‹ MoussorgskyChapitre 5 sur 57 · Il mourut en · texte numérisé non relu

Il mourut en

1. Voici le plan de la version primitive : 1, La foule attend l'élection de Boris au trône. Le couronnement de Boris. — 2, La cellule de Pimène. — 3, Scène à l'auberge. — 4, Boris avec ses enfants et avec Chouïsky. — 5, Scène de la Douma et mort de Boris. — 6, Les paysans révoltés et entrée de l'usurpateur. Encore certaines de ces scènes furent-elles considérablement développées lors des remaniements, surtout la troisième et la quatrième.

chœurs et d'ensembles, et que la brièveté des rôles des principaux personnages se faisait par trop sentir. Moussorgsky entreprit dès lors la série des remaniements grâce auxquels son Boris Godounow prit la forme sous laquelle il nous est parvenu.

Il composa, encore en 1870, une nouvelle satire musicale, beaucoup plus développée que son Classique, et qui s'intitule Le Guignol1, Il y ridiculisait les principaux adversaires de la nouvelle école russe et de la musique moderne en général : le compositeur critique Serow; Zaremba, le directeur du Conservatoire de Saint-Pétersbourg; le critique Fif (Théophile) Tolstoï ; et de nouveau Famyntsine, déjà caricaturé dans Le Classique, Ce libelle en musique, spirituel et mordant sans être haineux, parut à un moment où les disputes entre les deux camps étaient fréquentes autant que vives ; le succès en fut immense et les victimes du satiriste, nous dit . Stassow, furent les premières à rire, de bon cœur. Au point de vue musical proprement dit, Le Guignol n offre aucun intérêt particulier, sauf de représenter un genre insolite, créé de toutes pièces par Moussorgsky,

1. Le vrai sens du titre russe est le Théâtre Optique : il s'agit d'une exhibition de marionnettes grotesques, et non pas, comme on le croit ordinairement, des propos d'un spectateur des galeries supérieures du théâtre.

et d'être très réussi dans les limites de son objet spécial. II n'en est pas de même des quatre nouvelles pièces de la série La Chambre cU enfants , que Moussorgsky, suivant le conseil donné avec beaucoup d'insistance par Dargomyjski, avait achevées avant la fin de la même année. Ce sont : Dans le coin, Le Hanneton, Berceuse de la poupée, Prière du soir. Le réalisme scrupuleux en atteste l'extrême sensibilité de l'imagination de Moussorgsky, et la minutie même de la reproduction artistique y a pour conséquence de restituer intact tout le charme du sujet. Rien qui caractérise mieux le tempérament de Moussorgsky, rien de plus représentatif de son idéal de véracité, comme de la forme particulière d'interprétation artistique qui en résulte.

L'année 187 1 fut tout entière occupée par les remaniements de Boris Godounow. Moussorgsky avait cessé d'habiter avec la famille Opotchinine, et pris, en commun avec M. Rimsky-Korsakow, un appartement où les deux amis travaillèrent désormais, chacun de son côté (M. Rimsky-Korsakow composait alors La Pskovitaine).

Selon les avis de ses amis, et en particulier de W. Stassow et de l'architecte Victor Hartmann, Moussorgsky écrivit nombre de scènes supplémentaires pour Boris, et d'additions aux scènes

déjà existantes. Tout le troisième acte (scènes dans le palais de Mnichek) ; le début du deuxième tableau du premier acte (l'auberge ; chanson de la cabaretière) ; la majeure partie de la première scène du second acte, ainsi que les épisodes de la pendule et du perroquet, furent ainsi composés et incorporés à la partition : la scène dans la cellule de Pimène fut amplifiée, et Moussorgsky y intercala une phrase chorale d'un grand effet. Enfin, dès 1870, sur le conseil de Nikolsky, il avait décidé de terminer la pièce, non point par la mort de Boris, mais par la révolte du peuple, Fentrée triomphale de l'usurpateur et la plainte de l'innocent sur les malheurs de la Russie (c'est-à-dire Favant-dernière scène, un peu retouchée, de la version originale). C'étaitlà une modification d'importance capitale, essentiellement conforme à l'esprit de l'œuvre, et par surcroît d'un très grand effet, quoique (ou parce que) en opposition formelle avec la routine du théâtre.

En somme, il est très heureux que Moussorgsky ait eu la main forcée : car, sous sa forme définitive, Boris Godounow est incontestablement supérieur à ce qu'il pouvait être d'abord, en dépit de quelques additions plus ou moins satisfaisantes.

