OUVRAGES A CONSULTER
l'énormité qui lui échappe. Le plus machinal des lecteurs doit comprendre que si l'on n'entend à l'église de la rue Daru le la bémol sousgrave que dans les grandes cérémonies, c'est que les chanteurs qui les possèdent ne sont engagés que pour elles. Et puis, ne serait-il pas bien curieux d'entendre le papotage de voix de cette nature ? C'est un charme étrange que je n'ai jamais éprouvé, ni M. Lavignac, ni nos lecteurs.
— M. Lavignac/ avez-vous entendu de ■ la musique de Moussorgski ?
— Non, monsieur.
— Mais vous en parlez dans votre livre?
— Oui, page 570. Et voici ce que j'en dis : « Moussorgski (1839-1881) né à Toropets. Un charmant et fécond mélodiste, chez
lequel l'habileté d'harmonisation est remplacée par une hardiesse d'un goût parfois douteux; a produit des mélodies, de la musique de piano en petite quantité, et un opéra, Boris Godounoff. »
Les portraits de Moussorgski,
Les kalieki perekhojié.
Les rapsodes.
Les khorovodes.
Les raskolniki.
La divination par l'eau.
Il existe peu de portraits de Moussorgski, L'héliogravure qni figure en tète de ce volume a été faite d'après une photographie dataart de l'époque de la mise en scène de Boris Godounof.
Elle m'a été communiquée par Robert Godet, que je remercie du fond du cœur pour les précieux renseignements qu'il n'a cessé de me prodiguer au cours de ce travail.
Une autre photographie, antérieure à celle-ci m'a été communiquée par M. Georges Moussorgski, le neveu du compositeur. On en trouvera la reproduction dans le Magazine Internationale Février.
LES KALIEK1 PEREKHOJIE
Les Kaliéki perekhojié, que Moussorgski a mis en scène dans le premier tableau de Boris Godounof, ont leur généalogie, leur poésie traditionnelle, lyrique et épique.
En Russie, la misère chante. Elle a toujours chanté, si loin qu'on remonte vers la nuit historique. Il n'est pas rare, dans les villages, de rencontrer un de ces chantres ambulants, conduit par un enfant ; il s'accote à une izba devant les paysans assemblés, il dit d'où viennent les siens, ce qu'ils ont fait sur la terre russe, chante ses antiques devanciers, Lazare, Alexis l'homme de Dieu, Joseph, le tsarévitch Josaphat ou récite le Martyrologe du mois, avec la vie des saints qu'il glorifie.
Les Kaliéki perekhojié ont des chants pour demander l'aumône sur la grande route quand ils pérégrinent vers les lieux saints, — dans les villages — sur le seuil de l'izba — à la fenêtre de l'izba — aux foires — à l'hostiaire des églises.
« Lorsque Christ remonta aux cieux, la confrérie des humbles s'éplora. Les pauvres du Seigneur, les aveugles, les boiteux s'éplorèrent : «Ah! vrai Christ! tsar des cieux 1 de
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quoi, pauvres, serons-nous nourris? de quoi, pauvres, serons-nous velus, chaussés ? » Ici Christ, tsar des cieux, leur dit : « Ne pleurez pas, vous, pauvres du Seigneur! Je vous donnerai une montagne d'or, je vous donnerai un fleuve de miel ! Vous serez nourris et abreuvés, vous serez vêtus et chaussés ! » Ici Jean Parole de Dieu dit : « Mais ne leur donne pas une montagne d'or, ne leur donne pas un fleuve de miel. Les forts, les riches les leur prendraient. Il y aurait là des morts d'hommes, il y aurait là du sang répandu. Donne-leur ton saint nom. Qu'ils le redisent, qu'ils le glorifient 1 ils seront nourris et abreuvés, ils seront vêtus et chaussés. » Ici Christ, tsar des cieux, dit : « Toi, Jean Parole de Dieu, toi, Jean Bouche d'or, tu a su la parole, tu as dit la parole. Que ta bouche soit d'or. Que dans l'année tes fêtes soient fréquentes ! »
C'est en ces termes que les Kaliéki perekhojié experts en menestrandie chantent la gloire de Jean Chrysostome, leur patron, l'un des saints chers à la Russie.
Leurs chants, comme tous les poèmes traditionnels russes, ont été recueillis et collationnés en ces dernières années. Moussorgski, s'intéressant à tout ce qui concernait la poésie populaire de la Russie et de l'Orient, les con-
naissait* Le chant des Kaliéki de Boris Godounof est tout-à fait dans la note de ces récitations mélodiques, dont l'effet est saisissant.