles il lutte vainement, et néanmoins, pour être conséquent avec lui-même , il lui faut avancer ou reculer. Un écrivain éminent , ministre d'une paroisse , a exprimé la plus vive indignation touchant l'aveu d'un de ses amis disant que les prières romaines avaient retiré un de ses frères de l'église anglicane. L'inflexible fidélité de son austère anglicanisme , lui fit comprendre qu'il ne peut y avoir de scission légitime entre une branche de l'Eglise et une autre qui n'est pas en communication avec elle ; c'est un schisme, on toutes les prétentions romaines sont vraies.
Quant à vous, mon ami , vous vous refusez à nous appeler schismatiques, et cependant vous ne voulez pas admettre la seconde partie de Talternative. Ainsi il est indubitable que quelque chose détache les personnes de vous d'une manière qui n'a
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pas d exemple depuis la lélornic. L'œuvre; est si variée et s'opère de telle sorte , qu'il est impossible d'en donner l'explication en lui assignant une cause ordinaire. Ce sera donc ou 1 œuvre du Saint-Esprit ou celle du démon. Les anglicans conséquents, qui ne gardent aucune mesure et ne s'arrêtent devant aucun anathème, adoptent tout naturellement la dernière opinion. Pour vous, vous repoussez cette conclusion peu amicale, et néanmoins vous ne voulez pas voir dans cette œuvre la main de Dieu , ni vous humilier devant elle. Il n'y a pourtant pas de milieu. Tournez-vous du côté qui vous plaira, vous devez arriver ou à l'Eglise romaine ou à un protestantisme sans déguisement. Une pression s'exerce sur votre parti , qui doit le diviser, en forçant les uns à avancer, et les autres à reculer. L'atmosphère est devenue telle, que ces gentilles et pieuses inconséquences ne pourront plus vivre et respirer à l'aise. Vous sentez, à votre place et dans la mesure qui vous appartient, la pression qui s'exerce sur le protestantisme dans
le inonde entier. Rome et rincrédulité sont deux tourbillons autour desquels et vers lesquels tous les autres modes d'opinion convergent visiblement en cercles plus ou moins rapides. C'est un spectacle effrayant pour celui qui a quelque souci de son prochain. Il est sans doute très-naturel de dire que des arguments qui paraissent faibles, outrés et tirés par les cheveux , peuvent cependant être très-justes , quand ils sont donnés comme motifs, non d'abandonner, mais de rester dans Téglise où la Providence vous a placé. Vous parlez avec une forte présomption de votre côté. Le cours extérieur des choses, qui ne fut pas votre œuvre et que vous ne gouvernez pas, est pour vous. Vous partez de là comme de votre point d'appui; cette présomption vous fournit, si je puis parler ainsi, un secours continuel pour fortifier des arguments que vous avouez n'être en grande partie ni concluants ni naturels. Ils deviennent naturels, parce qu'ils vous aident à défendre votre position actuelle. Tout cela est fort beau jusfiuà un certain
point. Mais quand vous dites que vous n avez d'aulres devoirs à remplir que ceux imposés par votre position actuelle, votre prétention devient déraisonnable , et peut tomber dans l'absurdité. Ici comme ailleurs , vos arguments sont également au service d'un brahme ou d'un mahométan; ils se réduisent à défendre le principe d'une religion héréditaire, non au profit de son influence légitime , mais pour la destruction de tous les principes , quels qu'ils soient.
