CHAPITRE V
LA FAMILLE MONFLAf.ON FT I.FS PAILLASSKS.
M. ]\Ionflacon avait cinquante ans, il s'était marié tard à une demoiselle qui était en retard aussi ; ils n'avaient eu un enfant qu'après six ans de ménage, et lorsque l'âge de madame Monflacon commençait à lui ôter l'espérance de devenir mère : de là cette faiblesse que les parents montraient pour ce rejeton que la nature leur avait aussi tardivement accordé. L'enfant était fort laid, et ils le trouvaient beau comme un Amour. Tout cela est fort naturel et fort excusable ; un enfant doit toujours être beau pour ses parents, qui le voient autant avec leur cœur qu'avec leurs yeux. Mais le petit Stanislas Monflacon était méchant, hargneux et sournois; et, au lieu de s'occuper à le rendre meilleur, on lui pardonnait ses défauts, dans lesquels on s'efforçait de trouver des qualités : ici l'amour paternel allait évidemment trop loin.
Bouchenot est arrivé rue des Francs-Bourgeois à la nuit tombante; mais, quoique habitants du Marais, les époux Monflacon ne dînaient point de bonne heure. Le petit Stanislas ayant l'habitude de faire deux ou trois déjeuners, qu'il prolongeait à sa fantaisie, il s'ensuivait que lorsque l'heure du dîner arrivait, l'enfant n'avait pas faim, on retardait l'instant des repas pour attendre que le petit Monflacon eût de l'appétit.
Bouchenot est entré, il monte l'escalier, suivi de Moustache, dont le collier brille et jette un éclat qui fait mal aux yeux.
C'est M. Monflacon lui-même qui ouvre au jeune homme ; en l'apercevant il pousse une exclamation de joie.
— Eh ! c'est l'ami Bouchenot !...
— Moi-même, mon cher monsieur Monflacon.
— 11 y a un siècle que nous ne vous avons vu !...
— C'est vrai, il y a bien longtemps... mais à Paris, vous savez, on a tant d'affaires... Et comment se porte madame?...
— Entrez donc, vous allez la voir...
— Et monsieur votre fds ?
— Il est là... qui joue près de sa mère. Oh ! vous allez voir comme il est grand... c'est un homme maintenant.
Bouchenot passe dans un petit salon, où madame Monflacon, femme de quarante et quelques années, qui n'avait jamais été jolie, mais qui avait toujours été bête, était assise dans un fauteuil . tenant dans ses mains des cartes que monsieur son fils prenait plaisir à jeter à terre lorsque sa maman les avait toutes ramassées, et que la maman avait la constance de toujours ramasser quand son fils les avait rejetées sur le parquet.
Le petit Stanislas était alors à quatre pattes dans la chambre, les joues barbouillées de raisiné, et mâchant encore les restes d'une tartine dont les débris étaient épars à ses côtés.
— C'est notre ami Bouchenot, que nous n'avions pas vu depuis longtemps, dit M. Monflacon en ouvrant la porte du salon.
Bouchenot fait de profondes salutations à madame , puis , en homme qui sait son monde, il se tourne vers le petit Stanislas, et s'écrie :
— Ah! Dieu, le joli enfant: le beau garçon!... Est-il grandi!... Oh!... c'est incompréhensible comme il est grandi! c'est un homme... et quelle force!... 11 est superbe!...
— N'est-ce pas qu'il est bien renforci ? dit madame Monflacon en faisant sa bouche en entonnoir, ce qui était sa manière de sourire lorsqu'on faisait des compliments à son fils.
— C'est-à-dire qu'il est... je ne sais pas quel âge il a, mais on lui donnerait dix ans.
— 11 n'en a que six et demi dans trois mois, dit le papa en faisant jabot; mais le fait est que c'est un gaillard... Ah çà, mon cher Bouchenot, vous allez dîner avec nous... j'espère...
— Ah ! vous êtes bien bon... je ne venais pas pour cela... je croyais que vous aviez dîné.
— Nous, nous dînons fort tard, et puis Stanislas a mangé du pain et du raisiné il n'y a pas longtemps, et nous aimons mieux attendre qu'il ait faim.
— Eh bien, je dînerai avec vous, alors... mais point de façons, je vous en prie !... Ah ! je ne reviens pas de votre fils .. il est superbe.
— Ma chère amie, va donc dire à ta bonne de nous faire une petite friandise pour le dessert.
C'était le nouveau compliment que Bouchenot venait d'adresser à l'epfant qui lui valait ce plat de dessert; connaissant
la manière qu'il fallait employer pour que l'on soignât le dîner, Bouchenot allait trouver de nouvelles beautés à Stanislas, lorsque tout à coup l'enfant se relève vivement en poussant un cri.
C'était Moustache, qui , après s'être arrêté quelques instants dans rantichambre, venait d'entrer dans le salon, et s'était placé subitement devant Bouchenot.
