II. La forme de l'abrégé
La forme d'une abréviation nous intéresse surtout en ce qui concerne la nature du son final. À ce point de vue, il convient d'établir
1 Dans une grande partie de ces formations, les syllabes formant l’abréviation constituent pour ainsi dire une sorte de constant rentrant aussi dans d’autres mots et qu’on a tout naturellement gardé; cf. les séries de mots suivantes: kilo-gramme, kilo-mètre, kilo-watt; cosmo-graphie, cosmo-gonie, cogmo-logie, cosmo-polite; amphi-théâtre, amphi-bie, amphi-bologie, amphigourique, amphi-tryon; télé-gramme, télé-graphe, télé-phone, télé-pathie; loco-motive, loco-mobile, loco-moteur, loco-motion; radio-gramme, radiographie, radio-mètre, radio-scopie; vélo-cipède, vélo-cité, vélo-drome; géographie, géo-mètre, géo-phile, etc.
une division première en abrégés à finale consonnantique et en abrégés terminés par une voyelle. Jusqu’à un certain point, c’est à la syllabation du mot en question qu'est due la fin consonnantique ou vocalique. Si la coupure se fait après une syllabe fermée, l’abrégé doit se terminer par la consonne faisant partie de la syllabe en question; c’est une règle généralement observée, et c'est d’après ce principe que sont formés des < descriptive, rembour < remboursable, achar < acharnement, anar < anarchiste, b1gor < bigorneau, exer < exercice, perspec < perspective, réduc < réduction, etc. Inversement, si le mot est coupé après une syllabe ouverte, on s’attendrait à ce que la voyelle de cette syllabe — à moins qu'il n’y ait pas un changement de suffixe — forme la finale du mot. Ce n'est pourtant pas toujours le cas. La catégorie des abrégés à finale consonnantique n'est pas en effet restreinte aux seuls cas où la division en syllabes demande cette forme de l'abrégé. Pour des raisons diverses la coupure se fait souvent contrairement à la syllabation. Premièrement, les monosyllabes font exception à la règle. Dans ce groupe assez considérable, ceux à finale vocalique ne forment en effet qu'une minorité très restreinte représentée par co, pneu, pro, chi, phy* et tri, finissant en voyelle orale, et prin et quin, terminés par une nasale. A ces quelques exceptions près, tous présentent une finale consonnantique. C'est ce qui se comprend facilement; il y a dans toutes les langues, y compris le français, une tendance à éviter le monosyllabisme des mots autonomes”, et une seule syllabe ouverte constitue notamment un corps de trop peu d’ampleur. Dans les monosyllabes, le maintien de la consonne par laquelle débute la première syllabe supprimée est d'autant plus urgent qu’il est naturellement d’une certaine importance qu'on voie clairement le lien qui unit l'abrégé au mot primitif et que sans l’annexion de l’initiale de la syllabe suivante une abréviation qui ne comporte qu’une seule
1 Sur quelques exceptions à cette règle, cf. Cohen p. 175. Il s’agit de mots tels que arti, bica et braco, où la syllabe devenue finale est en réalité ouverte, ainsi que de infi < infirmerie, qui a subi l’analogie de corri, mili et d'autres mots en -1.
3 À l'appui de ces formes de corps minime, Cohen allègue des raisons de syntaxe phonétique, qui cependant ne se réfèrent pas particulièrement à ces mots. Pour moi, il suffit — pourvu qu’on puisse reconnaître dans l’abrégé le terme primitif — que celui-là cadre avec certains types qui reviennent fréquemment, cf. Cohen p. 175 et ci-dessous p. 26 et suiv.
8 Cf. Cohen p. 172.
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syllabe, courrait fortement le risque de ne pas remplir cette condition. Les monosyllabes abs < absinthe esque < esgard, forte < fortune et perm présentent cette tendance même après une syllabe fermée. C'est à ce même soin de ne pas aventurer le rapport entre le terme primitif et le mot résultant de l’abrégement que selon moi est due aussi la finale consonnantique d’un certain nombre de dissyllabes coupés après une voyelle ouverte. C’est ainsi que je m'explique lirrégularité de formation que présentent calic < calicot, délige < diligence, démoc < démocrate, les fortifs < les fortifications, la Samar < la Samaritaine unif < uniforme, etc. Un besoin de différencier deux termes qui se seraient autrement confondus a pu déterminer la forme de manip < manipulation, macab < machabé, campe < campagne, champe < champagne, voite < voiture et prof < professeur, les mots manie, maca (= maquerelle), camp, champ, voie et pro < proviseur empêchant la formation régulière. La langue écrite qui fait terminer toujours par une consonne l’abréviation qu'elle se permet, a eu la même influence dans une série de mots cités plus haut; d’autres sont dus à l’analogie; c’est p. ex. le cas pour autor formé d’après achar! et radic qui a dû prendre la terminaison de démoc et de réac plus anciens. Il y a aussi et dans les argots les plus divers une tendance à retrancher une terminaison considérée comme une sorte de désinence inutile?, ce qui amène nécessairement une finale consonnantique; c'est ce procédé courant à l’époque antérieure aussi bien que de nos jours qui engendre des formes telles que: absorb, admiss, applic, combinaise, commiss, condice, consomm, émoss, liquide, observ, époil, etc.
Parmi les termes qui restent inexpliqués, on remarque d’une part un certain nombre de mots où on a gardé une consonne nasale introduisant la syllabe avant laquelle la coupure a été faite, bonime, combine, escame, estome, exame, d'autre part les abrégés frange, saltimbe, flingue et redingue. Le maintien de la consonne des trois derniers tient certainement au désir d’éviter que le mot en question finisse en voyelle nasale, ce qui est en effet très rare. Ajoutons enfin monac, mastroc, perpète, Vaugire et véloce, et nous aurons passé en revue toute la catégorie des abrégés terminés par une consonne prononcée.
1 Cf. le vocabulaire p. 35.
3 Cf. Cohen p. 176.
3 Cf. plus bas, les abrégés à finale vocalique.
ml CCR fes dis:
Mots abrégés et tendances d’abréviation en francais. 25
Il ressort de cet examen que la règle d’après laquelle l’apocope tend à supprimer des syllabes entières comporte des exceptions importantes, dont cependant la plupart se laissent expliquer. Proportionnellement, elles étaient beaucoup plus nombreuses autrefois que de nos jours, ce qui n’est pas fait pour nous étonner. (C'est qu'en général l'abréviation à finale consonnantique était beaucoup plus à la mode il y a quelques dizaines d’années; la plus grande majorité de ces abrégés appartiennent en effet à l'époque à laquelle se réfèrent les recherches de Delvau, de Rigaud, de Larchey et de Villatte, ce qui pourra être constaté par l'examen du vocabulaire, et c’est dans la langue parlée il y a un demisiècle qu'on trouvera avant tout les abrégés se terminant par une consonne contrairement à la syllabation. Aujourd'hui, la formaüon à finale vocalique s'impose de plus en plus; à l'appui de cette tendance, qui se trouve parfaitement d'accord avec notre règle, on peut citer les mots bistro, qui a remplacé les anciennes formes bistroc et mastroc, boni abrégé de bonime < boniment, auto < autorité et capi < capitaine, qui s'imposent à côté de autor et de capite, et vélo héritier de réloce, qui ne se dit plus. — Cette même tendance nous fournit une raison de plus du fait que les abrégés monosvilabiques se font de plus en plus rares. La mode favorisant décidément les trpes vocaliques, une formation qui tend à créer des termes à finale consonnantique a dû nécessairement se réduire à un minimum. En dehors de l'École polytechnique, où se manifeste toujours et d'une manière toute particulière la tendance à créer des abrégés monosvilabiques’, il n’v a guère, parmi ceux terminés par une consonne, qu'un très petit nombre qui soient vraiment modernes.
Les abrégés à finale consonnantique n’invitant pas à d’autres cousidérations que celles dejà faites, examinons de plus près la catégorie très importante d'abréviations terminées par une voyelle tonique. catégorie qui nous intéresse le plus comme renfermant le groupe le plus nombreux et le plus maderne, les abrégés de deux svilabes et à finale vocalique. D’après la manière dont s'accomplit l’abréviation, d'après la nature de la voyelle finale et le nombre de svilabes, cette catégorie présente un aspect très varié. Cependant, ici plus facilement qu'ailleurs, les differentes formes se laissent ramener à certains types, quil s'agira surtout
1 Cf. p. ex. tup < tu parles. lap < la peau, fag < ta gueuie. abréviations vraiment extraordinaires.
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d'étudier. Pour cet examen, je crois devoir adopter une division qui tient compte du premier des points de vue mentionnés; d’après la nature du procédé déformateur, l’abrégement comporte ou bien un simple raccourcissement, par lequel sont supprimées une ou plusieurs syllabes mais qui laisse intacte la voyelle devenue finale, ou bien une modification de la finale sans autre abréviation que celle qu'implique la substitution de suffixes, ou bien le raccourcissement du premier cas joint à une modification de voyelle correspondant à celle du deuxième. Examinons séparément ces trois catégories.!
A. Le terme primitif est coupé après la deuxième syllabe ou après la voyelle qui se prête le mieux à devenir la finale du mot nouveau: celle-ci reste intacte.
1° Abrégés en -0 [-0, -0s, -ot, -au, -eau].
C'est le type le plus à la mode aujourd’hui, ce qui veut dire que c’est après la syllabe dont la voyelle est -0- que se fait de préférence la coupure; vu la popularité du type dissyllabique, un mot dont la deuxième syllabe comporte un -0- a plus qu'un autre la chance d’être abrégé.
a) Trisyllabes: aéro, aristo, cabrio, collabo, corio, dactylo, gestio, lacrymo, météo, Sébasto.
b) Dissyllabes: astro, auto, biblo < biblorapte, bistro, braco, cablo, cabot, calo, calot, Catho, cazo, château, choco, chromo, clyso, colo, compos, cosmo, frigo, géo, kilo, labo, litho, loco, mano, mélo, mémo, métro, moto, perco, phéno, philo, photo; pichto, plato, porno, promo, radio, restau, rhéto, rosto, sténo, stylo, topo, 90) lypo.
c) Monosyllabes: co, pro.
9° Abrégés en -on; ce type n’est représenté que par les seuls mots cocon < ne et colon < colonel.
3 Abrégés en -1:
Ce type qui se rencontre principalement dans des abrégés de deux syllabes, est aussi d'une certaine popularité. J'en ai noté les cas suivants:
a) Dissyllabes: amphi, archi, arti, aspi, auxi, bibli, boni, cabi, cambri, capi, corri, culti, déci, déqui, funi, inf, maqui, maxi, mili, mini, misti, nossi, taxi, terri, Uni.
b) Monosyllabes: chi, phy, tri.
1 Dans les énumérations qui vont suivre j'omets quelques mots isolés qui doivent leur forme à la langue écrite.
Mots abrégés et tendances d’abréviation en français. 27
49 Abrégés en -1n. Dans ce groupe je n'ai à citer que les monosyllabes prin et quin ainsi que coffin < Coffinières et zurlin < Zurlinden.
5° Abrégés en -a:
a) Trisyllabes: cinéma, radia.
b) Dissyllabes: alpa, ana, bacha, bica, esca, fana, maca,
manda, mala, méca, méga, merca, pana, rasta, rala, saccha, sana, sympa.
6° Abrégés en é, è; ce type ne se rencontre que dans des dissyllabes: belvé, berzé, ciné, exté, géné, immé, inté, pédé, pélé, récré, stéré, télé, vété; 1mpèe.
7% Abrégés en -u: cu; accu, surnu.
