SCÈNE I
Le prince Galitsyne représente les tendances nouvelles ; il rêve de voir la Russie se tourner vers l'Occident, en prendre les mœurs, en copier la politique.
Dès les premiers coups d'archet, on devine une atmosphère nouvelle. La pensée russe, si profonde et si nette dans le premier acte, s'oblique vers un horizon nouveau ; ce ne sont plus les mêmes rythmes, les mêmes intonations, le même tour d'esprit.
Un cabinet de travail, dans le style moscovite-européen. La porte ouverte donne
sur un jardin que clôt une grille, montée sur des piliers de pierre. Le soir vient. Le prince Galitsyne, à son bureau éclairé de candélabres, lit une lettre.
ce Mon cher frère Vasenka, salut, mon cher ami ! Je n'ose pas espérer, ma joie, lumière de mes yeux, que nous nous reverrons un jour, Quel bonheur ce serait pourtant, ma lumière, de te voir, et de t'embrasser. Je me suis traînée à pied de Vordrijenska, pour avoir de tes nouvelles! Je n'ai trouvé que des lieux communs sur les boïars et sur toi... Je ne sais plus comment je suis revenue ; le sol manquait sous mes pas. »
Cette lettre est de la régente Sophie. Le prince Galitsyne est rêveur, ce Peut-on croire à cette femme qui aime le pouvoir et la domination?... Toujours le doute éternel pour tout et en tout !...Non. Pourquoi se repaître de vaines illusions !... Certes, je veux bien vous croire, chère belle, mais il faut être prudent, n'est-ce pas ? Quand la disgrâce vient, la tête tombe... De la prudence ! »
Un laquais vient arracher l'élégant scep-
KHOVANTGHINA 207
tique à ses pensées. Une femme est là, celle qui vient parfois en consultation.