‹ Mots abrégés et tendances d'abréviation en françaisChapitre 4 sur 10 · Hilding Kjellman · texte numérisé non relu

Hilding Kjellman

prusco < prussien [argot militaire] = prussien, allemand; dérivation à l’aide du suffixe argotique -go transformé en -co après Ja consonne sourde.

quin < quinquina voir quina.

quina < quinquina. D'après Nyrop, Î[ $ 522, quinquina pouvait subir non seulement l’aphérèse résultant en quina mais aussi l’apocope, d’où quan, cf. ci-dessus. Dans la langue moderne la première forme a prévalu.

quipe (m.) < homme d'équipe [argot des cheminots, Ricaun] = employé de chemin de fer.

rab < rabiot [argot des tranchées] = portion qui n'était pas dès l’abord au programme de la distribution et qui fait l’objet d’une tournée complémentaire. Ex.: «Bon Dieu, il m'en manque un paquet... T'en as pas un en rab’?> (Dorgelès, Les croix de bois p. 70. — Rab de rab = portion qui fait l'objet d'une troisième tournée complémentaire de deux premières (EsnauLT). — Rabiot est un vieux mot — cité dans les vocabulaires de DeLvau, de Ricaup, etc. — qui signifie «reste que le distributeur s’adjuge indûment», «bénéfice illicite» et «résidu» en général. L’abrégé a dû être créé pendant la guerre.

SAINÉAN, Argot des tranchées p. 159, attribue au rab le sens de reste de café, distribution de café, d’où «merveille», «chose excellente», ce qui d’après EsnauLT est méconnaître l'état réel des choses.

radia (m.) < radiateur [argot des tranchées, EsnauLr]; terme d’aujourd’hui.

radic < radical [argot du peuple]; cité d’abord par Riçaup; sur l’origine de ce mot, cf. ci-dessus p. 17.

radio (m.) < 1° radiotélégramme, 2° radiotélégraphiste [terme général]; pour le deuxième emploi cf. l'exemple: Trois jeunes radio ..... (La vie parisienne 1917); cf. EsnauLr, radio, et ci-dessus p. 17.

rasta < rastaquouère [langage familier, DELESALLE] = aventurier de

l'Amérique du Sud venant chercher fortune à Paris, et par extension aventurier en général.

Mots abrégés et tendances d’abréviation en francais. 63

rata (m.) < ratatouille [argot des soldats] = ragoût de pommes de terre et de lard servi aux troupiers les jeudis-et les dimanches, et par extension, toute sorte de nourriture: «Fouillard qui avait oublié son rata, s'était jeté à quatre pattes devant son feu noirci» (Dorgelès, Les croix de bois p. 12). — kata aux pommes, ragoût aux pommes de terre que les restaurateurs des grands boulevards appellent un navarin (Riçaup); se trouve déjà dans le vocabulaire de Vinoco; l’abréviation aurait-elle son origine dans les prisons?

réac < réactionnaire [argot du peuple, Dezvau, Riçaun, etc.] = réactionnaire, bourgeois; Les antécédents d’un réac, titre d’un pamphlet, Veber, Les couches profondes (Calmann-Lévy]) p. 55; cf. ci-dessus p. 9.

récré < (salle de) récréation [argot des écoles, Ricaup]; cf. COHEN p. 174.

rédac chef < rédacteur en chef [argot des journalistes, BRuANT].

rédam < rédemption [argot des voleurs, DeLvau] = grâce; se trouve déjà dans le vocabulaire de VinocQ; cité dans tous les lexiques d'argot; VIRMAÎTRE propose une autre étymologie, à mon avis peu probable.

redingue (f.) < redingote [argot du peuple, VirmaîTRE]|; relevé par Bosson dans Maupassant, La Roque; il qualifie le mot de diminutif trivial pour redingote, cf. Bosson p. 111. — Cf. les vers suivants de Arist. Bruant:

Pour affurer la bonn’ gal’touze À dégringolait l’poivrio,

Faisant la redingue et la blouse, Le bourgeois, comme l’ouvrio.

réduc < réduction [argot des polytechniciens, CoHen|.

réfec < réfectoire [argot des polytechniciens, CoHEx]; cité aussi par VizLaTTE et DELESALLE sous la forme réfec(t) [argot des écoles].

