LES CHAMPIGNONS
(Paroles de Mei)
EN VERS
C'est une de ces femmes ensauvagées par la passion que nous retrouvons dans Po Griby (Les Champignons).
La paysanne a quitté le logis très tôt, avant le lever du soleil, pour aller ramasser des champignons dans le bois voisin.
Elle est partie seule ou bien elle s'est détachée de ses compagnes pour rester seule.
Tandis que ses mains travaillent, elle
écoute grouiller les muettes paroles de la fièvre qui, rapides et confuses, bégayent la tristesse de sa vie, l'ennui de la maison, la tyrannie d'un mari détesté, la beauté de l'ami, la joie charnelle.
Autour d'elle, les arbres étendent leurs bras d'où descendent la paix et le silence. Déjà des blancheurs filtrent par le feuillage. Une fraîcheur monte. Brûlante de haine et d'amour, la femme exhale sa douleur, ses rêves de vengeance et de volupté.
« Oronges, mousserons, blanches blanchottes, je les cueillerai vite, moi, lajj eune ! pour mon père beau-père, pour ma mère belle-mère, qu'ils cessent de lésiner, qu'ils fassent ripailles, les vieux ! » (1)
«Mais pour toi, le non-voulu, le vieux, le fourbu, je fourrerai dans ce panier pleine pannerée d'un tue-mouches vieux, vieux
(1) Trad. Hettange :
Oronges et mousserons, Blanchottes et cèpes ronds, Je prends tout à main pleine.
Vite à perte d'haleine Pour mon noble père-grand, Pour ma sainte mère-grand, Qu'ils ne soient plus chiches Qu'ils aient grasses miches
l'amour au village 83
et sec. Le vieux mâche, s'efforce et s'étrangle ! »
« Et pour toi, le bienvoulu, le blond chevelu, je trouverai l'herbe, l'herbe fraîche. En ce lit d'amour la nuit te mariera sous le ciel feuillu avec moi, la veuve ! »
Dans la première strophe, les syllabes, avec l'accent sur les temps faibles, marquant le geste de la paysanne qui essoufflée se courbe et se relève, vont piano, renforcées seulement à la fin.
La deuxième révèle des alternatives de rage contenue et de haine débordante.
La troisième chante l'amour avec un accent mystique pour se terminer par un fortissime furieux, cri d'amour et de défi d'une âme aveuglée.