‹ MoussorgskiChapitre 70 sur 83 · SAINT-PETERSBOURG · texte numérisé non relu

SAINT-PETERSBOURG

Les villes sont bonnes aux artistes qui, pour produire, doivent avoir le stimulant de la publicité, des conversations où le cerveau s'échauffe, des luttes qui dégagent une personnalité de rencontre.

Il en est d'autres qui ne veulent créer que dans la retraite, la solitude et la paix.

Moussorgski était de ceux-là. Mais bien que tous ses efforts eussent tendu dès la

première jeunesse à se libérer, il avait à trente-cinq ans réussi à gagner, tout bien compté, trois années, deux hivers et cinq à six étés.

Arrivé là, il n'avait plus l'espoir de s'affranchir. Le besoin le clouait à Pétersbourg, avec la réputation d'un employé fantaisiste, sans esprit pratique, sans « avenir. »

Pétersbourg ! c'est pour ceux qui n'ont point de fortune ou qui n'aiment point à refléter la fortune des autres, une ville froide, chagrine, que ne visitent le long de l'an que des jours grincheux ou cruels. Il en passe bien une vingtaine d'autres, tard venus, tôt partis, au printemps. Gaîment vêtus de soleil, insolents de joie, nargueurs, ils ne semblent se lever que pour faire paraître les autres plus noirs et plus tristes.

Des lignes sévères des monuments au parallélisme monotone, au travers des jaunes brouillards ou des blanches réverbérations, le spleen monte se chevillant aux corps, qui, las, brisés, s'affalent sur

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