A CHEVAL SUR UN BATON
(Paroles de MoussorgskiJ
EN PROSE
Dans le jardin, en été.
L'enfanta pris une canne et Fa enfourchée, ce Hue ! » Il va au pas, trotte, galope ce Ta ta ta, ta ta ta, ta ta ta. Garez- vous ï Hau ! Hau ! »
Le voilà arriyé. Use penche en arrière, les guides au poing et crie à l'invisible Vasia :
ce Ecoute! tu viendras jouer avec moi aujourd'hui, mais pas trop tard ! »
ce Allons ! hop ! hop ! » Le cheval s'emballe, mais il le retient ferme et lui fait prendre une allure modérée. Toujours
penché en arrière, le bras droit ballant, tl continue à parler à Vasia, à phrases entrecoupées : ce Au revoir... Vasia... je vais à Iouki... mais ce soir... je serai là pour sûr... car nous devons,., tôt, très-tôt... nous coucher.., mais tu viendras... n'estce pas?... Au revoir, Vasia ! » Et le checheval part au grand galop: «: Ta ta ta, ta ta ta, ta ta ta. » Il file, file, menace les passants, s'emporte, si bien que le cavalier s'embarrasse dans sa monture, et tombe : « Oï ! j'ai mal ! Oï ! à la jambe ! » Il pleure Sa mère le console : « Mon chéri, mon petit, quel gros chagrin! Allons ! ne pleure pas, cela passera, mon ami. Attends.
Dresse-toi sur tes jambes. Là. Plus haut. Comme cela, mon enfant. Vois donc:
quelle merveille ! Là-bas, là-bas, dans le buisson. Le bel oiseau ! Le joli plumage ! Vois-tu? Hé bien, c'est passé? »
— « Passé !» Il a renfourché sa monture, et galope, et, tout en galopant : «J'ai été à Iouki.,. maman... maintenant, il faut que je rentre... vite... hop, hop... j'ai des invités.., hop! »
Et, tout bas, comme se parlant à luimême :
« Je n'ai que le temps !... »
Ce fut sur les conseils de Dargomijski, auquel est dédiée la première des pièces de la Chambre d'enfants (Avec Mania) que Moussorgski continua la série.
Les deux dernières pièces (Le Chat matelot, A cheval sur un bâton) ont été publiées après sa mort.
Ses amis se souviennent encore de l'avoir entendu exécuter quelques autres : Le sommeil, La dispute, qui n'ont pas été retrouvées.
Lorsque, en 1873, le recueil de la Chambre d'enfants parut, Liszt s'en montra enthousiaste. Il voulut l'arranger pour le piano et écrivit à Moussorgski pour lui annoncer son intention de lui dédier une de ses compositions.
Moussorgski écrivait à ce sujet à M.
Stasof:
(( Liszt vient de me faire une surprise î C'est sans nom ! Je ne sais si je suis ou non, comme on le crie sur les toits, un sot en musique. Mais il paraît que je n'ai pas été sot dans la Chambre d'enfants, car comprendre les enfants et les considérer comme des gens qui s'agitent dans leur petit monde à eux et non comme des poupées amusantes, ne peut être le fait d'un sot. Je le savais, mais je n'aurais jamais pensé que Liszt, habitué à brasser des sujets colossaux, pût comprendre et estimer La Chambre d'enfants, et surtout s'en enticher à ce point. Car mes enfants sont pourtant des russes, avec une forte odeur de Russie. »
Le Drame
Il y a un préjugé près d'éclore qu'il faudrait tuer dès l'œuf.
Depuis que l'œuvre wagnérien s'est divulgué, on entend dire un peu partout que le drame musical ne peut provenir que de la Légende et non de l'Histoire.
C'est exact, si l'on entend par histoire l'exhumation parcellaire et maladroite du Passé par des manouvriers routiniers dont
la courte vue ne porte que sur la besogne à faire.
C'est faux et faux ridiculement, si Fou entend par l'Histoire l'évocation de la vie humaine sous ses formes évanouies, la résurrection intégrale et réfléchie du Passé de par le vouloir et le pouvoir des intelligents et des bons.
Moussorgski est de ceux-ci. « Voilà de l'histoire vraie » s'écriait Kostomarof à la première de Boris « de la vie vraie résurgie! »
Par Boris, par la Khovantchina, Moussorgski prouve que le drame musical peut naître viable de l'Histoire aussi bien que de la Légende anonyme comme ceux de Wagner, ou de la Fiction poétique, comme YOtello et le Falslaffde Verdi.
L'action se passe dans la période de 1598, date de l'avènement de Boris Godounof qui fit mettre à mort le jeune frère du tsar Féodor, Dmitriloanovitch, à 1605, date à laquelle le moine Grégoire Otrepief, se faisant passer pour le tsarévitch Dmitri, entra dans Moscou, fit tuer le tsar Feodor, fils de Boris, et s'empara du pouvoir.