Le père et la mère ont pâli ; ils regardent leur fils pour tâcher de connaître la cause de son effroi; mais l'enfant leur montre le chien en murmurant :
— Ah! ce tou-tou... ce gros tou-tou !
— Vous avez un chien? dit madame Monflacon d'un air indécis.
— Est-ce que cet animal est à vous ? dit le papa en cherchant à lire dans les yeux de son fils.
3Iais avant que Bouchenot ait répondu, le petit garçon s'était rapproché de Moustache, et lui donnait de petites tapes sur le dos en disant : — Il est beau le toutou !... Ah ! j'en voudrais un comme ça, moi ; je jouerais bien avec lui.
M. et madame Monflacon reprennent leur air aimable en voyant que le chien plaît à leur fils.
— Oui, c'est un chien que j'ai depuis peu de temps, dit Bouchenot, c'est un cadeau que l'on m'a fait... Oh! il est trèsdoux quand on ne me taquine pas ; mais si l'on m'attaquait , il prendrait bien vite ma défense.
— Il est très-beau, ce chien! dit madame Monflacon en voyant son fils jouant avec Moustache ; il a une très-belle tète !
— C'est, je crois, un chien de Terre-Neuve? dit M. Monflacon en caressant aussi Moustache.
— Non, non... Oh ! il n'est pas d'une aussi illustre famille... mais il n'est pas mal... Et puis il a des qualités : il emporte... c'est-à-dire il rapporte parfaitement.
— Vous lui avez mis un collier bien élégant !... Diable ! une chaîne en or !
— Oh ! en or !... Vous entendez bien que cela n'en a que le brillant !...
— C'est égal, c'est fort joli, fort distingué. Comment nommez-vous votre chien ?
— Viens ici, Moustache ! Oh ! qu'il a l'air bon enfant. Moustache !
Bouchenot, qui s'aperçoit que l'on oublie le dîner, s'empresse de changer la conversation en s'ëcriant :
— Je ne me lasse pas de regarder votre fds... Les beaux yeux!... Quelle malice dans ce regard!... Il ressemble beaucoup à sa mère... et pourtant il a tous les traits de son père !
— Oui, je crois qu'il nous ressemblera, répond madame Monflacon en faisant encore sa bouche en entonnoir.
— Eh bien! ma bonne amie, pense donc à ce dîner, dit M. Monflacon. Ah ! fais-nous des beignets... Bouchenot doit les aimer, et Stanislas en est fou.
— Moi, j'aime tout; mais, pas de façons, je vous prie!... Ah I petit Stanislas, tu feras bien des passions, je te le prédis !
.Madame Monflacon a quille le salon pour aller donner des ordres à sa domestique. Bouchenot va s'asseoir devant le feu, se disant à lui-même : — Cela va bien. Je vais enfin faire un bon repas ; ça ne peut plus manquer. Moustache a plu au jeune Monflacon : c'est fort heureux; sans cela, je ne sais pas trop si l'on m'aurait gardé à dîner.
M. Monflacon, qui voit son fils fort en train de jouer avec Moustache, va s'asseoir à côté de Bouchenot, et lui frappe amicalement siir le genou en lui disant :
— Mon ami, j'ai de grands projets pour l'éducation de mon fils, pour son avenir.
— Ah ! vous avez de grands projets ?
— Oui, je veux faire de Stanislas un grand homme.
— Au fait... si ça ne dépend que de vous...
— Mon fils a tout ce qu'il faut pour faire un génie.
— J'en suis déjà persuadé.
— Il a toutes les bosses qui annoncent l'esprit, la, facilité, le jugement, la sagacité...
— Diable!...
— Je l'ai fait tâter par un phrénologue très-savant dans cette science... il a été en admiration devant les bosses de mon fils.
— Vraiment !
— 11 lui en a trouvé une monstrueuse pour l'intelligence; la tête de cet enfant est couverte de montagnes !...
Un cri aigu poussé par le petit Stanislas interrompt la conversation.
— Est-ce que l'enfant se serait fait une nouvelle bosse? se
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dit Bouchenot en se retournaat; mais le cri du petit garron venait d'une autre cause.
Pendant que son père causait avec Bouchenot, le jeune Monflacon n'avait pas cessé d'agacer le chien; Moustache, qui semblait fort patient avec les enfants, endurait sans murmurer les caresses parfois un peu brutales du petit garçon. Mais M. Stanislas ayant voulu s'emparer de la chaîne brillante qui entourait le cou du chien, celui-ci s'était fâché. Des grognements sourds avaient averti l'enfant qu'on ne lui céderait pas l'objet qu'il voudrait avoir; mais, au lieu de laisser Moustache en repos, le jeune Monflacon s'était pendu après la chaîne en la tirant de toutes ses forces ; alors le chien, sautant sur lui, avait happé son pantalon, et, avec un de ses crocs, égratigné le derrière du petit bonhomme.