Durant l'hiver 1871-72, les auditions privées

de l'œuvre se renouvelèrent tant aux réunions intimes que dans quelques maisons amies, entre autres chez le chef de la section des décors et costumes du théâtre, M. Loukachewitch.

Ce même hiver, le directeur de l'Opéra, M.Guécléonow, imagina d'engager Moussorgsky, Borodine, Rimsky-Korsakow et César Cui à écrire chacun une partie d'un grand opéra féerique, Mlacla, qu'il se proposait de monter de somptueuse façon. Moussorgsky eut à faire, pour sa part, quelques scènes de caractère populaire, une marche pour accompagner le cortège des princes slaves, et une grande scène fantasmagorique, ((l'offrande au bouc noir sur le Mont- Chauve ». (Ce dernier sujet lui fournit l'occasion d'utiliser , avec quelques modifications , son poème symphonique de 1867, qu'il devait, d'ailleurs, encore transformer ultérieurement.)

La composition de Mlacla occupa Moussorgsky presque jusqu'à la fin de l'hiver 1871- 1872. La partition de l'œuvre une fois complètement terminée, et la préparation des décors et costumes déjà fort avancée, M. Guédéonow, faute de capitaux, dut renoncer à poursuivre son entreprise, et les compositeurs en furent pour leur travail1.

1. Moussorgsky avait d'ailleurs utilisé pour Mlada de Calvocoressi. 4

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A peine Moussorgsky avait-il fini de s'occuper de Mlada que Stassow lui proposa un nouveau sujet de drame musical. « Il me semblait, raconte le biographe, que l'antagonisme de la vieille Russie et de la Russie nouvelle, la disparition de la première et F avènement de la seconde, seraient une riche matière ; Moussorgsky fut de mon avis... Il se mita l'ouvrage avec ardeur. Etudier l'histoire de la secte des Raskolniky, (vieux croyants), des vieux Russes et en général toutes les chroniques du xvne siècle était un labeur énorme. Les nombreuses et souvent très longues lettres qu'il m'écrivit à cette époque sont remplies de détails sur ses études, de discussions sur la composition de l'opéra, les caractères, les scènes. Les meilleures parties de l'œuvre furent écrites de 1872 à 1875. »

En février 1873, on représenta enfin, au théâtre Marie (ce fut pour le bénéfice du régisseur, M. Kondratiew) trois fragments de Boris Godounow : l'auberge, le boudoir de Marina Mnichek, la scène à la fontaine. Quelques jours auparavant, Moussorgsky avait écrit à Stassow : « En route pour le jugement ! Quel bonheur de pen-

fragments d'œuvres antérieures» La marche, qu'il écrivit spécialement, fut publiée en 1880, avec quelques changements et sous le nom de Marcia alla Turcd. M. Rimsky-Korsakow a repris la donnée de Mlada pour en faire une de ses plus belles œuvres lyriques^

LA VIE ET L'HOMME 5i

ser que nous voilà sur la sellette, tout pleins de Khovanchtchina, cependant qu'on nous juge pour Boris. On nous dira : « Vous avez foulé aux pieds les lois divines et humaines. » Nous répondrons : « Oui ! », et ajouterons mentalement : (( Vous en verrez bien d'autres! » On croassera : « Vous serez oubliés bien vite et pour toujours ! » Nous répondrons : « Non, non et non, Madame ! »

Malgré ce pronostic plaisamment pessimiste, le succès des trois scènes fut complet. Le chanteur Pétrow avait tenu d'admirable manière le rôle de Varlaam, et de même Mme Léonowa celui de la cabaretière. Moussorgsky fut très fêté. Dès le lendemain une admiratrice lui envoyait une couronne de fleurs, la première qu'il eût reçue de sa vie.

Quelques mois plus tard, les répétitions de Boris Godounow commencèrent au théâtre, et le 24 janvier 1874 eut lieu la première représentation1.

Ce fut le moment le plus triomphal de la vie

1. C'est à ce moment que fut prise la dernière en date des photographies de Moussorgsky (le 9 janvier) ; on en trouvera la reproduction dans la biographie du compositeur par M. Pierre d'Alheim.