Vous ne sauriez nier que vous avez des devoirs envers la vérité, et ces devoirs impliquent nécessairement au moins l'examen attentif de ce qui prétend être la vérité, examen plus ou moins approfondi , plus ou moins long, suivant vos affaires dans la vie. De plus , vos devoirs envers votre position présente impliquent un examen rapide et consciencieux des autres positions, toutes les fois que les circonstances extérieures del'E- (;liscou<lu monde, et non la simple curiosité de votre intelli[]tnce, appellent votre atten-
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tionsui ces positions. Dans votre cas, dire que vous n'avez pas de devoirs à remplir envers Home, et que vous n'êtes pas obligé de y)cser mûrement les raisons qui vous séparent d'elle, ce serait tenir le langage d'un esprit irrité et impatient de l'obscurité qui borne ses propres vues. Je n'exagère pas l'importance des événements récents, en disant qu'ils imposent en conscience à tout liigk' cliurchman Tobligation d'examiner les raisons objectives etsubslantives qui le retiennent où il est. Peu importe qu'il examine les raisons qui l'attachent à la communion anglicane, ou celles qui le tiennent séparé de rÉglise de Rome ; son devoir est de se rendre compte de ces raisons , et quoique , historiquement parlant, il soit plus sage de commencer par examiner les dernières , je préférerais qu'il débutât par les premières, parce qu'alors il verrait d'abord la vérité, et l'investigation serait plus tôt terminée. Un tel examen des premiers principes est pai lui-même, non pas seulement un travail oiseux deriiitellij^enLC, niais, dans Tacccplion
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la plus solennelle du mot, un devoir de conscience. Car les circonstances extérieures l'imposent à Thomme comme une question purement pratique, la plus importante qu*il ait à résoudre dans la vie. Comment pouvezvous dire que vous n'avez aucun devoir à remplir envers Rome? Votre ancienne et active hostilité contre elle ne vous imposet-elle pas aujourd'hui des devoirs? Vous vivez dans les livres romains, dans les pratiques romaines de dévotion, dans les usages ascétiques; vous lui faites des emprunts que votre communion regarde comme illicites, et votre conduite timide semble faire naître le soupçon que vous n'agissez pas avec une entière franchise I Pendant ce temps , vous jouissez du bienêtre , de la tranquillité , des richesses , du respect, qui entourent l'établissement; vous unissez les biens temporels du protestantisme reconnu, aux biens spirituels du catholicisme repoussé, et cependant vous n'avez aucun devoir envers Rome! Je ne plaisante pas lorsque je vous prie de soumettre cette
question à Tévêque protestant de votre diocèse, et de vous en tenir à sa réponse.
4. Ici vous abandonnez subitement votre terrain pour prendre une nouvelle position. Vous vous tournez à droite, puis à gauche , de sorte qu'il est difficile de savoir de quel côté il faut vous attendre. Quelques personnes se plaignent de la diversité des chemins qui mènent à Rome , comme si cette diversité même était une bonne raison de rester en arrière ; tandis que d'autres plus réfléchies regardent cette diversité comme un caractère important de la divinité des droits de Rome. Non-seulement les membres de votre petit parti diffèrent entre eux, mais vous êtes continuellement en contradiction avec vous-même. On pourrait laisser vos raisonnements se détruire les uns les autres, et votre protestantisme devenir une négation plus forte que jamais, s'il ne valait pas mieux que la verge d'Aaron se changeât en serpent et ne les dévorât, dans votre propre intérêt, avant qu il& aient eu le tempa ùe se dctiuirc ré-
cipioquement. Vous me dites maintenant que vous êtes écrasé par les grandeurs de l'Eglise ,f que vous reconnaissez la sainteté supérieure de son système ; mais que plus vous approchez du moment d'entrer eu conununion avec elle, et plus vous sentez que vous êtes indigne de cette communion. Vous dites qu'une chose au moins vous paraît simple, c'est que, pour une personne aussi indigne et aussi inutile que vous , il n'est pas besoin de soupirer après les richesses spirituelles du système romain, et de laisser l'église où la providence de Dieu vous a placé. En ce qui touche l'argument de la Providence , si vous ne consentez pas à en faire l'application aux juifs et aux mahométans, puisqu'ils ne sont pas chrétiens, il est au moins applicable aux méthodistes , aux baptistes , aux trembleurs et autres. J'admets pleinement qu'il y a une grande force dans le principe plaidant en faveur de la religion liérédiluire ;u\?às ce n'est pas le seul principe que l'on puiîjse invoquer pour décider unequcb-
lion de cette importance. Je ne puis ni'enipêcher de faire ici une observation qui s'applique aussi bien à Tétendue exagérée donnée par quelques-uns à ce principe de relifiion héréditaire^ qu'à la fausse humilité de votre langage , lorsque vous parlez de votre indignité d'être admis dans la communion romaine : c'est qu'il n'y a rien inoins que de la sécurité pour les anglicans à tirer des principes d'action de la vie des saints de l'Eglise romaine. Ces principes étaient établis pour la conununion dans laquelle ces saints se sont formés ; ils étaient calculés pou r trouver leur sphère d'action au milieu de contre-poids et de sauvegardes que vous ne pouvez avoir. Leur action, pour être sûre, doit être constamment sous le contrôle de l'autorité. Ces principes étaient appropriés à un système tout à fait opposé au système anglican ; dans ce dernier, ils peuvent facilement devenir et ils seront souvent extravagants, à cause des combinaisons dont ils sont entourés.
