ED. G. BROWNE
ancien vicaire de Bawdsey en Suftolk, ET DU RÉVÉREND
CHARLES SEAGER, M. A.,
ex-assistant du docteur Pusey.
M. Ward , auteur du Modèle d'une église chrétienne, après avoir tenu tête à l'orage
» Ces lettres, publiées dans la première édition de l'ouvrage intitulé Conversion de soixante mhv'stres ancflh
que souleva Tappaiitlon de cet ouviap,e * , annonça à l'Angleterre, le 28 août 1845^ sa conversion à la foi catholique, apostolique et romaine. Il publia à cet effet La lettre suivante qu'il adressait à un de ses amis, et qu'il communiqua au journal V Oxford-Herald:
« Monsieur , il m'a toujours semblé qu'une personne qui publie un livre de théologie encourt, par là même, des obligations , dans le cas où certains actes de sa vie publique auraient l'apparence d'être en contradiction avec les opinions émises daiis cet ouvrage. L'auteur est obligé, je pense, de rendre, soit la rétractation de ses opinions, soit l'explication de ce qui paraît être une inconséquence , aussi publique que
cans , elc», ont élé retirées de la serondc cdiiion de ce livre pour être placées dans ce volume, cù elles trouvent naturellcinem leur place,
» On peut voir l'analyse de ce livre et le comple-iendu du procès fait à l'auteur dans la notice sur M. Ward , dans le nelit ouvra^je : Cotwey'sion de soixante minis(rt^< (nifjJ/cans, elr.
l'ouvrage original. C'est pour cette raison , et non pour occuper de moi le public, que, sur le point de me soumettre formellement à ce que je crois être la seule Eglise catholique, je viens vous demander la faveur de publier la lettre ci-jointe que j'ai écrite à un ami, et dont j'ai fait circuler, depuis une quinzaine de jours, des copies parmi mes connaissances. Je relèverai aussi , avec votre permission, quelques objections faites contre la démarche que je médite, sans entrer dans leur développement, mais simplement pour constater l'impression générale que ces objections ont produite sur mon esprit.
Rose-Uill, Oxford, 13 aoùl 184:>.
« Mon cher '^'^*, je vais réaliser le dessein dont je vous ai parlé dans ma dernière lettre, celui de rédiger les considérations qui m'ont déterminé à entrer dans la communion de l'Eglise catholique romaine, nonobstant quelques passages de V Idéal ^ qui semblent exprimer fortement l'inten-
tiOii contraîre. Quiconque prendra la peiuo de lire avec soin ce que j'ai dit à ce sujet, spécialement dans le dernier chapitre de mon livre, verra aisément que j'ai basé le (prétendu) devoir de rester dans TEglise anglicane sur deux circonstances principales. La première : qne rien ne saurait empêcher un membre de notre Eglise de recevoir toute la doctrine catholique ; la seconde : que toutes les personnes qui, doutant des titres de l'église anglicane, se sont décidées à mener dans sa communion une vie régulière, ont trouvé dans leur position vme confiance croissant tous les jours.
8 II est clair maintenant que ces deux circonstances ont cessé d'exister. Il n>st pas une personne sa( liant ce qui est généralement connu de tout le monde, qui ])uissr contester que la dernière se soit évanouie. Quant à la première, la chose n'est pas moins cei'taine. Si lesévèques, parlaiit avec autorité ex calliedra , sont les inter-prêtes fidèles du sentiment de l'église d'Aiif-'/lelorrej la question est décidée depuis
longtemps cou tic les ronianiseurs j)uséistes) ; si, au coiitiaiic, cotiiiue je l'ai toujours pensé, les cours ecclésiastiques remplissent cette fonction , les doctrines que je professe ont aussi été condamnées. Sans m'arrèter ici sur la décision prise contre M . Oakeley , dans l'affai re de Tautel de pierre , affaire qui a été discutée de part et d'autre avec tant de soins et jugée après de si longues délibérations, la doctrine de la messe a été expressément condamnée; or si cette doctrine n'est pas une des parties les plus essentielles et les plus vitales de la doctrine romaine, que ref>ardera-t-on comme tel?
Mais, dans Tallaire Oakeley, je dois, pour moi-même , regarder la décision comme définitive, quoique M. Oakeley ait refusé de se défendre , à moins que quelqu'un ne relève le gantelet et ne provoque une nouvelle décision avtc TiiLtention de défendre cette cause.