5 a MOUSSORGSKY

de Moussorgsky.En 1873 avait paru La Chambre (T Enfants 9 qui devint tout de suite populaire *. Liszt, enchanté de l'œuvre, déclarait vouloir la transcrire pour piano seul, et dédier une composition à l'auteur. Moussorgsky témoigna par la lettre suivante (à Stassow) la joie que lui avait causée un si précieux suffrage : « Liszt me stupéfie; cela est incroyable! Que je sois ou non un sot en musique, je n'ai pas été sot, paraît-il, dans La Chambre d'Enfants : parce que comprendre les enfants, les considérer comme des êtres d'un monde original, et non comme d'amusantes poupées, ne doit point classer un auteur parmi les sots. Je n'aurais jamais pensé que Liszt, si fervent de sujets colossaux, pût sérieusement comprendre et apprécier L# Chambre d'Enfants; voire, en être transporté. »

A la représentation de Boris Godounow*, Moussorgsky put éprouver une satisfaction complète. La jeune génération tout entière reconnut la haute signification, l'originalité profonde de l'œuvre, et fut secouée d'enthousiasme. « Vingt représentations consécutives eurent lieu devajit

1. La première édition ne comprenait que cinq pièces : les deux dernières sont posthumes.

1. Voici quels furent les créateurs des principaux rôles : Marina ; Mmc Platonova. Boris : M. Melnikow. Dimitri :

M* Komissarewsky. Pimène : M. Vassiliew. Yarlaam : M. Pé-

trow.

des salles combles. Souvent, des troupes de jeunes gens chantaient, la nuit, parles rues, sur les ponts de la Neva, les chœurs de la partition1. »

Par contre, la critique formula nombre d'objections du genre de celles par quoi, dans tous les pays et à toutes les époques, elle accueille toute œuvre véritablement originale. « Elle reprocha à Moussorgsky son ignorance de la grammaire musicale, sa grossièreté, son manque de goût, déclarant par surcroît que les passages les plus achevés restaient dans le style de Topera ordinaire : par exemple le récit enfantin « Notre perroquet s'était perché... », ou le trio final de la scène à la fontaine2. »

Stassow raconte encore que la première représentation de Boris Godounow suscita dans les milieux bien pensants une fureur sans égale, qui se manifesta notamment par un trait fort mesquin : un groupe de jeunes admiratrices devait offrir à Moussorgsky, dans le théâtre même, quatre couronnes ornées de diverses inscriptions : « Gloire à toi pour Boris ! » — « Vers de nouveaux rivages. » On s'arrangea de manière à intercepter le passage, et force fut aux enthou-

i . Stassow. Op. cit.

'2. Ibid.

siastes, déçues, d'attendre le lendemain pour porter les couronnes au domicile du compositeur.

Peu après les représentations de Boris Godounow, Stassow suggérait à Moussorgsky de composer une nouvelle satire musicale, Vécrevisse, où fussent tournés en ridicule les critiques rétrogrades. Le projet plut tout d'abord à Moussorgsky. Bientôt même une partie de la pièce fut composée ; après quoi, vu l'urgence d'autres travaux plus sérieux (et principalement, de Khovanchtchina) il n'en fut plus question.

Au printemps de J874 eut Heu, à l'Académie des Beaux-Arts, une exposition posthume de dessins et aquarelles de l'architecte Victor Hartmann, un des meilleurs amis de Moussorgsky. Le compositeur, très affecté, voulut, en manière d'hommage à la mémoire de Hartmann, « dessiner en musique » les meilleurs de ses croquis. Il en résulta la suite de pièces de piano intitulée Petits tableaux d'une Exposition, qui est à coup sûr, avec La Nuit sur le Mont-Chauve^ ce que Moussorgsky a produit de plus significatif comme musique instrumentale1.

C'est à la même date qu'appartient un important remaniement de la Défaite de Sennachérib.

1. Les Tableaux d'une Exposition ne furent publiés qu'en 1886. Le manuscrit porte la date du 22 juin 1874.

De 1874 à 1875, Moussorgsky occupa le même appartement qu'un de ses amis, le comte Golenichtehew-Koutousow, qui devait exercer sur son esprit une influence marquée, et lui inculquer des pensées idéalistes' et mystiques toutes nouvelles,avec, parcontre-coup, des tendancesmoins expressément réalistes. Golenichtchew-Koutousow était un poète de réel talent; Moussorgsky lui emprunta les textes de plusieurs mélodies qui comptent au nombre de ses plus belles. La première en date, écrite à l'automne de 1874, offre cette particularité d'avoir été, comme les Tableaux cl une Exposition, inspirée par une œuvre de peintre : en l'espèce, le fameux tableau de Verechtchaguine représentant un cadavre oublié sur un champ de bataille1.