Il en Cîit de mcmc dr> principc^> de h
théologie ascétique et du symbolisme de la décoration des églises. Quoi de plus instructif et de plus touchant, que ce symbolisme de rÈglisc catholique, et quoi de plus faux que cette ecclésiologie ergoteuse de l'église protestante, quand elle est ostensiblement séparée de la doctrine ? Ce qui est saint et élevé dans la première peut , dans une secte , devenir dangereux , immoral et avilissant , ou , comme dans Tecclésiologie , purement puéril. C'est riiumilité , pensez-vous , qui vous fait dire que vous n'êtes pas digne d'entrer dans la communion catholique; mais ce langage est tellement présomptueux , qu^il ne faut pas vous étonner que les catholiques le regardent comme une tentation du démon.
Dans votre position, vous soumettre à l'Eghse n'est pas une petite humiliation. \ous abandonnez, en effet, une position qui vous donne de l'influence sur les autres. On croira que vos facultés mentales se sont aftaibhcb ; voub vous mettez danb le ca^
humiliant d'un homme qui rétracte beaucoup de choses qu'il soutenait jadis} l'on vous appelle renégat, et Ton vous donne d'autres noms semblables. Par le fait de votre conversion, vous devenez une nullité, et ceci oflre un avantage si inunense pour votre avancement spirituel, que le mahn esprit le craint par-dessus tout. Vous vous êtes emparé d'une position , et quand vous dites que vous êtes indigne de descendre des hauteurs où vous vous êtes isolé , quelque vraie, quelque juste que cette opinion puisse être dans d'autres cas , ce n'est certes pas ici un acte de la vertu d'humilité.
Quand les catholiques essaient de vous convertir, ce n'est pas un appel flatteur qu'ils vous adressent ; ils vous regardent comme un voyageur égaré qui est entraîné toujours davantage hors de la bonne route par un orgueil secret dont vous avez à peine conscience. Ils ne vous demandent ni d*adopter certaines vues théologiques que leur instruction les rend aptes à recevoir, ni de VUU5 joindre k eux , comme 5i votre
adhésion à leur communion était utile à tout autre qu'à vous-même , ni enfin comme si Ton allait entreprendre un grand ouvrage auquel on vous invitât honorablement à prendre part. Ils vous appellent à eux comme ils s'adressent au pauvre apprenti de Birmingham , eu lui disant de sauver son âme, de passer de l'erreur à la vérité , des ténèbres à la lumière, de se réconcilier avec Dieu , de faire la paix avec TEglise qu'il a offensée , de solliciter à genoux son pardon, et d'être relevé de son excommunication. C'est un appel d'amour ; il n'a rien qui ressemble à un appel de flatterie : voilà l'humiliation dont vous vous reconnaissez indigne. Hélas ! qui est donc digne d'être lavé dans le précieux sang ? qui donc mérite la grâce indicible du salut? Estce par hninilité que vous rejetez ces dons? est-ce de l'humilité que de repousser l'offre gracieuse de celui qui s'offre à tous , et de prétendre que cette offre ne devrait jamais vous être faite , ou que vous ne devriez jamais l'accepter, à cause de votre indignité ,