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rembour < remboursable [argot des tranchées] = vin remboursable des coopératives de régiment (EsnaurrT); mot d'aujourd’hui.

rême (m.) < durême [argot du peuple] = crême, fromage blanc (DELESALLE).

rendem (m). < rendemi (= rendez-moi) [argot des voleurs] = tromperie commise en changeant de la monnaie. Faire le rendem = pratiquer le vol au rendez-moi. <Les dupes du rendem sont nombreuses à Paris et plus encore en province» (LARCHEY d’après GusT. Macé 1887); l’abrégé est cité aussi par ViILLATTE, DeLr- SALLE, VIRMAÎTRE, BRUANT, etc.

rendève < rendez-vous [argot du peuple]: «ll est arrivé en retard au rendève» (BRUANT).

restau < restaurant [argot des étudiants].

rhéto (m.) < rhétorique [argot des écoles] = élève de la rhétorique.

ricain < américain [argot des tranchées]; employé depuis le contact avec les Américains avril 1918 (EsnauLT).

rigue < rigueur [argot des voyous, Dezvaul]; cité aussi par VILLATTE et DeLesaLLe; doit être tombé en désuétude de nos jours.

rosto < Rostolan, général, ancien directeur d'études à l'École polytechnique [argot des polytechniciens et des écoles] = bec de gaz, puis lumière en général; cité d'abord par Ricaun; cf. Ronne p. 60 [AFT, Cox p. 188 et L’argot de Saint-Cyr p. 261. M

rototo < (moteur) rotatif (d'avion) [argot des tranchées]; terme d'aujourd'hui, cf. ESNAULT.

roup's de Kroum's < roupettes de Kroumirs [argot des élèves de l'École des Arts et Métiers] = rognons en sauce. — Dans la dite école, ces apocopes additionnées de -s sont à la mode, cf. ESNAULT p. 444.

rub < ruban, dans les expressions rub de rif = ruban de feu = chemin de fer, grand rub, rub de tire = grande route et rub de lance = fleuve [argot des malfaiteurs et du peuple]; cité par LarcHEY, Suppl, DecEsae et BRUANT; cf. SAINÉAN, Arg. anc. p. 101.

Mots abrégés et tendances d’abréviation en français. 65

saccha (f.) < saccharine [argot des garçons de cafés]; terme d'aujourd’hui.

Saint-Lago voir Saint-Laze.

Saint-Laz(e), Saint-Lago < (prison de) Saint-Lazare [argot des voyous et des filles], prison de femmes à Paris; La confrérie

de Saint-Laz = le monde de la prostitution. — Abréviation citéé par tous les dictionnaires d’argot depuis DELvAu jusqu’à VIRMAÎTRE.

Pour la forme Saint-Lago, cf. Pélago < Sainte-Pélagie, qui en a certainement appuyé la formation. Saint-Lago a subi une deuxième abréviation en Saint-Lag, Saint-Lague, cf. BRuanT p. 370: LarcHey, Suppl. 1883, cite aussi d’après Gusr. Macé la forme Suint-Lazo,qui ne paraît pas être connu de BRuANT.

C’est sans doute (Saint-) Laze qui se retrouve dans laz(z)iloffe (m.) = mal vénérien (Vinocq), donc proprement »mal de Saint-Lazare», cf. SAINÉAN, Arg. anc. p. 239. ViLLATTE en voit l'étymologie dans l’alll Lass sie laufen, ce qui n’est guère probable.

saltimbe (m.) < saltimbanque [argot du peuple, DELESALLE|].

