‹ Moustache (volume 2)Chapitre 18 sur 37 · LE SPECTACLE DE SÉRAPHIN · texte numérisé non relu

LE SPECTACLE DE SÉRAPHIN

C'est un théâtre bien respectable que celui qui brave le temps, les révolutions, et reste toujours debout, toujours en état de prospérité, dans le même emplacement, avec la même direction.

Séraphin a résolu ce problème : tandis qu'autour de lui tout change et tout passe, tandis que vingt directeurs ont fait faillite, que trois ou quatre ont fait fortune, que les théâtres les plus en vogue ont vu leurs salles désertes; que les genres ont été renouvelés, mêlés, confondus, bouleversés; qu'il a fallu faire des dépenses énormes pour attirer le public, que les acteurs en renom sont devenus nomades, que les actrices de talent sont devenues rares; que les auteurs ont eu des procès avec les directeurs, que les entrepreneurs de succès ont fait la loi aux auteurs, et qu'au milieu de tout cela le public a souvent gardé son argent dans sa poche malgré la longueur démesurée des affiches, le spectacle de Séraphin a continué sa modeste fortune, et une fortune modeste qui va toujours son chemin vaut beaucoup mieux qu'un char brillant qui culbute. Vous me direz à cela que le directeur d'un théâtre de marionnettes a beaucoup moins de frais qu'un autre; que sa troupe est toujours soumise à ses moindres volontés; que ses acteurs ne murmurent jamais lorsqu'on leur donne un mauvais rôle; que ses actrices ne cabalent point entre elles pour se faire siffler. Mais, suivant moi, ce qui assure l'existence de ce spectacle, c'est que son public se compose en grande partie d'enfants, et les enfants sont beaucoup moins exigeants que les hommes ; pourvu qu'on les amuse, ils sont content? et ne s'inquiètent pas si la pièce

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est bien écrite, bien conduite, bien intriguée. 11 faut si peu de chose pour faire rire tous ces petits visages qui viennent là chercher le plaisir et la joie! l'aspect seul de FoUchinelle suffit pour animer, pour enchanter toutes ces petites physionomies; et il ferait beau voir que quelqu'un s'avisât de sifller Polichinelle! les cris, les trépignements des enfants en auraient bientôt fait justice. Ainsi donc, jamais de chutes au théâtre de Séraphin. Heureux théâtre pour les acteurs!... Heureux public pour ce théâtre!... et nous ne prévoyons pas ce qui pourrait entraver la prospérité de ce spectacle de marionnettes, car il y aura toujours des enfants, du moins nous aimons à le croire.

Cependant, avec les enfants qui chez Séra-phin sont les habitués, le noyau, la majorité du public, il vient aussi de grandes personnes. D'abord les enfants ne viendraient pas tout seuls; il faut, pour les accompagner, une maman, une bonne, ou une gouvernante; car ce sont ordinairement les bonnes qui mènent les enfants voir les marionnettes. Mais les jeunes bonnes ont souvent avec elles des ixiyses, celles-ci ont des cousins, ou de simples connaissances auxquelles elles donnent rendez-vous chez Polichinelle.

Ensuite il y a les jeunes gens qui, comme Bouchenot (mais sans être gris cependant), vont chez Séraphin dans le but de rire avec les jeunes femmes de chambre, auxquelles ils content des gaudrioles pendant la représentation des feux arabesques; car les feux arabesques nécessitent une nuit complète dans la salle, c'est une espèce de fantasmagorie; le moment où l'on fait la nuit complète n'est pas le moins agréable de la soirée. Vous entendez alors de petits cris partir de différents points de la salle : ce sont les bonnes qui ont peur. Vous remarquez que les enfants ne crient jamais, ils sont beaucoup plus courageux que leurs bonnes.

Enfin, vous trouverez encore au théâtre de Séraphin des gens raisonnables, des gens âgés même, qui vont là sans enfants, et seulement pour se remémorer une récréation de leur jeunesse. Ils veulent voir s'ils prendront encore quelque plaisir aux scènes de Polichinelle et du Po7it cassé; ils voudraient oublier le temps qui a marché, et s'amuser comme aux beaux jours de leur printemps; mais ils ont beau faire et y mettre de la complaisance, le Petit Poucet, ou la Forêt aux Animaux, n'ont plus le même charme pour eux; ils restent froids devant

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les danses de la mère Gigogne, ils ne sourient que du bout des lèvres aux bons mois d'Arlequin et de Gille! C'est que ce spectacle n'est plus fait pour leur âge, et que l'on ressent toujours un fond de tristesse dans un endroit où l'on ne va que pour chercher des souvenirs.