Aux cris de son fils, M. Monflacon s'est levé, et madame est accourue l'air effaré, le regard inquiet.
— Qu'y a-t-il ? demande la maman ; qu'est-il donc arrivé à ce cher bijou ?
— Qu'as-tu, mon fils? dît M. Monflacon en courant au petit garçon. Celui-ci crie comme un damné en montrant à ses parents son postérieur et son pantalon déchiré.
— Il s'est laissé tomber, et il aura déchiré son pantalon ! dit vivement Bouchenot, qui craint que la scène se tourne mal.
— Non, non... c'est son chien !,.. son méchant chien qui m'a mordu là!., hi, hi, hi ! s'écrie le petit garçon en pleurant encore plus fort.
— Ah ! mon Dieu ! sei-ait-il possible ! dit madame Monflacon en prenant son fils dans ses bras : ce méchant chien t'a fait du mal!... oh! mais c'est affreux! c'est une horreur... Pauvre cher ami !... je crois que sa petite fesse est endommagée!...
M. Monflacon court examiner la partie blessée, et, fronçant le sourcil, il se tourne vers Bouchenot en lui disant :
— Monsieur, je trouve bien extraordinaire que vous ameniez chez moi un animal qui se porte à de tels excès sur mon enfant.
— Eh ! mon Dieu , mon cher monsieur Monflacon , dit Bouchenot, vous faites là une grande afi"aire de fort peu de chose; votre petit garçon aura trop taquiné Moustache... qui s'est un peu fâché... voilà tout!... mais quand on laisse ce chien tranquille, il ne dit rien à personne.
Comme l'enfant continue de pleurer, on n'écoute pas Bouchenol.
— Il faut aller chercher quelque chose chez le pharmacien, dit madame Monflacon, il faut soulager cet enfant... Après ce qui vient de se passer, certainement je ne songe plus à diner...
— Oh î ni moi non plus, dit M. Monflacon en se pinçant les lèvres avec une intention marquée; quand mon fils pleure, je serais un tigre si je pensais à diner... Je vais envoyer chez le pharmacien.
— Mais vous voyez bien que votre fils n'a rien , reprend Bouchenot, qui voudrait réparer la sottise de son chien. Allons, Moustache, allons vite, demandez pardon au petit garçon... Sautez pour ce joli Stanislas !...
Et Bouchenot, levant plusieurs fois la main en l'air en regardant Moustache, veut lui faire faire quelque gentillesse, persuadé que s'il parvient à faire rire l'enfant, l'accident de la culotte sera vite oublié. Malheureusement le chien prend mal les gestes de son maître ; ennuyé peut-être d'avoir été longtemps taquiné, étourdi par les cris, les plaintes qu'il entend autour de lui, et se figurant que Bouchenot l'excite à le défendre. Moustache s'élance sur madame Monflacon, et pose ses pattes de devant sur cet endroit que les nourrices ne craignent point de montrer en public, mais que la mère du petit Stanislas cachait avec beaucoup de soin, parce qu'elle n'avait rien à faire voir.
En sentant les pattes de Moustache sur son sein, madame Monflacon pousse des cris horribles, et semble près de se trouver mal. Le petit Stanislas beugle de plus belle, et M. Monflacon court prendre des pincettes et en donne de grands coups sur le dos de Moustache en s'écriant :
— C'est épouvantable!... quelle indécence !... Retenez donc votre chien, monsieur... il met ses pattes où jamais personne n'a osé porté la main !...
— Si vous le battez ainsi, il va faire bien d'autres sottises!...
— Quelle liorreuri... un animal prendre le sein de mon épouse!...
— Il n'a rien pris du tout, monsieur, j'en suis persuadé.
Cependant, pour se soustraire aux coups de pincettes, Moustache se sauve sur un sofa, de là il saute sur un guéridon, faisant tomber les tasses et la théière d'un assez joli cabaret do porcelaine dont les époux Monflacon ne se servaient que le pre-
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mier jour de l'an; puis, sautant de nouveau à terre, Moustache va prendre avec ses dents un gros polichinelle que l'on avait donné la veille au petit Stanislas, et auquel Tenfant n'avait encore cassé que le nez et un bras.
— Mon porrichmel ! crie le petit garçon en devenant pourpre de colère et faisant des grimaces horribles; il m'emporte mon porrichinel .'...
— Viens, mon fils, tu en auras trois demain. Sauvons-nous, dit la maman; si monsieur reste un instant de plus ici avec son chien, moi, je déclare que je déserte la maison.
En achevant ces paroles, madame Monflacon quitte le salon et emporte son fils. Quant à M. Monflacon. aprè? s'être armé de la pelle et de la pincette, il se pose majestueusement devant Bouchenot, et lui dit :
— Vous avez entendu mon épouse, monsieur ; j'espère que vous ne la forcerez pas à déserter son domicile. Quand on a un si méchant animal, on ne se présente pas chez des personnes qui ont des enfants. Je vous souhaite le bonsoir, monsieur.