B. L’abréviation s'accomplit par un simple changement de suffixe.
Cetle catégorie comprend une série de mots dans lesquels un suffixe vocalique a été substitué à une syllabe terminée par une consonne prononcée; jy compte aussi quelques mots où le changement de suffixe représente un raccourcissement par rapport à la graphie du mot. Ce n'est guère que la formation en -o qui entre en ligne de compte; la prépondérance de ce type constatée à propos de l’abréviation opérée sans changement de suffixe s'explique certainement par la popularité du suffixe -0, [-0 -ot|'; celui-ci qui joue dans la formation des abrégés le même rôle que le suéd. -is dans p. ex. fotis < fotograf, Jägis < jägmästare, kondis < konditori, kvaris < kvarsittare, markis < mar- Ketenteri, myôlis < mjôlnarmatte, provis < provkandidat, maskis < maskerad, etc., est d’un très grand emploi surlout pour former des termes de tendresse tels que frérot < frère, Mado < Madeleine, Margot < Marguerite, etc. De même que -g0, suffixe familier à l’argot moderne qui abonde en formes telles que Parigo(t) < Paris, parisien, Versigo < Versailles, spago < spahi, italgo = italien, labago = là-bas, mendigot = mendiant, il est à la mode dès l’époque qui voit naître la tendance à déformer la finale des mots, tendance qui d’après Sainéan est à peine ébauchée dans l’argot ancien, mais qui à partir de 1850 prend une extension considérable. Tous les deux sont en jeu dans le groupe de mots appartenant à cette catégorie:
1 Sur les raisons de la popularité de ce suffixe cf. Dauzat, La langue française d'aujourd'hui p. 64.
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1° Abrégés en -0:
a) De quatre syllabes: possibilo, socialo.
b) Trisyllabes: anarcho, camaro, invalo, Montparno, musico, pédéro, pharmacot, populo, rototo, syphilo. c) Dissyllabes: cyclo, fromlo, malo, mistro, typho, vélo < véloce, bagots, vesto(s).
9 Abrégés en -co, -go(t): prusco, Pélago, Saint-Lago, sergot.
3° Abrégés en -1: méchi.
4 Abrégés en -gi: fromgi.
5° Abrégés en -bi: chassbi, fourbi.
C. La substitution de suffixe est jointe à la suppression d’une ou de plusieurs syllabes.
Dans cette catégorie, je n'ai à citer que des abrégés se terminant en -0, ce qui fait ressortir encore plus la productivité de ce suffixe. Il est frappant que dans la plupart des cas, -0o remplace précisément les voyelles qui se présentent également à la finale des abrégés rentrant dans la première catégorie. J’adopte une division d’après la voyelle que remplace la nouvelle finale:
1° -o substitué à -1: a) Trisyllabes: apéro, familo, mobilo, mécano, stabilo.
b) Dissyllabes: biblo, cuiso.
Le suffixe -go se retrouve dans auxigo < auxiliaire et méningo. 29 .o substitué à é, à: proprio; prolo, véto. 3° -o substitué à -a: a) Trisyllabes: carburo, coloro, ventilo.
b) Dissyllabes: bachot, branco, coco, curstot.
Ajoutez encore catau, cavalo < cavalerie, convalo, dico et vaguo, où il n’y a pas une substitution directe d’une syllabe à une autre. A l'exception de ces mots ainsi que de branco, de cuistot, et de familo, -o remplace partout une voyelle libre. Dans ces derniers cas le suffixe est donc employé avec le plus de liberté.
Il me reste à dire quelques mots de la forme des abrégés en dehors de la finale. En général, on a gardé scrupuleusement le début ou la fin du mot tels quels, mais il arrive aussi que l'esprit mulilateur s'est joint à une disposition à modifier aussi le corps du mot. C'est cette tendance qui se manifeste dans les calembours examinés ci-dessus p. 19 et qui se présente encore dans la formation des termes dont cuistot et piston sont les abrégés. Comme
la plupart des cas présentant une substitution de suffixe, ces exemples appartiennent tous à l’argot des tranchées, qui très riche en jeux de mots et en calembours se plaît plus qu'aucun autre à toutes sortes de déformations des termes qui en font partie. C’est encore à l'imagination des soldats qu’on doit trois autres exemples de cette même tendance déformatrice, rototo, qui doit être une formation onomatopéique, ainsi que cabi et cabot, où la consonne médiale sourde du mot primitif a été remplacée par la consonne sonore correspondante.
En dehors de ces mots et du changement de préfixe que présente délige < diligence, forme due sans doute à une dissimilation, il n’y a guère que des modifications justifiées par la phonétique telles que le passage de -2- à -s de souss < sous-intendance, de -g- à -k dans esque < esgard et la dénasalisation que présente rédam < rédemption. Dans coffin et zurlin la finale s’est nasalisée d’une manière toute naturelle. Zmypè < impériale est dû certainement à l’état atone de l’é, qui le fait prononcer d'une façon un peu plus ouverte que sous l’accent tonique; dans perpète et rendève, lé transporté dans une syllabe fermée, est tenu de se changer en -e- ouvert. Sur absorb < asorption voir Cohen p. 175. Pélé < pèlerine doit remonter à une prononciation populaire [pe:le:rin]. Batingues enfin s’est assimilé au type très populaire en -ingue, cf. ci-dessus p. 24. ?
Le genre de l’abrégé est toujours celui du terme primitif, masculin si celui-ci est masculin, féminin dans le cas opposé. Comme automobile, auto a les deux genres. Il n’y a que raëa (m.) et frigo qui fassent exception à la règle. Viande frigorifiée qu'on sent derrière ce dernier mot, amène tout naturellement le genre féminin. Cependant on voit assez souvent le frigo, dû sans doute à l’analogie de métro, aéro, radio et d'autres mots d'un usage général. Le genre masculin de rata est peut-être dû à ce que les mots en -a sont ordinairement du masculin!.
L'examen de la manière dont l’abrégement a frappé les mots simples nous a permis de fixer, pour cette formation, certains principes, dont quelques-uns s'appliquent également aux groupes de mots sujets à l’abréviation. Dans ce cas aussi, une tendance se fait fortement valoir à réduire ces groupes à deux syllabes. En dehors de pures juxta-positions telles que sténo-dactylo, les polysyllabes d’une part aïnsi que d’autre part les monosyllabes sont peu nombreux et n'offrent pas de particularités. Le type en -0
1 Cf. Nyror, Grammaire III $ 705.
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revient aussi p. ex. dans ana-patho, cassico, Saint-Lago, mais n’a nullement la prépondérance que dans la catégorie des mots simples. L'abréviation s'opère de plusieurs manières différentes. Dans quelques cas, il s’agit d’une simple apocope qui frappe la fin du groupe en question. Régulièrement, l'apocope doit laisser subsister au moins la première syllabe du dernier élément du groupe. Dans un certain nombre de mots, cependant, on est allé jusqu'à ne laisser intacte que la consonne initiale de cet élément; aux mots relevés plus haut p.13 et p. 95 il faut ajouter ici surse < sur seize! ainsi que rendem appartenant à l’argot des voyous. Les autres mots rentrant dans cette catégorie sont: bas-off, sousoff, cassico, ces mess, contre-app, demi-sup, étamaj, mêlé-cass, Mont-Valo, export-cass, Saint-Laz, sous-dern, souzin.
Dans d’autres cas encore, l’abrégé résulte de deux apocopes dont l’une supprime la fin du premier élément du groupe, l’autre celle du dernier, p. ex.: chass d'Af, bat d'Af, brig-four, cabfour, caf-conce, ana-patho, Boul-Ger, PBoul-Mich, Délass com, démoc-soce, faub Suint-Germ, méd-aux, méd-op, jam de lav, Vel d’'Hiv. A cette série de mots, j'ajoute les trois suivants, résultant de la juxla-position de deux termes qui existent déjà séparément sous la forme abrégée: auto-taxi, taxi-auto, sténo-dactylo.
L’aphérèse seule se rencontre assez rarement; il n’y a que chandail, chand de vin et chand d'habits ainsi que fifrits < salsifis frits qui offrent des exemples de ce procédé. Celui-ci opère aussi combiné à l'apocope, témoin des termes tels que margis, Boul- Mann et autobus!, rentrant dans une dernière catégorie d’abrégés, qui tout en gardant la fin du terme primitif ont subi ou bien l’apocope du premier élément combinée à un retranchement médial ou bien seulement cette dernière déformation. Le procédé est caractéristique des abrégés dus à la langue écrite; je cite: marchef, lieu de vau, concours gal et enfin rédac chef.
Pour compléter le tableau de ces formations, j'ajoute les trois termes suivants dus à la combinaison d’un mot déjà abrégé et d’un autre substantif: Bull-Park, laziloff, chass-pattes.
1 Autobus est un >portmanteau word» résultant de la fusion de deux éléments dont 1l réunit le sens; cf. l'angl. mobus < moltor + omnilbus. Ce phénomène bien connu en anglais mais qui ne paraît pas en français jouir de la même popularité a été étudié par Bergstrôm, On blendings of synonymous or cognate expressions in English, Lund 1906 et Pound, Blends. Their relation to English word formation. Anglistische Forschungen 1914.
Mots abrégés et tendances d’abréviation en français. 31
Vocabulaire!
(Le nom ajouté entre crochets après certains abrégés désigne en général l'auteur qui m'a fourni la première indication du mot en question).
abs (f.) < absinthe [argot du peuple]; d'après DeELvau créé par Guichardet et à l’époque de DeLvau d’un emploi général; cité encore par DELESALLE mais de nos jours tombé hors d'usage.
absorb < absorption [argot des polytechniciens]; sur le -b cf. Coen p. 175.
accu < accumulateur [argot des ouvriers d'usines]; terme moderne.
1 Dans ce vocabulaire, on ne trouvera pas les mots suivants qui tous ont été considérés par différents auteurs comme des abréviations mais pour lesquels il faut chercher à mon avis une autre origine:
Arcat [argot des malfaiteurs] = escroquerie commise par moyen d'une lettre écrite de prison pour extorquer de l'argent — cité par DELEsar.LE et d’autres dans l'expression monter un arcat = écrire de prison pour demander une avance sur un trésor enfoui dont on promet de révéler la place, qui bien entendu n'existe pas — a été considéré comme l’abrégé de arcane; ainsi encore Nyrop, I $ 592. La forme du dérivé est pourtant suspecte, et sans aucun doute, les deux mots sont absolument étranger l’un à l’autre. Arcat est un mot dialectal incorporé dans le langage des malfaiteurs à la suite de arcassien, avec le sens de <trompeur» emalin», cf. SaINÉAN, Arg. anc. p. 214, et dont se servent les malfaiteurs pour désigner celui qui se sert du moyen indiqué pour escroquer de l'argent. Dans ce même sens, arcas(s)ien est cité par Vipocq qui ne paraît cependant pas connaître arcat. Celui-ci appartient à différents dialectes et se trouve aussi en provençal, où il signifie «clôture de clayonnage pour empêcher le poisson de sortir d’un étang» (MisTRAL) — Je ne suis pas persuadé que SAINÉAN ait raison en rattachant arcas(s)ien au lat. ARcuSs. À mon avis, lat. ARCA offre un point de départ plus naturel. Le prov. mod. arco désigne en effet, d’accord avec arcat, une digue en clayonnage ou un réservoir pour le poisson. Anciennement aARcA a pris le sens de <caisse», qui se retrouve aussi dans l'ital. et l'esp. arca. Cf. aussi l'expression argotique française aller à l'arche = chercher de l'argent. D’après cette étymologie, arcas(s)ien serait donc originairement celui qui d’une manière ou de l'autre, cherche à remplir son coffre, sa caisse. Parmi les voleurs, cela se fait toujours par des moyens frauduleux; pour eux, le mot a certainement été une trouvaille. Quand il s’est agi de trouver un terme pour désigner l’escroquerie que commettent les arcas- (8)iens, on est tout naturellement tombé sur arcat.
D'après Ricaup et d’autres, bé— hotte de chiffonnier ci dû à une abréviation de berri. Selon ce qu’'atteste M. DRIESEN, le connaisseur le plus parfait de cet argot, ce dernier mot n’appartient cependant pas à la langue parlée par les chiffonniers; c'est de l’argot écrit. Il s'impose d'autant plus de rejeter cette étymologie que le procédé d'abréviation ne paraît pas être en vogue parmi les chiffonniers. Zé serait donc un de ces mots argotiques dont l'étymologie reste encore à expliquer.
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achar < acharnement [argot du peuple]: cité déjà par Vinoco: d’achar = avec acharnement, délibérément, etc., courant surtout dans l'expression d’autor et d'achar (voir d’autor); cf. en outre SAINÉAN, Sources II 215 et BRuaNT p. 8, 149.