« On me répondra que les laïques ne sont pas obligés de signer les articles , et qu'en interprétant ces décisions au pire,
in
elles ue gèneul eu rien u\ personne qui accepterait dans notre communion toute la doctrine romaine, pourvu toutefois qu'elle n'eût ni emploi ni charge ecclésiastique.
f Pour faire ressortir la futilité de cette réponse, il me suffirait de rappeler les raisons sur lesquelles je m'appuyais en soutenant qu'il devait être permis, dans notre église , d'accepter toute la doctrine roniaine. »
M. Ward s'attache ensuite à déniontrer, en s'appuyant sur des citations de son livre, que sa résolution d'entrer dans la communion romaine n'est nullement en contradiction avec les principes posés et soutenus dans son ouvrage. Au lieu de Tacçiiser d^inconséquence , on doit au contrairt^ reconnaître que les derniers événements qui se sont passés dans Téglise anglicane ont miné sous ses pieds le terrain sur lequel il s'était placé , et que son seul point d'appui a été renversé par les actes mêmes de cette église. C'est surtout une justification personnelle.
M. Ward fait suivre la lettre à son ami de quelques considérations dans lesquelles il s'attache à répondre aux objections soulevées par les personnes auxquelles il en avait donné connaissance* L'une est relative à Tautorité de l'établissement anjjlican.
i On m'a objecté , dit-il , que l'église anglicane enseigne les symboles avec autorité divine , parce qu'en ce qui les touche , elle parle, non comme église anglicane, mais comme nous transmettant la foi de l'Eglise catholique telle qu'elle était dans le commencement. Mais, ajoute-t-il, qu'on me permette de demander comment nous sa-»
vons que les symboles contiennent la foi de l'Eglise catholique telle qvi'elle était dans le commencement? Si c'est par nos recherches privées sur l'antiquité , alors notre règle de foi n'est pas Téghse anglaise, mais l'antiquité interprétée par le jugement privé, ce qui est une tout autre chose. L'auteur de l'objection repousse, en son nom et en celui des partisans de la haute église en général, cette manicrc de voir... D'autre
part, si nous recevons (parlant seulement de l'autorité extérieure) le fait de l'apostolicite des symboles, sur l'autorité de l'église d'Angleterre, comme nous n'admettons pas que l'église d'Angleterre soit guidée d'une manière infaillible, nous ne pouvons croire que les symboles soient infailliblement vrais. »
M. Ward réfute aussi le grand argument sur lequel s'appuie surtout le docteur Pusey , et qui consiste à dire: la vie intérieure qui se manifeste dans l'église anglicane prouvant qu'elle a la présence de Dieu, l'on peut rester en toute sûreté dans une maison où Dieu habite. On a vu comment M. Oakeley et surtout M. Faber réfutent cet argument.
Enfin , M. Ward termine, et se résume ainsi :
u Les arguments sur lesquels je basais jadis le devoir (supposé) d'adhésion à l'église anglaise (arguments que je ne reconnais pi us comme péremptoircs) étaient ceux- «i: Nous ne pouvons douter de la vitalité
de l'église anglaise, noii-scalenicnl quand nous sommes témoins de la sainteté qu'elle a produite, mais aussi quand nous songeons à la manière remarquable dont ses doctrines ont germé dans le eycle de la doctrine romaine. Premièrement, aussi longtemps qu'on nous laissera parfaitement libres dans notre église de développer les doctrines que nous avons apprises d'elle, il est naturel et légitime que nous habitions en elle. Les doctrines qui pourraient être considérées comme une cause pour la quitter, ressortent de ce que nous avons appris d'elle-même, et sont permises dans sou sein. Secondement, ceux qui étaient tourmentés par des doutes, et qui ont mené une vie plus régulière, ont vu leur conliance augmenter à mesure qu'ils accordaient plus d'autorité aux commandements de leur église. Maintenant, ainsi que je l'ai dit, ces deux raisons de rester dans Téglise anglicane ont cessé d'exister. D'abord, la libre propagation de la doctrine catholique dans noire église a c\é contrecarrée par l'Autorité , et
ensuite, il n'est plus vrai de dire, ainsi qu'on le reconnaît aujourd'hui , qu'une vie austère dans notre communion ait pour résultat de diminuer les doutes de ceux qui y sont le plus vivement en proie. Ainsi donc les personnes qui ont accepté, comme satisfaisants , les arguments que j'avançais dans mon ouvrage pour prouver que notre position offrait toute sécurité, ne sauraient s'appuyer plus longtemps sur eux ; car ils ont perdu toute la force qu'ils avaient, par cela seul que notre position a changé.