— Eh! mon Dieu, monsieur, quand on a un enfant si laid, si méchant et si mal élevé que le vôtre, on doit nécessairement se brouiller avec toutes ses connaissances. Bonjour, bonsoir, bonne nuit!
Et Bouchenot s'éloigne brusquement, laissant M. Monflacon tout stupéfait de ce qu'on a osé dire de son fils.
— Allons, sacrebleu! il est dit que je ne dînerai pas aujourd'hui! s'écrie Bouchenot lorsqu'il se trouve dans la rue. Cette fois c'est ce maudit chien qui en est causf ... Mais ai-.ssi vit-on jamais une famille plus bcte que celle de ces Monflacon? Avec tout cela je ne vois plus où je pourrai me présenter, je suis au bout de mon rouleau. Voilà la nuit, il est sept heures passées... allez doncdhieren ville à cette heure-là... tout le mondeadmé... tout le monde... excepté ceux qui sont dans ma position. Diable de Moustache, va!... et pourtant je ne puis pas m'empêcher de rire quand je me rappelle le tableau de tout à l'heure, au moment où ce polisson de chien avait posé ses pattes sur ce que M. Monflacon appelle le sein de son épouse 1... Ah! ah!... si j'étais peintre, si j'avais, comme Biard, le talent de rendre au naturel des scènes comiques... l'art, si rare en peinture, de faire rire sans cesser d'être vrai, certainement je ferais le tableau de la famille Monflacon... mais je ne sais pas peindre... je ne sais
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pas la musique... je ne sais pas grand' cliose, au lait! et quand je dis que je suis étudiant, c'est une mauvaise plaisanterie, car je n'ai jamais étudié!... Je commence à m'apercevoir qu'il est assez diÊBcile de faire fortune quand on ne sait rien... 0 mon pauvre père! qui m'aviez amassé une assez honnête aisance en vendant des dragées!... pourquoi n'avez-vous pas été plus sévère avec votre fils?... pourquoi, au lieu de me croire un petit génie lorsque je disais toutes les sottises qui me venaient à la tète, ne m"avez-vous pas corrigé, puni, mis au pain et à l'eau pour me forcer à faire mes devoirs?... pourquoi avez-vous toléré mes habitudes de fainéantise... de gourmandise... habitudes qui ne tardent pas à devenir une seconde nature, et que l'on ne peut plus surmonter quand on est parvenu à l'âge de faire sa barbe?... Ah! c'est que vous m'aimiez beaucoup, et que vous étiez faible... c'est que vous aviez pour votre petit Fidèle les mêmes yeux que M. Monflacona pourson Stanislas... qui probablement deviendra un mauvais sujet comme moi. La seule différence en ma faveur, c'est que j'étais gentil, et que M. Stanislas sera toujours fort laid. Mais ne croyez pas que je vous accuse, ô mon pauvre père! ce ne sont point des reproches que je vous adresse, ce sont tout simplement des réflexions que je fais. La bonté des pères n'autorise pas la mauvaise conduite des enfants... ceux-ci devraient au contraire redoubler d'efforts pour se rendre dignes de cet amour qu'on leur témoigne... mais, au lieu de cela, ces petits génies qui savent tout ne font rien que des dettes, et appellent leurs parents ganachf!<!
Le jeune homme marchait toujours; il était encore revenu sur les boulevards. Il se trouvait alors près de la rue des Filles-du- Calvaire. îlouslache trottait fidèlement à deux pas de la poche qui sentait encore le jambon ; il tenait dans ses dents quelque chose qu'il n'avait pas lâché depuis qu'on était sorti de chez la famille Monflacon.
Bouchenot se retourne, et pour la première fois remarque ce nouveau trophée conquis par le chien : c'était le polichinelle du petit Stanislas.
— Ah! tu as encore emporté quelque chose, Moustache? dit Bouchenot en caressant l'animal , qui relève la tête et semble montrer avec fierté à son nouveau maître ce qu'il tient dans sa gueule. Décidément, mon cher ami, tu as la bosse du vol... ou bien ceux auxquels tu appartenais t'ont lancé à dessein dans la
carrière du crime... Je voudrais bien savoir à qui tu appartenais... car je ne regarde pas comme ta maîtresse cette jeune fille avec laquelle je tai rencontré; je suis persuadé qu"il n'y avait pas longtemps que son parrain t'avait donné à elle. Ce parrain doit être un chef de brigands, d'après l'éducation qu'il avait donnée à ce chien. Avec tout cela, j'ai envie d'aller chercher dispute à un pâtissier, et pendant la querelle tu emporteras quelque chose de plus nourrissant que des colliers en cuivre, des corbeilles et des polichinelles. Mais non... je suis honnête, moi, quoique je n'aie pas le sou... ce qui est bien plus méritant que d'être honnête quand on est riche; et si vous continuez à vous conduire avec aussi peu de délicatesse, je vous préviens. Moustache, que je me servirai des deux morceaux de canne que je porte précieusement dans ma poche pour en faire un feu de joie ce soir... en guise de souper. Mais que vois-je de l'autre côté du boulevard?... des paillasses... des bateleurs... des parades.. . Allons écouter la parade... c'est un spectacle qui ne coûte rien ; et dans la foule je n'ai pas peur d'être volé.
