scène m
Suzanne, qui s'est approchée, a entendu les paroles de Marthe. Envoyant son émotion, Marthe lui demande quelle en est en la cause . ce Ah ! femme fausse ! » s'écrie Suzanne, « tu blasphèmes ! tu chantes des chants criminels ! »
Et sur le thème de la chanson, Marthe répond : « Tu as entendu mon chant, tu t'es cachée de moi, comme font les voleurs et tu as surpris le chagrin de mon cœur ! »
Puis, sur un ton de doux reproche, elle avoue :
— Oui, je souffre. Je n'ai caché à personne mon amour, et je ne cacherai pas la vérité !
Suzanne. — Seigneur !
Marthe, s'approchant d'elle. — J'avais peur, quand il me chuchotait des paroles ; et ses lèvres brûlaient...
Suzanne. — Arrière ! Arrière ! Tu me tentes par tes paroles diaboliques !
Marthe. — Non, non, écoute-moi ! Si jamais tu as pu comprendre ce que souffre le cœur ; si le désir a pu entrer en toi, si tu as pu jamais livrer ton âme, il te sera pardonné bien des fautes, et tu pardonneras bien des fautes.
Suzanne. — Seigneur ! Seigneur ! Suis-je devenue faible d'esprit? Ou bien le malin me souffle-t-il le mal ?
Et tandis que le fanatisme de Suzanne
s'épanche, Marthe redit les paroles de sa chanson : « Souviens-toi, souviens-toi.. »
— Tu m'as tentée! rugit Suzanne. Tu m'as dit les paroles de l'enfer. Au tribunal, au tribunal des frères; au tribunal de l'Eglise, je redirai des paroles diaboliques, et je te traînerai !
Sur ces entrefaites, arrive Dosithée.
— Pourquoi cette fureur ?
Marthe. — Mon père! Suzanne s'est indignée de mon chant !
Dosithée. — Et pourquoi, Suzanne?
c'est le péché d'orgueil que tu commets, en fou.lant le cœur blessé de ta sœur !
Suzanne. — Non, non ! je ne me rendrai pas.
Dosithée. — Toi?... toi, Suzanne? tu veux chasser les démons? mais ils sont légion autour de toi, qui tournent et se lèvent, et sautent et dansent ! Va, malheureuse ! Va !