« Je n'ai pas l'intention de nier, et je ne pourrais honnêtement le faire, qu'il n'y ait eu, dans ces dernières années, un remarquable épanchement de vie dans TégUse anglaise ; et, en considérant les grands bienfaits que j'ai reçus des agents qui étaient à l'œuvre dans son sein, j'avoue que je n'aurais pu me séparer de sa communion sans y avoir longuement et sérieusement réfléchi. J'espère avoir pensé et délibéré sufllsamment; j'espère bien n'oublier jamais te que je dois aux convictions qui m'ont
aniciié à la résolution que je prends ; et je lais des vœux ardents pour voir le jour où je serai encore uni , dans une même communion , aux hommes admirables , dont je ne puis suivre l'exemple, en ce qu'ils regardent l'église anglaise comme une habitation offrant toute sûreté au chrétien catholique.
« Je suis, Monsieur, votre fidèle serviteur,
W. G. Ward.
« Rose-Hill, Oxford, 28 août. »
Le révérend M. Capes appartenait, comme M. Ward , au collège de Balliol , et il était depuis fort peu de temps à la tête de sa paroisse quand il prit la résolution d'embrasser la foi catholique. Il avait fait bâtir, à ses frais , l'église qu'il administrait. Une des conditions auxquelles il s'était imposé ce généreux sacrifice , était que la paroisse assurerait un revenu convenable à l'ecclésiastique chargé de la desservir, sans 7/''*' fût nécessaire d'imposer aux fidèles la tax!^ ordinairement prélevée sur les banquettes,
dont les églises anglicanes tirent généralement un revenu considérable. Quoique réglise de M. Capes eût été livrée au culte le 9 avril 1845 seulement , déjà au mois de juin suivant, 40,000 fr. avaient été remis, pour la dotation de la cure , aux comnussaires ecclésiastiques qui devaient eux-mêmes y ajouter, dès qu'ils pourraient lefaiie, une somme importante. Les afFaiics paroissiales de Bridgewater en étaient là, lorsque ses habitants apprirent de leur curé lui-même qu'il avait adressé sa démission à son évêque pour devenir enfant de TEglise romaine. M. Capes leur annonça cette nouvelle par une lettre datée du 23 juin . qui produisit la plus vive sensation dans toute sa paroisse. Nous reproduisons en entier ce document.
« ACX PAROISSIEINS DE l'ÉGLISE DE SAINT-JEA>- BAPÏISTE , EASTOVER, A BRIDGEWATER.
j >.- ivles chers frères et anus , Ou Le moment est enfin arrivé où je dois ■ onlrcr en communication avec vous sur un
ITîl
sujet qui vous causera, je ne puis que le craindre , autant cle surprise que de perplexité et d'inquiétude. Je sais que des bruits divers sur mes opinions religieuses ont été répandus dans la ville et son voisinage, et que, par suite , vous êtes dans une grande incertitude sur le point de savoir dans laquelle des nombreuses catégories qui divisent le monde chrétien vous devez me classer.
« Je crains cependant que vous ne soyez loin de vous attendre à la nouvelle que je viens vous donner. Après plusieurs années de mûres réflexions, je suis arrivé à cette conclusion, qu'il m'est impossible, en conscience , de rester plus longtemps membre de l'église établie d'Angleterre , et en conséquence je cesse d'être ministre de Téglise de Saint- Jean.
« Vous ne douterez pas , j'en suis sûr, qu'en vous faisant cette communication, je ^enle profondément le coup pénible que cette nouvelle causera à la plupart, sinon ù chacun d'entre vous. C'est parce que je
voisraccomplissement de la volonté de Dieu dans cette démarche, que je me décide à vous communiquer ce que je sais devoir vous causer du chagrin,
« Quand je vois la plupart d'entre vous privés de toute instruction religieuse, des espérances et des joies de VEvangile ; quand je vois la multitude d'enfants négligés qui attendent quelqu'un pour les guider et les instruire; quand je songe à votre bonté et à votre bienveillance pour moi, à la reconnaissance avec laquelle vous suiviez les offices de l'église Saint-Jean ; lorsque tout cela me revient à l'esprit, j'hésite, dans la crainte de tout plonger dans le trouble , la confusion et l'étonnement, à vous exposer ma détermination; mais je me rappelle, alors, que Ton doit obéir à la voix de Dieu à tout prix, à tout risque, lors même que l'œil de l'homme verrait dans cet acte d'obéissance une cause de désordre et de mal.