Bouchenot traverse le boulevard et se mêle à la foule rassemblée devant une grande maison de toile, à laquelle était attaché un grand tableau qui se roulait et se déroulait sur un manche à balai. Ce tableau représentait le 7imivcav monde. On y voyait une ([uanlité prodigieuse de personnages, d'animaux, d'arbres et de fleurs. Les fleurs y étaient aussi grandes que les arbres, les animaux beaucoup plus gros que les hommes, et ceux-ci avaient la tête couverte de cheveux blancs comme de la neige, qui leur descendaient jusqu'aux' talons.
Un homme, monté sur des tréteaux placés contre l'entrée de la maison de toile, expliquait le tableau en frappant dessus avec une grande baguette. Cet homme avait une vieille redingote dont on ne distinguait plus la couleur, un mauvais chapeau rond presque sans bords, et portait d'énormes moustaches qui se rejoignaient avec ses épais favoris.
Pendant qu'il parlait au public, deux hommes habillés l'un en paillasse, l'autre en marquis, s'exerçaient sur le tréteau à une danse dont ils inventaient probablement les figures, et se permettaient mille charges où la décence était rarement observée. Enfin, dans le coin du tréteau se tenait une jeune femme habillée en espèce d'amazone, et coiffée en turban, qui jouait du violon pour faire sauter le paillasse et le marquis.
La Ibule écoutait peu l'oraleur, elle aimait mieux regarder la danse, et elle accueillait par de gros rires chaque pose erotique des danseurs; cependant le monsieur en redingote n'en continue pas moins de pérorer en frappant de sa baguette sur le tableau.
— Messieurs et mesdames, ceci est le nouveau monde que nous avons Thonneur de vous faire voir, avec les personnages et animaux vivants, qui en ont été rapportés par un célèbre navigateur suisse, qui a voulu continuer les recherches du fameux et illustre Lapeyrouse, que vous avez tous connu comme moi. Les personnages que vous voyez sur le tableau sont des albinos ; leurs cheveux sont blancs, longs et épais... vous pourrez vous en assurer vous-mêmes... vous pourrez les toucher, les palper, en emporter mcme une mèche pour vos femmes, vos enfants ou vos maîtresses. Vous voyez les albinos combattre et terrasser des animaux quatre fois plus forts qu'eux!... Dans le nouveau monde les hommes sont doués d'une force extraordinaire, mais ils ne se battent jamais entre eux; ils sont d'un naturel doux, bon, juste et exempt d'envie; les femmes y sont soumises, obéissantes et fidèles; c'est pour ça que cela s'appelle le nouveau monde. Entrez, messieurs et dames, venez voir ce curieux spectacle; venez faire connaissance avec les habitants du nouveau monde; on leur a appris à dire en français : Bonsoir, la compaijnic! mais ils le disent aussi bien qu'un bourgeois de Sèvres ou de Saint-Cloud. Ce spectacle vous épargne un voyage de neuf cents lieues, et on est bien aise, en rentrant dans sa famille, de pouvoir dire à ses domestiques : Je viens de voir le nouveau monde. De plus, messieurs et dames, j'ai l'honneur de vous prévenir que le spectacle sera terminé par un grand assaut d'armes donné par mademoiselle Malatorchi, une des premières tireuses de France ; elle s'offre à soutenir tous les assauts quelconques que l'on pourra lui proposer. MM. les prévôts, MM. les militaires et tous les amateurs qui veulent faire des armes avec cette célèbre tireuse, peuvent entrer sans rétribution... Prrrrenez vos billets, cela va commencer,
La célèbre Malatorchi n'était autre que la dame en amazone et en turban qui jouait du violon. Quittant son instrument quand le monsieur a fini de parler, elle s'avance à son tour sur le devant des tréteaux . et s'adresse au public en criant de toute la force d'une voix enrouée :
— Oui, messieurs, c'est moi qui suis prèle à tirer le fleuret, l'espadon ou le briquet, avec tous ceux qui voudront me faire cet honneur. Après avoir eu beaucoup d'agrément avec les meilleurs tireurs de l'étranger, je veux faire jouir la France de mes talents. Que les amateurs se présentent. . . c'est gratis pour eux ! . . . Gratis] vous l'entendez... ce qui veut dire qu'il n'en coûtera rien.