Chic a été regardé comme l'abrégé de chicane (ainsi Dict. Gén., chic et Nyrop, 1 $ 522); j'ai pourtant peine à croire à cette dérivation, chic qui se rencontre dès le 17e siècle, étant antérieur à toute tendance d'’abréviation, et le sens ne se conciliant que difficilement avec celui de chicane. L'allem. schick ne satisfait pas non plus; dans ce cas, on s’attendrait à des graphies témoignant de l'origine étrangère. Avec KôrTiNG, je préfère voir l'origine de ce terme si en vogue aujourd'hui dans l'esp. chico = petit, Le chic c'est pour moi originairement le menu, le détail, peut-être d’ahord en terme d'art. En attribuant à entendre le chic (Dict. Gén. d'après Du Lorens, Sat. 12) le sens d'entendre par le menu, c'est-à-dire les détails, la finesse de qch, on me paraît pouvoir s'expliquer d'une manière assez claire le rapport sémantique demandé par cette étymologie. Elle tient compte aussi du sens de «subtilités», efinesses» que chic avait autrefois et qui paraît très ancien, cf. LiTrRé. Avec cette explication, le chic moderne ne serait autre que celui qui se trouve dans l’expression de chic en chic = petit à petit, relevée dans Dict. Gén.
Fripe est considéré par BrRuANT comme une forme due à l’apocope de friperie, dont il porte le sens. Cependant, fripe doit être l’anc. fr. frepe, Jerpe, etc, qui signifiait «frange», <chiffon» et qui correspondait à l’ital. et à l'espagn. felpa, sorte de peluche. Loin d'être l’abrégé de friperie, fripe en représente donc le radical. Tombé hors d'usage dans le langage ordinaire, le mot paraît être resté dans l’argot.
Pour pante — homme simple, facile à tromper, qui se trouve déjà dans le vocabulaire de Vipoco, je me range à l’avis de SAINÉAN, Arg. anc. p. 241, qui y voit un emprunt du provençal panto, pantre = rustre, pataud. DELvAu, LarRCcHEY et ViRMAÎTRE proposent de le dériver de Pantin = Paris, «les malfaiteurs des deux sexes considérant tout naturellement les Parisiens comme une proie excellente».
Pour pogne (f.) = main, force, je me range à l'avis de SAINÉAN, Arg. anc., p. 221, qui le rapproche du norm. poigne — main. D'après DeLvau el d’autres, ce serait l’abréviation de poignet (prononcé dans le peuple (poñe); dans ce cas-là, le genre de l’abrégé resterait inexplicable, l’abréviatif prenant toujours le genre du terme dont il est dérivé.
Rade n'est probablement pas l'abrégé de radis ni de radin (DELvau, VIRMAÎTRE) mais le terme primitif dont sont tirés ces mots ainsi que radeau, qui tous se trouvent chez Vinoco dans le sens de <tiroir de comptoirs, «pièce de monnaie». SAINÉAN, Ag. anc. p. 255 cite rade parmi les termes d'origine obscure. En Anjou, on connaît en effet un mot rade = planchette qui sert à niveler la surface d’un boisseau de grain; c’est peut-être le nôtre, cf. SAINÉAN, Sources II p. 430.
Parmi les abréviations on trouve cités aussi les deux participes fou = foutu [être fou := être perdu] et sui = suivi, qui font partie du vocabulaire des malfaiteurs qui s’en sont probablement servi dans un but dissimulateur. Cepen-
i RS | | D CL 4 sans os
admiss. (f.) < admission [argot des polytechniciens,. COHEN |.
aéro (m.) < aréoplane [terme général]. L’Aéro-club = club des aéronautes; aéro grec = corneille, corbeau Pouse de PORN cf. DauzaT, Argot p. 219.
aff (£.) < affaire; ce mot, relevé déjà par Vinocq, est certainement originaire de la langue des voleurs, où il désigne vol ou crime en voie d'exécution; maquiller une aff = comploter un mauvais coup; marroner une aff = manquer un vol: amunche d'aff = complice (DELEsALLE); cf. l'exemple cité par LARCHEY d'après La Patrie, % mars 1852. — Au pluriel, aff < affaires = menstrues, appartient à l’argot des petites dames (DeLzvau).
dant, ces participes ne doivent pas être considérés à proprement parler comme des abrégés. Sui existe tel quel dans les patois, cf. l'Atlas linguistique, carte n° 1716; cette forme doit donc être rangée simplement parmi les éléments dialecteaux qui font partie de l'argot des malfaiteurs. N’ayant pas retrouvé fou dans les patois, je suis porté à voir là-dedans une forme participiale refaite sur le présent ou l'impératif de ee verbe, cf. le nouvel infinitif du verbe ficher que présentent des phrases telles que: <vas tu m'fiche la païrx»r, <veux tu me faire le plaisir de me fiche la paix», etc., Courteline Lidoire et La Biscotte p. 12, 17). On ne trouvera pas non plus de formes tout accidentelles comme mélanco < mélancolique et testa <testament, cf. Nyrop, Grammaire 1 $ 522 Rem. 1. Pour finir, je cite un certain nombre de mots qui figurent comme des abréviatifs dans les différents vocabulaires où sunt puisés mes matériaux, mais qui sont en réalité des substantifs postverbaux: boulange (f.), qui désigne l’action de pétrir ou ce qu’on boulange, est considéré par Nyrop, Grammaire I $ 522 comme l’abrégé de boulangerie; formé directement sur le verbe boulanger, cf. LEeNÉ p. 111, DARMESTETER p. 50. console (f.), qui dans l’argot du peuple désigne une espèce de jeu de dés — offrant donc à celui qui a perdu une certaine «consolation» — est d'après LARCHEY un raccourcissement de ce mot; substantif postverbal cité par LENÉ p. 112. dèche (f.), qualifié par LarcHEY d'abréviation de déchéance, remonte directement à déchoir; cf, LENÉ p. 134.
invite (f.), terme de jeu, interprété par Decvau comme l'abrégé de invitation, n’a rien à faire avec ce mot; dérive directement de inviter; cf. LENÉ p. 122. prolonge (f.), enfin, est un terme courant dans l’argot des polytechniciens, où il signifie permission de minuit. M. Coex rattache prolonge à prolongation. Cette explication se heurte cependant à la difficulté — signalée du reste par M. CoHen lui-même — que le dérivé présente une finale qui ne se retrouve pas dans le terme primitif, ce qui cadre très mal avec le caractère général des abréviatifs, cf. plus haut p. 29. Prolonge n'est certainement pas l’abrégé de prolongation; c'est sans doute le verbe prolonger qu'il faut voir là-dedans. Prolonge existe aussi dans le sens de <cordage servant à traîner les canons», «chariots à munitions», etc., emploi certainement bien connu des polytechniciens. T’adoption de notre terme constitue donc dans une certaine mesure un jeu de mots.
H. Kjellman. 3
34 | Hilding Kjellman,
ag < agrément [argot du peuple]: «Payons-nous d'l'ag et fichonsnous du quart» (BRUANT).
alloc < allocation (aux femmes et parents des mobilisés) [argot militaire et terme populaire]; mot moderne.
alpa < alpaga [argot des commis des magasins de nouveautés, ViLLATTE] = vêtement, paletot en étoffe de laine d’alpaga.
Ambass, les < (café des) Ambassadeurs (à Paris) [terme général].
amphi (m.) < amphithéâtre [argot des écoles, Lancxey] = auditoire dans un établissement d'instruction quelconque et, par extension, cours, conférence, exposé verbal (fait dans l’amphithéâtre). ainsi que rassemblement, attroupement d'élèves, cf. Dauzar, Argot, p. 207, et L'argot de Saint-Cyr p. 255. — De nos jours, amphi désigne aussi l’amphithéâtre d’une salle de théâtre, p. ex». «Hier dans un grand théâtre des boulevards on lui remit un amphi> (dans un article de journal racontant l’aventure d’un soldat américain, août 1919). — A l'École polytechnique des composés tels que l’amphi-dance = le cours de dance, l’amphi-Poinca = le cours de M. Poincaré, sont fréquents, cf. COHEN p. 174.
ana < analyse [argot des polytechniciens, COHEN].
ana-patho < anatomie pathologique [argot des étudiants de médecine]. Ex.: «Venez me rejoindre au laboratoire d'ana-patho». Terme moderne.
anar < anarchiste [argot du bagne, BRuanT |.
anarcho < anarchiste [langage familier, DeLesaLLe]; employé par Fr. Coppée dans une chanson citée par DELESALLE.
ance < ancien [argot des polytechniciens] = élève de première promotion à l’École polytechnique et à l’École de Saint-Cyr; cité déjà par VILLATTE qui ajoute un renvoi au Matin 20.10 1884.
apéro < apéritif [terme général]. Ex.: «Allons prendr” l'apéro»; on va prendr’ l'apéro». Abrégé une deuxième fois en apé. Mots d'aujourd'hui.
applic < application [argot des polytechniciens, COHEN).
arce < arçcon [argot des malfaiteurs] = signal (BRUANT). — Arçon désigne le signe de reconnaissance entre les voleurs, appelé aussi accent. De nos jours, il s'exécute en crachant avec bruit en décrivant avec le pouce droit sur la joue un demicercle ou arçon (= petit arc), cf. SAINÉAN, .{rg. anc. p. 65.
Mots abrégés et tendances d’abréviation en français. 39
archi < architecture [argot des polytechniciens, ConEn|].
aristo < aristocrate; d’après DELvau, créé en 1848 par les faubouriens, cf. ci-dessus p. 9. — Aristo garde toujours un sens péjoratif, p. ex: Faire l'aristo, un tas d'aristos. Dans leur journal, les frères Goncourt écrivent le 21.4 1871: «Le délaissement dans lequel les femmes aristo laissent leurs enfants.»
arti (f.) < artillerie [argot des polytechniciens, CoHEN].
as dans passer ou courir à l’as = ne pas toucher sa part, sa paye,
tomber à l’as = être perdu de vue, etc., cf. EsnaurrT [argot des
tranchées]; bouffer à l'as = jeûner. Larcxey le tire de as (de
cartes), symbole de petite valeur, et suppose que le premier
sens est «n'avoir qu’un sou». Je me range cependant à l’avis
de M. Esnauzr qui le rapproche du verbe s’astiquer = mettre
en état (le fourniment militaire), en supposant une forme pre-
mière *passer à l’astic ou “à l'astiquage qui correspond, en ce
qui concerne le sens, à p ex. se brosser le ventre = ne pas avoir à manger.
aspi < aspirant [argot des tranchées] = grade entre adjudant et sous-lieutenant. Mot d'aujourd'hui.
assoce < associée [argot des couturières, VizLaTte); cf. ci-dessus p. 16. | astro < astronomie [argot des polytechniciens, Come].
auto (m. et f.) < automobile [terme général]. Cf: <Un déraillement a obligé ce matin M. Clémenceau à prendre un auto» (Rubrique de journal). «Un tramway Vitry-Concorde a tamponné hier quai Saint-Bernard une auto militaire du 2% groupe d'aviation de Villacoublay» (Article de journal). .
autobus < automobile + omnibus [terme général]; sur les différentes significations qu'a prises ce mot dans l'argot des tranchées cf. p. 15; cf. aussi p. 30. M. Nyrop parle de ce mot, Grammaire IV $ 78 Rem.
autotaxi (m.) < automobile + taximètre [terme général]; aussi taxiauto, laxauto.
auto(r) < autorité [argot du peuple]; cité déjà par Voco. Faire de l'autor = être autoritaire (BruanT). — D’auto(r) = avec autorité, délibérément, etc. Ex: «ll a d'auto chipé la salle» (BRuANT). Cf. la phrase suivante que E. Sue met dans la bouche de La
36 Hilding Kjellman,
Chouette dans Les mystères de Paris: «Dis donc, fourline, la première fois que nous trouverons la Pégriotte, faudra l’emmener d’autor (= avec force) — Jouer d'autor = jouer d’autorité, sans aller aux cartes [argot des joueurs d’écarté, LarCHEY]. Ordinairement on joint les deux termes d’autor et d'achar, employés ensemble en terme de jeu dans le sens indiqué. L'expression d’autor et d'achar, citée aussi par DEzvau, Riçaup et d’autres, signifie également <avec grand acharnement», esans répliquer», <en grande hâte». Ex.: <J'applaudis d'achar et d'autor» (BRuANT).
auxi < (soldat) auxiliaire [argot des tranchées]; mot d’aujourd’hui.
auxigo < auxiliaire [argot du peuple]: «Cest des gonces quand ÿ's sont dans l’hallon, i’s cherchent à s'faire employer auxigos, pour êt’ bien avec les gâfes (Bruanr). |
bac < baccarat [argot des petites dames, DeLvau]. LARCHEY en cite un exemple datant du milieu du siècle dernier (A. Second). Tailler un bac = jouer au baccarat (DELESALLE). .
bac < baccalauréat [argot des écoles]; cité d’abord par LarcHeY; bibac voir bachot.
bacha < Bacharach .[argot des polytechniciens] = cours d'allemand, d'après le nom du professeur d'allemand, M. Bacharach; de nos jours tombé hors d'usage, cf. CoHEx p. 179, 189.
bachot < baccalauréat sous l'influence de bachelier [argot des écoles, Dezvau, Ricaup]; de nos jours terme général signifiant baccalauréat aussi bien que bachelier; désigne de même l’école préparatoire au baccalauréat et l’aspirant bachelier. Ex: Il a son bachot, Un petit bachot. — Bibachot = deux fois (bis) bachelier (bachelier ès lettres et ès sciences); de même bibac. Ces deux derniers mots sont cités d’abord par LARCHEY, Suppl! — Sur bachot on a formé le verbe bachoter = préparer son baccalauréat ou préparer qn au baccalauréat, et le substantif bachotier = préparateur au baccalauréal (Ronxe).
bagots < bagages [argot des porteurs et du peuple]: faire des bagots = décharger et monter des bagages; mot d'aujourd'hui.