« Depuis deux ou trois ans îe rxz puis vamcie eu moi le sentiment que l'éfilise établie d'Angleterre nVst pas la véntabl.-
Ks;lisr (lu (llnisU VMc n \nou pou , proscpu" aucune des marques auxquelles nous pouvons ilislinyuer TEglise où tous les hommes sont appelés à se i éfup,ier contre le monde. Je Tai connue par expérience cette église établie, et je l'ai trouvée en défaut. Elle a quelques bonnes qualités, et une partie de ses membres mérite notre sincère respect et notre affection. Mais , si nous devons en croire la Sainte^Ecriture, le Seigneur de l'Eglise, celui qui est notre repos et notre refuge, n'est pas avec elle, et nous le trouvons ailleurs. Nous devons le chercher dans l'Eglise qui, depuis son origine, a conservé la même vérité; dans celle qui reujplit les commandements de Dieu et lui gagne des âmes; dans celle qui n'est ni ill visée, ni déchiiée par des doctrines diverses, ni par l(\s prétentions d'apoUes ([ui tous veulent qu'on le:;» écoute comme des envoyés de Dieu.
i \ous me demanderez peut-être pourquoi, si j'ai ciu depuis si longtemps que Teglise d'Angleterre n'est pas une branche de la véritable Eglise , je suis resté jusqu'à
ce jour dans sou sein? C'est parce que j 'espérais des temps meilleurs; j'ai attendu afin de voir si le bras de Dieu interviendrait pour la sauver, et cette conduite ne m'a pas causé d'inquiétudes. Je n'avais encore reçu aucun avertissement de Dieu (autant que je pouvais en juger) pour quitter l'église dans laquelle je suis né. Mais il en est autrement aujourd'hui. Depuis quelque temps cette question a pesé puissamment el sans cesse sur ma conscience, et je n'aurais que des raisons mondaines à invoquer pour ne pas me rendre à la grâce quand elle s'offre à moi et me presse. Je n'ose pas refuser d'obéir, maintenant que j'entends (à ce que je crois) la voix du Christ qui me dit : Levez-vous et suivez-moi.
« J*ai, en conséquence, remis ma démission entre les mains de l'évêque, et je renonce à toute prétention relative à la dotation de l'église Saint- Jean. Je restitue ces fonds aux mains qui les ont versés, tout en sentant profondément combien ces personnes vont être désappointées et désolées de
ce que je me crois ea conscience obligé d'agir ainsi. Tout ce que je puis faire en retour de votre bienveillance passée et de votre amitié , ce sera de vous aider de tout mon pouvoir dans les arrangements que vous croirez convenable de prendre. Quant à moi , la perte de ce que j'abandonne est , sous tous les rapports , considérable ; mais Faccomplissement d'un devoir exige de nous tous les sacrifices ; c'est pourquoi je ne puis hésiter un moment à abandonner toute chose plutôt que de résister au commandement de Dieu.
€ Je ne saurais être insensible a la mauvaise opinion que vous concevrez probablement de moi et de ma conduite, à cause de la démarche que je fais. Il est impossible que quelqu'un de vous ne pense pas mal de moi. Tout ce que je vous demande, c'est de me juger charitablement^ et de croire que, s'il était en mon pouvoir, je travaillerais encore de toutes mes forces pour votre bien-être spirituel et temporel.
« Je vous prie aussi de ne pas perdre de
hSi
vue que je ne clianp,c en tien nin croyance clans les doctrines ielip,ieuses que je vous ai enseignées; je crois encore vous avoir prêché le vrai et pur Evangile de la grâce de Dieu, et c'est parce que je suis de plus en plus convaincu que cet Evangile n'est pas celui enseigné par l'église d'Angleterre, que je me sépare d'elle pour aller chercher la vérité et celui qui nous l'a donnée au sein de l'Eglise catholique. Je sais que c'est là qu'on le trouve. Je Tai appris avec l'assistance de l'Ecriture-Sainte; je sais, je vois, je sens , par un millier de preuves, que là le Christ, notre Sauveur, est présent ; c'est là, par sa miséricorde infinie, que je vais aller à lui.
f Croyez-moi toujouis, mes chers amis, votre sincère et affectionné ,
I J.-M. Capes. > ^ 23 juin 1845. »
En abandonnant sa paroisse, M. Capes a non-seulement renoncé aux avantages que
lui o lirait sa position ; mais il a perdu , saus aucune couipensation, tout ce qu'il lui avait donné. L'église construite à ses frais a du rester au culte anglican. Une seule salisfaction lui a été oflérte, et M. Capes Ta regardée sans doute comme une large récompense en retour de ses sacrifices : c'est que plusieurs de ses paroissiens ont voulu suivre son exemple, et qu'ils ont , après lui, abjuré l'anglicanisme , pour entrer dans l'Eglise de Jésus-Christ.