c'est-à-diie par le besoin iiiéine que vous en avez? Un catholique ne vous demande pas de quitter une branche de l'Eglise pour entrer dans une autre ; mais il vous appelle parce que vous êtes hors de l'Eglise ; il veut vous retirer d'un état de schisme et d'une hérésie se développant chaque jour; il veut vous voir entrer pénitent dans le seul vrai bercail de Jésus-Christ. Je dois vous demander de quand date cette théorie des branches de TEglise , car c'est un langage qui sonne étrangement aux oreilles? Est-ce que toutes les églises sont des églises-branchcs? Y a-t-il une église-(ro?îc ? S'il en existe une , quelle est-elle? Si c'est l'Eglise romaine, une branche coupée , solennellement tranchée par la cognée de l'excommunication , n'a pas à se vanter beaucoup de ce qu'elle a formé jadis partie de l'arbre. Je dois insister aussi sur ce point que , lorsque les anglicans parlent d' église-branche , ils sont obligés d'ajouter — ce qui est la partie distinctive de leur théorie — cette fatale épithcte de noa-vommunicalhuj , c'est-d-dirc qui u'cbt
pas en communication avec les autres. Pour montrer de quelle manière cette même question peut se présenter à un autre esprit, je vais citer, avec permission, le passage suivant d'une lettre d'un de mes amis à un ministre anglican qui avait des doutes : c Quant à votre théorie d'églises-branches , si ce n'est pas une pure illusion , il doit, comme le dit F"^"^"^, y avoir quelque part une église-tronc. Ou vous supposez que les branches croissent sur un tronc invisible , et alors votre exemple est absurde, puisque vous dites des branches de l'église visible et le tronc de l'église invisible ; ou autrement il ne peut y avoir de branches que celles de la seule Eglise visible. Il est superflu de dire dans cette circonstance : les analogies ne doivent pas être poussées trop loin ; car les analogies sont souvent notre seul moyen de représenter la vérité , et alors ce qui leur répond plus exactement est la réalité. Ainsi le soleil produit là lumière et par elle la chaleur ; aussi estil donné comme le type de la Trinité. Maitj,
supposant ce type autorisé, qui, dans ce monde , songerait à dire que la doctrine de la divinité des trois personnes n'y répoiid pas mieux que la théorie macédonienne prétendant que le Père et le Fils sont Dieu, mais que le Saint-Esprit ne l'est pas ? La vraie doctrine est celle qui sert de clef aux types , et qui répond à toutes leurs applications. De la même manière, la doctrine romaine de rÉgUse est une clef à l'analogie d'un arbre et de ses branches , tandis que votre théorie des églises-branches n'a pas cette qualité. Les catholiques d'Angleterre sont une branche du tronc visible qui est à Rome; mais les anglicans forment une branche d'un tronc invisible , qui n'est pas la contre-partie d'un tronc visible , mais une pure création de leur imagination , création qui ne nous est garantie ni par l'Écriture , ni par la tradition. » Non ! Tout ce bruit d'humilité n'est que l'écho de l'orgueil, et cet éloge poétique de la majesté de l'Église romaine n'est pas plus agréable à des oreilkb catholique? ^ qu'a lcUc^j de vob
lièies cvan{^éliqiies et dissidents ! Laissez aux impies de rAlleniagne le soin de faire Tapologie de l'église du moyen âge : les esprits du mal portent malgré eux témoignage à Celui dont l'Eglise est la fiancée, et ils reconnaissent la présence de son Apôtre. L'Eglise catholique ne demande pas, ne désire pas, et même repousse loin d'elle, votre tribut de paroles pompeuses ; elle vous demande une seule chose : l'aumône de votre pauvre âme qui périt.