1 Sur les mots bac et bachot voir Ropxr. Essais I p. 70 et Basson. Guy de Maupassant p. 137.
Mots abrégés et tendances d’abrévi ationen français. 37
— Sur cette abrévialion on a formé le verbe (se) bagoter =
marcher, errer, employé aussi par les soldats, ainsi que le
subst. bagotier, cf. SAINÉAN, Argot des tranchées p. 32 et
EsnauLT. — Bag, qui s'emploie dans le même sens, doit être
un emprunt à l'anglais. |
bas-off, bazof < bas-officier [argot des polytechniciens] = adjudant
sous-officier de l'École polytechnique; le mot est employé aussi
à Saint-Cyr pour désigner l’adjudant du cadre, cf. L’argot de
Saint-Cyr p. 362. RicauD en cite un exemple emprunté à Maizeroy, La vie moderne, le 15 sept. 1879.
bat d’Af, les (f.) < les bataillons d'Afrique [argot militaire]: <Ah! l'pauv’ frangin, c’ qu'on t’ l'a envoyé chez les Arbis, aux bat d'Af avec les joyeux (Bruant). Prononcé aussi badaf.
bath < batif [argot des malfaiteurs, Vinocqo|]; cf. S4INÉAN Arg. anc. pp. 50, 293 = remarquablement beau ou bon ou agréable; au temps de DeLvau, bath était une expression courante dans le demi-monde; de nos jours on l’entend un peu partout.
Batingues, les < les Batignolles [argot du peuple], Pêle-mêle, 7. 6 1920; sur la forme cf. ci-dessus p. 29.
bâton < bataillon (écrit bat °) [argot militaire]; cf. ci-dessus p. 18. Père-baton = chef de bataillon [DauzarT]. Termes modernes.
belvé < belvédère [argot des polytechniciens, CoHEx].
bénef < bénétice [argot des bohêmes et du peuple, Dezvau]. LARCHEY en cite un exemple datant du milieu du 19 siècle (A. Second). Bosson At. — Mange-bénef (m.) [Ricaup] = dissipateur.
berzé < Berzélius [argot des polytechniciens] = horloge, montre. Une légende unit dans une même aventure le physicien Berzélius et la grande horloge de l'École polyt.,, cf. CoHEN p. 180 et l'ouvrage de M. M. Lévy et PixerT, qui malheureusement n’a pas été à ma disposition.
bibli, biblo (f.) < bibliothèque [argot des écoles]. Ricaup cite les deux formes, LARCHEY ne paraît connaître que la première.
biblo(m.) < biblorapte [argot des bureaux] = classeur de lettres. Terme moderne.
bica < bicarré [argot des polytechniciens] = candidat à l'École polytechnique, cf. COHEN p. 181.
38 Hilding Kjellman,
bicot < arbico(t) [argot militaire et du peuple, BruanT] = arabe; arbico(t) = arabe d'Algérie est le diminutif de arbi, déformation de arabe à l’aide du suffixe populaire -bi: cf. chassbi. Dans le récit d’un combat en Algérie, inséré dans l'Écho de Paris le 24 janv. 19920, la phrase suivante est mise dans la bouche d’un caporal (il s’agit du nombre des arabes asaillants): «300 mais des bicots, ça ne compile pas». Cf. aussi DauzaT, Argot p. 299.
qif < bifteck [argot des garçons de restaurant]; l'emploi de cet abrégé paraît restreint au Midi.
biff < biffin [argot des tranchées] = fantassin de ligne. Terme moderne. La biffe = l'infanterie: <ll s’est engagé dans la biffe pour trois berges» (BRuANT).
bifur < bifurcation [argot des employés de chemin de fer]. Dans le Jura, sur une petite ligne départementale, on a donné le nom de Gare de Bifur à une gare installée près d’une bifurcation; tout le pays s'appelle aujourd'hui Bifur.
bigor < bigorneau [argot des soldats] = artilleur de marine. Sur l’origine de bigorneau dans ce sens, voir ESNAULT, d'après qui l’abrégé aurait été usuel à Brest dès 1885. En usage aussi à l'École polytechnique, cf. CoHen p. 176. — Sur bigor on a formé bigorre (f.) = artillerie de marine. |
binaise (f.) < combinaise < combinaison [argot des tranchées, EsNAULT] = plan habile. D’après un exemple cité par VIRMAÎTRE l’abrégé paraît avoir appartenu avant la guerre à l'argot du peuple.
binet < cabinet [argot des polylechniciens, Conex]. Binet de ser < cabinet de service, dans le même argot.
bistro(c) < mastroquet = marchand de vin, déformation sous l'in- fluence de termes plus ou moins argotiques tels que bibine = buvelte, biberon, bibard, bibassier = buveur, tous reproduisant la syllabe initiale du lat. BIBERE Mastroquet a été abrégé en mastroc, d'où d'abord bistroc (Bruant) par la déformation signalée. La tendance à terminer les abrégés par une voyelle accentuée et notamment par — o (cf. ci-dessus p. 26) a amené la forme bistro, employée par Méténier dès 1885. Bistro passe en terme général, jouit de nos jours d’une très grande popularité. — D'après ViIRMAÎTRE, on dirait aussi, dans l'argot du peuple, des petits commis des magasins de nouveautés qu’ils sont des bistros. — On trouve aussi la forme bistrot, d'où au
fém. bistrote, p. ex.: «il était occupé à chatouiller de loin le creux. de la main de la bistrote (Dorgelès, Les croix de bois p. 188).
bit < habit [argat des polytechniciens, COHEN].
bleau < (élève de l'École d'application et d'artillerie de) Fontainebleau [argot des écoles]; cité déjà par VizLaTTE (1890).
boc < boccard (SAINÉAN; d’autres écrivent bocard) = mauvais lieu habité par des femmes de mauvaise vie, aussi café, débit de boisson. L’abrégé, qui est cité d’abord par DELvAU, paraît appartenir à l’argot du peuple et des soldats; il se trouve encore dans le lexique de BRuANT, qui le qualifie de vieilli.
boche < caboche: allemand (?)= allemand; ce mot originaire de l’argot du peuple et qui depuis la guerre est passé en terme général, a suscité toute une littérature, cf. Ecise RIcuTER, Z f. neufr. Spr. u. Laitl., t. 45 p. 191 et suiv., STENHAGEN, p. I, ESNAULT (qui le dérive de alboche), SAINÉAN, Arg. des tranchées p. 9, etc.
bonime < honiment (dérivé de bonnir = parler) [argot du peuple] = discours, annonce verbale d’un spectacle, racontars, etc.; abrégé une deuxième fois en bont, cf. Nyrop I $ 522.
bougnat (f. bougnate) < charbougnat [argot du peuple] = charbonnier, dont charbougnat est la forme auvergnate. Le terme doit son origine à ce que les charbonniers de Paris sont en général d'Auvergne. Bougnat est cité par ViRMAÎTRE, d’après qui le terme aurait été créé vers la fin du siècle dernier. — Abrégé une deuxième fois en bougne.
boule < bouledogue [argot des voyous]; cité par BRUANT.
Boul-Ger < Boulevard Saint-Germain. Cette abréviation comme les autres abrégés des noms de boulevards doit être créée d’après Boul-Mich, qui paraît le plus ancien. Boul-(rer est cité d'abord par LarcHey. Terme courant.
Boul-Mann < Boulevard Haussmann; cf. ci-dessus et p. 30.
Boul-Mich < Boulevard Saint-Michel [argot des étudiants]; courant au temps de Ricaup; cf. p. 9.
bouret < tabouret [argot des polytechniciens, CoHEN|].
braco < braconnier [argot du peuple, BruanrT]; mis dans la bouche d’un bûcheron par Bazin, Lé blé qui lève p. 3.
branco < brancardier [argot des soldats]. Ex.: «On avait nos deux paquets de pansements et les brancos nous en ont encore balancé z’un» (Barbusse, Le feu p. 59). Mot d'aujourd'hui.
40 Hilding Kjellman,
brig-four < brigadier-fourrier [argot militaire]; cité déjà par Fueaun, d’après qui le mot serait un terme employé par les soldats de cavalerie. Sur l’origine cf. plus haut p. 17.
brousse < cambrousse [argot du peuple] = campagne. Ex: «On avait dit qu'on s'offrirait un bon coup d'rigolade dans la brousse» (BRuANT). — Cambrousse est emprunté aux patois provençaux, Cf. SAINÉAN, Arg. ane. p. 9245.
bulg(ue) < bulgare [argot de l’armée de l'Orient]; aussi boulg, abréviation de ce même mot prononcé à l'orientale, cf. Dauzar; Argot p. 229.
Bull(- Park) < (le jardin) Bullier [argot des étudiants, Dezvau]; doit être formé sur le modèle de l'angl. Hyde Park, etc.
bus < autobus ou omnibus [terme général]; <on a pris l'bus pour nos trois flèches» (Bruant). RoDur, Essais p. 71, aF. — Dans l’argot du peuple, bus désigne la voiture publique (BruanrT).
cab, cabot < cabotin [argot des faubouriens, Dezvau]. Ex: «porter secours à ces mauvais cabots (Journal des Goncourt 1.2 1866). Sur le sens du mot cabotin voir Ronxe, Essais p. 64.
cab(e) (m.} < cabot [argot des malfaiteurs, Vinoco] = chien. Sur ce mot voir SAINÉAN, Arg. anc. p. 48, 215 et TauBe p. 11.
cab-four < caporal-fourrier [argot militaire]; ce terme que je ne trouve cité que par DÉGHELETTE et EsnauLT, a dû être créé sur le modèle de brig-four, plus ancien, cf. ci-dessus p. 17.
cabi < capitaine [argot des soldats].
cablo < cablogramme [terme général]; mot moderne, cf. p. 17.
cabo(t) < caporal [argot des soldats, Rieaup]. Dans l'argot des tranchées, on connaît les composés suivants: cabot-graillon (graillon nom argotique de cuisinière malpropre) et cabo-rata = caporal d'ordinaire, ainsi que cabo-cuisto (ESNAULT). BRUANT connaît aussi les formes cabji, cf. ci-dessous fromgi, et cab, p. ex. cub à la tisane, cab au copahu = caporal d’infirmerie.
cabrio < cabriolet [argot du peuple] = chapeau de femme d’une certaine forme qui ne se porte plus; cité par ViILLATTE. D’après ViRMAÎTRE qui ne paraît pas connaître l’abrégé, allusion à la forme de capote d’un cabriolet. Tombé hors d'usage de nos jours.