La dame fait trois saluts militaires et quitte les tréteaux; le paillasse et le marquis en font autant après avoir montré autre chose que leur figure à la société. Enfin le monsieur aux favoris sonne de la trompette, et une partie de la foule se précipite dans la baraque de toile.
Bouchenot est resté à sa place. Une idée bizarre vient de lui passer par la tête : il lui prend envie de voir ce spectacle, et, pour ne rien payer, de se donner pour un tireur d'armes.
— Après tout, se dit-il, il fautmontrer son talent; je suis d'une' jolie force au fleuret, je gage bien que je toucherai madame iMalalorchi. Parbleu! donnons-nous ce petit divertissement!... puisque c'est gratis, je puis bien me permettre ce plaisir, ça me distraira, ça me fera un moment oublier mon appétit. Et puis, ces messieurs se moquent souvent de ma bravoure, ils prétendent que je crains de me battre... si je touche la première tireuse de France, je ne craindrai plus personne... Allpns, en avant.
Bouchenot relève la tête, met son chapeau de côté, remonte sa cravate et se présente à l'entrée du spectacle forain; on lui demande son billet, il répond fièrement : — Amateur en fait d'armes !
On le laisse entrer; mais le monsieur aux gros favoris va le prendre par la main et l'introduit au fond de la baraque, dans une enceinte dont le public était séparé par une barrière, en criant :
— Voilà un amateur de la première force qui se présente pour tirer avec la célèbre Malatorchi!... Vous voyez, messieurs et dames, que le spectacle sera fort intéressant... Que ceux qui sont debout, derrière, prennent des suppléments de deux sous pour voir l'assaut d'armes.
— Je n'ai pas dit que j'étais de la première force, murmure Bouchenot, qui n'est pas très-flatté d'être annoncé au public, et de se trouver placé à côté des albinos du nouveau monde ; mais
il n'est plus temps de reculer. L'annonce est faite, tous les regards se portent déjà sur lui, et madame Malatorchi le toise d'un air malin qui semble annoncer qu'elle ne sera pas fâchée de lui montrer son savoir-faire.
Moustache avait suivi Bouchenot dans le spectacle, et il était venu andacieusement se placer à côté des habitants du nouveau monde. Les albinos se composaient d'un monsieur, une dame et une petite fille habillés en sauvages, et ayant sur la lète des perruques de filasse. Celle du monsieur était énorme et frisée comme les cheveux d'un nègre; celle de la dame tombait en longues mèches jusque sur ses hanches. Cette famille d'albinos était assise sur un banc de bois, ne s'occupant qu'à manger des pommes de terre cuites à l'eau, et ne levant pas les yeux sur le public. La femme semblait avoir le bout du nez gelé, ce qui ne donnait pas envie d'aller vivre au nouveau monde. L'enfant avait un goitre, et le monsieur murmurait entre ses dents :
— Ces sacrés b -là! ils n'ont pas seulement mis un peu
de sel dans l'eau en les faisant cuire... et ils nous engagent en
disant qu'ils nous nourriront. Belle f nourriture!... Ils n'ont
qu'à chercher d'autres albinos; moi, j'aime mieux vendre des contre-marques.
— Ce chien est-il à vous, monsieur? demande à Bouchenot l'homme aux favoris, qui paraît être le directeur du spectacle.
— Oei, ce chien est de ma suite.
— Fort bien . . . laissez se placer le chien de monsieur l'amateur de première force.
Moustache n'avait pas attendu la permission. Le paillasse et le marquis s'étaient placés près de l'animal , qu'ils semblaient admirer. Bouchenot regardait à droite et à gauche, il aurait voulu s'en aller; mais madame Malatorchi ne cessait point de le regarder, tout en faisant des écarts et levant les jambes à l'instar des danseuses quand elles s'exercent dans les coulisses avant d'entrer en scène. Au bout de quelques instants, Bouchenot, reportant les yeux sur Moustache, s'aperçoit qu'il n'a plus ni collier ni polichinelle.
— Diable!... il me parait qu'on ne laisse rien traîner ici, se dit le jeune homme. Du reste, cela se fait avec beaucoup d'adresse, puisque Moustache n'a pas même crié... Malgré cela, je commence à me repentir d'être entré ici en amateur... quoique madame Malatorchi me lance des œillades terribles, et s'exerce
à me montrer son caleçon. Enfin!... le vin est tiré!... il n'y a plus à reculer; ces gens-là m'ont annoncé à leur public, et ils seraient capables de me rosser si je ne voulais plus me battre.
— Messieurs et dames, contemplez les habitants du nouveau monde prenant leur repas... approchez, ne craignez rien, ils ne sont pas méchants...
A cette annonce du directeur, la famille coiffée de filasse se jette avec encore plus d'avidité sur les pommes de terre.
— Eh ben, quoi ! ils mangent comme nous, dit un gamin à son voisin. Quoi qu'ils ont donc de curieux?...