La vue de cette scène inspira au comte Golenichtchew-Koutousow une courte et pathétique poésie, que Moussorgsky mit en musique. Mais, tandis que les Tableaux cV une Exposition visent bien à être, dans toute la mesure du possible, desreprésentations graphiques, E Oublié n est pas autre chose que l'expression poétique et musi-

1 . Le tableau fut détruit par son auteur, à la suite d'une parole de l'empereur Alexandre II, interprétée comme un blâme ; ou peut-être par simple déférence. Une conséquence fâcheuse de ces événements fut de retarder la publication de la Ballade de Moussorgsky : elle ne parut que longtemps après la mort du compositeur, en 1887.

cale de l'émotion que provoque le sujet. C'est une page d'une sobriété, d'une intensité magistrales.

La même année, Moussorgsky mit en musique d'autres poésies du même auteur, six pièces formant une suite intitulée Sans Soleil, qui est bien l'œuvre la plus idéaliste, la plus subjective, la plus uniquement lyrique qu'il ait jamais écrite : un chef-d'œuvre, d'ailleurs.

Il semble que Moussorgsky, sentant déjà sa force créatrice s'affaiblir, se hâte désormais de produire le plus possible. Sans abandonner la composition de Khovanchtchina, il remanie, cette même année 1874, un chœur de sa Salammbô, l'agrandit et en fait l'admirable scène lyrique Yissous N aviné (Josue). En 1875 paraissent trois scènes de la série Chants et danses de la Mort (paroles de Golenichtchew-Koutousow) : le Trépak, qui est une des inspirations les plus magnifiques de la littérature musicale ; la Berceuse [la Mort et la Mère), plus sobre et plus concentrée, d'une puissance presque aussi surhumaine ; l'étrange et impressionnante Sérénade. La série fut terminée en 1877 par Le chef d'armée, d'un sentiment dramatique intense, mais plus extérieur peut-être.

Ces mélodies furent écrites, paraît-il, à l'instigation de Stassow, qui conseilla à Moussorgsky

de continuer à exploiter la même donnée en évoquant la mort d'un moine rude et fanatique dans sa cellule, d'un banni près de revoir sa patrie, d'une jeune femme heureuse et fêtée. Moussorgsky commença d'écrire ces nouvelles pièces, mais ne leur donna jamais une forme définitive. Sa santé était de plus en plus chancelante, et son esprit devenait moins lucide, quoique son énergie persistât. La composition de Khovancht china lui donnait beaucoup de peine. Pour parvenir à terminer coûte que coûte cet opéra, il résolut de modifier le plan primitif du livret, de supprimer certaines scènes et certains rôles, sans reconnaître les inconvénients de ces excessives simplifications.

En même temps, mû par le désir d'écrire un rôle de caractère Petit-Russien pour le chanteur Pétrow (créateur du Varlaam de Boris Goclounow, et très grand ami de Moussorgsky), il entreprit de composer un autre opéra, La Foire de Sorotchinsk, dont le sujet était tiré d'un des plus humoristiques et plus fantastiques récits de Gogol. Moussorgsky ne réalisa guère que des fragments de cette nouvelle œuvre, où son génie aurait pu apparaître sous le même aspect comique et familier que dans Le Mariage. Les quelques pages écrites que Ton en connaît : esquisses du

prélude, trois chansons ou airs, et une fort savoureuse danse instrumentale, Hopah, ne permettent guère de porter un jugement sur Fensemble. La Nuit sur le Mont-Chauve fut remaniée pour être introduite dans la partition de l'œuvre nouvelle.

Moussorgsky à partir de 1876, vécut très mélancolique. Son Boris Godounow, après avoir subi diverses mutilations, fut retiré du répertoire, on ne sait trop pour quelles raisons, dit Stassow. Cependant il ne perdit pas courage. Son plus grand plaisir était de participer, comme accompagnateur, à des concerts, généralement donnés en faveur des étudiants pauvres, pour lesquels il offrait son concours avec empressement. Réduit pour vivre à l'humble salaire qu'il touchait comme employé d'Etat, il pensa tirer quelques ressources de son talent d'accompagnement. En juin 1876 il écrivait à Stassow : « Actuellement, très actif sur le clavier, je suis convaincu que, s'il était nécessaire de me procurer le pain quotidien en « tapant », cela pourrait aller... » Malheureusement, l'expérience démentit cet espoir.