Mots abrégés et tendances d’abréviation en français. 41
caf-conce < café concert [argot du peuple]; terme d'aujourd'hui. calic < calicot [VrLaATTE]; doit être tombé hors d'usage de nos jours. calo < calorifère [argot des polytechniciens, CoHEN|.
calot < calotin [argot des voyous, VILLATTE] = prêtre (terme de mépris); paraît être tombé hors d’usage de nos jours.
camaro < camarade [argot des faubouriens, Dezvau]; se trouve aussi dans les vocabulaires de Riçaup, de LARCHEY et de VIRMAÎTRE; LaARCHEY en cite un exemple de 1859.
cambri < cambrioleur [argot des voleurs?]= dévaliseur d’habitations: «c'était la crème: rien qu’ des broches et des cambris. Ah! c'tte soce!> (BRüANT)
campe (f.) < campagne [argot des malfaiteurs, DELESALLE] < campagne, pays.
can < canon dans l’expression prendre un can sur le comp l[argot du peuple, ViizaTre] = boire un verre de vin debout au bar (comptoir); compte pour comptoir est cité par BRuANT.
capi, capite < capitaine [argot militaire] = capitaine. — Dans l’argot de Saint-Cyr, capite, désigne un officier de service à l’école; de ce milieu, il s’est probablement répandu dans l’armée et a subi une deuxième abréviation en capi.
carburo < carburateur [argot des ouvriers d'usines]; terme d’au- ‘ jourd’hui.
case < casino [argot du peuple]; cité par ViLLATTE et BRUANT.
casert < casernement [argot des polytechniciens]|; le -£ n’est pas prononcé, cf. CoHENn p. 176.
cassico < cassis cognac [argot des soldats] = mélange de cassis et de cognac; appartient aux termes militaires communiqués à LaRcHEY par Palat, officier de l’armée d’Afrique. — Aussi cassis-cogne: Voix de cassis-cogne = enrouement résultant de libations (BRuANT). |
catau < Catherine [argot du peuple, ViLLATTE] = femme de mauvaises .mœurs; on connaît aussi les formes cateau, cato, catin et catiche. BRuANT écrit catho, cathau. — Dans l’argot des enfants, catin a le sens de »poupées.
49 H'iding Kjellman,
Catho, la < (l'Université) catholique f[argot des écoles]; cf. p. 13.
cavalo [m. ou f.] < cavalier, cavalerie [argot du peuple] = cavalier, cavalerie; dans les deux sens cité par BRuANT.
cazo < cazoar [argot de Saint-Cyr] = le plumet de la galette de S. C. (BRUANT).
ces mess < ces messieurs [argot des malfaiteurs] = les agents de police; ce terme appartient à ceux communiqués à LARCHEY par le docteur Lamblin; l’abrégé date donc certainement de la première moitié du 19° siècle; sans se douter de son origine, un journal du 3 octobre 1882 a dit que les malfaiteurs de cette époque attribuaient le nom de Cémaisse, qui est évidemment notre abréviation, au commissaire de police (LarcHEy, Suppl. p. x).
champe < champagne; cité par DELvau, d'après qui cet abrégé fait partie du vocabulaire du demi-monde [argot de Breda-Street |; l’'abrégé est connu aussi de BRuANT.
chand (f.-e) < marchand(e) [argot du peuple] = marchand(e); ne paraît s’employer qu'avec complément: Chand de vin = bistro, cabaretier, cité par ViILLATTE, DELESALLE et BRUANT; ce dernier en cite l'exemple suivant: «D'’ordinaire, dans les expéditions de ce genre, les agents ont la ressource classique du chand de vin» (Goron). Chand d'habits = marchand d’habits, cité par ViLcaATTE d’après M. Willy, collaborateur au Gil Blas, et connu aussi de DeLEesazLe. Dans un petit extrait d'un poème de R. Ponchon, cité par BRuANT p. 307, on trouve enfin dans le vers suivant un troisième emploi de chand: «Chez le chand de crayons nommé Bureau Mangin.»
chandail < marchand d’ail [argot du peuple, passé en terme géneral] = sorte de veste ajustée, ou maillot de laine ou de coton, (suéd. olle), porté d’abord par les marchands résidant aux Halles. Nom généralement adopté aujourd’hui et qui figure même dans les catalogues des maisons de nouveautés. — Sur l'histoire de ce mot, cf. SaIméAN, Arg. des tranch. p. 26; cf. AUSSI STENHAGEN pP. VII.
chassbi < chasseur + le suffixe -bi, le même qu'on a dans arb (de arabe), fourbi (de fourrier) et d’autres mots populaires. de préfère cette explication proposée par EsnauzT à celle de DauzaT, d'après qui chass(e)bi < chasseur + biffin. Pour la
CRDP RTE LS TEEN Pr ES de re. re LS À Lu sr Rte Fe it Z et
Mots abrégés et tendances d’abréviation en français. 43
discussion de l’étymologie de ce mot appartenant à l'argot des tranchées. ainsi que des différentes significations qu'il a prises dans la langue des soldats (chasseur alpin, chasseur : pied, avion de chasse, etc.) voir ESNAuULT, chassbi.
chass d'Af < chasseur d'Afrique [argot militaire]; cité par VILLATTE d’après un roman paru en 1883; il est connu aussi de DÉGçuE- LETTE mais ne se trouve pas dans le vocabulaire d’EsxauLr.
chasse-pattes (in.) < chasseur à pied [argot des tranchées]; substitution de patte pied dans une forme chass.-pied due aux abréviations sur registres (ESNAULT). DAUZAT, Argot, écrit chass’ bat.
château < châteaubriand [terme général orginaire sans doute de l'argot des garçons de restaurant].
chi (£) < chimie [argot des polytechniciens, COHEX|. choco (m.) < chocolat [argot des polytechniciens, CoHEX |. chromo (f.) < chromolithographie [argot des ouvriers d'imprimerie].
ciné < cinéma (m.) < (théâtre) cinématographique [termes généraux |. Le terme le plus usité doit être cènéma, dont ciné est une deuxième abréviation qu’on voit assez souvent aujourd'hui. «Paris sans ’cinés’ ni music-halls» (rubrique de journal à l'occasion de la grève des employés de ces établissements, sept. 1919). Le Ciné-Opéra, théâtre cinématographique bien connu à Paris. Cf. «Ciné Max Linder», annonce renfermant évidemment un jeu de mots et qui se voit tous les jours dans les journaux de Paris. La forme cinémato citée par Dauzar, La langue fr. d'aujourd'hui, ne devrait guère être usitée au- Jourd'hui. — Dans largot des tranchées, cinéma prend les sens de «bataille», de «hordel» et de »chiqué», etape-à-l’œil», voir ESNAULT, cinéma.
cipal < (garde) municipal [argot des voyous et du peuple]; cité d'abord par DeLzvau. ViRMAÎTRE donne ce petit bout d'une chanson populaire: «ll est franc et loyal, Y craint pas le cipal». De nos jours, les cipaux = les gardes municipaux = la garde républicaine est d'un usage courant. —-La cipale = la piste municipale du bois de Vincennes, l'Auto 1. 6 1920.
clyso < clysopompe [argot des hôpitaux militaires, DauzaT] = in. firmier qui apporte cet appareil.
44 Hilding Kjellman,
co < conscrit dans l'expression un petit co [argot des élèves de Saint-Cyr] = élève de première année. Dérivé fautivement de copain par ViLLATTE, qui cite le mot d’après le roman de Max Aubray, Le 145° Régiment. |
coco < cocaïne [terme générall. Est-ce là l’origine de coco pris dans -le sens de «eau de vie» (Ricaup), d’où dans l’argot des tranchées «essence de pétrole» et par métonymie «aviateur»? Cf. ESNAULT, coco.
cocon < co-conscrit [argot des polytechniciens] = camarade de la même année; pour la dérivation de cet abrégé, je m'en rapporte à M. CoHEn, qui cependant ne la cite qu'avec une certaine hésitation. Sur les dérivés de ce mot, voir CoHEN p. 188.
coeff < coefficient [argot des polytechniciens, Coner|; cf. ci-dessus p. 18.
coffin < Coffinières, général [argot des polytechniciens] = armoire, commode; cf. CoHEex p. 179.
cogne < cognac [argot du peuple, Ricaup]; s’emploie, par extension, pour toutes les eaux-de-vie: Prendre un petit cogne = un petit verre; verre de cogne est employé par Huysmans, Marthe. — Sur cogne au sens de <gendarme», «agent de police», proprement celui qui cogne ou tape, voir SAINÉAN Arg. anc. p. 87.
collabo < collaborateur; cité par Larcney et employé par Commerson en 1875. |
colo(n) < colonel [argot des soldats]: employé aussi par les polytechniciens, cf. Conen. L’abrégé est cité d’abord par Riçaup. Probablement, colo est la première forme abrégée, d’où colon a été tiré par un jeu de mots tout indiqué. Won colon — mon cher ami, mon poteau (Larousse, Dict. des termes mail.).
coloro < coloration [argot des tranchées] = vin; cf. DauzaT, Argot p. 95.
combine < combinaison [terme général]. «La combine! Mot nouveau, lancé surtout pendant la guerre et voulant dire bien des choses, ordinairement malpropres; il est en vogue aussi bien dans la société des apaches que dans les salons de l’aristocratie. — Chacun cherche une combine, c'est-à-dire le moyen de vendre quelque chose en y gagnant beaucoup sans regarder d’où vient la marchandise ni vérifier la moralité du vendeur . ... — Combine, voilà le mot à la mode; sans la combine pas de conimerce; rien. Il faut en passer par là si l’on veut un
Mots abrégés et tendances d’abréviation en français. 45
article quelconque, que ce soit un pneu ou un paquet de tabac; il faut la combine» (Henri Bourdon dans Havre-Automobile, 1919). D'après ESsNauLT, combine, p. ex. marcher dans la combine = être du complot, était usuel à Paris et à Nantes dès 1911. — En dehors de «plan habile» il désigne aussi, dans la langue des soldats, un costume de vol, vêtant les bras et les jambes d'une seule tenue (EsnauzT), chacun de ces deux sens sortant du sens correspondant de combinaison.
combinaise voir binaise et combine.
come < commerce [argot des voyous, Dezvau]; cité déjà par Vinocq.
come < comite [argot des malfaiteurs] = officier de galères; cité par LarcHEY, ViLATTE et BRuANT. LiTTRÉ qui fait figurer ce mot dans son dictionnaire, paraît le tirer du lat. coMEs, en remarquant que c’est le synonyme de comite, dont il est une forme plus régulière. — De même, sous-come, grade inférieur dans le même corps, cf. BRuANT p. 240.
comm if, comif < comme il (prononcé: i) faut [argot des ouvriers et du peuple] = distingué: «C'est à côté des fortifs, On n’y voit pas d'gens commifs Qui sent l'musque» (BRuANT).
L’abréviation se trouve pour la première fois dans le dictionnaire de Ricaup, qui la cite sous cette forme: «T’as rien l'air comme if.» |
commiss < commission [argot des polytechniciens, COHEN]. comp < comptoir; voir can.
compos (f.) (ls ne se prononce pas) < composition [argot des écoles]. Ex.: compos de philo, compos de math; cité par LarcHEY qui cependant écrit compose.
concours gal < concours général (écrit: g*!) [argot des écoles]; cf. ci-dessus p. 18.
condice, condisse < condition [argot du peuple]; relevé par BRuANT dans le sens de «logement».
consom(m) < consommation [argot du peuple, DeLzvau, RiGaup |; Lar- CHEY en cite deux exemples empruntés à Mornand et à Boué de Villiers; de nos jours cité par BRUüANT.
46 Hilding Kjellman,
contre-app < contre-appel [argot des polytechniciens]; cf. CoHEn p. 192.
convalo (f.) < convalescence {[argot des tranchées]. Ex.: «Après l'hosteau (= hôpital) on m'a mis en convalo» (Benjamin, Gaspard p.293). Employé aussi par Barbusse et d’autres, cf. ESNAULT.
converse < conversation [argot du peuple]. «il m'a tenu une converse de plus d’une plombe». Faire à la converse = voler en conversant (BRUANT).
cope < copie [argot des typographes, DELvau] = manuscrit. Ex. Avoir de lu cope = avoir un manuscrit à composer; cf. p. 19.
copé (f.), copette (dém.) < coopérative [argot des tranchées]. Ex.: «Est-ce le vin de la copé ou du bistro?» (Question de grand intérêt pour le soldat, celui-là étant vendu 20 à 25 sous, celui-ci 30 à 35 sous par litre). Le projet de créer au Palais- Bourbon une coopérative et un restaurant est annoncé par l'Écho de Puris (13.1 1920) dans les termes suivants: <La ‘’coopé’ et le grill-room du Palais-Bourbon (rübrique)..... Environ 275 députés se sont dès à présent fait inscrire sur la liste des futurs membres de la ’coopé’ de la Chambre». — Avant la guerre employé en Suisse. |
corio < Coriolis [argot des polytechniciens] = fontaine de salle. Le général Coriolis, étant chef de l’École polytechnique, y a fait installer des fontaines, d’où ce terme. Dans le même argot, hypercorie = couvercle du corio, hypocorio = réservoir placé sous le corio, cf. COHEN p. 178.
corri < corridor [argot des polytechniciens, Rigaun, et des écoles], Cf. COHEN p. 175.
cosmo (f.) < cosmographie [argot des écoles, LarCHEY, Suppl.|.
croc < escroc [argot des voyous et du peuple]; se trouve dans tous
les lexiques d'argot; cité même par LiTTRÉ qui remarque expressément qu’il considère croc comme une corruption du mot escroc.
croch < crochet, voir neg.