— Tiens! tu ne vois donc pas que ce sont des alhino.
— Ils mangent des pommes de terre comme nous!... c'est déjà pas si beau, les albino... Attends, je vas leur parler, moi.
Le gamin se penche sur la barrière qui sépare le public des habitants du nouveau monde, en criant à ceux-ci :
— C'est-y bon, ce que vous mangez là?
Le chef de la famille des albinos relève lentement la tête, et, faisant semblant de parler avec difficulté, répond en nasillant : Bonsoir, la compagnie.
La femme placée près de lui fait la même pantomime et prononce la même phrase; l'enfant en dit autant en parlant comme ces poupards que l'on n'a pas mouchés depuis un mois.
— Tiens! ils disent tous la même chose!... s'écrie le gamin.
— Voilà tout ce que les indigènes du nouveau reonde possèdent de français pour le moment, répond le directeur, et encore a-t-on eu beaucoup de peine à leur faire prononcer ces mots. Voyez-les, examinez-les, messieurs et dames : quoique ce soient un mâle et une femelle comme nous, vous devez vous apercevoir cependant qu'il y a une grande différence dans leur conformation et la nôtre!
— Oh! dame! ce n'est pas bâti comme moi, dit le paillasse en faisant une culbute devant la société.
— Et cela n'a pas notre souplesse, dit le marquis en se mettant à marcher sur ses mains.
Pendant que ces messieurs occupaient le public, qui examinait la famille sauvage, madame Malatorchi s'était venue placer contre Bouchenot, et le regardait fort tendrement. Voyant qu'il ne lui adresse pas la parole, elle lui dit enfin :
— Cher ami, nous ne nous ferons pas de mal, n'est-ce pas?... qu'est-ce que nous tirerons?...
66 MOLSTACHE.
— Tout ce que vous voudrez, madame, répond Bouchenot en renfonçant son menton dans sa cravate.
— Oli! comme vous avez l'air méchant:... C'est égal, vous payerez un demi-litre après, j'espère?...
— Ah! mon Dieu, où me suis-je fourré! se dit Bouchenot en cherchant par où il pourrait s'en aller; mais en ce moment une grande rumeur, des éclats de rire poussés par le public, lui font tourner les yeux du côté où se montre le nouveau monde.
Moustache, que l'on avait habilement débarrassé de son collier et de son polichinelle, s'était quelque temps promené d'une manière fort leste dans le spectacle, courant tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Bientôt, cependant, il s'était flxé près des albinos, flairant avec une attention très-marquée la longue perruque de la femme qui mangeait des pommes de terre; puis, soit que l'odeur de la filasse lui fût agréable, soit tout autre motif, il venait de lever la cuisse et de se mettre à pisser sur la femme du nouveau monde.
C'est cette action qui causait l'hilarité du public; mais ce fut bien pis lorsqu'on se retournant et apercevant ce que Moustache faisait, l'albinos femelle se mit à crier en fort bon français :
— Ah! legredin!... ah île fichu animal!... voilà ce que c'est que de laisser entrer des chiens dans l'enceinte des acteurs : me voilà propre, à présent !...
— Oh! oh! le nouveau monde qui ne parlait pas français! crie le gamin ; c'est des albinos de la Courtille!
Que le diable emporte votre chien! dit le directeur en passant près de Bouchenot ; puis il se met à crier à tue-tète :
— Messieurs et dames, voici l'assaut, le superbe assaut qui va commencer... C'est ceci qui est curieux et qui mérite l'attention des connaisseurs. Madame Malatorchi et ce grand tireur qui m'a ordonné de ne pas dire son nom... parce qu'il veut garder l'incognito, mais que vous reconnaîtrez sans peine à son grand talent, vont commencer par le fleuret boutonné, et se porteront successivement une foule de bottes secrètes!... En avant la musique !
Le paillasse a pris le violon, et le marquis la trompette; ils se mettent à faire un charivari qui, avec l'annonce du directeur, achève de faire oublier l'aventure arrivée à la femme du nouveau monde
Cependant madame Malatorchi, après avoir levé en l'air ses
bras et ses jambes, est allée chercher deux fleurets boutonnés, avec lesquels elle vient saluer le public.
— Otez votre habit? dit le directeur à Bouchenot.
— Non, je le garde.
— Mais pour faire des armes, ça vous gênera ; on ôte son habit.
— Je vous dis que je ne veux pas ôter le mien.
— Comme vous voudrez. Commencez alors.
Bouchenot ne se sent pas à son aise, mais il voit bien qu'il n'y a pas à reculer. Madame Malatorchi lui présente les fleurets; il s'assure qu'ils sont bien garnis et se décide à en prendre un. Avant de se mettre en garde, la célèbre tireuse passe et repasse devant le public en faisant des pirouettes et des entrechats. Elle regarde Bouchenot d'un air malin en passant près de lui, et semble attendre qu'il en fasse aut'ant qu'elle : celui-ci se renfonce encore dans sa cravate en murmurant : — Quand vous aurez fini de sauter!... je vous attends, moi.