Samar, la < (les magasins 7) la Samaritaine (à Paris) [usuel à Paris].

sana < sanatorium [terme général].

sap (m.) < sapin [argot des voyous, DELvau] = cercueil de sapin. Taper dans le sap = être mort ou enterré; employé par Louis Fesieau dans une de ses chansons (Decvau, LARCHEY); cité de nos jours par ViIRMAÎTRE et BRUANT. — Saper = condamner. sauce voir soce. | Sébasto, le < Boulevard Sébastopol [argot du peuple]. A BRUANT j'emprunte ces vers:

«C'était l’garçon l’pus costeau D'la Bastoche au Sébasto.»

sergot < sergent de ville [terme général].

servatoire < conservatoire [langage familier, DeLesazze] dans l'ex. pression: Les petites servatoires = les élèves du Conservatoire: sur ce que c'est que la petite servatoire voir DELESALLE p. 268.

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seu < second [argot des enfants, Dezvaul]; cf. ci-dessus preu et la littérature qui y est signalée. BRüANT relève aussi la forme seg.

soce (1) voir démoc soce.

soce (2), sauce < société [argot du peuple] = société, association. Ex.: Mais, pour ce soir, en attendant Qu’ j'aill’ fair” du plat dans la haut’ soce Et boulotter chez l'président .... (Arist. Bruant, Mossieu l'député).

Cf. «La soce des Defs (- casquette) américaines.» ÆEn soce = collectivement.

Dans l’argot des voleurs, l'abrégé prend le sens de clique, bande. Faire partie de la sauce = faire partie d’une bande : cité par LarcHey, Suppl. 1883 d’après Gusr. Macé.

socialo < socialiste [argot du peuple, BruaxT]l; cité par Nyrop, Grammaire I $ 5922.

Sop < (avion) Sopwith [argot des tranchées|; terme d'aujourd'hui; cf. EsnauLT et ci-dessus p. 18.

sous-dern < sous-dernier [argot des écoles, DELESALLE] = avant-

dernier.

sous-off < sous-officier [argot des soldats, DELvau, passé en terme général]; Bosson Af. — Au pluriel, sous-offs ou sous-off.

Pour la première forme, cf. Bosson p. 143, pour la deuxième cf: «Des sous-off, qui nagent pour ne pas repartir» (Dorgelès, Les croix de bois p. 295).

souss (f.) < sous-intendance [argot des tranchées, Esnauzr]; terme d'aujourd'hui.

souzin (f.) < sous-intendance [argot des tranchées, EsnauzT] ; terme d'aujourd'hui.

stabilo (m.) < stabilisateur (d'avion) [argot des tranchées, EsnauLT|]; terme d'aujourd'hui. |

sténo < 1° sténographe (m. ou f.), 2° sténographie (f.) [terme général]. Ex: On demande sféno-dactylo. Les petites sténodactylos .... Sténo, dactylographie, comptabilité, langues, etc. École Pigier, 53, Rue de Rivoli. Apprenez rapidement chez vous la sténo-dactylo (Journaux). — Termes modernes; cf. ci-dessus p. 16. |

Mots abrégés et tendances d'abréviation en français. 67 stéré <stéréotomie [argot des polytechniciens, CoHer].

strass (f.) < administration [argot des polytechniciens, CoHEx|; cf. ci-dessous stration.

stration (f.) < administration [argot des polytechniciens, CoHEn, et mililaire]; aussi au masc. avec le sens de cofficier d’administration», p. ex. un stration à deux galons; cf. strass.

stuc, stuque, stuquer, < estuc. estuquer [argot des voleurs] = part dans un vol, partager. SAINÉAN rapproche ce groupe du prov. estuce = étui, cachette, cf. Arg. ane. p. 245 et Sources II p. 341, etc. La dérivation ne me paraissant pas très claire, je cite ces termes sous toute réserve.

stylo (m.) < stylographe [terme général] = porte-plume réservoir ; mot moderne.

surnu < surnuméraire [argot bureaucratique] = employé .pris en surplus dans une administration ou une maison de commerce, en attendant qu’une place devienne vacante. L'abrégé est très répandu aujourd’hui.