[croche, crocher < accroche, accrocher |.
1 Crocher [argot des voleurs] = saisir, pincer, cf. SAINÉAN, À7g. anc. p. 125°
Rigaud connaît aussi le subst. croche = main, qu'il tire de accroche. Si le
subst. a existé, je voudrais l'expliquer par un passage l’accroche (l'impér. du
verbe accrocher substantivé, cf. accroche-cæurs — boucle de cheveux) > la croche; cur se subst. on aurait ensuite formé le verbe crocher.
Mots abrégés et tendances d’abréviation en français. 47
eu < cumulus [argot militaire], dans les composés cirro-cu et altocu désignant certaines formes de nuages (EsnauLT); cf. p. 18.
cuir < cuirassier [argot militaire]; cf. ci-dessus p. 18.
cuiso < cuisinier (militaire) [argot des tranchées]; d’après Esnauzr d'un emploi beaucoup plus rare que le suivant, qui probablement en est le prototype; terme d'aujourd hui.
cuisto(t), cuistau [graphie due sans doute à restau(rateur)] < cuistancier [argot des soldats]; cuistancier est à cuistance comme cuisinier à cuisine, et cuistance, à son tour, dérivé libre de cuisine, est suffixé comme ses synonymes béquetance et croustance (EsNauLT). D'après ESNAULT, cuisto(t) aurait été créé vers 1894. Au fém. cuistote — cuisinière.
culti < cultivateur [argot des tranchées]. Mot d'aujourd'hui, rare. cyclo < cycliste [argot des tranchées, Esnaurr]. Terme d'aujourd'hui.
dactylo < 1) dactylographe (m. ou f. d’après le sexe de la personne dont il s’agit) 2) dactylographie (f.) [terme général]. Ex.: Pauvres petites dactylos (l’Intransigeant, août 1919); cf. en outre sténo.
dauffe, doffe < dauphin [argot des malfaiteurs, Vinoco] = pince, coutre. Daufe se trouve déjà dans le Rat du Châtelet (1790) et paraît être le premier exemple du phénomène de l’apocope. Cf. SAINÉAN, Arg. anc. p. 48; cité encore par DELESALLE et BRUAN T
déci (f.) < décision [argot des polytechniciens, CoHen|. dégui (m.) < déguisement [argot des voleurs, DeLvau]; déjà dans
le vocabulaire de Vinoco, cf. SAINÉAN, Arg. anc. p. 49; cité par DELrsALLE sous la forme déguis.
Délass com, les < théâtre des Délassements comiques [argot du demi-monde, Dezvau]. Ce théâtre fut supprimé en 1866 ou en 1867, à la suite de quoi le nom tomba en désuétude.
délige < diligence [argot des voyous, DeLzvau]; cité déjà par Vinoco, Cf. SAINÉAN, Arg. anc. p. 4.
demi-sup (m.) < demi(-bouteille de vin) supérieur [argot du peuple, DELESALLE |.
démoc, démoc-soce < démocrate, démocrate-socialiste [argot du peuple, Dervau]; «Nous savons que la Patti affectait un dédain
48 | Hilding Kjellman,
tout aristocratique — avant d’être M" Nicolas, elle était marquise, s’il vous plait! pour notre France de démocs-socs (E. Lepelletier). LarcHEY en cite un exemple d’après un ouvrage de Chenu paru en 1848; cf. ci-dessus p. 17.
der < dernier [argot des enfants, DeLvau]; cf. G. Paris, Romania t. XVII p. 101 et Nyrop I $ 519 D’après Jaubert, Glossaire du Centre II 211, M. Nyropr cite aussi la forme dergne. — Dans Dorgelès, Les croix de bois p. 199, je lis la phrase suivante: «Eux, fanfarons, s'étaient remis à boire: la tournée du gagnant, puis ‘le dernier’, puis ‘le der des der’....... » L'expression est évidemment prise dans le langage enfantin.
des (f.) < (géométrie) descriptive [argot des écoles]; abreviation courante surtout dans la classe des mathématiques. Mot d'aujourd'hui.
dico < dictionnaire [argot des écoles].
dif < difficile [argot du peuple]: «c'est pourtant pas si dif que ça d’gratter du jambonneau.» (BruanT). Pas dif = facile.
distrib(e) (f.) < distribution [argot militaire] Employé couramment par R. Dorgelès dans Les croix de bois p. ex: <Un gars qui débarque, qui croit que les carottes ça pousse chez le fruitier, c’est tout ce que tu trouves pour envoyer aux distribes» (p. 22); mot d’aujourd’hui.
ef <effet [argot de Breda-Street, DeLvau]; faire de l'ef = briller, faire des embarras; paraît tombé hors d’usage de nos jours.
émoss (prononcé emo:s) < émotion [argot du peuple, Dezvau, Ri- GAUD, etc.]: <ll ne se fait pas de mousse (= émotion); il va son petit bonhomme de chemin, sans émôsse.» (BRuANT)
époil < époilant [argot des polytechniciens] = épatant, Cf. CoHEN p. 186.
es < escroc [argot des voyous, DeLvau]; cité aussi par Riçaup LARCHEY, VILLATTE, DELESALLE et BRUANT; ViRMAÎTRE ne l’a pas. Tombé hors d'usage d'aujourd'hui?
esçca < escalier [argot des polytechniciens, CoHEN].
escame < escamoteur [argot du peuple]; cité par ViLLATTE d'après le Petit Journal 21.9 1885; se trouve aussi dans le vocabulaire de DELESALLE.
Mots abrégés et tendances d’abréviation en français. 49
esque < esgard, dans l'expression faire l’esque [argot des voleurs] = garder une part de vol qu’on était convenu de remettre à des complices (DELESALLE). |
estome < estomac [argot des faubouriens, DELvau] = estomac, courage; LARCHEY en cite un exemple emprunté à Monselet (milieu de 19° siècle); se trouve dans les vocabulaires de DELESALLE et de BRUANT.
état-maj (m.) < état-major [argot des polytechniciens, Con]; par un jeu de mots bien compréhensible déformé dans les tranchées en élamage, d’où étamächoire (m.), même sens; cf. cidessus p. 19.
exame < examen [argot des écoles, LARCHEY|.
exer < exercice [argot des polytechniciens, CoHEN|]. explic < explication {argot des polytechniciens, CoHEN|.
export-cass < export cassis [argot des garçons de café]; apéritif à la mode aujourd'hui.
exté < extérieur {argot des polytechniciens, CoHEN|. fac < faculté [argot des étudiants]; mot d'aujourd'hui.
familo < familistère = établissement où plusieurs familles vivent en commun; cf. DaAuzaT, Argot p. 260.
fana < fanatique [argot des polytechniciens, AE ef. aussi Dau- ZAT, Argot p. 207.
faub “Saint-Germ(e) < faubourg Saint-Germain fargot du peuple] ne
distingué: «Moi, j'suis pas faub Saint-Germe et j fous mon … ‘ poing su’ la gueule à celui qui veut s’payer ma poire» (BruaNT). Her
fifrits < salsifis' frits [argots des polytechniciens, CoHEN].
fignard < troufignard [argot du peuple] = derrière. — Je résume ici l’histoire de tout un groupe de mots du sens de «derrière: telle qu’elle a éte établie par Bruant p. 156 et suiv. La vieille expression argotique éroufignon, origine de toutes ces formations et qui date au moins du XVI° siècle, s’est d’abord transformée en troufignard et troufion; puis ces trois termes ont subi l’aphérèse, d’où les abrégés fignon, fignard et fion; par une nouvelle abréviation fignon > figne et fignard > gnard, d’où par réduplication gnagnard, cf. plus bas p. 71.
? Salsifis est une plante potagère dont on mange les racines comme légume. H. Kjellman. ° 4
50 Hilding Kjellman,
fil < filou [argot des voyous] = filou, voleur; par calembour fil de soie, même sens (BRUANT).
flexe < (accent) circonflexe [argot des typographes]; terme moderne.
flingue (m.) < flingot [argot des tranchées]. D'après DAuzAT, Arg. de la guerre p. 118, flingot représente la Flinte allemande munie de la terminaison argotique -got.
forte < fortune dans l'expression bonne forte [argot du peuple] = bonne aventure (BRuANT).
fortifs, les (f. pl.) < les fortifications (de Paris) [terme usuel à Paris]; cité d’abord par eu (1881) ; de nos jours p. ex. Gyp, Ceux qui s'en f... p. 21.
fouloc < fous le camp [argot L polytechniciens]. L’o a été introduit ou bien pour donner à ce mot une forme plus viable, ou bien à l’analogie de tirog (cf. plus bas p. 68), qui d'après CoHEN est pourtant chronologiquement postérieur; de fouloc on a tiré fouloquer, cf. ConEen p. 172.
fourbi < fourrier [argot militaire] — fourrier, paquetage; cf. ci-dessus p. 42, chassbi, et Larousse, Dict. des termes mil.
frange < frangin; l’abrégé est relevé par Bruant dans le seul sens de +<camarade»; frangin (au fém. frangine) = frère, d’origine obscure, appartient à l’argot des malfaiteurs et fait son apparition au commencement du siècle dernier; se trouve dans le vocabulaire de Vinocq et paraît avoir joui, dans les milieux où il s’'employait, d'une certaine PORPAPUES cÊ. Fu Arg..anc: p. 254 et ailleurs. |
frigo (m. et f.) < viande frigorifiée [terme général]. La frigo est une rubrique que ces derniers temps on a vu presque quotidiennement dans les journaux français. Pour le genre masculin, cf. exemple suivant: <Broucke, dépenaillé, demi-nu, découpe du frigo» (Dorgelès, Les croix de bois p. 72). Dans l’argot des tranchées, frigo est aussi le sobriquet d’un major aux manières glacées, d’où l'expression déguisé en frigo = gelant de froid, cf. ÉSNRURE p. 254. — EsnaurT ne donne que le genre masculin.
frome, fromgi, (fromlo) < fromage; frome est donné par DeELvau, ViLLATTE et BRUANT, fromgi par VILLATTE, VIRMAÎTRE, DELESALLE, BRUANT, ESNAULT, etc.; les deux formes doivent être originaires de l’argot du peuple. Fromlo appartient d’après EsnauLr à
Mots abrégés et tendances d’abréviation en français. 51
la Suisse. -gi est un suffixe argotique d'origine algérienne qu'on trouve p. ex. dans cogngi < cognac (VizzaTTE [P], Dece- SALLE), pétgi < pétard (= bagarre, VILLATTE), estomgi < estomac (Vizcarte [P]). La forme fromlo a dû être créée sur le modèle de civlo < civil, moblo < mobile, fiflot (= fantassin) et d’autres. funi < funiculaire [terme généralj: «Comme je me trouvais en retard, j'ai pris le funi pour mes deux ronds» (BRuAnT).
géné < général [argot des polytechniciens, Rieaup, et argot militaire].
géo (f.) < géométrie [argot des écoles, LarcHEY]. |
géo (m.) < service géographique de l’armée [argot militaire]. D'après EsnauLT, l'abrégé a été usité avant 1914.
gestio, gessio < (officier) gestionaire [argot des tranchées, DauzaT|.
gibe < Gibus [argot du peuple] = chapeau haut de forme (BRuANT). Gibus est le nom d’un chapelier connu.
gnard voir fignard.
godasse (f.) < godillot [argot des écoles et des tranchées] = chaussure de cuir. Godillot, allusion au nom d'un fabricant de souliers qui pendant la guerre de 1870--71 jouait un rôle peu honorable, a donné, par une de ces libres suffixations en: vogue parmi la jeunesse d’aujourd’hui, godasse, qui jouit denos jours d’une popularité considérable; connu dès 1906; cf.. EsnauzT p.272. — Autres formes godille, goduille, même sens.
