‹ Moustache (volume 3)Chapitre 22 sur 25 · llOLSTlCtlE · texte numérisé non relu

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plume , mais il aimait beaucoup sa tille , et Ton avait tout lieu d'espérer qu'il approuverait le choix qu'elle avait fait.

Bouchenot alla donc faire sa demande au père de la demoiselle. M. Mirevalle , en homme sage, commença par demander à celui qui se présentait pour être son gendre des détails sur sa famille et sa fortune. Bouchenot se donna comme fils d'un gros négociant qui lui avait laissé six mille francs de revenus.

« — Ma fille en aura le double , » dit M. Mirevalle ; « cependant , si vous lui convenez , ce » ne sera pas un obstacle. Sur quoi sont placés

» vos fonds en terres, en maisons, ou sur

r^ l'État? ..

Bouchenot ne s'attendait pas à cette question , elle le troubla , l'embarrassa beaucoup. Il tergiversa , et balbutia enfin :

• Mes fonds... mes fonds sont très -bien placés... » on me paie régulièrement tous les mois.

'> — On vous paie tous les mois... ce n'est donc » pas sur l'Etat?

» — Non. . . c'est un ami qui a mes fonds.

>■■ — Un ami... Mais est-il notaire , agent de » change, banquier? a-t-il enfin une solvabilité re- » connue? »

Bouchenot tirait son mouchoir, le remettait dans sa poche et le retirait encore, en cherchant ce qu'il pourrait dire ; son hésitation n'échappa point à monsieur Mirevalle, qui conçut des doutes sur la fortune du jeune homme, et lui dit d'un ton assez sec :

« Eh bien ! monsieur, il me parait que vous ne » savez pas où sont placés vos fonds.

» — Pardonnez-moi , » répond Boucbenot en tâchant d'avoir un ton d'assurance. « Pardonnezj) moi... monsieur... mes fonds sont... chez un » épicier.

» — Chez un épicier, » dit monsieur Mirevalle en laissant échapper un sourire moqueur. « Sin- » gulier placement ! En ce cas , monsieur , je T) vous engage à les retirer de là et à acheter

> des rentes; lorsque vous m'aurez apporté votre « inscription au grand-livre, nous pourrons cau- » ser de votre proposition; mais jusque-là il » est inutile que vous continuiez de faire la » cour à ma fille et que vous vous présentiez chez r> moi. »

Et M. Mirevaile a tourné le dos à Bouchenot, qui s'éloigne tout honteux en se disant : « C'était bien » la peine que je m'exerçasse à faire des chats à la » plume! Yoilà un père très-ridicule ; je lui dis que

> j'ai six mille francs de rentes et il ne veut pas me » croire sur parole. Je ne puis cependant pas lui en » donner d'autres preuves. Je crois que c'est un pré- » texte qu'il a pris pour me refuser. Il ne me trouve » pas assez riche. Je vais bien attraper tous ces « gens -là , je vais épouser une demoiselle qui » naura rien; avec de l'ordre, mon revenu nous » suffira. Dans la société où m'a conduit le vieux » Feuillard , j'ai remarqué une jeune personne » ravissante... mademoiselle Desbruyer. J'ai de- T> mandé pourquoi elle ne se mariait pas; c'est

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» qu'elle n'a pas le sou, m'a-t-on dit. Eh bien, » moi, je veux me montrer plus grand , plus gé- » néreux que les autres hommes; j'épouserai made- » moiselle Desbruver. »

Bouchenot dit à son vieil introducteur qu'il a changé de projets ; que mademoiselle Mirevalle ne lui convient plus, et qu'il a jeté les yeux sur mademoiselle Desbruyer.

« — Pour celle-là , » dit M. Feuillard , « elle » est fort jolie, j'en conviens, mais elle n'a point ï de dot.

» — Cela m'est égal , j'en ai assez pour nous » deux.

» — Par exemple, vous entreriez dans une famille » très-honorable sous tous les rapports.

» — Cela me suffit ; connaissez-vous M. Des- » bruyer?

» — Beaucoup.

» — Présentez-moi comme un épouseur et ter- » minons promptement ; j'ai hâte de me marier » afin de ne plus m'ennuyer... Faudra-t-il aussi T> faire des chats à la plume pour plaire à cette de- » moiselle?

» — INon ; celle-là est tres-modeste; elle n'a point » d'album.

)> — J'aime mieux cela. Avec une femme qui » court après tous les artistes, après tous les hommes » de mérite, et qui les supplie de lui faire quelque > chose , je sens que je n'aurais pas été tranquille. » Quand on épouse un homme parce qu'il sait faire » un chat , il est probable qu'on le trompera avec

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» tin autre qui saura faire un cheval ou tout au- » tre animal. L'amour des albums peut entraîner » fort loin. »

M. Feuillard a présenté son protégé chez les parens de la jolie fille , comme un jeune homme qui a été subjugué ])ar les charmes de mademoiselle Desbruyer, et qui désire lui offrir sa fortune et sa main.