Le révérend E.-G. Brovvne, collaborateur de la Gazette de l'Eglise et de UEtat {Cluircli and State Gazette)^ jugeait l'église anglicane avec une juste sévérité, dans la lettre suivante, qu'il a adressée au rédacteur de cette feuille pour lui annoncer sa conversion . Il se prononce hautement contre la validité des ordres dans l'établissement d'Henri VIII.
ONSIEUIl,
€ Je vous ai récemment adressé plusieurs lettres à l'occasion de VapostarSte de gens
qui ont embrassé la foi des dissidents, et je fais partie du comité organisé pour obtenir des signatures à la pétition qui doit être présentée au parlement, contre la prétention de forcer le clergé (comme l'ont dernièrement décidé les cours ecclésiastiques ) à enterrer des personnes baptisées d'une manière scliismatique. Ces deux circonstances m'imposent , je crois, l'obligation de vous informer que j'ai obtenu d'être admis dans l'Eglise catholique. (Je me sers du mot clergé par courtoisie pour ces laïcs qui, en Angleterre, s'imaginent être dans les saints ordres.)
« J'ai été , depuis mon enfance , accoutumé à confesser ma croyance en la sainte Eglise catholique et apostolique ; et toutefois c'est en vain, pendant que j'étais membre ou ce qu'on appelle ministre de l'établissement protestant , que j'ai cherché Tunité autour de moi. En vain ai- je cherché ces marques de vie dont le vénéré docteur Pusey parle en termes si saints et si exaltés ; en vain ai-je cherché la communion des
Saillis; mais les événements présents, et ceux qu'annonce l'avenir , ont dirigé mes pensées vers Kome. Je commence maintenant à sentir la vérité de ce qu'a dit Fauteur de la Vie de saint Wilfrid : a Tourner ses regards vers Rome est un instinct catholique, implanté ennouspour la sûreté de notre foi. > Je ne voulais cependant pas me laisser entraîner par le sentiment; j'ai donc examiné et réexaminé le sujet. Plus j'ai étudié les prétentions de l'établissement, plus j'ai recherché les preuves sur lesquelles s'appuient ses prétentions, et plus je me suis convaincu que notre établissement n'a aucun droit à être regardé comme une branche de l'Eglise catholique. « En fait, il devenait chaque jour plus évident pour moi que Téglise anglicane n'est ni plus ni moins qu'un imposteur gi- (lantesque. Dans celte position critique, tandis que mon esprit était agité par des idées diverses , et ballotté cà et là , cherchant un port de refuge, mon ame a été providenliellement dirigée vers la Fin de la conlro-
îcS8
verse religienrye du docteur Milner. Avant que ce précieux volume ne tombât entre mes mains, quoique réglise anglicane eut perdu pour moi tous les si[;nes extérieurs de catholicité , elle conservait encore la validité de ses ordres. Mon attention se porta naturellement sur ce point, et bientôt je vis, aux preuves irrécusables avancées par Milner dans sa vingt-neuvième lettre, que, même en admettant la validité de la succession et de l'ordination de Parker, la forme de la consécration était telle que les paroles adressées aux évêques eussent tout aussi bien pu être adressées à un enfant : c Prenez le Saint-Esprit , et rappelez-vous que vous accordez la grâce de Dieu qui est en vous et l'imposition des mains. >
<r Cette formule fut signalée par des théologiens catholiques , Champney, Lewgar et autres, comme soulevant des objections, tellement qu'en 1662 la convocation altéra la formule usitée dans l'ordination des prêtres et !a consécration des évèques. « 3Iais (coinnu" le fut observer 3Iilner) , en dd-
incitant que ces aliciations soient suflisan tes pour obvier à toutes les objections des catholiques (ce qui n'est pas), elles vinrent un siècle trop tard pour répondre à leur objet ; de sorte que , si les prêtres et les évêques étaient ordonnés et consacrés d'une manière non valide sous les règnes d'Edouard et d'Elisabeth , il a dû en être de même pour ceux du règne de Charles II et de leurs successeurs.