Par un double jeu de mots, les Parisiens ont dit des.
raids des Gothas: Les godasses sont venues en espadrilles = les Gothas sont venus en escadrille. |
gog, gogue < goguenot [argot des écoles, ViLLaTTE] = lieu d'aisance. Dans le même argot, l’abrégé a pris aujourd’hui le sens de «lieu géométrique», cf. CoHEN p. 186.
gose < gosier [argot du peuple]; cité par ViLLATTE; de nos jours tombé hors d'usage. | | |
grate (f.) < gratification [argot des commis de magasins] = certain profit accordé à ces commis; [argot des ouvriers typographes] = gratification obtenue pour travail supplémentaire. Dans les deux sens, cité par ViLzLATTE, dans le dernier déjà par Riçaup. D’après Larcuey, Suppl. l'abrégé a été employé par Boutmy.
gym < gymnastique [argot des polytechniciens, CoHEx|.
hypercorio et hypocorio voir corio. hypomerca voir merca.
immé < immédiatement [argot des polytechniciens, CoHEN].
52 Hiding Kjellman,
impèé < impériale (d’omnibus) [argot du peuple]; cité par DeLvau et ViILLATTE sous la forme de émpère, par LARCHEY, BRuANT et VIRMAÎTRE sous celle de imper; cf. l’exemple donné par LarcHey, Suppl: <Elle grimpe sur l'imper et si la brise indiscrète...» (Le Frondeur % mai 1880). Des Français m'ont pourtant assuré que la forme d’aujourd’hui est impè.
imper < imperméable [argot des commis de magasins] < imperméable.
infi < infirmerie [argot des polytechniciens, CoHEn].
inté < intérieur [argot des polytechniciens, CoHEN|].
Inter, | < l’Interurbain [terme général] = les communications téléphoniques interurbaines.
Intran, |” < l’Intransigeant [argot des colporteurs de journaux]; passé en terme général, cf. ci-dessus p. 16. — Jntran-Placement, institution créée par ce journal pour fournir des situations aux démobilisés. — Photo Intran, sous les illustrations de ce journal.
invalo < invalide [argot des faubouriens, DeLzvau]; se trouve d’après LarcHey dans l’Almanach du Hanneton (1866—67); cité par ViRMAÎTRE, DELESALLE et BRUANT mais non pas par ESNAULT.
jam de lav < jamais de la vie [argot du peuple, BRUANT].
jose < (papier) Joseph [argot du peuple, VizLaTTE] = billet de banque, cf. p. 11.
juteux < adjudant [argot des soldats]; dans la —. populaire, jus a pris le sens de chic, d'élégance (DrLvau, RiçauDn, LARCHEY); juteux est celui qui a du chic, caractéristique précisément. d'un adjudant; d’après EsnauLT, l'abréviation est antérieure à la guerre. Cf. SaINÉAN, Arg. des tranch. p. 149 et ci-dessus p. 19.
kilo < kilogramme [terme général], par une deuxième abréviation kil [argot du peuple]: «Si t’aurais vu la gonzesse avec un kil de farine su’ la gueule; €” qu’ a dégotait!> (BruanrT). Dans cet argot, kilo et kil désignent un litre de vin, demi-kailo et demi-kil une chopine. Dans le peuple on dit aussi kalo pour «faux chignon» (DELESALLE, BRuANT). Dans l'argot des soldats, érois-kilos = main appliquant un coup, cf. Barbusse, Le feu p. 27.
labo < laboratoire [argot des polytechniciens, Con]; cf. suéd labis.
lacrymo (m.) < (obus) lacrymogène [argot des tranchées]; terme moderne.
Mots abrégés et tendances d’abréviation en français. 53
lansque (m.) < lansquenet [argot du demi-monde, DeLzvau]. LARCHEY en cite un exemple datant du milieu du 19e siècle (Ad. Jaime); se trouve encore dans les vocabulaires de DeLEsALLE et de BRUANT mais paraît tombé hors. d'usage de nos jours.
lap < la peau [argot des polytechniciens] = rien (CoHEN).
lieu de vau < lieutenant de vaisseau (écrit: lieu. de v®*) [argot militaire, EsnauzT]; cf. ci-dessus p. 17.
liquide (f.) < liquidation [argot des boursiers, Dezvau, Riçaup] = liquidation de la Bourse.
litho < lithographe (m.), lithographie (f.) [argot des ouvriers d'imprimerie |.
loco (f.) < locomotive [terme général]. Mot d'aujourd'hui.
louf < loufoque [argot du peuple] = fou; le sens contraire dans l'expression l'es pas louf (Dorgelès, Les croix de bois, p.21); dans l’argot des polytechniciens loüf, cf. CoHEn p. 171. — Murger, Scènes de la vie de bohême, ch. 19, emploie l'expression mon gros Louf-Louf = mon gros. — Sainéan tire loufoque de loffe = nigaud, imbécile, cf. Arg. anc. p. 239.
mac, maque < maquereau [argot du peuple, Dezvau, Riçaun, etc.| = souteneur. Ce terme se trouve dans le vocabulaire de Vinoc); il est donc probable que l’abrégé est originaire de l’argot des clients et des clientes des prisons. Le fém. maca, maqua = entremetteuse, femme vieillie dans la débauche, est plus ancien, Cf. SAINÉAN, Sources Il p. 19, et ne peut donc pas être formé sur Je masc., comme on le croit généralement. Je préfère voir là-dedans le prov. macarello, et on serait plutôt tenté à admettre une dérivation en sens inverse. Mac est cité encore par ViRMAÎTRE et DELESALLE mais ne se dit guère plus. Alec: mec, mecque = maître, individu, etc., est un mot dialectal, cf. SAINÉAN, Arg. anc. p. 15%, etc., et Sources pp. 240, 395.
mac < macadam; M. Nyrop donne cette abréviation que je n'ai pas retrouvée ailleurs.
maca < macaroni [argot des soldats]; cf. ViLzaTTE (Introd.) et Dau- ZAT, Argot p. 188.
macab < macabé, EsnauzT, macchab (Barbusse, Le feu p. 15, etc.) < macchabée [argot des tranchées] = cadavre. Dans l’argot du peuple, un cadavre, surtout un cadavre de noyé est désigné
54 Hilding Kjellman,
depuis longtemps par #acabé et macchabée, cf. Dezvau, Ricaup, etc.; allusion sans doute à un épisode de l’histoire sainte. — Élève macchab = malade [Dauzar].
magnes < manières [argot du peuple] = façons; relevé déjà par Ricaup dans des phrases telles que eelles-ci: <Ne fais donc pas tant de magnes»; <as-tu fini tes magnes»? Les mêmes expressions et d’autres encore se trouvent aussi dans les lexiques de ViRMAÎTRE et de BRUANT.
maj < major [argot des polytechniciens, Conen] = le premier élève de la promotion.
malo < malade [argot des tranchées, EsnauLT]; mot d'aujourd'hui. manda < mandarine [argot des polytechniciens, COHEN].
mandant < commandant [argot des polytechniciens, CoHEx].
manip < manipulation [argot des polytechniciens, COHEN].
mano < manomètre [argot des ouvriers d'usines]; terme moderne.
manute < manutention militaire [argot des tranchées, EsnauzT]. Terme d’aujourd’hui, employé par Barbusse, Le feu, (Œuvre 6.9 1916).
maqui < maquillage {argot des voleurs] = rouge, fard; se trouve déjà dans le vocabulaire de VinocQ; cité par Dezvau, Riçaun et d’autres, dont le premier voit — et certainement à tort — dans maqui l’'apocope de maquignonnage. Le mot est relevé par VirmAÎTRE et Bruanr sous la forme de maquis.
marchef < maréchal des logis chef [argot militaire]; cité d'abord par Riçgaun; cf. ci-dessus p. 17.
mar(e) < marée [argot des tranchées] = assez. «On sent bien maintenant, nous autres qui sommes sur les lieux, que les Boches en ont #ar (SAINÉAN, L'arg. des tranch. p. 102). L’étymologie précitée est due à M. Samean, cf. ouvr. cit. p. 151. Il attribue à marée le sens de «dégoût», «répulsion», allusion à l'odeur du poisson peu frais; c’est par ce sens qu'il explique celui qu'a pris l’abrégé mar.
margis < maréchal des logis [argot militaire]; cité par ViLLATTE d’après
M. frescaly, Le 6" Margouillats, 1883; cf. ci-dessus p. 17. — Margis-four = maréchal des logis fourrier.
mastroc < mastroquet [argot du peuple]; cité par Riçaun, VILLATTE et BRuANT; de nos jours tombé hors d'usage; cf. ci-dessus pp. 25, 38.
Go gle
Mots abrégés et tendances d’abréviation en français. 55
mata < matador {argot des typographes et du peuple] = homme qui fait l'important (proprement le contremaître d'un atelier, DELvau), faiseur d’embarras (Riçaup, et d’après lui LaRcHEy), fanfaron (BRUANT).
math (f. pl.) < mathématiques [argot des écoles, Larcner]. Les classes de math, Lavedan, Leur cœur (Calmann-Lévy) p. 35.
Maube, la (f.) < (place) Maubert [argot du peuple] = quartier de Paris habité par des ouvriers; cité par ViLLATTE et LARCHEY, Suppl. 1889, qui s’en rapporte à l’exemple suivant: «Le grand Napoléon était un barbe fameux dans toute la Maube»s (Méténier, 1885). Cf. <on fait une sale gueule à la Maub (BruANT). A la place Maub', l'Intransigeant, mai 1990.
maxi (m.) < maximum [argot des élèves de Saint-Cyr]=très bonne note.
Maz, la < la prison de Mazas [argot des malfaiteurs]; cité par RICHEPIN, Chanson des gueux. DELEsALLE et BRUANT connaissent aussi les formes Taz et Tazas. (Cette prison n'existe plus.
maza(g) [prononcé: maza] < mazagran [terme général] = café servi. sans cognac ni liqueur. ViRMAÎTRE écrit mazag, BRUANT Mmuaza. Fréquent surtout dans le Midi.
méca (f.) < mécanique [argot des polytechniciens, CoHEN|].
mécano < mécanicien [terme général]; designe surtout un mécanicien aviateur: «Trois jeunes mécanos français aviateurs demandent jeunes, gentilles et jolies marraines. Paris de préférence» (Le sourire de France, petites annonces, 14 août 1919). Terme d'aujourd'hui.
méchi < méchef [argot des voleurs, Dezvau] = malheur; cité déjà par VinocQ; SAINÉAN propose alternativement les dérivations meschief, (Arg. anc.), qui est pourtant mort il y a des siècles, et méchance, (Sources), qui ne paraît pas exister et donl du reste le genre ne convient pas.
méd-aux < médecin auxiliaire [argot des étudiants de médecine]; terme d'aujourd'hui.
méd-op < médecine opérative [argot des étudiants de médecine]; terme d'aujourd'hui.
méga < mégathérium [argot des élèves de l’École normale] = normalien. C'est par une cérémonie comportant l’embrassement de la dernière vertèbre lombaire d’un squelette de ce fossile qu'on est reçu vraiment normalien.
56 Hilding Kjellman,
mêlé-cass < mêlé cassis [argot du peuple] = mélange d’eau-de-vie et de cassis; cité par LARCGHEY, Ricaup et ViRMAÎTRE, dont le premier donne un exemple datant de 1878.
mélo < mélodrame [terme général]; cité par ViLLaTTE (F) et LARCHEY, qui s'en rapporte à un exemple emprunté à Paris-Journal, août 1872. R. Rolland, Les amis, (p. 151) parle d’un <mélo romantique»; cf. aussi Benjamin, Gaspard p. 300.
mémo < mémorandum [argot des bureaux]; terme d'aujourd'hui.
méningo < méningite [argot des hôpitaux militaires] = homme atteint de cette maladie; mot d'aujourd'hui.
merca < Mercadier [argot des polytechniciens] = emploi du temps imprimé, lampe électrique, etc. L'hypomerca est le foncionnaire qui assiste M. Mercadier, ancien directeur des études, cf. COHEN p. 178, 179.
météo < météorologue (m.) = soldat appartenant au service météorologique de l’armée, météorologie (f.) [argot des tranchées].
| Mot d'aujourd'hui.