surse (f.) < sur seize (Sur seize! = Gare! Attention!) [argot des commis de magasins]. «Quand on s’amuse au magasin, un des commis fait la surse, c'es' à-dire fait sentinelle. Dès que le

patron apparaît, un cri «de convention — qui fut longtemps Sur seize! — retentit dans le magasin» (Ricaun, reproduit par VILLATTE). — DELESALLE cite aussi la forme sur pour la même chose.

sympa < sympatique [argot des polytechniciens]; d’après Conex terme très répandu à l’X pour exprimer l’approbation, cf. ouvr. cit. p. 189.

À côté de cet abrégé, il y a aussi un autre très amusant, dont parle M. Coen p. 179. Après avoir pris l’habitude de répéter le si sympatique professeur de...., on a fait une métathèse de voyelles de manière à dire le symsipatique.., d'où l’abréviation symsipa.

syphilo < syphilis [argot des hôpitaux militaires, PATATE homme atteint de cette maladie. |

tag < ta gueule [argot des polytechniciens, Conen].

68 Hilding Kjellman,

talien < italien [argot des tranchées, Esnaucr]; mot d'aujourd'hui.

tatouille < ratatouille [argot du peuple] = volée de coups. «On met son adversaire en fatouille comme on le met en compote; c'est la même allusion culinaires (LarcHey); cité par Dezvau, RiqauD, VIRMAÎTRE, etc.

Taz voir Maz.

taxi (m.) < (fiacre à) taximètre [lerme général]; dans l’argot des tranchées, taxi a pris le sens de «avion», cf. ESNAULT p. 513.

télé < téléphoniste [argot des tranchées, passé en terme général]; employé dans La vie parisienne 1917 p. 232, cf. EsNauLrT ; terme d'aujourd'hui. — Esnauzr (p. 131) cite aussi la rubrique Télé- Mail.

terri < territorial [argot des tranchées]; mot d'aujourd'hui. tilleur < artilleur [argot des polytechniciens, CoHE|].

tiroqg! <tire au cul [argot des polytechniciens]; là-dessus on a formé ensuite le verbe tiroquer (CoHEN).

topo < (plan) topographique [argot des officiers d'état-major]; se dit aussi pour officier d'état-major (DeLzvau).

Dans l’argot des écoles et des étudiants, {opo a pris de nos jours le sens de <papier écrit», «exposé écril», le contraire de laïus, discours improvisé; faire un {opo, c’est fopoter, cf. CoHEN p. 189. — Dans l’argot du peuple, enfin, un tricheur et surtout celui qui triche au jeu est appelé officier de topo (Dezvau, BRuANT). |

torrial < territorial [argot des tranchées, Esnauzr]|; le pluriel déformé en tauriaux (jeu de mots sur tauriau, forme dialectale de taureau) dans l'expression calembourique: Les terribles tauriaux = les territoriaux, cf. ci-dessus p. 19.

torriale (f.) < infanterie territoriale [argot des tranchées, EsNAULT|; comme le précédent, terme d'aujourd'hui.

1 Dans ce vocabulaire on ne trouvera pas d'expressions telles que trou du c, poil au c, mal au c ni non plus nom d'un ch’ (Nyrop), je me fais ch’, etc. (cf. BRuanT, s’ennuyer), ces abréviations ayant essentiellement un caractère euphémique. a

tram < tramway [terme général]; d'origine anglaise.

tref (m.) < trèfle, treffle [argot des voyous et du peuple] = tabac, allusion à la couleur brune du trèfle sec; cité d’abord par Dezvau. — Sur ftreffle pris dans ce sens, voir SAINÉAN, Arg. anc. p. 112.

tri < tricycle [terme général] = véhicule, motocyclette à trois roues.

tricule < (numéro) matricule [argot des élèves de Saint-Cyr] = chiffre numéro, note d'examen, cf. L'argot de Saint-Cyr p. 269%; ainsi que les dérivés ériculer et triculage = action de donner un numéro matricule, incorporé dans largot militaire.

