‹ Mots abrégés et tendances d'abréviation en françaisChapitre 2 sur 10 · I. La longueur de l'abrégé · texte numérisé non relu

I. La longueur de l'abrégé

Il convient de constater d’abord que le nombre de syllabes qu'a pris un mot abrégé ne dépend que jusqu’à un certain point de celui que comprend le mot primitif. Le résultat normal de l’abrégement, il est vrai, c'est qu'un mot de trois ou de deux syllabes compte en abrégé une syllabe de moins que dans la forme pleine, mais il arrive et même assez souvent qu'un mot de trois, de quatre et même de cinq syllabes est réduit à un mot monosyllabique et qu’un dissyllabe résulte de l’abrégement d’un mot comptant plus de trois syllabes. Je signale d’une part p. ex. prin < principal, pro < proviseur, bac < baccarat, bac < baccalauréal, nap < napoléon, sauce = sociéte, d'autre part accu < accumulateur, bibls < bibliothèque, copé < coopérative, culls < cultivateur, combine < combinaison, etc.

Le nombre d’abréviations monosyllabiques est assez considérable; mon vocabulaire en compte près d’une centaine. En général, elles appartiennent à une époque antérieure à la nôtre, ce qui tient, comme nous allons le voir, à ce que la manière dont s’accomplit l'abréviation n'est pas la même aujourd’hui qu'il y a quelques dizaines d’années. Dans quelques cas où il s’agit de mots d’une certaine ampleur, l’abréviation laisse intactes les trois premières syllabes du mot primitif; j'ai noté en tout une trentaine de ces trisyllabes, qui étant des abrégés ont atteint l'extrême limite

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d'étendue. Comme c’est le cas pour les mots qui ont été sujets à l’aphérèse, la grande majorité de ceux abrégés par apocope est cependant dissyllabique. Quel que soit le procédé abrévialif, il y. a donc une tendance nette à garder en dehors de la syllabe por-

tant l'accent tonique au moins uue syllabe atone. C’est en effet à cette tendance, qui paraît s'accuser davantage à mesure que l’on approche de l'époque moderne, qu'est dû en partie l’usage de plus en plus restreint d'abrégés monosyllabiques. Mais loin d'être une règle strictement observée, cette tendance comporte toutes sortes d’exceptions; ici encore, le champ est libre à tous les hasards dus à la variabilité du terme primitif Ce qui détermine en effet le plus nettement la longueur de l'abrégé, c'est la forme et notamment le vocalisme du mot qui en est l’origine. C'est que la coupure se fait de préférence après la voyelle qui se prête le plus naturellement à terminer le mot, et il y a à cet égard certains types sur lesquels se règle le nombre de syllabes des abrégés. Le rôle que joue à cet égard la configuration du terme primitif ressortira de l'examen auquel je soumettrai ci-dessous la forme des abréviations; ici il ne me reste qu'à signaler l'importance qu’à un autre point de vue le primitif prend pour la longueur de l’abrégé. Si celui-là est un mot composé ou dérivé ou un mot dont la forme pourrait suggérer cette structure, l’abréviation s’accomplit tout naturellement avant la syllabe par laquelle débute l'élément affixé qu'il soit réel ou imaginaire. C’est certainement cette circonstance qui a déterminé le nombre de syllabes auquel sont réduits des mols tels que boule, souss, amphi, astro, biblo < biblorapte, chromo, cosino, géo, kilo, litho, loco, mano, mélo, minèn, radio, taxi, télé, terri, typo, topo, vélo, aéro, aristo, lacrymo.'

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