Métro, le < le (chèmin de fer) métropolitain (de Paris) [terme gé-
néral]; sur les sens qu’a pris ce mot dans l’argot des tran-
chées, cf. p. 15.
mili < militaire [argot des polytechniciens]; cité par Conen dans les expressions le mile, l’art mile, la confé mali.
minèn (pl. mainèn) < all. Mienenwerfer [argot des tranchées]; mot d'aujourd'hui; cf. ESNAULT, minèn et manèr.
mini (m.) < minimum [argot des élèves de Saint-Cyr] = très mauvaise note. ViILLATTE? cite d’après Aubray, Le 145° régiment, la phrase: piquer le mini = avoir le minimum dans les notes.
missaire < commissaire [argot des polytechniciens, CoEn|.
misti < mistigri [argot des brelandières de brasseries, DELvAU] = jeu de cartes où l’on a gagné quand on a fait brelan avec le valet de trèfle (le misti(gri)) escorté de deux autres valets; cité aussi par RicauD et LarcHey, Suppl. 1889 ainsi que par VizcaTTe et DELESALLE; doit être tombé hors d'usage de nos jours.
1 VILLATTE prend pour point de départ l'expression nota minima, ce qui amènerait pour l'abrégé le genre féminin. Vu l'accord strict qui existe à ce point de vue entre les dérivés et les termes primitifs, l’étymologie de Vizcatrre ne convient pas. | |
Mots abrégés et tendances d’abréviation en français. 57
mistro < mistral [argot du peuple] = vent du nord-ouest (BRuANT).
mobilo (f.) < mobilisation [argot des tranchées]: À la mobilo = au moment de la mobilisation d’août 1914. Terme d’aujourd’hui.
monac (m.) < monaco [argot du peuple] = sou. Le peuple consacre par le terme de monaco le souvenir de Honoré V, prince de Monaco, «mort de dépit en 1841», dit A. Villemot, «de n'avoir pu faire passer pour deux sous en Europe ses monacos qui ne valaient qu'un sou». (Dezvau). L’abrégé est cité d’abord par LaRCHEY, qui s’en rapporte à un exemple emprunté à .Alyge en 1854; tombé hors d'usage de nos jours.
Montparno, le (m.) < Montparnasse [argot du peuple] cité d'abord par Richepin, Chanson des gqueux. — BRuANT connaît aussi la forme Montpar: «Y avait la bande à Clochard-du-Trône, dit Patte- Folle, celle à Bras-d’Acier, l’tombeur du Montpar». — À côté de Montpar et de Montparno on trouve Montper et
Montperno, abrégés de Montpernasse.
Mont-Valo < Mont-Valérien [argot militaire, Dauzar|].
moto (f.) < motocyclette [terme général] Ex: La moto Peugeot triomphe au Circuit de l'Eure (Rubrique de journal). La moto idéale, réclame dont se servent très souvent dans les journaux d'aujourd'hui les fabriques de motocyclettes pour faire connaître leurs marques.
Mouf < Mouffetard [argot du peuple]: La rue Mouf = rue Mouffetard (rue connue de la rive gauche à Paris). Sous la forme redoublée mouf-mouf employé adjectivement: Le plus pur accent mouf-mouf. Cf. VILLATTE qui cite encore d’autres expressions.
multiple (m.) < multiplicateur de téléphonie [argot des tranchées, EsrauLT]; terme moderne.
musico < musicien [terme général]. Ex.: «C'est dans la salle de bal du Café de la Poste... Il y avait encore les branches de sapin de notre dernier concert...... et sur l’estrade la grande pancarte peinte par les #usicos (Dorgelès, Les croix de bois p. 181); mot d'aujourd'hui.
nap (m.) < napoléon (d’or) [argot du peuple et langage familier]; cité par Larcney, Suppl. 1889, ViLaTte et DeLesaLce; d'après LarCHEY, nap fait partie de la terminologie des souteneurs.
58 Hilding Kjellman,
neg < négociant [argot du peuple] dans l'expression neg au petit croch < négociant au petit crochet = chiffonnier. Le crochet est l'outil indispensable aux chiffonniers, d’où le sens de cette expression, qui est citée par Ricaun, LarcHEY, DELESALLE et VIRMAÎTRE.
nossi (m.) < Nossi-bé, île située au N.-0. de Madagascar = café servi dans une cafetière sans cognac ni liqueur. Terme méridional (Toulouse).
observ < observation [argot des polytechniciens, CoHEx|.
occase (d') < (d')occasion [argot du peuple, Decvau, etc.]. Une toile de Raphael achetée 40 sous est une occase. — Être sans le sou et épouser une belle fille riche c'est une occase (Vie- MAÎTRE). — D'occase se dit de tout ce qui n'est pas vrai comme de tout ce qui n’est pas neuf. Un objet d’occase = un objet qui a servi. Œil d’'occase = lorgnon. Chässe d’occase = œil de verre (Ricaup, LarcHEy). Mère d'occase = mère fausse. Maupassant emploie l'expression à l'occase, cf. Bosson p. 108. Pour l’âge de cette abréviation, cf. l’exemple suivant cité
par LaRCHEY: <Deux francs cinquante de bénef, profitez de l’occase» (Alb. Second). Bosson: Terme trivial assez courant.
off < officier [argot des soldats]: «Tous les offs étaient réunis autour du colon...» (BRuANT), cf. ci-dessus p. 16.
page (m.) < pageot [argot des tranchées]=lit; d’après Daczar, Argot p. 36 pageot est dérivé de page (f.).
pagne < panier [argot du peuple] = panier, puis couche, lit, d’où les dérivés pagnot, pagnotte = lit, pagnoter = coucher, se pagnoter = se mettre au lit (BRuANT).
pana < (chapeau de paille de) Panama [argot des voyous]. Pana patriotique = chapeau de paille tricolore (Riçaup et VILLATTE). Il paraît que pana, qui n'est pas cité par BruANT, est de nos jours tombé hors d'usage.
panop (f.) < panoplie: ell (le couteau) provient de la panop du salon d'où ma nièce Mlle de Saint-Véran arracha le fusil» (Leblanc, L’aiguille creuse).
pate (m.) < patron [argot des graveurs sur bois, DELvA&|].
péca < ipéca [argot des hôpitaux militaires, DavzaT] = vomitif.
pédé, pédéro < pédéraste [argot des voyous, DEL vau]. Sous la forme pédreau, pédro, cette abréviation se trouve parmi les termes d’argot communiqués à LarCHEY par le docteur Lamblin
Pélago < prison de Sainte-Pélagie [argot des malfaiteurs, Dezvau|]; appartient au vocabulaire de GustT. Macé; cf. Riçaup, LARCHEY et ViIRMAÎTRE. — Pélago a subi une deuxième abréviation en Pélague, cf. BRuANT p. 370.
pélé < pèlerine [argot des polytechniciens|; sur la prononciation de cet abrégé, cf. ConEx p. 176 et ci-dessus p. 99.
perco (m.) < percolateur (à café) [argot des tranchées]; sur les différentes significations de ce mot, voir ci-dessus p. 15; cf. aussi SAINÉAN, Argot des tranchées p. 51. — Dans le sens de blague, plaisanterie, EsNauzT cite, d’après LAMBERT, Le langage des poilus, un exemple où perco est passé au fém.
perm (£) < permission [argot des tranchées]; cf. Gyp, Ceux qui s'en f.... p. 157, 165, etc. — Antérieurement à la guerre perm = faveur de sortir du lycée quoique inlerne, Brest 1885 — 93 (EsnaurT). EsnAuLT connaït aussi, permiss cf. suéd. permis.
perpète (f.) < perpétuité [argot des forçats]: Étre à perpète = être condamné à perpétuité; jusqu’à perpète =jusqu’ à la fin (BRuANT); le mot se trouve dans tous les vocabulaires d’argot à partir de celui de Vioce.
perspec < perspective [argot des polytechniciens, CoHex|]. pharmacot < pharmacien [argot du peuple, BRüANT|. phéno < phénoménal [argot des polytechniciens, CoHEx|.
philo (m. et f.) < philosophie [argot des écoles, LarcHEY (1883). La philo = la classe de philosophie, le philo = l'élève de cette classe. — Dans l’argot du peuple, philo désigne <tricheur» (BRüANT).
phonard < téléphoniste avec changement de suffixe [argot des tran- Chées, EsnauLT}; terme d'aujourd'hui.
phoniste < téléphoniste [argot des tranchées, EsxatLT]; terme d'aujourd’hui.
60 ‘Hilding Kjellman,
photo < photographe (m.), photographie (f) [terme général]; cité d’abord par Ricaup et LarcHey. Pour photo = photographe LarCHEY s’en rapporte à l’exemple: «Je fais comme le photo du coin, j'opère tout seul» (Notes d'un agent, 1869). — Employé adjectivement: Pour 29 francs un appareil photo (Annonce, août 1919).
phy (f.) < physique [argot des polytechniciens, CoHEN|.
pichto (m.) [prononcé: pifto:] < pichtogorne [argot des tranchées, EsnauzT] = vin; terme d’aujourd'hui.
pingler < épingler [argot des voyous] = capturer. Ex.: «Un mec de la r'nifle est venu pour le pingler» (BRUANT).
piston < capiston [argot des tranchées] = capitaine. Capiston est antérieur à la guerre. Le mot piston = protecteur influent, préparateur, a-t-il joué un rôle dans cette abréviation? Mot d'aujourd'hui. |
pitaine < capitaine [argot des tranchées, Esnauzr] = capitaine, chef d'escadrille d'avions; pour l’aphérèse, cf. piston; mot d’aujourd’hui. — Cet abrégé fait partie aussi de l’argot des polytechniciens, où il désigne un capitaine instructeur à l’école, etc., Cf. COHEN p. 188.
Place Maub < Place Maubert voir Maube.
plato (m.) < platonique dans l'expression filer le plato [argot des coulisses, Dezvau] = filer le parfait amour, s’abandonner aux douceurs de l’amour platonique; fileur de plato = amoureux; faire du plato (abrégé encore en plat) = coqueter (BRuANT).
ploum < auverploum = auvergnat [argot du peuple, BRuaxT|.
pneu (m.) < pneumatique [terme général] = 1° pneumatique d’automobile, 2° lettre pneumatique. On trouve aussi la forme pleu < pneu: (petit) bleu. Mot moderne.
podzèb < peau de zébie [argot des polytechniciens] = rien. Dans le langage populaire peau de zébie signifie «camelotes. «marchandise ou matière ridicule», enéant», cf. BAUCHE, ouvr. cité p. 258.
pondant < correspondant [argot des écoles] = personne chargée par une famille de la remplacer auprès d’un interne de collège; cité par Ricaup, LARCHEY et VILLATTE.
pone < ponante dans l'expression #4 pone [argot du peuple] = la fille qu’exploite un maquereau. De 14 pone sont dérivés ma
Mots abrégés et tendances d’abréviation en français. 61
ponette, ma ponif, ma poniffe, ma ponisse, tous du même sens que le terme primitif.
populo < populaire [terme général] = le peuple, «the mob».
porno < pornographe [argot des polytechniciens]. Le porno c'est le professeur de littérature et d'histoire; l’abrégé a pris aussi le sens de <filet rôti», qui se mange le jour où a lieu le cours de ce professeur (CoxEn).
poss < possible [argot du peuple, BRuANT|.
possibilo < possibiliste [argot du peuple] = partisan du possibilisme (doctrine socialiste).
pote < poteau [argot des tranchées] = copain, bon camarade. Ex. Les potes, passez vos quarts (Benjamin, Gaspard p. 39). Usuel dans des appels tels que: «Mon pote!» «Eh! les potes!»; cf. EsnauLT p. 262.
preu (prononcé pre, G. Paris, Romania XVII p. 100) < premier [argot des enfants et des ouvriers, Dezvau]|; très employé dans le langage d’écolier pour désigner le premier à jouer dans les jeux: «Quand on jouait à courir, j'étais toujours le preu» (Bruant); désigne aussi le meilleur ouvrier de Patelier et le premier étage d’une maison (Riçaup). VizLaTTE cite l’expression faire le preu = faire des avances à qn, où cependant on doit avoir affaire au lat. PRODE.
prin < principal [argot des écoles]; au fém. prine = la femme du principal; d’après LARCHEY, vieux mot.
pro < proviseur [argot des écoles].
prof < professeur [argot des écoles et des étudiants]; par rapprochement du grec zoütos aussi proto.
prolo < prolétaire [argot du peuple] = travailleur de n'importe quel métier qui n’a d’autres ressources que ses dix doigts pour vivre (VIRMAÎTRE).
promo < promotion [argot des polytechniciens et des élèves de Saint-Cyr] = l'ensemble des élèves d'une même année.
proprio < propriétaire [argot du peuple, VirmAÎTRE]: cité d’abord par -Riçaun, qui s’en rapporte à un exemple de 1879; de nos jours passé en terme général.