5. Mais vous n'avez pas encore entièrement épuisé vos arguments tirés de l'humilité. Ne pensez pas, je vous prie, que je dise ceci dans un esprit de sarcasme et de dédain. Je me regarderais comme très-coupable de traiter avec légèreté l'humilité réelle d'un esprit plongé dans les perplexités du doute. Mais vous devez aussi me permettre de vous rappeler qu'il n*est pas de vertu que le diable ne contrefasse plus fréquemment et avec plus de succès que l'humilité, et il n'est pas de vertu dont les conlrefaroui» soient plus pernicieuses. De^
personnes de tous les partis ont remarqué un orgueil secret dans la conduite de ceux qui occupent en ce moment votre position, position qui a été en grande mesure la mienne, quoique pas entièrement, il y a peu de temps. Quelques-uns des arguments mis en avant par les anglo-catholiques veulent implicitement qu'on se pose en juge des autres et même de toutes les églises, et la plupart impliquent le droit d'examiner pour soi-même, avec sa propre intelligence, toute la croyance d'une église, soit dans rÉcriture, soit dans les Pères , prétention qui va très-bien aux évangéliques et aux dissidents , mais qui est d'une inconséquence ridicule chez un hujh-churchman , En vérité , l'austère protestantisme de la haute-église devient partout et chaque jour plus apparent et plus saisissable. Quand les croyances d'un homme placent continuellement sur sa langue des formules d'humilité , et qu'on le voit avancer avec une opiniâtreté calme et non suspecte les prétentions les plus ar rogan tes et des arguments !5Ui
lesquels il n a pas (comiuo les catholiques) sa propre éfjlise avec lui, mais bien contre lui, on doit mettre en suspicion la prétendue hrunilité d'où tout ceci émane. Je ne parle ni des hommes comme M. Bennett, qui est un bon, un honnête, un franc donatiste; ni comme M. Palmer, du collège de Worcester, qui a sur du papier une église qu'il appelle l'église anglaise; c'est l'église modèle de la chrétienté, et nous devons tous nous former ou nous réformer d'après elle. En laissant de côté l'histoire, cette façon d'agir est parfaitement intelligible. Comme une théorie intellectuelle est un excellenl réservoir, et que l'arrogance de ses prétentions découle logiquement de ses prémisses, il arrive que c'est la théorie qui est fière, et non ses .logiques champions. Le tractnrianïsme vaut beaucoup mieux que cet austère anglicanisme , parce qu'il a en lui un instinct plus prononcé de dévotion ; mais il est aussi , à cause mcmede cet instinct, beaucoup moins conséquent et plus facile à séduire: il tombera plus aisément
dans des illusions spiriiaclles. Je n'ai pas encore signalé la grande raison que vous invoquez pour rester dans la communion anglicane, en disant que vous, croyez plus sûr et plus humble d'attendre jusqu'à ce qu'un tel et un tel (vous nommez trois personnes) entrent dans l'Église romaine. Observez maintenant, mon ami,, que vous avancez ceci comme un motif de rester dans la communion anglicane : rien moins que cela. Est-ce que ce peut être pour un chrétien catholique une manière d'être en communion avec son église? Si ce n'est pas là cet homme condamné par Notre-Seigneur, et qui est le type de l'esprit anti-catholique , je ne sais pas à qui ces paroles peuvent s'appliquer. Quels que puissent être les desseins de Dieu sur les hommes que vous nommez, il ne nous appartient pas de sonder ces desseins. Il serait présomptueux et contraire à la charité de vouloir dire s'ils sont retenus où ils sont pour le bien des autres, ou pour le châtiment du péché (théorie pénible qui a été
soutenue). D'où vient , si ce n'est de vousniêiue, le choix qui a élevé si arbitrairement ces hommes à une sorte de pontificat sur votre propre jugement, de telle sorte que toute votre responsabilité personnelle, toutes vos obligations envers Dieu , résident dans votre soumission à l'autorité non ofticielle de trois hommes qui ne sont pas d'accord entre eux et qui, depuis trois ans, ont, d'une manière plus ou moins manifeste , changé de terrain , et cela plusieurs fois? Qui donc , si ce n'est vous-même, a choisi pour guides des hommes à demi proscrits par les chefs spirituels de la communion à laquelle vous appartenez, et que plus de la moitié des ecclésiastiques, leurs amis, désireraient voir s'éloigner d'eux? C'est sûrement là du protestantisme le plus pur, et ce n'est certainement pas la forme la plus humble de cette hérésie qui se montre sous des aspects si variés. Ce peut être un motif pour que vous restiez en communion avec vos propres idées et avec les autorités de votre choix ; mais
