LES RAPSODES
La Russie a encore des rapsodes. Dans la province d'Olonets, pauvre et désolée, où l'air ne s'empanache que des fumées d'izbas, ils vivent entourés de l'estime et de la considération des paysans, récitant les aventures merveilleuses des héros du cycle de Kief . La plupart sont illettrés. Quelques-uns savent jusqu'à quarante mille vers, appartenant à diverses épopées. Riabinine, que Moussorgski entendit à la Société de géographie de Pétersbourg en 1862, avait à cette époque soixante-dix-huit ans .
La mélodie que lui a empruntée Moussorgski est celle de l'épopée de Volga et Micoula, l'une des plus caractéristiques, en ce qu'elle oppose en la glorifiant la force du paysan-producteur à celle de l'homme de guerre-destructeur. En voici succinctement l'argument :
— Volga, à la tête de ses héros, traverse une plaine. Il entend un grand bruit qui s'élève d'au-delà de la colline. C'est le paysan Micoula qui laboure : « Je vais à Gourtchevko », lui dit le héros « montre-moi le chemin ! » Micoula