f En admettant que Parker et ses consécrateurs , Borlow et Scory? aient été consacrés validement , néanmoins Téglise d'Angleterre se trouvait hors du giron de saint Pierre, en tant qu'établie par la loi; elle est donc hors de l'Eglise catholique. Qui Ecclesïœ l'eniuïhir et resistu (dit saint Cyprien) , qui callœdram Pétri, super quem fundata est Ecclesia^ deserit, in ecclesui se esse confidit? Quisquis ab Ecclesià segregatiiSf adultérée jungitur, a promissis ecclesiœ separaiur. Alienus est, profanus est, hostis est. i>
Je demande binccrcmcnl, dans le lau-
gage du pieux écrivain de la Vie de saint Richard, évêque de Chichester , que les prières de ce Saint (j'ajouterai volontiers et celles de la sainte Vierge) puissent être utiles à tous ceux qui , dans ce temps de perplexité, ne savent où trouver le repos pour leur âme ; puissent ces prières les conduire au seul port ( l'Eglise catholique) où l'on trouve la paix dans ce monde de misère. Je suis votre très-humble serviteur en Jésus-Christ.
€ Edward G. Browne ,
« ex-vicaire de Bawdsey en Suffolk. »
Plusieurs organes du protestantisme anglais ont eu recours au mensonge pour pallier l'effet produit par les pertes de leur église. Non-seulement ils n*ont pas signalé au public toutes les conversions , mais encore, chaque fois qu'ils ont eu à en constater quelqu'une, ils ont insinué qu'il fallait se méfier des bruits répandus sur la conversion de telle et telle personne, ajoutant que CCS bruits étaient , pour la plupart ,
compléteniciit faux. Le Mornîng - PosL a même annoncé , sur la foi d'un correspondant, que plusieurs des ministres anglicans, récemment convertis, déploraient la précipitation avec laquelle ils étaient entrés dans l'Eglise romaine. Il prétendait que certains ministres (dont il donnait les noms) se proposaient de reprendre leurs fonctions dans l'église anglicane, tant ils s*ennuyaient du repos auquel les condamnait l'Eglise catholique , en forçant ceux d'entre eux qui sont mariés à vivre dans la communauté laïque.
Parmi les personnes que désignait le Post , se trouvait M. Seager, ancien assistant du docteur Pusey. M. Seager releva la calomnie du Post par la lettre suivante :
« Monsieur,
c Vous avez publié dans votre journal do samedi dernier, sur rautoritc d'un correspondaiK , un<; fausseté giossièie et pcv-
sotiuelle à mon sujet. Cet anonyme a prétendu que je déplorais ma séparation de rétablissement anglican. La moindre réparation que, pour être juste, vous puissiez me faire est de donner la même publicité à la contradiction pleine d'indignation par laquelle je réponds à cette assertion fausse et diffamatoire. Je vous déclare que, loin d'avoir éprouvé ou témoigné des regrets touchant l'acte dont il s'agit, ma satisfaction a toujours été croissant, ainsi que la conviction de l'obligation absolue, impéralive et immuable où j'étais d'agir ainsi; j'ai en outre le sentiment des bénédictions inappréciables et chaque jour plus larges que cet acte m'a procurées. Je suis certain aussi de m'être toujours exprimé conformément à ce que je vous écris. L'assertion de votre correspondant ne peut donc être qu'une invention faite à plaisir, ou (l'on doit le penser charitablement) le résultat de quelque méprise extraordinaire, venant pcut-ctre d'une simple conjectujc qui aura (^lé nrjjligejnuiciit donn<"ç comme un (ait
On ne saurait oublier, cependant, qu'à Toccasion de la conversion de M. Bernard Smith , une lettre portant son nom fut imaginée et publiée par les journaux pour contredire la nouvelle qui en fut donnée; on se rappelle aussi la bulle papale , forgée , peu auparavant , pour le succès d'un meeting protestant tenu à Dublin. Dans Tun et l'autre cas , la langue trompeuse n'a été que pour un moment (Prov. 12, 19).