Or. donc, Polichinelle avait déjà fait des choses admirables ; il avait rossé le diable, bu plusieurs verres de vin, et s'était deux fois changé en pot de fleurs, à la grande satisfaction du public, lorsque deux nouveaux spectateurs entrèrent dans la salle de Séraphin, s'annonçant d'avance comme une tempête qui vient troubler un beau jour; dès leur entrée, ils avaient fait tant de bruit que les enfants même avaient un instant détourné leurs yeux de la scène pour regarder vers la porte.

Vous devinez que ces deux nouveaux venus étaient Bouchenot et Timothée; ce dernier, encore plus gris depuis qu'il avait pris l'air, posait sa main sur tout ce qu'il pouvait atteindre, cherchant toujours à se donner un point d'appui. Son camarade était encore plus bruyant que chez le traiteur^ mais ses yeux étaient devenus si petits qu'à peine si on les apercevait.

— Passez sur le quatrième banc, messieurs, il y a de la place, dit aux deux amis une femme qui sert à la fois de contrôleur, de placeur et d'ouvreuse. '

— Nous passerons où nous voudrons, chère amie! répond Bouchenot en élevant la voix. Nous avons pris des premières places... des plus chères... ainsi, nous pouvons aller partout et circuler où cela nous fera plaisir... Voyons d'abord le sexe... Je veux faire mes frais, moi...

— Silence donc là-bas! disent quelques personnes impatientées par le bruit que font les nouveaux venus.

— Prrrrout ! répond Bouchenot ; les moutards qui voudraient nous faire taire!... Ah! ah!... nous les empêchons d'entendre Polichinelle! Nous sommes ici pour notre argent! nous ferons du bruit si ça nous plaît. Dis donc, Timothée, aperçois-tu une figure un peu éraoustillante?

Timothée, qui chancelait sans cesse, venait enfin de sentir quelque chose sous sa main gauche, et il sappuyait avec délices sur ce qu'il avait rencontré. Mais bientôt une voix tremblante fait entendre ces mots :

— Monsieur, voudriez-vous bien ôter votre main de dessus

ma tête?... vous me gênez!... Est-ce qu'on s'appuie comme cela sur la tête du monde?

C'était une vieille dame coiffée d'un immense chapeau vert pouvant à la rigueur passer pour un auvent, qui était assise à l'extrémité d'un banc devant Timothée, et celui-ci avait empoigné le chapeau vert comme une rampe d'escalier.

— Ah! belle dame, s'écrie Bouchenot, excusez mon ami; à coup sûr, c'est sans intention qu'il vous a pris quelque chose... Comment, polisson, vous prenez les dames par la tête!... Qu'est-ce que ça veut dire?... Est-ce que c'est jamais par là qu'on entame l'entretien?

Timothée a retiré sa main, et balbutie des mots que l'on n'entend pas. La vieille dame murmure parce que l'on a déformé son chapeau, et la personne qui reçoit les billets dit à Bouchenot d'un ton fort sévère :

— Monsieur, on ne doit pas troubler le spectacle ; si vous êtes venu ici dans cette intention, on va vous rendre votre argent.

— Laissez-moi donc tranquille, répond Bouchenot en lorgnant dans la salle ; vous allez voir que nous troublons vos acteurs, peut-être!... Ces gaillards-là savent toujours leurs rôles parfaitement! Par exemple, je trouve qu'ils parlent tous du nez comme Polichinelle ; on leur fait sans doute prendre trop de tabac. Dites-moi, donne-t-on le Pont cassé, ce soir?

— Oui, monsieur.

— A la bonne heure... c'est une pièce classique; je serai enchanté de la revoir... N'est-ce pas là dedans que l'on chante : Les canards l'ont bien passée, et : Tirelonpha?

— Oui, monsieur.