trigo (f.) < trigonométrie [argot des écoles, LaRCHEY]. troc, troque voir troquet.

troquet < mastroquet [argot du peuple]; cité par Ricaup, LarcHey, elc.; employé aussi dans Frapié, La Maternelle p.67. Troquet a été abrégé ultérieurement en éroc, troque.

tup < tu parles [argot des polytechniciens, CoHEx|.

typho < typhique [argot des hôpitaux militaires, DauzarT]. Mot moderne.

typo (m. et f.) < 1° typographe [argot des compositeurs d'imprimerie, DEzvau, très usuel de nos jours]; f. typote [Ricaun] = femme employée dans les ateliers de composition, 2° typographie: «[l avait lâché la éypo pour le reportage» (Bruant). Cf. suéd. typ dans le premier sens.

| < l’(Ecole) universelle [terme général]; l’abréviation s'emploie même dans la réclame de cette institution qui prépare pour entrer dans l’École nationale des Ponts et Chaussées.

Uni

unif < uniforme [argot des polytechniciens, CoHEN|.

vaguo < vaguemestre [argot des tranchées]; terme d'aujourd'hui, d’après Esnauzr usité aux Balkans.

Vaugire, la (écrit aussi Lavaugire) < (rue) Vaugirard [argot du peuple]: «A l'Ecole, au Javel et à La Vaugire, c'était la reine; les gonzesses et même les gas pouvaient pas y faire avec elle» (BRuANT).

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Vel d'Hiv < Vélodrome d'Hiver: »Ce soir, au Vel d'Hiv dernier nocturne. 100 kilomètres derrière motocyclettes ....» Sous la rubrique Un peu de tout, l'Intransigeant, 19920).

vélo (m.) < véloce [argot des voleurs]= poste aux chevaux, postillon ; cité par Dezvau, RiGaun, ViRMAÎTRE et d’autres, mais Lombé en désuétude de nos jours.

vélo < vélocipède [terme général]; mot moderne cité d’abord par ViLLATTE, Suppl. —- «En carrioles, par le train, sur des vélos, à pied....» (Benjamin, Gaspard p. 8). Paris- Vélo, nom d’un journal de sport parisien.

veloce < vélocipède; cité d'abord par LaARCHEY; de nos jours remplacé par le précédent. |

ventilo < ventilateur (d'avion) [argot des tranchées]; terme d'aujourd’hui.

vesto(s) < vestige(s) [argot des prisonniers] = légumes secs; au sing. = lentille, pois; cité par Ricaun, LarcHey et d’autres: doit être tombé hors d'usage de nos jours.

vété, véto < vétérinaire [argot des tranchées]; mot d'aujourd'hui.

voite (f.) < voiture [argot des voyous, Dezvau|; cité encore par BRUANT.

zeph (m.) < zéphyr [argot du peuple, Riçaup] = vent. Se pousser du zeph = se sauver; faire du zeph = affecter de grands airs, croûter du zeph = jeûner (BRuANT). Jiue des Quatre-Zephs = rue des Quatre-Vents (à Paris) — De nos jours, cet abrégé est courant dans l’argot des tranchées (l'aviation et l’aéronautique), Cf. ESNAULT p. 546.

zident < président [argot des polytechniciens, CoHEx].

zurlin < Zurlinden, général [argot des polytechniciens] = rideau; sur la prononciation de ce mot, cf. Coxen p. 176 et ci-dessus p. 29.

IIL Abréviations à redoublement.

Si la tendance d’abréviation dont je viens de parler est un caractéristique du français actuel, le deuxième des procédés dont il sera question dans cette étude, a des racines beaucoup plus profondes dans la langue.