ie, n'est pas un molli de lestei' en communion avec rétablissement anglican. S*il existe une église cVAngletei i e ; si , en Tabsence d'une décision formelle et dogmatique, le sens commun peut arriver, dans les choses pratiques , à connaître l'opinion de cette église à l'aide des exhortations (charges) des évêques, de l'intervention des archidiacres , du soulèvement des laïques ^ des décisions de corps académiques, des jugements obligatoires et non attaqués des cours épiscopales, de l'impatience hautement exprimée du sentiment public, je vous demanderai : pensez-vous que les deux convocations (réunions du clergé) de Can loi béry etd*York, vousautorisassentà resteren communion avec elles, en alléguant comme raison la présence dans l'établissement des personnes que vous nommez ? Ne pensezvous pas, au contraire, que vos modèles seraient eux-mêmes proscrits et condamnés au silence par l'autorité publique de ces convocations? Vous répondrez sans doute à cela qu'il est providentiel que les convocations ne
se vcMinissent pas. Ilélas! nous recourons encore ici à une intervention sacrée. Mais oubliez-vous que les châtiments sont providentiels , que le malheur dont une ville est frappée est aussi providentiel? ou bien prétendez-vous que votre propre interprétation de la Providence doive dominer, comme {>uide de conduite , tous les principes de la théologie morale, de la prudence et les règles de l'Ecriture - Sainte? Nous rencontrons encore ici cet élément de protestantisme qui se mêle si étrangement à vos doctrines de liigh-churcliman. Laissez-moi vous poser un exemple. Un auteur révéré (que je m'abstiens de nommer et auquel je fais allusion avec affection et gratitude) a revendiqué pour lui et ses amis le droit de ne rien dire contre les doctrines romaines , et de rester en suspens pour ce qui les touche. Ce fut là une sorte de condition à laquelle il resta dans la communion anglicane. A cette prétention , le journal le Re^ cord répondait avec beaucoup de justesse que cet auteur se plaçait sur un terrain
qu'un jeune honnuo , désireux d'entiei dans les ordres, ne saurait occuper ; car il n'est pas un évèque dans rétablissement qui voulût l'ordonner en sachant qu'il fait de pareilles réserves. Est-ce que le motif que vous alléguez d'attendre jusqu'à ce que tel et tel se convertissent n'est pas aussi insoutenable et aussi illégitime? Vous citez, il est vrai, Aih^nase contra mundum , et ainsi les évêques protestants s'en vont aux quatre vents des cieux. Bien, mais est-ce là de rimmilité? Etes-vous sûr que vous et les vôtres, mis ensemble, pesez un Atbanase?Avez-vousla confiance qu'A thauase se serait trouvé avec vous dans cette circonstance? Je crains bien cjue nous ne le vissions aujourd'hui avec une chasuble papiste sur les épaules plutôt qu'avec la robe universitaire d'Oxford ou de Cambridge,
Pouvez-vous penser que cette raison soit bien humble ? A ons croyez peut-être encore» qu'elle vous met en ton le sûreté ; mais faites en l'application à un impie, ou, ce qui esi moins frappant, a un pieux dissident, Si ce
inotil vous ollrc quelque sécurité, un dissident a tort d'entrer dans rétablissement anglican, et votre droit de le presser peut trèsbien être mis en question. Plus un homme devient humble, et plus il doit apercevoir le mérite des autres et ses propres imperfections; de telle sorte qu'il approche constamment de cette conviction habituelle des saints, qu'il est le plus grand des pécheurs. Chaque pas fait par le méthodiste, le trembleur ou l'indépendant dans la perfection morale et spirituelle, l'éloigné davantage
•de ce que vous considérez comme la vérité, c'est-à-dire de l'établissement protestant; car chaque jour il voit un plus grand noni' bre de personnes restant dans sa comnuinion et qui valent beaucoup mieux que lui. Par suite, il pense qu'il est plus sûr et plus humble pour lui d'attendre que ces personnes entrent dans l'établissement, avant de faire lui-même une démarche si grave.