— Ah! bravo! délicieux!... Timothée, on va chanter Tirelonphal Tu feras ta partie... Mon ami a une voix dans le genre de celle de vos acteurs... Ah! Timothée, viens là-bas... suismoi, mon vieux... j'aperçois une figure assez drôlette... En avant!

Bouchenot passe à travers tout le monde sans demander excuse, et sans attendre qu'on lui fasse place; il traîne Timothée avec lui. Ces messieurs arrivent derrière deux bonnes dont l'une était assez gentille, et l'autre horriblement laide. Bouchenot s'assied derrière la première, et dit à son compagnon :

— Mets-toi à côté de moi.

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— 3Iai5 il n'y a pas de place, répond Timolhéc.

— Assieds-toi toujours; ça se fera, on se prêtera un peu. Timothée se laisse tomber sur les genoux d'un monsieur qui

semblait en extase devant les lazzi de foUchineUe.

— Vous êtes sur moi! vous m'étouffez!... crie le monsieur en recevant Timothée, qui se laisse aller avec un extrême abandon.

— Ça va se faire... Tout à l'heure nous serons très-bien, dit Bouchenot.

Mais le monsieur se plaint toujours; le public s'impatiente, de toutes parts on crie : Silence! à la porte! Enfin, la dame contrôleur parvient à rétablir l'ordre en faisant reculer toutes les personnes qui sont sur la banquette occupée par les deux amis. Timothée se trouve avoir une place ; son voisin n'est plus sous lui, et chacun peut voir le spectacle.

— Ne craignez pas de vous appuyer sur moi, belle blonde, dit Bouchenot en s'adressant à la jeune fille qui est devant lui. Adossez-vous... mes genoux vous serviront de bras de fauteuil... et ils seront plus doux, car je me flatte qu'ils ne sont pas pointus.

La jeune fille se contente de sourire sans répondre, et Bouchenot dit à Timothée :

— Ça prendra... fais comme moi... occupe-toi de ton vis-àvis, et tâche de ne point dormir sur l'épaule de ton voisin... Allons, Timothée, éveillons-nous... l'amour nous appelle.

— 3Iais il me semble qu'elle est laide, celle qui est devant moi, répond Timothée en cherchant à s'appuyer contre son voisin.

— Laide!... pas du tout... c'est le clair-obscur de la salle qui te fait croire cela... Elle a une superbe tête africaine. Laissemoi faire : nous allons leur payer du plaisir; ici avec six sous on subjugue tous les cœurs... ça n'est pas cher.

Les bonnes placées devant ces messieurs avaient chacune un enfant sous leur surveillance : c'étaient deux petits garçons qui étaient assis devant elles, et qui poussaient des exclamations de plaisir à chaque marionnette qui paraissait.

— Ma bonne, dit un des petits garçons à la jeune fille qui est devant Bouchenot, qu'est-ce que c'est donc que ce grand hommelà qui a un bonnet pointu?

— Mon cher ami, dit Bouchenot en avançant sa tète, c'est

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Uotomago ou Cruquvmitaine, qui vient ici pour fouetter tous les petits garçons qui ne sont pas sages; mais il ne vous fouettera pas, parce que vous êtes bien obéissant, et que vous mangez de la soupe sans pleurer, n'est-ce pas, jolie blonde'?... Ah! quelle jolie petite taille d'abeille!

— Voyons, monsieur... vous m'empêchez d'entendre le spectacle !

— Ah! parbleu! quand vous perdriez un des brrroul de Polichinelle, voyez le grand malheur!... Adossez-vous donc sur moi.

— Non, je n'ai pas besoin de m'adosser.

— Vous avez des cheveux d'un blond délicieux.

— Tant mieux !

— Je donnerais mon petit doigt pour les natter.

— Laissez-moi donc tranquille.

— Vous seriez ravissante en Suissesse.

— C'est possible.

— Sont-ils bien longs?

— Qu'est-ce que cela vous fait ?

— Frisent-ils tous seuls ?

— Ça vous ne regarde pas.

— Ma bonne, s'écrie le petit garçon d'un air effaré en regardant une marionnette, qu'est-ce que c'est donc que ce vilain-là qui a des cornes sur la tète ?

— C'est le diable, répond la bonne.

— Tiens ! c'est drôle... il ressemble à papa Lolo !

— Ce petit garçon a des saillies charmantes, s'écrie Bouchcnot tandis que les deux bonnes se regardent en riant.