« Votre correspondant s'imagine que le désir d'exercer les fonctions sacerdotales, ce dont je suis privé en ce moment , peut me porter à chercher la paix de i esprit (!!!) dans l'union avec l'établissement anglican. Hélas! votre correspondant ne peut guère comprendre combien, aux yeux d'un catholique , les plus hautes positions , en dehors de la vérité , sont , au-delà de toute comparaison, inférieures aux places les pkis humbles dans son sein. Quant à l'utilité spirituelle d'un tel ministère, quel espoir d'attirer d'autres personnes à Dieu en m'en éloignant et en i^postabiant moi-même?
Mais il est inutile de pousser le sujet plus loin. Si jamais votre correspondant est amené, par la grâce de Dieu, à connaître par expérience la vérité, il comprendra que les idées qu'un Esquimaux peut avoir sur la nature et les goûts de la vie littéraire et policée 5 ne sont pas plus éloignées de la réalité , que les notions actuelles de votre correspondant sur le catholicisme de ce qu'il est réellement.
d J'ai l'honneur d'être , etc., etc.
« Charles Seagek. >
« Boulo.'jnc-sur-Mcr, 8 octobre 1845. »
La lettre de M. Seager ne resta pas sans réplique. L'anonyme convint de son erreur et s'excusa de son mieux. Les observations et les conseils qu'il adressa à M. Seager pour se dédommager de sa défaite , nous valurent une seconde lettre de l'ancien assistant du D'. Pusey; eu voici la traduction ;
« Monsieur,
« Je dois vous remercier tic rinsertion de ma lettre , et remercier aussi votre correspondant d'avoir rétracté, d'une manière précise et honorable, l'erreur à laquelle il s'était laissé entraîner. Quant à la personne dont il tenait ses informations, je dois supposer que le regret qu'elle s'est imaginé avoir découvert en moi, était le résultat de ses propres conjectures sur ce qu'elle a cru voir dans mon extérieur. Quoi qu'il en soit, comme je l'ai déjà dit, mes sentiments et mes paroles ont invariablement exprimé le contraire.
<t Votre correspondant regrette que ma lettre soh conçue en termes si violents; mais pour juger avec justesse de la force et de la convenance des termes de mon désaveu , il doit considérer l'accusation au point de vue non € anglo-catholique 1^ ^ mais catholique ; et pour se placer à ce point de vue, avant d'avoir reçu la lumière de l'expérience, l'imaginaliou ne lui sera que d'un faible secours.
J'ai du iiioiiis la satisfaction de m'ètrc abstenu de réflexions personnelles.
€ Quant à Taccusation que porte contre moi votre correspondant d'avoir calomnié € l'église anglo-catholique, » je dois demander la permission de faire remarquer que mes paroles n'avaient rapport à l'anglicanisme qu'autant qu'il entrait nécessairement dans la question agitée à mon sujet , et dont les observations de votre correspondant m'avaient obligé de parler. Votre correspondant ne saurait se plaindre avec raison de ce que, me trouvant dans cette nécessité, j'ai parlé comme tout catliolique doit nécessaiieikient le faire.
« Touchant l'ouvrage de controverse que votre correspondant me recommande, si j'étais encore loin de la seule vraie lumière, qu'il n'est plus possible de méconnaître dès qu'on Ta réellement vue, je pourrais aujourd'hui, connue autrefois, me laisser embarrasser et prendre aux pièges des appréciations € anglo-callioliqucs >» de l'hisloiie ceclcciiastiquc , mais actucllcmcnl , Diiu
il)7
merci, il est trop laid; car ou tend vai" nement les filets à la vue d'un oiseau (Proverbes, 1, 17). Mais je dois encore une fois rappeler à votre correspondant que, quoique Je catholicisme ait de son côté tous les faits et toute la raison de l'univers , néanmoins ni ces faits ni cette raison ne donnent la certitude infaillible, qui vient uniquement de la lumière surnaturelle émanant directement de Dieu , et résidant , pour Taccomplissement des promesses constantes de l'Ecriture-Sainle , dans son Eglise indivisible. Cette lumière donne à tout homme, une fois devenu véritablement catholique, une certitude dont les hommes qui sont hors de cette unique Eglise ne peuvent pas même avoir l'idée. C'est cette certitude infaillible qui, pendant tout un siècle, a rempli les prisons et surchargé les gibets de l'Angleterre , non de réformateurs qui s'environnaient de toutes les jouissances de la vie , ni de leurs fanatiques sectateurs, mais de saints prêtres, pleins d'abncî;alion^ dont le monde n'était pas digne.