En 1877, Moussorgsky produisit, outre Le Chef (Tannée, quelques romances assez peu significatives sur des textes d'Alexis Tolstoï. Il retoucha une de ses anciennes compositions, la Chanson

cVYavéma, et en changea le titre en celui de Dniepr.

L'année suivante, il fut très éprouvé par la mort de Pétrow, « l'homme qu'il aimait et estimait le plus. Il se sentait isolé et s'ennuyait1. » Il passa cette année dans une complète inaction. En 1879, à la suite de certains froissements, il quitta son poste officiel, et, grâce à la protection d'un ami, fut pendant quelque temps placé au département du contrôle. Cependant, il entreprit avec une cantatrice, excellente interprète de sa musique, Mme Leonova, un grand voyage dans le sud de la Russie. Les deux artistes remportèrent une série de triomphes, grâce aux concerts qu'ils donnèrent à Poltava, à Kherson, à Odessa et dans d'autres villes. Moussorgsky retrouva quelque ressort et produisit, durant ce voyage, un petit nombre de pièces de piano non dépourvues de mérite2, ainsi qu'une Chanson de la Puce (d'après Faust de Goethe, traduction de Strougovehtchikow) qui est parfai-

1. Souvenirs de Mmc Chestakow, cité par Mme Olénine [Revue internationale de musique, 1898).

'i. Les titres donnés par Stassow et par les autres biographes pour ses pièces sont : Baïdarki, Goursouf, Tempête sur la Mer Noire. Baïdarki, d'après un renseignement communiqué par l'édileur Bessel, fut le titre de la première version des Danses Persanes placées depuis dans Khovanclitchina. Le titre de Tempête sur la Mer Noire a été changé (Cf. le catalogue, pp. sil\'i sq.).

tement insignifiante. A son retour il eut la joie d'entendre, exécutés à un concert de l'Ecole gratuite, sous la direction de Balakirew, des fragments de Khovancht china : la scène des Streltsy , la Chanson de Marfa, les Danses Persanes (novembre 1879). Durant l'hiver 1879- 1880, le seul travail auquel il se livra fut de refaire et d'orchestrer la Marche des Princes de Mlacla, qui reçut le nom de Marcia alla Turca et fut jouée, au début de l'année 1880, à un concert de la Société Musicale Russe. L'été suivant, il projeta de composer une grande suite pour orchestre, avec harpes et piano. Le 5 août, il écrivait à Stassow : « Les motifs en ont été recueillis par moi auprès de divers bons pèlerins de ce monde. Elle aura pour programme : depuis les côtes bulgares, à travers la Mer Noire, le Caucase, la Caspienne, Fergân jusqu'à Birma. La suite est déjà sur le chantier. » Mais il n'en réalisa jamais que de sommaires esquisses. Durant cet été, Moussorgsky habita la campagne, chez Mme Leontiew; il y travailla pour la dernière fois à Kliovanchtchina, dont il parvint à terminer ou à peu près une rédaction provisoire pour piano et chant. De plus en plus malade, il quitta définitivement le service, et, peu de temps après, dut entrer à l'hôpital militaire Nicolas. Le peintre Répine exécuta, en

i88i,un saisissant portrait qui le montre, peu de jours avant qu'il ne mourût, bouffi et ravagé par l'alcool, échevelé dans sa grande houppelande de malade ; cependant le regard y reste infiniment expressif, conscient et d'une grande douceur \ Un contraste frappant existe entre cette toile, dont la sincérité est évidente, et la description, par Borodine, du bel officier soigneux de i856, voire la photographie de 1874? qui montre encore Moussorgsky sous l'aspect d'un homme rassis et soucieux d'élégance.

Les dernières semaines de sa vie furent très douloureuses, malgré la présence fréquentes auprès de son lit, des amis et des compagnon, de lutte, notamment de Balakirew qui le vit et put causer avec lui la veille même de sa mort. Enfin, le 16/28 mars 1881, jour de son quarantedeuxième anniversaire, Moussorgsky mourut. Il fut enterré dans le cimetière du couvent d'Alexandre Newsky, où en novembre i885 un monument, œuvre de l'architecte Bogomotow et du sculpteur Gunsbourg, fut consacré à sa mémoire, grâce à l'initiative de ses collègues, amis et admirateurs.

MM. Rimsky-Korsakow, Liadow et Stassow s'occupèrent activement de faire publier les

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