— Soutenez-vous donc, monsieur, dit le voisin de Timothée; vous appuyez toujours votre tête sur mon épaule ; c'est fatigant, à Id fini...

— Allons, Timothée, redresse-toi donc ! dit Bouchenot en secouant le bras de son ami. Tu veux sans cesse dormir... Estce que tu deviens marmotte?... Cause donc avec ton vis-à-vis... la belle Africaine; je t'assure qu'elle n'est pas mal faite.

— Regarde donc : ses mains sont rouges, elles ont l'air enflées.

— Ce n'est rien ; ce sont des engelures : ça n'empêche pas le sentiment. Ah! la toile baisse; c'est fini pour les marionnettes... Nous allons avoir les feux arabesques. J'adore ce tliéàlre-

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ci; je ny étais pas venu depui? l'âge de sept ans, mais je veux m'y abonner... Y venez-vous souvent, blondinette?

— J'y viens quelquefois... quand on m'y envoie... Voyons, monsieur, ôtez donc vos mains... Est-ce que vous avez besoin de les mettre là ?

— C'est que je voudrais les réchauffer.

— Et vous prenez mon... dos pour un poêle?... c'est sans gène !...

— Voulez-vous des plaisirs, qui est-ce qui veut des plaisirs? crie une vieille femme en se promenant dans la salle a\ec un grand panier rempli d'oubliés et de pains d'épice.

— Par ici, la marchande! dit Bouchenot, envoyez-nous votre panier. Je régale tous ceux qui en veulent... Vivent les plaisirs! c'est léger... c'est casuel... c'est amusant !

— Combien monsieur en veut-il? demande la marchande.

— Je vous dis de me passer votre boutique!... J'achète toutes vos oublies ! Je vous payerai ce que vous voudrez !

La marchande s'incline avec respect devant le monsieur qui agit en grand seigneur. Elle présente son panier à Bouchenot. Celui-ci prend des piles de plaisirs : il en donne par douzaines aux petits garçons, et en offre aux bonnes, qui font d'abord des façons.

— Prenez donc! dit Bouchenot; le plaisir ne se refuse jamais, et il ne donne jamais d'indigestions.

— Ah ben ! je veux ben ! tant pis! répond la bonne qui est devant Timothée. Moi, j'aime tout ce qui se mange. Prends donc, Louise !

Louise est la jolie blonde; elle se décide enfin à accepter de> oublies, et Bouchenot se penche vers Timothée en lui disant à l'oreille :

— Elles sont à nous !

— Quoi? répond Timothée.

— Ah ! tu n'y es jamais ! .. . Tiens, prends des plaisirs, et offre cette douzaine à ton voisin qui te sert d'oreiller : c'est bien le moins que tu puisses faire pour lui.

Le voisin accepte d'un air très-reconnaissant la douzaine de plaisirs que Timothée lui présente. Bouchenot en distribue encore à quelques enfants qui sont près de lui. et ne rend le panier que lorsqu'il n'y a plus d'oubliés dedans. Il paye la marchande; qui lui fait une j^trofonde révérence. En ce moment la

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lumière de la salle disparaît ; ce sont les feux arabesques que l'on va faire voir.

Bouchenot s'est hâtt5 de se rasseoir; et tandis que l'on montre les tableaux, il cause de très-près avec la jeune blonde, que la douzaine de plaisirs a beaucoup humanisée et qui n'a plus peur de s'adosser sur son voisin. Pendant l'obscurité, il prend envie à Bouchenot de s'assurer si les genoux de la petite bonne ne pas sont plus pointus que les siens; déjà sa main s'est avancée furtivement et se flatte d'atteindre ce qu'elle cherche, lorsqu'un cri aigu se fait entendre. Toute la salle en a frémi, et le voisin de Timothée en a laissé tomber à terre sa pile de plaisirs.

La dame contrôleur se hâte de rendre la lumière à son public ; Bouchenot a retiré sa main, et se tient à une distance respectueuse de sa voisine.

— Qu'est-ce qu'il y a?... qu'est-il arrivé?... demande-t-on de toutes parts.

C'était le petit bonhomme confié à la jeune blonde qui avait poussé le cri qu'on venait d'entendre. On s'aperçoit qu'il pleure encore en portant les mains à sa fîgure.