Enfin le directeur donne le signal de l'assaut. Les combattants se mettent en garde, et la musique joue l'ouverture de Biaise et Babet.
, Madame Malatorchi, croyant avoir réellement affaire à un habile tireur, se tient longtemps sur ses gardes et cherche à étudier le jeu de son adversaire. De son côté, Bouchenot, qui a peur de n'être pas de force, n'ose point attaquer, et se borne à maintenir son fleuret contre celui de son adversaire.
— Est-ce qu'ils ne feront que cela ? dit un ouvrier à son voisin. On se bat mieux aux Fol ies-Dramatiques. Ils devaient se porter des bottes secrètes... Je ne vois rien faire!
— Eh ben, Colas, pisque c'est des bottes secrètes, comment veux-tu les voir?
Cependant madame Malatorchi ne tarde pas à s'apercevoir que son adversaire n'est pas fort et qu'il est intimidé. Alors, recouvrant toute son assurance, elle le pousse, le presse, l'attaque vigoureusement. Bouchenot ne sait plus où il en est; à chaque instant il se sent touché au ventre, à la poitrine, aux cuisses. Le directeur est enchanté, le public applaudit, et la célèbre tireuse pousse des cris de triomphe chaque fois qu'elle touche son homme. Moustache, que ce combat semble beaucoup impatienter, fait entendre de sourds grognements, et aurait déjà sauté sur l'amazone si le directeur ne l'avait contenu.
Bouchenol a envie de dire qu'il en a assez; cependant, exaspéré par les coups de bouton, il tente un dernier effort; oubliant qu'il se bat au fleuret, il se sert de son arme comme d'une pique, il attaque à tort et à travers. L'amazone, étourdie par ce nouveau jeu, oublie un moment de parer. Tout à coup un cri lui échappe, et elle jette son fleuret de côté en jurant d'une façon fort énergique, puis elle porte la main à son visage en disant :
— Bigre d'imbécile!... il m'a crevé l'œil!...
Le direcleur se hâte de faire taire la musique et d'annoncer que l'assaut est terminé ,• alors le public sort de la baraque, et les habitants du nouveau monde ôtent leur perruque de filasse, et endossent des vêtements très-bourgeois.
Bouchenot a voulu s'en aller avec le public, mais le directeur le retient assez brutalement par le bras en lui disant d'un ton peu honnête :
— Eh ben, est-ce qu'on s'en \a comme ça?... Voyez donc comme vous avez arrangé madame Malatorchi...
L'amazone avait en effet l'œil horriblement rouge et gros.
— Un peu plus, j'étais borgne, dit-elle en montrant son visage à Bouchenot. Dites donc, cher ami, savez-vous que vous faites des armes comme une huître?
— Je suis désolé de vous avoir attrapé l'œil... mais ça ne sera rien... vous le bassinerez avec un peu d'eau et d"eau-de-vie...
En disant cela, Bouchenot cherchait encore à gagner la sortie ; mais le paillasse et le marquis lui barrent le passage, et le directeur s'écrie :
— Un instant donc!... Est-ce que vous plaisantez?... Vous allez payer deux litres et des petits verres, ça guérira l'œil de madame Malatorchi.
— Je ne payerai rien du tout. Je suis entré ici pour faire des armes, j'en ai fait... je m'en vais.
— Ah! elle serait bonne celle-là!... Il entre ici gratis, il blesse notre premier sujet... et il ne voudrait rien payer! Pour qui donc nous prenez-vous?... Exécutez-vous de bonne grâce, ou les claques vont pleuvoir.
— Je vous dis que je ne payerai rien... Je n'ai pas d'argent, d'ailleurs...
— C'est pas vrai.
— Je vous enjoins de me laisser tranquille...
MOISTACHK. 69
Bouchenot veut sortir en repoussant le paillasse et le marquis; le directeur le retient par le collet de son habit, dont il déchire un morceau. A cette vue. Bouchenot exaspéré donne des coups de poing à droite et à gauche. Mais il ne serait pas le plus fort, el le combat se terminerait mal pour lui, si Moustache ne se mettait de la partie. Le chien saute sur le directeur et ses employés, et revient ensuite tirer son maître par la poche qui sent le jambon. Au bout de quelques minutes, Bouchenot parvient à se faire jour à travers ses adversaires, et crevant un côté de la baraque, dont la muraille est en toile, il se retrouve enfin en liberté avec son brave Moustache près de lui.
Mais, dans quel état, à quel prix Bouchenot est-il sorti du spectacle forain? Son habit est perdu, un des pans a disparu, un des parements est en lambeaux, et le dos ainsi que le collet sont déchirés en plusieurs endroits.