Cette certitude a rempli les mines de la Sibérie et teint le vaste empire de Russie du sang catholique ; elle a dans tous les siècles opéré des miracles et vaincu le monde; enfin elle a peuplé le ciel de plus de onze millions de martyrs catholiques !
Si , par hasard , votre correspondant croyait posséder cette même certitude dans la notion qn il a de la vérité , il serait, bien entendu , fort peu utile de lui recommander la lecture d'un bon livre ; mais , comme il ne me semble guère possible qu'il ait cette prétention , et que la raison , quoique impuissante à ouvrir les yeux de la foi , peut cependant, avec le secours de Dieu, servir de guide pour arriver à la porte de cette Eghse dont la gloire est an dedans (Ps. 44, 13) , je me fais un devoir de recommander instamment à ses études les plus laborieuses, éclairées de la prière assidue, la célèbre Fin de la controverse du D''. Milner.
c J'ai riionneur d'être , etc.
(( Chaules Seaglr.
<' l5oulo^uej 2'3 uclobrc 18ij."
Le COI 1 esponclant du journal de Londres ne se tint pas pour satisfait; une nouvelle provocation détermina M. Seager à écrire une troisième lettre ci laquelle il ne fut pas fait d'autre réplique. Voici comment s'exprimait M. Seager dans les lignes qui mirent lin à sa correspondance avec le Mor^ nhig-Posl :
€ Monsieur,
« Je dirai , en réponse à la question que m'adresse votre correspondant, que nous serions vraiment inconséquents en croyant à l'infaillibilité et à l'immutabilité de TEglisedeRome, si nous doutions en même temps que ses dogmes fussent connus des premiers Pères de tEglisc de Jésus-Christ. Votre correspondant peut donc en être sûr : les hommes qui se sont séparés de l'église anglicane ne sont pas moins convaincus que les dogmes attaqués par les réformateurs partisans de la famille des Tudors 3 étaient des dogmes crus et enseignés
par les Pères, qu'ils ne le sont de Texisteiice des Pères eux-mêmes. Mais il n'est pas étonnant que ceux qui croient voir le protestantisme dans la Bible , et qui tirent de la F'm de la controverse de Milner de nouveaux arguments pour la défense de rancjlicanisme ^ soient également heureux dans leurs interprétations des Pères. Sin^ cernni es nisi vas , quodcumque in fundis acescit. S'il était possible que la logique la plus convaincante , ou que les faits les plus irréfragables de l'histoire , rendissent transparents ces verres décolorés et trompeurs qui leur donnent un nouveau caractère , votre correspondant n'écrirait pas aujourd'hui comme si l'on avait encore à prouver ce qui, de jour en jour, a été démontré sous toutes les formes et de toutes les manières , pour la centième fois, à tous ceux qui ont les yeux ouverts pour voira Mais, hélas I à présent comme toujours, le savoir esl facile à celui qui comprend (Prov, 14, 6, vers. an.*;lic.) ; et Notre-Seigneur disait aux Juifs ce (|uc son Eglise répète à
ceux qui l't'joUent sa mission : Pourquoi ne comprenez - von^ pas ce que je vous dis? par cela même que vous n^enlen* dez pas ma parole. (Saint Jean, 8, 43.) Ce qu'il nous faut donc , ce n'est pas d'argumenter davantage , mais de prier plus ardemment , afin d'obtenir la grâce d'apprécier ces arguments dont le monde est déjà plein , d'avoir une plus abondante communication de cette unique , véritable et bienfaisante lumière , qui est toujours prèle à se communiquer. Voici que je me tiens à la porte j, et je frappe. (Apoc, 3,20.) L*'i prière ne peut égarer personne ; la prière ne peut produire que le bien ; que tous ceux donc qui n'ont pas la certitude infaillible d'avoir raison , prient sans cesse d'être dès à présent de cette même religion , quelle qu'elle soit , dont ils désireront pendant toute l'éternité avoir été, et que ceux qui ont cette certitude de-^^' mandent avec une ardeur dix fois plus grande la même grâce pour tous. Ainsi Dieu , qui ne manque jamais de répondre
pour le bien de ceux qui le cliei client , rendra de plus en plus manifeste à tous ceux qui désirent sincèrement faire sa volonté, qu'elle est cette Eglise qu'il reconnaît pour la sienne.
fi En vous renouvelant mes remercîments pour l'insertion de mes lettres , j'ai l'honneur d'être, etc., etc.
< ChaBLFS SfAGïR. î)
« Paris, 15 novembre 1845. '