— Qu'as-tu donc, Alexandre? lui demande sa bonne. L'enfant répond en pleurant :

— Pendant qu'on ne voyait pas clair... j'avais posé ma tèle sur tes genoux... parce que j'avais peur, et puis quelqu'un m'a fourré son doigt dans le nez... hi ! hi ! hi ! hi ! hi ! et m'a tout égratigné...

— Allons, taisez-vous, imbécile î répond la petite bonne en rougissant ; il fallait vous tenir à votre place, et ça ne vous serait pas arrivé !... Si vous n'êtes pas sage, je ne vous amènerai plus aux Ombres Chinoises.

Pendant qu'on grondait l'enfant, Bouchenot s'était levé et retourné pour rire à son aise de la méprise que l'obscurité lui avait fait commettre; et il allait redemander une seconde représentation des feux arabesques si brusquement interrompus par les cris du petit Alexandre, lorsqu'une jeune fille placée au fond du théâtre, et qui vient pour la première fois d'apercevoir la figure de Bouchenot, dit à une femme qui est avec elle :

— Ah! mon Dieu. ..je ne me trompe pas!... voilà ce monsieur qui est cause que j'ai perdu mon chien.

Le son de cette voix a frappé Bouchenot : il regarde la personne qui a parlé, et reconnaît mademoiselle Prudence. En ce

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moment celle-ci se lève à demi, et s"adres5;int au jeune homme dont elle est séparée par trois banquettes, lui crie :

— Monsieur, et Moustache?... dites-moi donc ce que vous avez fait de mon pauvre Moustache?

En entendant prononcer le nom du chien, en reconnaissant la maîtresse de .Aloustache, Bouchenot a pâli, un changement subit s'opère en lui; il porte sa main à son front comme frappé de souvenirs, puis, se penchant vers Timothée, lui dit d'un ton qui n'est plus celui d'un homme gris :

— Viens... allons-nous-en... partons!

— Comment, partir!... est-ce que c'est hni? murmure Tiniothée en se frottant les yeux.

— Oui... c'est fini. Viens doncl...

— Xon, ce n'est pas fini; il y a encore les ombres chinoises, s'écrie la jeune blonde en regardant Bouchenot d'un air tout surpris. Mais celui-ci ne fait plus la moindre attention à la petite bonne, et, sans même lui dire adieu, il prend Timolhée par le bras, l'entraîne, et ne semble tranquille que lorsqu'ils sont hors du théâtre de Séraphin.

Cependant, Tiraothée ne marchait qu'avec peine, Bouchenot parvient à le conduire jusqu'à un Gacre, il l'y fait monter, se place près de lui, et se fait mener à leur domicile.

Le mouvement de la voiture a bientôt endormi Timolhée ; cette fois son compagnon le laisse se livrer au sommeil, et pendant qu'il dort il se dit :

■ — Je me suis conduit comme un imbécile. J'étais gris... le nom de ce maudit chien m'a tout de suite dégrisé. J'ai dépensé beaucoup d'argent aujourd'hui... si Tiraothée se le rappelait, que dirai-je?Ce3 cent écus en or que j'ai trouvés dans ma poche... faut-ii dire à mes amis d'où ils me viennent? Je l'aurais dû, peut-être. Cependant, j'ai juré de me taire. Un serment fait par force à des misérables... ça n'engage à rien... mais si je parle... ils m'ont menacé... Et puis, cet argent... George et Timolhée me diraient de n'y point toucher... de ne rien recevoir de ces... Sacrebleu! c'est bien embarrassant! Allons, décidément, je me tairai. Timolhée est gris; je lui dirai ce que je voudrai, il ne se souviendra de rien.

La voiture s'arrête. Bouchenot réclame l'assistance du cocher pour l'aidera porter Timolhée jusqu'à son logement. Le cocher Y consent. On prend le dormeur sous les bras et on le monte au

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quatrième sans qu'il se réveille. La clef était sur la porte de la cliafnbre des jeunes gens. George était déjà couché et endormi. Bouchenot s'empresse de mettre Timolhée sur un lit, et après avoir payé et renvoyé son fiacre, il se jette lui-même à côté d'un des dormeurs en disant :

— Ma foi! demain il fera jour !

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