‹ Moustache (volume 2)Chapitre 29 sur 37 · MillSTACHE · texte numérisé non relu

MillSTACHE

jadis ne peuvent plus l'être aujourd'hui. Xe m'obligez pas à vous en dire davantage. Adieu.

— Non !... non ! sacré fichtre ! tu ne me quitteras pas ainsi ! s'écrie Bouchenot en s'emparant du bras de Henri. Oh ! je sais bien ce que vous pensez tous de moi!... Cœlina me l'a dit... des choses affreuses... mais qui ne sont pas!... Me croire un... Je n'ose pas dire ce mot-là... Comment pouvez-vous penser cela de moi?... vous me jugez donc bien mal?... Henri, donne-moi ta main; je suis encore digne de la presser... Je ne suis pas un mouchard... entends-tu !... hi, hi, hi !... je veux être toujours l'ami de mes amis... hi, hi, hi ! et on verra... qu'on ne... enfin, c'est indigne !... hi, hi !

Bouchenot pleurait comme un enfant. Henri se sent touché de sa douleur, et lui abandonne sa main en lui disant :

— Eh bien, si l'on vous a mal jugé... calomnié... vous pouvez vous justifier, et nous vous rendrons notre estime et notre amitié. Consolez-vous, Bouchenot, votre douleur peut avoir un terme; mais la mienne... oh! jamais... jamais! je suis condamné à souffrir sans espoir.

— Comment?... pourquoi donc?... que t'est-il donc arrivé ?

— Celle que j'adorais... celle qui devait faire le bonheur de mon existence... je m'en étais flatté du moins... ma Pauline enfin... dans huit jours elle sera l'épouse d'un autre.

— Se pourrait-il!... mais son père?...

— Son père m'avait laissé espérer que je pourrais devenir son gendre... Je devais d'autant plus m'en flatter que mes affaires ont prospéré... que mon commerce est bien établi... mais un parti brillant s'est présenté... un homme est venu avec une grande fortune... Pauline a eu beau supplier son père... celui-ci est inflexible... et il ne me permet plus même de la revoir.

— Mon pauvre Henri!... Ah! je ne m'étonne plus si je te trouvais si pâle, si défait. Mais n'est-il donc aucun moyen de fléchir ce père... de supplanter ton rival?

— Aucun!... Que puis-je faire... M. Mortandal est un homme très-est imé... il a au moins trente mille livres de rente...

— M. Mortandal ! répète Bouchenot en changeant de couleur. Quel nom viens-tu de prononcer là?

— Celui de l'homme qui va épouser Pauline !... qui me ravit tout espoir de bonheur...

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• — Ail! mon Dieu!... il se pourrait!... Oh! quel singulierhasard !

— Connaîtrais-tu M. Mortandal?

— Mais... peut-être... c'est ce Marseillais que je vis à la soirée de cette dame... Madame Merlier?

— Précisément... c'est là sans doute qu'il a vu Pauline, et qu'il en est devenu amoureux pour mon malheur.

— Henri.,, mon pauvre Henri, écoute... tu peux encore être lieureux... épouser celle que tu aimes...

— Il se pourrait? Que dis-tu?... comment?

— Oh! c'est que je puis, moi... faire manquer le mariage de M. Mortandal... je puis t'apprendre sur cet homme des choses... des choses effrayantes...

— Oh ! mon cher Bouchenot! serait-il possible !...

— Oui... oui... Tiens! c'est fini, c'est décidé !... je veux que tu sois heureux... que lu épouses la Pauline... je ferai ton bonheur... et on verra que je ne suis pas un mouchard ! .Te le dirai tout... je t'apprendrai ce secret... que je gardais avec tant de soin... J'y perdrai mes renies... mais tant pis, ça m'est égal... on ne m'appellera plus mouchard !...

— Oh ! mon ami, si tu fais manquer ce mariage qui me désespère, tout ce que je possède est à toi.

— Je ne veux plusd'argent... je n'en veux plus... ça m'ennuie d'être à mon aise ; ce que je veux, c'est que tu sois heureux avec celle que tu aimes; c'est que tu me serres la main, que lu me tutoies comme autrefois... et que Cœlina ne craigne plus de se compromettre en me donnant le bras pour sortii avec moi ; ce que je veux enfin, c'est qu'on ne me méprise plus... car je sens là... au fond de mon cœur, qu'il n'y a point de fortune, de bien-être... de beaux habits qui puissent dédommager un homme de la perte de l'estime des honnêtes gens.

— Bien, bien! Bouchenot. Ah ! donne-moi ta main, que je la presse... je vois bien maintenant que nous nous trompions sur la source de ta fortune.

— Tu sauras tout... tout... Cet aveu que je vais te faire peut me coûter la vie... car les coquins m'avaient fait jurer le secret sous peine du plus terrible châtiment... mais je m'en moque, décidément je brave tout... je n'ai plus peur! Il s'agit de te rendre au bonheur et de reconquérir l'estime générale, cela vaut bien la peine qu'on risque quelque chose.

2«fi MOUSTACHE.

— Ah ! parle, Bouchenot, explique-loi, je t'en supplie...

— Allons chez toi; ce n'est pas en plein air que l'on fait de telles confidences... c'est qu'il ne s'agit pas ici d'une petite affaire... nous ne saurions prendre trop de précautions.

— Eh bien ! \iens chez moi alors... mais viens vite... car je brûle de t'en tendre !

— A' eux-tu que je te donne le bras ?

— Si je le veux !... Ah ! peux-tu encore me le demander? Bouchenot s'empare avec fierté du bras de Henri, et tous

deux doublent le pas, tant ils ont hâte d"ètre arrivés et de pou- \ oir se parler sans témoins.

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