Dès le moyen âge, le français accuse en effet une tendance à créer des termes familiers par un redoublement hypocoristique. A généralement parler, ces formations appartiennent au langage des enfants ou visent à rapprocher les mots en question du parler de ceux-ci. D’après l'élément redoublé et le terme résultant du redoublement, ils sont de nature différente. Ou bien un mot entier est sujet à la réduplication, p.ex. bonbon (cité par Ounin en 1642), cachecache (admis par l’Académie en 1835), ou bien un phonème tiré d’un mot existant est simplement ajouté au terme primitif, mémère, pépère, bobonne, sosotte, ou bien cette syllabe remplace une autre syllabe qui est alors supprimée, procédé fréquent surtout dans la formation des noms, p. ex.: Adèle - Dédèle, Charlotte - Lolotte, Joséphine > Fifine, etc., cf. dans le parler enfantin éuture = voiture et dans l’argot du peuple gnagnard < fignard = derrière, voir fignard p. 49, bobosse (= bossu), etc. Très souvent encore, ces formations sont des onomatopées toutes pures. Le redoublement onomatoépique est dans la nature humaine; il se rencontre dans bien des langues et à une époque très reculée. Maman et papa p. ex, qui font leur apparition dans la langue écrite dès le 16° siècle, ne sont inconnus ni au grec ni au latin!. La grande majorité de ces termes dus au redoublement d’un élément sans aucun sens propre mais qui par sa sonorité est considéré comme étant significatif du sens qu'on veut obtenir, paraissent être entrés dans l'usage bien avant l’époque moderne. Coucou est employé par Marie de France; bobo = mal se rencontre dans les poésies de Charles d'Orléans; dada = cheval est relevé par le Dict. Gén. dès 1611 et fut admis dans le dictionnaire de l’Académie en

1 Cf. TaPPoLET, ouvr. cité p. 11 et suiv.

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1718; nanan désignant toute sorte des friandise, paraît créé vers la même époque mais ne trouve grâce aux yeux de l’Académie qu'en 1762; ronron, d'où ronronner, existe au 18° siècle, tandis que frou-frou et coco = œuf, sont des néologismes.

À mon avis, c’est de la formation onomatoépique telle qu'elle se présente dans les exemples cités que doit être rapproché un dernier groupe de mots dus à ce même procédé de redoublement. Ce sont les mots du type dodo < do(rmir), jojo < jo(li), qui en même temps qu’ils présentent la répétition d’un phonème significatif sont de vraies abréviations en ce sens que ce n'est qu'une partie du terme primitif qui entre dans le mot nouveau. Nous sommes donc d’abord en présence d’une suppression de la partie finale ou de la partie initiale d’un certain mot, c’est-à-dire de l’apocope ou de l’aphérèse tels que nous avons connu auparavant ces deux procédés. Mais au lieu de se contenter de la syllabe ainsi conservée, on lui fait subir un redoublement, et le terme résultant ou bien garde le même sens que le mot mutilé ou bien désigne quelque chose qui se trouve en rapport étroit avec celui-ci. Il se comprend facilement que ce soit là un procédé propre au parler enfantin: l'enfant ne peut pas prononcer le mot en entier; il s’arrête après en avoir prononcé la syllabe initiale qu’il répète tout naturellement une deuxième fois, ou bien il passe sur celle-ci pour n’exprimer que la syllabe finale qui pourra s'imposer plus fortement à son esprit. Comme les onomatopées et en général les termes traités dans ce chapitre, les abrégés ainsi redoublés appartiennent en effet au parler des enfants, d'où ils sont passés dans le langage familier et aussi dans des argots différents, où l’on a créé sur le même modèle un certain nombre de mots analogues. Le phénomène est d’un usage assez restreint. En dehors du langage enfantin, il ne paraît avoir jamais été très en vogue et même à notre époque, qui est éminemment celle des procédés déformateurs, il ne jouit nullement de la même popularité que la tendance traitée jusqu'ici. Ce qu'on peut relever de néologismes est en effet très peu de chose.