Je ne vois pas pourquoi il ne rétorquerait pas l'argument du recteur de sa paroisse ,
aussi bien que vous celui du prctre catho-
liqiie vous invitant à abjurer votre hérésie et à vous réconcilier avec la sainte Église de Dieu. Vous avez , en outre , de la position du méthodiste une idée bien meilleure que le catholique n'a de la vôtre, et il a sur vous des avantages incontestables. D'abord, parce qu'il n'a aucun doute sur sa position; ensuite, parce qu'il est en paix avec sa propre communion , et non comme vous dans un état de demi-séparation. Vous aurez à rendre compte de votre âme, de votre conduite , de votre patience , de la faiblesse ou de la force de votre ignorance, ' de la manière dont vous aurez écouté la voix de Dieu, et pas du tout de la conduite de ceux que vous avez choisis pour guides. Puis ensuite, êtes-vous certain de vous trouver, relativement à la doctrine, sur le même terrain que les hommes que vous citez?
IV'ètes-vous pas sur certains points plus romain quils ne le sont? N'avez- vous pas déjà dans votre esprit abandonné quelques motifs de rester dans la communion anglicane, motifs qu'ils invoquent encore d'unu
manière inébranlable ? S'il en est ainsi , avezvous le droit d'avoir dans l'anglicanisme une confiance d'emprunt, c'est-à-dire d'user de la confiance de ces hommes comme de la vôtre propre, lorsqu'elle repose chez eux sur des bases que vous avez déjà renversées en vous? INier les prémisses d'un interlocuteur et jurer par ses conclusions, n'est pas d'une merveilleuse logique, à moins que vous n'ayez de meilleures prémisses à poser. Ne perdez pas cela de vue en examinant la question.
En quoi consiste l'humilité réelle dans le sujet particulier dont nous parlons? Elle consiste à obéir à la voix de Dieu, et non à lui indiquer les choses dignes de lui, à étouffer des doutes qui , après tout , sont des convictions, c'est-à-dire presque des convictions , telles du moins que vous pouvez les avoir en étant séparé de l'Eglise catholique et excommunié par elle , et non , dis-je , à étouffer des doutes, parce que des hommes qui ont des doutes plus faibles ou différents des vôtres, ont confiance dans leur posi-
lion. Si vous êtes inoins instiuU, moins saint que ceux dont vous invoquez l'appui, cela ne serait-il pas plus en harmonie, non avec la règle invariable de Dieu , mais avec la manière dont il procède ordinairement, et qui consiste à daigner le plus souvent appeler d'abord à lui les moins dignes. Si vous visez à l'humilité héroïque des saints (chose aussi périlleuse à essayer qu'impossible à obtenir, parce que vous êtes schismatique) , vous devriez sentir qu'un appel de la grâce est une preuve de votre indignité, et vous pénétrer plus profondément du sentiment de cette indignité. J'irai même jusqu'à dire que si la présence dans l'église protestante des quelques hommes de bien que vous citez, est réellement un motif pour vous de rester dans cette communion, alors les choses en sont arrivées au point que vous avez reçu un avertissement, avertissement aussi clair que vous pouvez vraisemblablement le recevoir, et plus précis que plusieurs d'entre nous qui étions daiib le schisme ne le méritontj.