Bouchenot est parfaitement accueilli. Il se trouve au milieu d'une famille aimable , et il peut faire sa cour à une demoiselle charmante , qui reçoit ses hommages avec timidité, mais semble reconnaissante de ce qu'il ait bien voulu l'aimer rien que pour elle. Il fait sa cour avec ardeur, il lui tarde d'être le mari d'une jeune personne belle, bien élevée , et qui semble posséder autant de qualités que d'attraits.

De leur côté, les parens sont enchantés d'avoir trouvé un bon parti pour leur fille , et rien ne semble devoir s'opposer à l'hymen de Bouchenot. Déjà le jour est fixé , on s'occupe des préparatifs de la noce , des invitations à faire , de la toilette de la mariée ; lorsque le père de la future, se trouvant un jour seul avec Bouchenot, lui dit :

« En vérité , monsieur, je ne sais comment vous » peindre ma reconnaissance ; vous avez de la for- >> tune, et vous prenez une fille sans dot!... Bien » peu d'hommes agiraient comme vous ! . . . »

Bouchenot s'incline ; son futur beau-père continue :

MO MOLSTACHK.

« Vous ne trouverez pas mauvais, sans doute, » monsieur, que je vous demande quelques détails » sur votre fortune. IJn père doit, avant tout , savoir » en quelles mains il confie son enfant, et mesques- » tions ne peuvent vous offenser. Il est d'usage, » en pareille circonstance, de communiquer à sa

» nouvelle famille ses titres , sa situation

» Un seul coup-d'œil me suffira... Sovez persua- » dé , monsieur . que cette demande m'est plutôt » dictée par mon devoir que par aucun motif de mé- » fiance.

» — Que le diable t emporte avec ton devoir ! » se dit Bouchenot. «' Il va m'en demander autant que » les autres... celui-là! Si je lui dis que j'ai des ren- » tes , il voudra sans doute aussi voir mon inscrip- » tion. Voyons!... payons d'audace! essayons un » autre moyen. »

M. Desbruyer semblait étonné du silence que gardait son futur gendre , celui-ci se tourne enfin vers lui et lui répond d'un ton très-assuré :

€ Monsieur Desbruyer, on vous a peut-être dit que » j'avais de la fortune... des rentes? eh bien! on » vous a trompé.

» — Comment , monsieur ?

» — Oh ! rassurez- vous ! je nen suis pas moins à » mon aise. Je touche cinq cents francs par mois, j» payés fort régulièrement. C'est gentil.

» — Vous avez donc un emploi, monsieur?

» — Un emploi... Oui , comme vous dites , j'ai s un emploi.

» — Et flans quelle partie , s'il vous plaît»?

» — Dans quelle partie ?... Ah ! mon cher mon- » sieur, vous êtes bien curieux.

)' — Curieux ? lorsqu'il s'agit de la destinée de sa » fille... Monsieur, ma demande doit vous paraître , » au contraire , toute naturelle. Veuillez bien me » dire quel emploi vous occupez.

n — Et si je ne veux pas vous le dire , moi ?

» — Alors, monsieur, vous n'épouserez pas ma » fille.

»• — Comment , vous me refusez votre fille qui » n'a rien , quand je vous proiiiets , moi , de la faire » vivre dans Taisance î quand je touche cinq cents » francs par mois I

» — En toucheriez - vous dix fois autant , mon- » sieur, je vous refuserais ma fille , si j'ignorais de » quelle façon vous gagnez cet argent.

» — Monsieur Desbruyer, vous êtes ridicule.

« — Non , monsieur, je suis homme d'honneur ; » et je ne veux compter dan.s ma famille que des » gens dont la position soit honorable. Si vous ne » voulez ou ne pouvez pas répondre à mes ques- » tions , il est inutile que vous songiez encore à ma » fille.

i> — Mais s'il m'est impossible d'v réj)ondre , à » vos questions?

» — Alors, monsieur, j'ai bien riioniicur de vous » saluer. »

Boiichenot a été poliui-^nt mis a I;i {»or(<\ Il rcn-

tre cliez lui en se disant : « Tous ces gens-là sont hor-

» riblement ridicules S'entêter à vouloir savoir

» comment j'ai de l'argent!... Puisque c'est comme » cela , je ne me marierai pas. Au moins, on ne me » fera plus de ces sottes questions auxquelles je ne puis » pas répondre. »

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