Si j'ai voulu établir un rapprochement entre ces formations, les seules qui doivent être examinées en détail dans ce chapitre, et les onomatopées c’est qu’elles remontent aussi haut que celles-ci. Il y en a en effet un certain nombre qui ont pris naissance au moyen âge et qui sont toujours en usage. dJ’en ai réuni un certain nombre dans la liste suivante, où d'accord avec le principe posé au début de cette étude ont été omis tous les noms propres dus

Mots abrégés et tendances d’abréviation en français. 73

au double procédé d'abréviation et de redoublement, tels que Eugénie > Naini, Élisabeth > Lili, Louis > Loulou, etc; pour chaque mot cité, j'ai signalé toutes les indications relatives à son âge qu'il m'a été possible de relever. Je dois un certain nombre de mots à l’article instructif de Færster, auquel je renvoie pour beaucoup de détails très intéressants.

Vocabulaire.

bibi (1) < bi(cêtre), angl. Winchester(?) = maison d’aliénés à Paris. Envoyer à bibi [argot du peuple]: «on envoie à Bibi celui qui dans la conversation lance quelque grosse bêtise» (Ricaun). «Les pensionnaires de Bicêtre et l’asile lui-même sont appelés bibis et, par extension, on désigne ainsi toute personne déséquilibrée ou simplement maniaque» (BRuANT).

bibi (2) < bi(ffin) [argot des tranchées, Dauzar]; allusion calembourique au précédent?

caca (1) < lat. ca(cure); faire caca [terme familier]; d’abord Sat. Ménippée 1 100. — Dans l’argot du peuple, on dit d'un mauvais article, d'un tableau mal réussi: c’est du caca; «c'est une façon polie pour ne pas dire: cela ne vaut pas une merde» (Vir- MAÎTRE).

caca (2) < qua(tre) = double quatre d’un jeu de dominos. Terme de Jeu cité d’abord par Ricaup».

1 Dans ce vocabulaire, je n'ai pas cru devoir faire figurer le mot baba qui d'après Larchey et d’autres serait dérivé de abasourdi ou de ébah1 par redoublement de la syllabe médiale -ba-. A mon avis, c’est une pure onomatopée formée sur le radical ba exprimant tout comme l’interjection bah! la surprise mêlée de doute.

N’en est-il pas de même de glin-glin, signifiant marteau, timbré, tapé, un peu fou, individu lent au travail, etc., et qui désigne dans l’argot des tranchées «obus», surtout de gros calibre, cf. Esnauzr p. 269? Glin-glin, d'abord imitation du son qui se produit au contact de deux pièces de métal — cf. drelin drelin de la sonnette et du timbre, plan-plan du tambour, frinfrin du rebec, etc. — aurait pu en venir à désigner l’objet qui fait ce bruit ou sa qualité d'être dur, lourd, puis inaccessible à des impressions, lent. — Esnauzr voit dans glin-glin la finale redoublée d'un mot dialectal terminé en -glin et qui resterait encore à trouver.

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cha-cha [prononcé: tfa-tfa] < prov. cha(vau), cha(val), [langage enfantin et familier] = cheval. Expression courante dans le Midi.

coco < co(mmandant) [argot des tranchées, DauzaT]; allusion calembourique à coco = cocaïne, benzol, aviateur etc.? Cf. ci-dessus p. 44.

dodo < dofrmir) ou dors) = lit, berceau [langage enfantin]; faire dodo = dormir; d’après Dict. (Gén. employé d'abord par Charles d'Orléans, admis par l’Acad. en 1718.

fanfan < (en)fant [langage enfantin] = petit enfant, et, par extension, familièrement terme de tendresse. Date d’après Dact. Gén. du 17° siècle et a été admis par l'Académie en 1762. — Fanfan pourrait être aussi enfant avec anticipation de l’f de la deuxième syllabe, cf. FŒRSTER, ouvr. cité p. 271.

fifi < fi(lle) [langage enfantin, FŒRSTER].

gaga (1) < gâ(teau) [langage enfantin] = gâteau.

gaga (2) < gâteux [terme familier] = vieillard qui retombe en enfance, crélin (Riçaup). Un vieux gaga, un homme qaga.