J'ai oiilendu plusieurs d'euUc vous dcluander un appel intérieur, et dire qu'ils res' teraient anglicans jusqu'à ce qu'ils entendissent cette voix intérieure dans leur inne. Le manque de respect du puritanisme apparaît une fois de plus ! Quel sentiment avez-vous de votre propre indignité, quelle humilité que de demander un appel intérieur qui fait partie de l'héritage des saints? Dieu , il est sur, peut vous l'accorder; mais le réclamer, dire que vous l'attendez , est certainement une présomption. ]\on-seulement cette prétention d'un appel intérieur est irrespectueuse et orgueilleuse, mais elle est des plus inconséquentes. Vous qui vous réjouissez dans le mystère, dans la demi-lumière, qui préférez les obscurs sentiers de la Providence, interprétés par vous, aux plus simples injonctions de la casuistique ou aux marques extérieures de l'Eglise; vous qui , pour arriver là , renversez presque le système dogmatique, êtes certainement inconséquent, en attendant un appel intérieur ^m lequel on ne puitise ^3^: mrpicndrc. Do
puis peu, nous commençons, dites-vous, à apprendre combien le romanisme est profane et irrévérencieux; pourquoi cette méthode d'attaque nouvelle ou tout au moins fraîchement réitérée ? A cause, répond-on, de l'instinct de sa propre défense dans le protestantisme : la haute église, sous la direction d'esprits inquiétés d'une manière désolante, marche rapidement vers un absi^de système d'impiété mystique.
6. Ce que j'ai dit contre la prétention de rester dans la communion anglicane parce que certaines personnes y demeurent, dont l'exemple vivant vous invite à rester, s'applique avec une force encore plus grande à la prétention d'avoir un gage de la catholicité de votre église en ce qu'elle a produit jadis Laud et Andrewes. Laissant de côté la question de savoir si elle est la même église, quoiqu'elle conserve la même lettre morte de formulaires, je vois dans le fait que l'Eglise romaine a produit saint François de Sales, saint Philippe deNéri et saintCharles Borroméc depuis la réforme, un argument
plus fort j)oar entrer en communion avec elle que ne l'est le premier pour m'engagcr à en rester éloigné. Mais il est, relativement à Laud et à Andréwes, un point ou deux que vous me semblez ne pas avoir examiné. Tout d'abord 5 ces deux hommes étaient en position d'exercer l'autorité, et ils avaient , d'une manière temporaire et locale, la puissance de contenir et d'écarter les abus, développement naturel de l'anglicanisme, sur lequel vous n'avez aucun contrôle. Ils enseignaient sans recourir aux exhortations épiscopales qui portent à ces abus de si rudes coups dans les visites triennales ! Laud a même mené les choses avec une trèsgrande autorité, presque jusqu'au moment où arriva la catastrophe. Maintenant, comment les évêques eux-mêmes et la couronne avec eux, empêchent-ils l'oppression de cette angoisse dont vous avouez que les corruptions intraitables de cette église patronnée par l'Etat vous accablent , angoisse qui peut être un moyen d'amener votre esprit blessé à voir que si riïglisc calhoUque
est Tabii, la demeure, le port tranquille , la mère vigilante, la bienveillante discipline de ceux qui aiment Dieu , et qui seraient prêts à faire pénitence pour leurs péchés , la Babel où vous êtes à présent , avec ses divisions de langages, n'est pas VEglise ca^ tholique.
Secondement, le système anglican n'avait pas encore été mis à l'épreuve ; les doctrines de Hooker que vous êtes disposé à admettre n'étaient pas un développement, mais une déviation des principes de la réforme. Cranmer l'aurait brûlé pour son cinquième livre, la charte de l'angHcanisme. L'anglicanisme propre date de Hooker ; il eut sou berceau au ijiilieu des nombreux gibets élevés par Elisabeth ; il a grandi entre les mains des théologiens-Stuart, à l'ombre des prérogatives, tandis que le couteau tranchant de la chambre étoilée était suspendu sur la tête des sectaires turbulents. L'histoire de l'anglicanisme primitif est le contre-pied de celle du christianisme. 11 a grandi avec la faveur des grands ; la perse-
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