gogo < go(sier) [langage enfantin, FŒRSTER].

iéié < (soul)ier [langage enfantin] = soulier.

jojo < jo(li) [argot des voyous] = joli, [argot du peuple] = innocent, niais. Faire son j0j0 = faire l’enfant, faire l’imbécile (DeLzvau).

joujou < jouer) [langage enfantin, passé en terme général]. Sous la forme Jojo employé par Charles d'Orléans; admis par l'Acad. en 1762.

lolo < lo(rette) = femme galante [argot du peuple]. On donne le nom de lolos aux jeunes beautés du quartier Notre-Dame de Lorette (4{lmanach du Débiteur 1851). Lorette a élé créé en 1740, cf. Fucus, lorette.

mémé < mè(re) [langage enfantin, FæRSTErR|.

mouf-mouf < Mouf(fetard) [argot du peuple] = appartenant au parler de la rue Mouffetard, voir Mouf p. 57.

nounou < nourrice) [langage enfantin]. <Soudain il avisa sur un banc une petite nounou» (La Baïonnette, cité par BRruaAnT).

pépé (1) < pè(re) [langage enfantin, FŒRSTER |.

Mots abrégés et tendances d’abréviation en français. 15

pépé (2) < (pou)péte) [langage enfantin] = poupée. <Ah! ma jolie pépée, une morveuse qu'on aurait dû encore moucher» (Zola, cité par LarcHEY).

pipi < pitsser) [langage enfantin] dans faire pipi = pisser; relevé par Dict. Gén. dès 1692.

poilpoil, poipoil < poilu) [argot des tranchées] = poilu. +<On ne devrait pas laisser tant de civelots se baguenauder sur le front, en douce (= sournoisement, en cachette, ESNATLT) potl-port, surtout des mecs dont on ne connait pas bien l'originalité» (Barbusse, Le feu p. S91.

sæœsæ < sœu(r) [langage enfantin, FŒRSTER].

tatain) < ta(nte) [langage enfantin] = tante; cité par LiTTRÉ sous la forme tatan.

Tata(n) a aussi pris le sens de femme bavarde, précieuse.

mijaurée; faire sa tata = se donner de l'importance (DELvat).

tintin < tin(ter), ou est-ce un substantif postverbal formé sur tintiner? 13° siècle, Adam de la [Halle (GoperRoY, LiTTRÉ).

titi (1) < (pe)tit [terme général] = voyou.

titi (2) < titrailleur) [argot des tranchées, Darzar]; allusion calembourique au précédent ?

tonton < onfele) [langage enfantin] = oncle; cité par LiTTRÉ — FœrsTer et TAPPoLET expliquent le t-initial par une anticipation de l'explosive passée au son dental plus facile à articuler, procédés fréquents dans le parler enfantin. Cf. làdessus DELVILLE, ouvr. cité, passim. — Pour ma part, Je serais plutôt porté à supposer une simple analogie de tante, tatu.

zeze < Zé(zayer) [argot du peuple] = homme ou femme qui blèse; parler :ere = zézayer (DELVAC).

zinzin < (bou)sin (= bordel, boite à chahut) [argot des tranchées] = bruit, moteur d'avion, avion, dirigeable, tank, obus. etc., cf.

EsxaAULT p. 991 et suiv. — Dérivé zinïoner = bombarder, pleuvoir en parlant d'obus. — ÉSXAULT examine de près les diverses

élvmologies qui s'otfrent pour expliquer ce mot; il pré-

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fère celle adoptée ici qui selon lui rend le mieux compte de son emploi très varié.

zouzou < zou(ave); terme familier dans le peuple et parmi les soldats; cité d’abord par DELvau.

En dehors de ces réduplications, le langage enfantin connaît un certain nombre de formations du même genre plus ou moins accidentelles, telles que baba < balle), tata < ta(sse), popo < (cha)peau, porte), et avec changement de c- en t- tata < café), etc. Cf. TaPPoLET et DELVILLE, ouvr. cités et l'article de FŒRSTER.

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